📌 En bref : la faute inexcusable de l'employeur (art. L. 452-1 du Code de la sécurité sociale) est retenue quand il avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas pris les mesures pour en préserver le salarié. Sa reconnaissance, devant le pôle social du tribunal judiciaire, produit deux effets : la rente AT est majorée à son maximum (taux d'IPP entier au lieu du taux utile, soit jusqu'à un doublement), et les préjudices que la Sécurité sociale n'indemnise jamais deviennent réparables — souffrances endurées, déficit fonctionnel temporaire, esthétique, agrément, sexuel, tierce personne avant consolidation, aménagement du logement et du véhicule, perte de chance de promotion. Les pertes de gains, l'incidence professionnelle et la retraite restent couvertes par la seule rente majorée. Les sommes sont versées par la caisse, qui se retourne contre l'employeur. Délai pour agir : deux ans (art. L. 431-2). Tout se joue ensuite sur la date de consolidation : elle commande le régime applicable depuis le 1er novembre 2026 et, depuis l'arrêt du 3 septembre 2026, elle ne lie plus le juge. → Voir le tableau des préjudices, poste par poste
Mis à jour le 5 octobre 2026.
À lire en complément : Faute inexcusable : "je ne veux pas mettre en cause mon patron" — ce que vous perdez en renonçant
Qu'est-ce que la faute inexcusable de l'employeur ?
La faute inexcusable est définie par les articles L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la Sécurité sociale. Elle est caractérisée dès lors que deux conditions sont simultanément réunies :
- l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié ;
- il n'a pas pris les mesures nécessaires pour protéger ce salarié de ce danger.
Il ne s'agit pas d'une procédure pénale : l'action en faute inexcusable ne conduit ni à une garde à vue ni à une condamnation pénale. Une poursuite pénale distincte reste possible pour les mêmes faits, mais elle ne dépend pas de votre démarche. La faute inexcusable est une faute civile, jugée devant le Pôle social du tribunal judiciaire. Son seul objet est votre indemnisation — pas la sanction de l'employeur.
Depuis l'arrêt fondateur de la Cour de cassation du 28 février 2002 (affaires de l'amiante), les critères d'appréciation des tribunaux sont devenus progressivement plus favorables aux victimes. La jurisprudence retient désormais une conception large de l'obligation de sécurité : il suffit que l'employeur aurait dû avoir conscience du risque, même s'il n'en avait pas conscience concrètement.
La faute inexcusable n'est pas le seul mécanisme qui permet de sortir de l'indemnisation forfaitaire. C'est la plus fréquente des exceptions à l'immunité civile de l'employeur, mais il en existe quatre autres, chacune avec sa juridiction et ses effets propres : les cinq exceptions à l'immunité civile de l'employeur.
À lire : La réforme AT/MP 2026 expliquée simplement
À lire : Intérimaire accidenté : agence ou entreprise utilisatrice, qui vous indemnise ?
À lire : quand l'accident n'est pas causé par un manquement de l'employeur mais par le geste d'un collègue, les règles changent — accident causé par un collègue : responsabilité de l'employeur et recours en droit commun
Dans quelles situations la faute inexcusable peut-elle être reconnue ?
Les situations les plus fréquemment retenues par les tribunaux sont les suivantes :
Le danger signalé et ignoré. Vous aviez alerté votre hiérarchie sur un équipement défectueux, un sol glissant, un échafaudage instable. La preuve peut être un e-mail, une mention au registre de signalement, un témoignage de collègue.
L'absence de formation à la sécurité. Aucune formation aux risques spécifiques de votre poste n'a été dispensée avant l'accident. L'employeur a une obligation légale de formation — son absence constitue en elle-même un élément de la faute.
La violation d'une règle de sécurité réglementaire. Non-respect des normes INRS, absence d'équipements de protection individuelle obligatoires (casque, harnais, gants), dépassement des temps de travail réglementaires.
L'exposition à des émanations toxiques entre pleinement dans ce cadre : un salarié victime d'une intoxication au monoxyde de carbone sur son lieu de travail peut faire reconnaître la faute inexcusable de l'employeur qui n'a pas prévenu ce risque.
L'absence d'équipements de protection individuelle. Lorsque le port d'EPI est obligatoire et qu'aucun équipement n'a été fourni ou contrôlé, la faute est généralement retenue sans difficulté.
La surcharge de travail documentée. Objectifs inatteignables, pression répétée, arrêts de travail ignorés. Ce motif est particulièrement pertinent dans les accidents du travail liés à des affections psychiques, dont le nombre a progressé de façon significative ces dernières années.
L'absence de protection contre les fortes chaleurs. Depuis le décret du 27 mai 2025, l'employeur doit évaluer et prévenir le risque lié à la canicule (accès à l'eau, adaptation des horaires, zones de repos ombragées). Un salarié victime d'un coup de chaleur reconnu comme accident du travail alors qu'aucune de ces mesures n'avait été mise en place dispose d'un argument solide pour faire reconnaître la faute inexcusable.
Le chantier de travail non déclaré : sur un chantier non déclaré, les conditions de sécurité sont très souvent insuffisantes — ce qui facilite la caractérisation de la faute inexcusable.
Voir : Accident sur chantier non déclaré : droits et indemnisation
À noter : Les fonctionnaires titulaires ne peuvent pas invoquer la faute inexcusable — leur régime de protection est entièrement distinct, avec des voies de recours spécifiques devant le tribunal administratif. Accident de service du fonctionnaire : ce que l'administration ne vous indemnise pas et comment agir.
À noter également : le travailleur frontalier employé en Belgique ne peut pas davantage invoquer la faute inexcusable, même s'il réside en France — c'est le régime du pays d'emploi qui s'applique, et la loi belge protège l'employeur par une immunité civile, sauf brèches précises (accident de trajet, accident de la circulation, faute intentionnelle). Accident du travail du frontalier franco-belge : quel régime et quels recours.
Les Hauts-de-France, premier hub logistique de France et terre de grands chantiers, concentrent les secteurs les plus concernés par la faute inexcusable. Découvrez le panorama régional des accidents du travail en logistique, BTP et agroalimentaire.
La coactivité intense. La faute inexcusable trouve un terrain d'application privilégié dans les secteurs où plusieurs entreprises interviennent simultanément : c'est notamment le cas des terminaux portuaires, où écrasements et chutes de hauteur frappent dockers et manutentionnaires — voir l'indemnisation des dockers et manutentionnaires portuaires.
Le non-respect d'une recommandation sectorielle de l'Assurance Maladie. Certaines activités font l'objet de recommandations qui documentent noir sur blanc les dangers connus : ainsi la recommandation R437 pour la collecte des déchets ménagers, qui proscrit la marche arrière, la collecte bilatérale et le « fini-parti ». L'employeur qui les ignore peut difficilement soutenir qu'il n'avait pas conscience du risque — voir l'indemnisation de l'éboueur ou de l'agent de collecte accidenté.
Précision utile : lorsque l'accident du travail a été causé par un tiers étranger à l'entreprise, la réparation intégrale peut être obtenue sans même passer par la faute inexcusable, comme l'illustre l'exemple de l'ouvrier de voirie percuté par un véhicule pendant son intervention.
Ce que la faute inexcusable change pour votre indemnisation
Sans reconnaissance de faute inexcusable, la CPAM vous verse une rente viagère forfaitaire, calculée sur votre taux d'incapacité permanente partielle et votre salaire. Pour savoir ce que cela représente concrètement, consultez le tableau 2026 des rentes selon le taux d'IPP : à 20 % d'IPP et 30 000 € de salaire, c'est 250 € par mois. Elle ne couvre ni vos souffrances, ni votre préjudice esthétique, ni votre perte de chance professionnelle.
Ce taux d'incapacité, fixé par le médecin conseil de la CPAM, est d'ailleurs lui-même contestable : consultez notre guide de la fixation et de la contestation du taux d'IPP.
Avec la reconnaissance de la faute inexcusable, le tableau change radicalement.
La majoration de rente : jusqu'au taux plein
Votre rente AT peut être majorée jusqu'au maximum légal : elle est alors calculée sur votre taux d'IPP entier, et non plus sur le « taux utile » réduit de moitié sous 50 %, ce qui peut représenter un doublement du montant de base (sous 10 % d'IPP, c'est le capital qui est majoré, au plus doublé). Sur une vie entière, l'écart se chiffre en dizaines de milliers d'euros, parfois bien davantage.
Cette majoration suit par ailleurs l'évolution de votre rente : en cas de rechute d'accident du travail aggravant vos séquelles, la révision du taux d'IPP rejaillit sur la rente majorée.
⚠️ La réforme du 1er novembre 2026. La réforme AT-MP entre en vigueur à cette date (décrets n° 2026-354 et 2026-355 du 7 mai 2026). Elle remet profondément en cause l'indemnisation complémentaire du déficit fonctionnel permanent (DFP) en cas de faute inexcusable — mais elle ne s'appliquera qu'aux victimes dont l'état est consolidé à compter de cette date. Si votre consolidation est antérieure, l'ancien régime, plus favorable, continue de s'appliquer. Sous le nouveau régime, la majoration porte sur les deux parts de la rente, et la part fonctionnelle majorée peut être demandée en capital dans les 6 mois de sa notification — le mécanisme est détaillé dans notre guide du nouveau calcul de la rente. Pour mesurer concrètement l'ampleur du recul et identifier les postes de préjudice qui restent pleinement mobilisables : Réforme 2026 du DFP : ce que perdent les victimes d'AT/MP.
⚠️ Et cette date n'est plus figée par la caisse. Puisque tout se joue sur la consolidation, la question de savoir qui la fixe devient décisive. Par un arrêt du 3 septembre 2026 publié au Bulletin (n° 23-22.988), la Cour de cassation juge que le juge de la faute inexcusable peut retenir une date de consolidation différente de celle de la caisse, et évaluer le déficit fonctionnel permanent sans être tenu par le taux d'incapacité qu'elle a notifié — y compris lorsque la victime n'a pas contesté ces décisions en son temps. Les prestations, elles, continuent d'être calculées sur la date de la caisse.
💡 Le recours de la caisse sur vos indemnités. Ce que beaucoup de victimes ignorent : même en obtenant une indemnisation complémentaire via la faute inexcusable, la CPAM exerce un recours subrogatoire sur les sommes qu'elle a avancées — rente capitalisée incluse. Ce recours s'impute poste par poste et peut réduire significativement le solde net que vous percevrez réellement. Comprendre le recours subrogatoire de la CPAM en matière d'AT/MP. Un poste y échappe toutefois, et il n'est pas le moindre : pourquoi le déficit fonctionnel permanent est exclu du recours de la caisse.
L'indemnisation intégrale de vos préjudices
La faute inexcusable ouvre le droit à une réparation des préjudices que la CPAM ne couvre jamais. Le tableau ci-dessous résume ce qui change, poste par poste.
| Poste de préjudice | Rente CPAM seule | Avec faute inexcusable |
|---|---|---|
| Perte de revenus et incapacité permanente | Rente forfaitaire, calculée sur le taux d'IPP et le salaire de référence | Rente majorée jusqu'au maximum légal, soit un doublement possible |
| Souffrances endurées | Rien | Indemnisées intégralement |
| Préjudice esthétique | Rien | Indemnisé intégralement |
| Préjudice d'agrément | Rien | Indemnisé intégralement |
| Préjudice sexuel | Rien | Indemnisé intégralement |
| Assistance par tierce personne | Après consolidation : prestation complémentaire pour recours à tierce personne, réservée aux taux d'au moins 80 % | Avant consolidation : besoin réel évalué heure par heure. Après consolidation : aucun complément, le poste étant jugé couvert par le livre IV |
| Aménagement du logement et du véhicule | Rien | Pris en charge sur devis |
| Perte de gains professionnels futurs et incidence professionnelle | Couvertes de façon forfaitaire par la rente | Couvertes par la rente majorée, sans complément, même si la perte réelle est supérieure |
| Perte de droits à la retraite | Couverte par la rente | Couverte par la rente majorée, sans indemnisation distincte |
| Déficit fonctionnel temporaire | Rien | Indemnisé |
| Déficit fonctionnel permanent | Consolidation avant le 1er novembre 2026 : rien. Ensuite : part fonctionnelle de la rente | Avant le 1er novembre 2026 : indemnisé selon le droit commun. Ensuite : part fonctionnelle majorée |
| Perte de chance de promotion professionnelle | Rien | Indemnisée si un avancement était sérieusement envisagé |
⚠️ Ce que la faute inexcusable ne répare pas. La jurisprudence est constante : les postes déjà couverts par le livre IV du Code de la sécurité sociale, même de façon restrictive, n'ouvrent droit à aucun complément. C'est le cas des pertes de gains et de l'incidence professionnelle, réparées par la rente majorée même lorsqu'elle ne les couvre que partiellement (Cass. 2e civ., 1er février 2024, n° 22-11.448), de la perte de droits à la retraite (Cass. ch. mixte, 9 janvier 2015, n° 13-12.310) et de l'assistance par tierce personne après consolidation (Cass. 2e civ., 20 juin 2013, n° 12-21.548). Seule la perte ou la diminution des possibilités de promotion professionnelle, expressément visée par l'article L. 452-3, s'indemnise à part.
💡 Comment lire ce tableau. Les lignes marquées « Rien » sont le cœur de l'enjeu : ce sont des préjudices bien réels, que la Sécurité sociale n'indemnise jamais, et que seule la reconnaissance de la faute inexcusable permet de faire réparer. C'est ce qui explique les écarts de montants observés en pratique.
💡 Une liste qui n'est pas fermée. L'article L. 452-3 énumère les préjudices réparables, et cette liste a longtemps été lue comme limitative. Elle ne l'est plus : par sa décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, le Conseil constitutionnel a jugé qu'en présence d'une faute inexcusable, ce texte ne peut pas faire obstacle à la réparation de l'ensemble des dommages non couverts par le livre IV du Code de la sécurité sociale. C'est le fondement des demandes qui sortent de la liste écrite.
La faute inexcusable ouvre donc le droit à une réparation des préjudices que la CPAM ne couvre jamais :
-
Les souffrances physiques et morales endurées depuis l'accident
-
Le préjudice esthétique — cicatrices, déformations, atteinte à l'apparence
-
Le préjudice d'agrément — impossibilité de pratiquer vos loisirs ou activités sportives
-
Le préjudice sexuel
-
Le déficit fonctionnel temporaire — la gêne subie dans la vie courante jusqu'à la consolidation
-
L'assistance par tierce personne avant consolidation — l'aide humaine reçue pendant la période de soins
-
Les frais d'aménagement du logement et du véhicule
-
Les frais de prothèses et appareillages
-
Les séquelles invisibles — cognitives, sensorielles, psychiques — souvent sous-évaluées lorsque personne ne les documente
-
La perte de chance de promotion professionnelle — lorsqu'un avancement ou une évolution de carrière était sérieusement envisagé avant l'accident
💡 D'où vient l'écart. Dans un dossier de séquelles lourdes, l'essentiel de la valeur ne se trouve pas dans la rente mais dans les postes que la rente ne couvre pas : le déficit fonctionnel permanent pour les consolidations antérieures au 1er novembre 2026, les souffrances endurées, l'aide humaine avant consolidation, l'aménagement du logement et du véhicule, le préjudice d'agrément. C'est la raison pour laquelle deux dossiers médicalement comparables aboutissent à des montants très différents selon que ces postes ont été documentés ou non.
Pour défendre votre indemnisation, chaque poste de préjudice doit être documenté et défendu précisément lors de l'expertise médicale.
La procédure de reconnaissance : les 6 étapes
Étape 1 — Déclaration de l'accident ou de la maladie professionnelle
Vous disposez de 24 heures pour informer votre employeur, qui a ensuite 48 heures pour déclarer l'accident à la CPAM. Pour une maladie professionnelle, elle doit d'abord être reconnue par la Sécurité sociale. Vérifiez que les circonstances sont décrites avec exactitude : une omission dans la déclaration initiale se paie très cher par la suite. Et si la caisse refuse de reconnaître le caractère professionnel de l'accident, c'est ce refus qu'il faut d'abord contester : accident du travail non reconnu par la CPAM, les recours.
Étape 2 — Consultation et analyse du dossier
Chez JMP AVOCAT INDEMNISATION, le premier échange est gratuit. Nous évaluons vos chances de succès, les éléments de preuve disponibles et les postes de préjudice mobilisables.
Étape 3 — Constitution du dossier de preuves
Nous rassemblons l'ensemble des éléments établissant la faute de l'employeur : témoignages de collègues, documents internes, rapports d'inspection du travail, registres de signalement, protocoles de sécurité non respectés, fiches de poste.
Étape 4 — Phase amiable devant la CPAM
Avant toute saisine du tribunal, une tentative de conciliation est organisée devant la CPAM. Cette phase dure en général 3 à 6 mois. En cas d'accord, la procédure s'arrête là. En cas d'échec, nous passons à l'étape judiciaire.
Étape 5 — Saisine du Pôle social du tribunal judiciaire
Nous déposons la demande devant le tribunal compétent. La phase judiciaire dure en moyenne 12 à 24 mois selon la complexité du dossier et la juridiction.
Étape 6 — Expertise médicale et jugement
Un médecin expert évalue l'ensemble de vos préjudices. Nous vous assistons lors de cette expertise, avec un médecin-conseil de victimes indépendant — c'est souvent le moment où se jouent les montants finaux d'indemnisation. C'est aussi là que se discute le taux retenu au titre du déficit fonctionnel permanent, qui n'est plus commandé par celui de la caisse : comment contester un taux d'AIPP ou de DFP en expertise.
⏱️ Délai total moyen : 15 à 30 mois.
Faute inexcusable et honoraires : ce que vous devez savoir
La question du coût de l'avocat est souvent ce qui retarde la décision. Elle se règle par une convention d'honoraires écrite, signée avant toute démarche, qui fixe précisément ce que vous devez et à quel moment. Aucun montant ne peut vous être réclamé en dehors de ce qui y est prévu. Les conditions applicables sont détaillées sur notre page dédiée : honoraires du cabinet.
FAQ — Faute inexcusable : questions procédurales et juridiques
Quel est le délai pour agir en faute inexcusable ?
Deux ans, en application de l'article L. 431-2 du Code de la sécurité sociale. Le point de départ n'est pas unique : pour un accident, le délai court du jour de l'accident ou de la cessation du paiement des indemnités journalières ; pour une maladie professionnelle, de la date à laquelle un certificat médical vous informe du lien possible avec votre activité, de la cessation du travail liée à la maladie, ou de la reconnaissance de son caractère professionnel. Ce délai est une prescription, et non une forclusion : il peut être interrompu. L'article L. 431-2 prévoit lui-même deux causes d'interruption — l'action pénale engagée pour les mêmes faits et l'action en reconnaissance du caractère professionnel de l'accident. Ne comptez pas dessus pour autant : les preuves se constituent dans les premières semaines, et certains documents (DUER, registres de sécurité, PPSPS) ne sont conservés que pour des durées limitées.
Ne confondez pas pour autant deux actions distinctes. Ce délai de deux ans vise l'action en reconnaissance de la faute inexcusable, laquelle suppose un accident du travail ou une maladie professionnelle déjà reconnus par la CPAM. Si vous avez été exposé à l'amiante, au benzène ou à une autre substance nocive sans qu'aucune pathologie ne se soit à ce jour déclarée, vous ne relevez pas de ce régime : vous pouvez agir contre votre employeur au titre du préjudice d'anxiété, sur le fondement de son obligation de sécurité. Depuis l'arrêt de chambre mixte du 29 mai 2026 (pourvoi n° 24-17.384), cette action se prescrit par dix ans à compter de la consolidation, en application de l'article 2226 du Code civil.
Quels sont les risques de perdre la procédure ?
Le principal risque est l'absence de preuve suffisante de la conscience du danger par l'employeur — c'est précisément ce que nous évaluons lors du premier échange, avant que vous ne vous engagiez.
La CPAM peut-elle bloquer ma demande ?
Non. La CPAM est partie à la procédure mais ne peut pas s'opposer à votre action. C'est le tribunal qui tranche souverainement. La CPAM instruit le dossier lors de la phase amiable, puis le juge statue.
Puis-je cumuler l'indemnisation de la faute inexcusable avec ma rente AT/MP ?
Oui, absolument. La faute inexcusable vient en complément des prestations de base de la Sécurité sociale — elle ne les remplace pas. Vous conservez votre rente, majorée, et percevez en sus l'indemnisation de l'ensemble des préjudices non couverts par la CPAM. Sur les règles générales de cumul et d'imputation entre indemnisations, voir peut-on être indemnisé deux fois pour le même dommage.
Mon employeur risque-t-il des poursuites pénales ?
La procédure de faute inexcusable est strictement civile. Elle est indépendante de toute éventuelle action pénale. L'objectif est votre indemnisation, pas la sanction de l'employeur. Les deux procédures peuvent coexister mais ne sont pas liées.
Vais-je devoir réclamer de l'argent directement à mon employeur ?
Non, et c'est ce qui bloque beaucoup de salariés à tort. Les sommes vous sont versées directement par la caisse, qui en récupère ensuite le montant auprès de l'employeur (articles L. 452-2 et L. 452-3 du Code de la sécurité sociale). L'employeur peut par ailleurs s'assurer contre les conséquences financières de sa propre faute inexcusable, ce que l'article L. 452-4 autorise expressément.
Que se passe-t-il si mon employeur fait faillite ou a fermé son entreprise ?
Vos droits sont préservés dans les deux cas. C'est la CPAM qui verse les sommes et se retourne ensuite contre l'employeur ou son assureur. La disparition de l'entreprise ne supprime pas vos droits, sous réserve de respecter le délai de deux ans.
Dois-je attendre la consolidation de mon état de santé avant d'agir ?
Idéalement oui, car c'est à la consolidation que vos séquelles définitives sont évaluées et que les montants peuvent être calculés avec précision. Cependant, vous pouvez — et devez — nous consulter avant, notamment pour sécuriser les preuves et éviter que le délai de prescription ne s'écoule sans action. Attention : depuis la réforme AT-MP, la date de consolidation commande aussi le régime applicable, selon qu'elle est antérieure ou postérieure au 1er novembre 2026. Et elle se discute : quand et comment contester une date de consolidation.
À lire : Les travailleurs du BTP disposent d'éléments de preuve spécifiques — voir le guide complet sur la chute de hauteur en chantier.
Cas particulier — cordistes : les travailleurs acrobatiques sur cordes (ATAC) relèvent d'une réglementation propre aux articles R. 4323-89 et R. 4323-90 du Code du travail, distincte des règles applicables aux travaux sur échafaudage ou nacelle. La jurisprudence leur reconnaît un régime de preuve spécifique. Accident de cordiste : indemnisation et faute inexcusable.
Cas particulier — stagiaires : les articles L. 4154-2 et L. 4154-3 du Code du travail prévoient une présomption de faute inexcusable au bénéfice des stagiaires affectés à un poste à risques sans formation renforcée — la charge de la preuve est inversée. Depuis 2014, l'établissement d'enseignement peut appeler en cause l'entreprise d'accueil. Stagiaire blessé pendant un stage : le guide complet pour obtenir une indemnisation à la hauteur de vos séquelles.
La faute inexcusable couvre-t-elle les séquelles psychiques ?
Oui. Les affections psychiques reconnues en accident du travail — qu'il s'agisse d'un syndrome de stress aigu, d'un traumatisme psychique ou d'une dépression réactionnelle — ouvrent les mêmes droits à la majoration de rente et à l'indemnisation complémentaire que les accidents physiques. Cela vaut jusqu'au cas le plus grave : la faute inexcusable après un suicide ou une tentative liés au travail, où elle ouvre aux proches la majoration de la rente et la réparation de leur préjudice moral.
Agissez avant que le délai ne soit dépassé
Chaque année, des victimes d'accidents du travail renoncent à leurs droits par méconnaissance ou par peur de la complexité. Résultat : une indemnisation définitivement perdue, alors que le délai pour agir est court.
JMP AVOCAT INDEMNISATION vous propose un premier échange gratuit pour évaluer votre dossier, identifier les preuves disponibles et vous donner une estimation réaliste de ce que vous pouvez obtenir.
📞 06 84 28 25 95 — Du lundi au vendredi, 9h–19h30
Contacter le cabinet | Je souhaite être rappelé
Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes
- Prouver — Les justificatifs exacts pour chaque poste de préjudice. La faute reconnue ne vaut que ce que vous pouvez documenter, poste par poste.
- Chiffrer — Combien vais-je toucher après un accident corporel ? Les ordres de grandeur pour mesurer ce que la majoration de rente laisse de côté.
- Agir — Prescription : le délai à ne pas laisser filer. Deux ans pour agir en faute inexcusable : d'où part le compte, et ce qui l'interrompt.
Références juridiques sur la faute inexcusable
- Code de la Sécurité sociale, art. L. 451-1 (immunité civile de l'employeur et articles qui y font exception).
- Code de la Sécurité sociale, art. L. 452-1 à L. 452-5 (faute inexcusable et faute intentionnelle : majoration, préjudices réparables, assurance de l'employeur).
- Code de la Sécurité sociale, art. L. 431-2 (prescription biennale, points de départ et causes d'interruption).
- Code du travail, art. L. 4121-1 (obligation de sécurité de l'employeur).
- Cass. soc., 28 février 2002, n° 99-18.389 (arrêts amiante).
- Cass. 2e civ., 20 juin 2013, n° 12-21.548 (tierce personne après consolidation couverte par le livre IV ; déficit fonctionnel temporaire réparable).
- Cass. ch. mixte, 9 janvier 2015, n° 13-12.310 (perte de droits à la retraite couverte par la rente majorée).
- Cass. 2e civ., 1er février 2024, n° 22-11.448 (pertes de gains et incidence professionnelle couvertes par la rente, même partiellement).
- Conseil constitutionnel, décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, réserve du considérant 18.
- Cass., assemblée plénière, 20 janvier 2023, pourvois n° 20-23.673 et n° 21-23.947 (la rente AT/MP ne répare pas le déficit fonctionnel permanent).
- Cass. 2e civ., 3 septembre 2026, pourvoi n° 23-22.988, arrêt n° 771 FS-B (le juge de la faute inexcusable n'est tenu ni par la date de consolidation ni par le taux d'incapacité permanente retenus par la caisse, pour les postes non couverts par le livre IV).
- Cass., chambre mixte, 29 mai 2026, pourvoi n° 24-17.384 (préjudice d'anxiété : prescription décennale de l'article 2226 du Code civil).
- Loi n° 2025-199 du 28 février 2025, art. 90 ; décrets n° 2026-354 et n° 2026-355 du 7 mai 2026 et arrêté du 7 mai 2026 (réforme de l'incapacité permanente, entrée en vigueur au 1er novembre 2026).



AJOUTER UN COMMENTAIRE :
Pour commenter cet article vous devez vous authentifier. Si vous n'avez pas de compte, vous pouvez en créer un.