JMP - Avocat

Téléphone icône facebook icône contact icône login

Préjudice d'affection : qui peut l'obtenir, combien, et comment

Perdre un être cher dans un accident, ou le voir gravement handicapé à vie, bouleverse l'existence. Au-delà de la douleur, cette épreuve engendre un préjudice que le droit reconnaît et répare : le préjudice d'affection, l'un des postes de la nomenclature Dintilhac réservés aux proches. Cette page explique qui peut le demander, comment il est évalué, dans quels délais et auprès de qui.

📌 En bref — Le préjudice d'affection répare la souffrance morale des proches d'une personne décédée ou très gravement handicapée à la suite d'un accident. Il est ouvert à toute personne qui prouve un lien affectif réel avec la victime : conjoint ou concubin, enfants, parents, frères et sœurs, grands-parents, et au-delà si le lien est démontré. Chaque proche dispose d'un droit propre, qui s'ajoute aux préjudices économiques (perte de revenus, frais d'obsèques) et au préjudice d'attente et d'inquiétude. Aucun barème ne s'impose au juge : les juridictions s'appuient sur des repères, comme le référentiel Mornet, qui situe le préjudice d'un conjoint, d'un parent ou d'un enfant autour de 20 000 à 30 000 €, davantage lorsque les circonstances le justifient, et celui de la fratrie et des grands-parents en deçà. L'action se prescrit par dix ans à compter du décès ou de la consolidation (art. 2226 du Code civil), et l'indemnité n'est pas imposable. Le tableau des repères par lien de parenté détaille chaque situation.

Le préjudice d'affection et les postes voisins

Indemnisation du préjudice d'affection après la perte d'un proche

Définition juridique

Le préjudice d'affection correspond à la souffrance morale éprouvée par les proches d'une victime décédée ou gravement blessée dans un accident. La nomenclature Dintilhac le classe parmi les préjudices extrapatrimoniaux des victimes indirectes, en cas de décès comme en cas de survie de la victime directe.

Ce préjudice indemnise la douleur affective causée par :

  • la perte définitive d'un être cher (décès) ;
  • la modification radicale et irréversible de la relation avec une victime devenue lourdement handicapée ;
  • la destruction du lien tel qu'il existait avant l'accident.

Sur le sens de cette réparation, voyez notre article : préjudice d'affection : pourquoi l'argent est une réponse au deuil.

Ce qu'il ne faut pas confondre avec le préjudice d'affection

Plusieurs postes voisins coexistent, et se cumulent le plus souvent :

Poste Qui en souffre Ce qu'il répare
Préjudice d'affection Les proches La douleur morale de la perte ou du handicap grave, durable
Préjudice d'accompagnement Les proches Le bouleversement du quotidien de ceux qui ont accompagné la victime jusqu'au décès, ou qui assistent une victime lourdement handicapée
Préjudice d'attente et d'inquiétude Les proches Le choc de l'annonce et les heures ou jours d'incertitude sur la survie du proche (poste autonome depuis Cass. ch. mixte, 25 mars 2022, n° 20-17.072)
Préjudice moral de la victime directe La victime elle-même Sa propre souffrance psychique, jusqu'à la consolidation ou au décès
Souffrances endurées (pretium doloris) La victime elle-même Ses souffrances physiques et morales avant consolidation
Préjudice économique Les proches La perte de revenus du foyer, les frais d'obsèques

 

Qui peut prétendre au préjudice d'affection ?

Les victimes par ricochet

Seules les personnes entretenant un lien affectif étroit et légitime avec la victime directe peuvent réclamer une indemnisation au titre du préjudice d'affection. On les appelle les victimes par ricochet, ou victimes indirectes. Leur droit est personnel : il ne dépend ni de la succession ni de l'indemnisation de la victime directe.

Les cercles habituels de bénéficiaires

La pratique distingue trois cercles, du plus présumé au plus exigeant en preuve :

  • Premier cercle : conjoint, partenaire de PACS ou concubin stable ; enfants, mineurs ou majeurs ; parents.
  • Deuxième cercle : frères et sœurs, grands-parents, petits-enfants.
  • Troisième cercle, sous conditions strictes : oncles, tantes, neveux, nièces, beaux-parents, beaux-enfants, fiancé(e), amis très proches.

Une reconnaissance fondée sur le lien réel, pas sur le lien de droit

La jurisprudence apprécie la réalité du lien affectif indépendamment du lien juridique. Concubin, beau-parent ayant élevé l'enfant sans l'adopter, parrain, ami de toujours : aucune de ces qualités n'est exclue, et aucune ne suffit à elle seule. Ce déplacement du lien de droit vers le lien vécu a une contrepartie que les proches sous-estiment : ce qui n'est plus établi par un acte d'état civil doit l'être autrement, et c'est alors la preuve qui fait le dossier. La démonstration, population par population, est traitée dans notre guide pour prouver le lien affectif d'un proche éloigné ou d'une famille recomposée.

Une règle mérite d'être connue à part, parce qu'elle surprend et qu'elle ne relève d'aucune preuve : l'enfant conçu avant le décès mais né après a droit à la réparation de son préjudice d'affection, alors même qu'aucune relation n'a pu se nouer du vivant de son père. La perte réparée est ici celle d'une relation qui n'aura jamais lieu. Sur les droits de l'enfant privé d'un parent, voir enfant orphelin après un accident mortel.

Conditions à remplir et preuves utiles

Pour obtenir réparation, vous devez établir :

  1. l'existence d'un lien affectif réel : la parenté juridique ne suffit pas, il faut une relation effectivement vécue ;
  2. la proximité de la relation : fréquence des contacts, qualité des échanges, implication dans la vie de l'autre ;
  3. un préjudice personnel : vous avez vous-même souffert du décès ou du handicap.

Éléments de preuve acceptés : attestations de l'entourage, correspondances (lettres, SMS, messages), photos, preuves de visites régulières, certificats médicaux attestant d'un choc psychologique, suivi psychologique ou psychiatrique. Pour les proches présumés (conjoint, enfants, parents), la preuve du lien est en pratique allégée ; elle devient centrale dès le deuxième cercle.

Les cas d'ouverture du préjudice d'affection

En cas de décès de la victime

Le décès de la victime directe ouvre droit au préjudice d'affection pour ses proches, distinct des préjudices économiques. Peu importe que le décès soit immédiat ou survenu des mois plus tard : si le lien de causalité avec l'accident est établi, y compris lorsque la mort résulte de complications des séquelles, le préjudice d'affection reste indemnisable. Les premières démarches à accomplir sont détaillées dans accident mortel d'un proche : que faire.

En cas de handicap très grave

Le préjudice d'affection peut aussi être reconnu du vivant de la victime lorsque celle-ci subit un handicap très lourd (accident grave) qui transforme radicalement et définitivement la relation. Situations concernées :

Important : la jurisprudence reste stricte. Le seul fait que la victime soit handicapée ne suffit pas. Il faut démontrer que la relation affective a été profondément et irréversiblement transformée, que la personne que vous connaissiez « n'existe plus » sur le plan relationnel. C'est le « deuil blanc » des familles confrontées à une personne présente physiquement mais absente relationnellement.

Le préjudice des proches pendant l'agonie ou le coma

Lorsque la victime est décédée après une période d'agonie ou de coma, la souffrance des proches entre l'accident et le décès (angoisse face à la mort imminente, accompagnement des derniers instants, vision de la victime dans un état critique) est indemnisée en plus du préjudice d'affection consécutif au décès, le plus souvent au titre du préjudice d'accompagnement ou du préjudice d'attente et d'inquiétude. Elle n'est pas accordée automatiquement : la période doit avoir été suffisamment longue et identifiable.

Comment est évalué le préjudice d'affection ?

Une évaluation souveraine, sans barème obligatoire

Contrairement aux préjudices économiques, le préjudice d'affection ne se calcule pas : il s'apprécie. Aucun barème légal ne s'impose au juge, qui tient compte de l'intensité du lien, de la nature de la relation (couple, parent-enfant, fratrie), de l'âge de la victime et du demandeur, de la cohabitation, des circonstances du décès et de leur brutalité, de l'impact psychologique constaté (suivi, arrêt de travail) et des bouleversements de la vie quotidienne du proche.

Les repères utilisés par les juridictions

Pour harmoniser leurs décisions, les cours d'appel se réfèrent à des référentiels indicatifs, au premier rang desquels le référentiel Mornet, régulièrement réédité. Le tableau ci-dessous en restitue les ordres de grandeur pour un décès, tels qu'ils ressortent des éditions récentes et de la pratique des juridictions.

Lien avec la personne décédée Ordre de grandeur (repères) Ce qui fait varier le montant
Conjoint, partenaire de PACS ou concubin 20 000 à 30 000 € Durée de la vie commune, enfants à charge, circonstances du décès
Parent perdant un enfant 20 000 à 30 000 € par parent Enfant vivant au foyer, jeune âge, circonstances tragiques
Enfant mineur perdant un parent 20 000 à 30 000 € Très jeune âge, parent unique, cohabitation
Enfant majeur perdant un parent 11 000 à 25 000 € Cohabitation ou vie hors du foyer, dépendance affective ou matérielle
Frère ou sœur 11 000 à 25 000 € Fratrie vivant au même foyer (haut de fourchette), gémellité, fratrie élevée ensemble
Grand-parent perdant un petit-enfant 7 000 à 14 000 € Relations fréquentes, rôle éducatif effectif
Petit-enfant perdant un grand-parent 3 000 à 10 000 € Relations fréquentes, cohabitation
Autres liens familiaux ou affectifs Au cas par cas Preuve du lien affectif réel : la qualité juridique ne suffit pas

 

⚠️ Comment lire ce tableau. Ces montants sont des repères, en aucun cas un barème ni un montant garanti : aucun référentiel ne s'impose au juge, qui apprécie souverainement, et les éditions successives font évoluer les fourchettes. Ils servent à une seule chose, mais elle est décisive : situer l'offre que vous recevez. Une proposition très en deçà de ces repères, sans que rien dans votre dossier ne la justifie, est une offre à discuter.

Les facteurs de majoration

Certains éléments justifient une indemnisation au-dessus des repères :

  • Circonstances particulièrement dramatiques : accident collectif, décès de plusieurs membres de la famille, proche témoin direct de l'accident mortel.
  • Retentissement psychologique majeur démontré : hospitalisation, syndrome de stress post-traumatique diagnostiqué, impossibilité de reprendre une vie normale. Ces séquelles psychiques peuvent aussi constituer un préjudice propre du proche, distinct de l'affection.
  • Jeune âge de la victime : décès d'un enfant ou d'un jeune adulte.
  • Relations exceptionnellement fusionnelles : jumeaux, enfant handicapé particulièrement dépendant affectivement, couple uni depuis de très nombreuses années.
  • Isolement consécutif au décès : perte du seul soutien affectif.

Le facteur qui joue à la baisse, et qui ne vient pas de vous

Un mécanisme échappe souvent aux proches, parce qu'il n'intervient pas au stade de l'évaluation mais après elle. Après un accident de la circulation, l'article 6 de la loi du 5 juillet 1985 rend opposables aux proches les limitations qui frappent l'indemnisation de la victime directe ; le texte est commenté sur notre page consacrée aux victimes par ricochet, citée plus haut. Concrètement : votre préjudice d'affection est d'abord évalué pour ce qu'il est, majorations comprises — puis, si une faute causale est retenue contre la victime directe qui conduisait, la somme obtenue est amputée dans la même proportion. L'évaluation reste juste ; c'est la liquidation qui est réduite. La distinction commande la stratégie : ce qu'il faut alors contester, c'est la faute reprochée au conducteur, pas votre propre dossier.

La règle ne joue que si une limitation existe réellement : elle reste sans effet lorsque la victime directe était piétonne, cycliste ou passagère, dont la faute simple ne lui est pas opposable, ni lorsqu'elle avait moins de seize ans. La situation se complique en revanche lorsque plusieurs membres d'un même foyer ont été blessés dans le même accident, chacun étant à la fois victime directe et victime par ricochet : voir toute la famille blessée dans le même accident.

Cabinet d'avocat en dommage corporel à Lille et Paris

Procédure et délais pour obtenir réparation

Qui doit indemniser ?

Le débiteur de l'indemnisation dépend de la nature de l'accident :

Origine du décès ou du handicap Qui indemnise les proches
Accident de la circulation L'assureur du véhicule impliqué (loi Badinter) ; voir aussi notre page sur l'homicide routier
Accident du travail Rente forfaitaire de la Sécurité sociale pour les ayants droit ; réparation du préjudice d'affection seulement en cas de faute inexcusable de l'employeur ou de tiers responsable. Détail dans morts au travail : les droits des familles
Agression, infraction L'auteur, et à défaut la CIVI (Fonds de garantie des victimes, FGTI) : en cas de décès, la réparation est intégrale (art. 706-3 du Code de procédure pénale)
Accident médical L'assureur de l'établissement ou du praticien, ou l'ONIAM en cas d'aléa thérapeutique
Accident domestique, de loisirs, de sport L'assureur de responsabilité civile du responsable ; la garantie accidents de la vie de la victime si elle en avait souscrit une
Véhicule non assuré ou conducteur non identifié Le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO)

 

Les étapes de l'indemnisation des proches

1. Constitution du dossier

Rassemblez les pièces probantes : acte de décès ou certificat médical détaillé, documents établissant le lien de parenté (livret de famille, acte de naissance), preuves du lien affectif, certificats médicaux et attestations de suivi psychologique attestant de votre souffrance, factures des frais engagés (consultations, obsèques), procès-verbal ou constat. Notre guide du dossier d'indemnisation détaille chaque pièce.

2. Offre amiable de l'assureur

Après un accident de la circulation, l'assureur doit présenter une offre aux proches de la victime décédée dans les huit mois de l'accident (art. L. 211-9 du Code des assurances) ; le non-respect de ces délais légaux est sanctionné par le doublement de l'intérêt légal. Cette première offre est souvent inférieure aux repères ci-dessus : ne l'acceptez pas sans l'avoir fait analyser.

3. Négociation ou action judiciaire

Si l'offre est insuffisante ou inexistante, deux voies s'ouvrent : la négociation amiable, menée avec un avocat en dommage corporel, ou l'action en justice, qui aboutit à une décision motivée, au besoin après expertise judiciaire lorsque l'état d'une victime survivante doit être évalué.

Délais de prescription

Situation Délai Texte
Action des proches en réparation (droit commun, loi Badinter) 10 ans à compter du décès ou de la consolidation de la victime directe Art. 2226 du Code civil, applicable aux victimes directes et indirectes
Saisine de la CIVI (infraction) 3 ans à compter de l'infraction, ou 1 an après la décision pénale définitive Art. 706-5 du Code de procédure pénale
Action en faute inexcusable de l'employeur (accident du travail mortel) 2 ans Art. L. 431-2 du Code de la sécurité sociale
Saisine du FGAO Délais courts et propres au Fonds Art. R. 421-12 du Code des assurances

 

Attention : dix ans paraissent longs, mais les preuves du lien s'effacent et les témoins s'éloignent. Faites le point sur les délais de prescription après un accident corporel, et agissez dans les premiers mois.

Les évolutions récentes

Des configurations familiales mieux reconnues

La jurisprudence des dernières années intègre la diversité des familles : indemnisation identique des familles homoparentales, reconnaissance du préjudice des deux parents séparés et du beau-parent ayant élevé l'enfant, prise en compte des familles d'accueil de longue durée lorsque le lien est établi.

Le handicap grave mieux pris en compte

Les juridictions admettent plus facilement d'indemniser les proches du vivant de la victime lorsqu'elle est en état pauci-relationnel durable, lorsque les troubles cognitifs ont modifié sa personnalité, lorsque la communication est devenue impossible ou qu'elle ne reconnaît plus les siens.

Le préjudice propre des enfants

La perte d'un parent pendant l'enfance, la présence de l'enfant lors de l'accident mortel, ou la perte des deux parents sont désormais appréciées pour ce qu'elles sont : un préjudice majeur, évalué en haut des repères. Le cas des enfants victimes directes et indirectes fait l'objet d'une page dédiée.

Le préjudice qui évolue dans le temps

Une réouverture reste possible lorsque le décès survient plusieurs années après l'accident, ou lorsqu'une aggravation de l'état de la victime modifie la relation affective. Cette possibilité reste exceptionnelle.

À propos de la Table de Milan

D'origine italienne, la Table de Milan est un barème à points élaboré par le tribunal de Milan et consacré par la Cour de cassation italienne comme référence nationale. Pour les proches d'une victime décédée, elle propose des fourchettes de points selon la cohabitation, la composition de la famille restante et l'intensité du lien. Elle n'est pas applicable en France, où le juge reste souverain, mais elle est parfois invoquée comme élément de comparaison dans les dossiers transfrontaliers ou pour discuter une offre. À ne pas confondre avec les tables de capitalisation (Gazette du Palais, BCR), qui servent en France à convertir une perte de revenus future en capital.

Conseils pratiques

Ne signez rien précipitamment

Ne signez pas une transaction rapide : une fois signée, elle est définitive et ferme la porte à tout complément. Attendez d'avoir consulté un avocat en dommage corporel, obtenu une évaluation complète de votre préjudice et comparé l'offre aux repères pratiqués.

Réunissez ce qui atteste la relation, pas seulement la parenté

Un préjudice bien documenté est un préjudice mieux reconnu : consultez rapidement un professionnel de santé pour attester de votre choc, conservez toutes les preuves du lien (correspondances, photos, témoignages), tenez un journal de vos difficultés quotidiennes, sollicitez un accompagnement psychologique si nécessaire, et rassemblez des attestations décrivant votre relation avec la victime.

Faites-vous assister dès le début

Un avocat en droit du dommage corporel identifie tous les postes ouverts aux proches (affection, accompagnement, attente et inquiétude, préjudices économiques), qui sont rarement tous réclamés spontanément ; il conseille sur les pièces à produire, négocie avec l'assureur ou le fonds et conteste les offres insuffisantes, au besoin devant le tribunal.

Devant le FGAO et la CIVI, faites vérifier l'offre

Ces organismes indemnisent les victimes lorsqu'aucun assureur ne le fait, et leurs offres se discutent comme celles d'un assureur. Devant la CIVI, en cas de décès, la réparation est intégrale et sans plafond (art. 706-3 du Code de procédure pénale) ; le Fonds de garantie des victimes peut néanmoins contester le montant demandé. Devant le FGAO, l'offre suit les mêmes règles que celle d'un assureur. Dans les deux cas, faites-vous conseiller avant d'accepter.

Contacter le cabinet

Vous avez perdu un proche dans un accident, ou son état a bouleversé votre relation ? Contactez le cabinet au 06 84 28 25 95 pour faire le point sur vos droits.

Questions fréquentes sur le préjudice d'affection

J'étais fâché avec la victime au moment de sa mort. Mon droit tombe-t-il ?

Non. Un conflit ou une brouille temporaire n'efface pas le lien affectif antérieur. Il faut toutefois prouver qu'un lien réel existait malgré la brouille et que vous souffrez de la perte ; l'indemnisation peut être minorée selon les circonstances.

Nous étions en instance de divorce quand mon époux est décédé. Que reste-t-il de mon droit ?

Cela dépend de la nature et de la durée de la séparation. Une séparation de fait récente permet généralement de conserver ses droits si le lien affectif persistait. En cas de divorce en cours ou prononcé, il faut démontrer le maintien d'une réelle affection. Chaque situation est appréciée au cas par cas.

Ma mère est en état végétatif depuis l'accident. Le préjudice est-il ouvert de son vivant ?

Oui, si vous démontrez que la relation affective est définitivement détruite du fait de son état et que cet état est irréversible. Le préjudice d'affection du vivant de la victime est admis, mais sous ces conditions strictes.

L'indemnisation prend-elle plus de temps quand la victime a survécu ?

Cela dépend de la voie choisie : quelques mois à deux ans pour une transaction amiable, plusieurs années pour une procédure judiciaire, en particulier lorsque l'état d'une victime survivante doit d'abord être consolidé. Des provisions peuvent être obtenues en attendant.

Les sommes versées aux proches se partagent-elles entre héritiers ?

Non. Le préjudice d'affection est une créance personnelle de chaque proche, née directement dans son patrimoine : elle n'entre pas dans la succession de la victime et ne se partage pas. Il ne faut pas la confondre avec les droits que la victime détenait de son vivant — ses souffrances endurées, son déficit fonctionnel — qui, eux, sont transmis à ses héritiers et suivent les règles successorales.

Un même versement de l'assureur peut donc recouvrir les deux : une part successorale à partager, et des parts personnelles qui appartiennent nominativement à chacun. Demandez systématiquement la ventilation avant toute répartition familiale. Ces indemnités ne sont par ailleurs pas imposables et n'ont pas à être déclarées.

L'assureur chiffre mon affection sans m'avoir jamais rencontré. Est-ce régulier ?

Sur le principe, oui : le préjudice d'affection n'est pas un poste médico-légal. Il ne suppose ni expertise ni examen du proche, et s'établit par la réalité du lien et par ce que l'accident y a changé. Cela ne rend pas l'offre juste pour autant.

Un assureur qui chiffre sans vous avoir entendu chiffre sur un dossier vide : il applique un barème interne à une qualité — conjoint, parent, frère — sans rien savoir de la relation. La réponse tient en un mot : documenter. Attestations circonstanciées, correspondances, preuves de la vie partagée, suivi médical s'il y en a eu. Une chose change en revanche si un état durable s'est installé chez vous, dépression ou stress post-traumatique : ce n'est plus de l'affection mais un déficit fonctionnel psychique, et celui-là exige bien une évaluation médicale portant sur vous.

Je n'ai pas pu assister aux obsèques de mon fils car j'étais hospitalisé. Cela réduit-il mon droit ?

Non. Une absence aux obsèques pour un motif légitime (hospitalisation, éloignement) n'affecte pas votre droit à indemnisation. Seule compte la réalité du lien affectif.

L'offre reçue est très en dessous des repères. Sur quoi s'appuyer pour la discuter ?

Sur trois appuis : les repères des référentiels, dont le Mornet, qui situent l'offre ; les éléments propres à votre relation, documentés par des attestations et des pièces ; et les circonstances du décès, qui justifient une majoration. Une offre amiable peut être refusée tant qu'elle n'est pas signée, et le tribunal saisi. Après un accident de la circulation, une transaction signée peut encore être dénoncée dans les quinze jours ; elle devient ensuite définitive.

Mon ex-compagnon, père de mes enfants, est décédé. Mes enfants ont-ils droit à une indemnisation ?

Oui. Les enfants ont droit à réparation de leur préjudice d'affection, qu'ils soient nés dans le mariage, hors mariage ou après le décès s'ils étaient conçus avant. La séparation des parents est sans incidence. Vous agissez en leur nom jusqu'à leur majorité.

Que se passe-t-il si plusieurs proches réclament une indemnisation ?

Chaque proche dispose d'un droit propre et indépendant. Il n'y a pas d'enveloppe globale à partager : les deux parents, chaque frère et sœur, le conjoint et les enfants sont indemnisés séparément.

J'ai perdu mon frère jumeau dans l'accident. La gémellité est-elle prise en compte ?

Oui. La relation gémellaire est reconnue comme particulièrement fusionnelle et justifie généralement une indemnisation en haut de fourchette, au-dessus de celle d'une fratrie ordinaire.

Mon père s'est suicidé après un accident qui l'avait laissé tétraplégique. Le lien compte-t-il ?

Oui, si le lien de causalité entre l'accident et le suicide est établi, généralement par une expertise psychiatrique montrant que le geste résulte du traumatisme et du handicap. Le préjudice d'affection des proches est alors indemnisé par le responsable de l'accident initial.

Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes

  1. Chiffrer les frais — Frais d'obsèques : ce qui est remboursé, et par qui. Un poste distinct de l'affection, souvent oublié dans l'offre.
  2. Vérifier — Vérifier une offre d'indemnisation, poste par poste. Avant toute signature au nom de la famille.
  3. Agir — Financer son avocat sans avancer d'argent. Protection juridique et aide juridictionnelle.

Sources du préjudice d'affection

  • Code civil, article 1240 (responsabilité civile) et article 2226 (prescription décennale de l'action en réparation du dommage corporel, victimes directes et indirectes).
  • Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 (loi Badinter) ; Code des assurances, article L. 211-9 (délais d'offre) et article R. 421-12 (délais de saisine du FGAO).
  • Code de procédure pénale, articles 706-3 et 706-5 (CIVI : réparation intégrale, délais de saisine).
  • Code de la sécurité sociale, article L. 431-2 (prescription de l'action en faute inexcusable).
  • Nomenclature Dintilhac, rapport du groupe de travail, juillet 2005 (préjudices des victimes indirectes).
  • Cass. ch. mixte, 25 mars 2022, n° 20-17.072 (autonomie du préjudice d'attente et d'inquiétude).
  • Référentiel indicatif de l'indemnisation du préjudice corporel des cours d'appel, dit référentiel Mornet, éditions récentes (préjudice d'affection des proches).
  • France Victimes, réseau national d'aide aux victimes : france-victimes.fr

Cette page a été rédigée à titre informatif. Chaque situation étant unique, consultez un avocat en droit du dommage corporel pour un conseil adapté à votre cas.

Me Joëlle Marteau-Péretié
Avocate au barreau de Lille, intervenant à Lille et à Paris
Diplômée en droit du dommage corporel et de l'indemnisation des victimes

UN AVIS GRATUIT ?

Je vous rappelle gratuitement Me contacter