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Déficit Fonctionnel Temporaire (DFT) : définition et indemnisation

Déficit fonctionnel temporaire : gêne dans les actes de la vie courante avant la consolidation

Le déficit fonctionnel temporaire répare ce que l'accident vous a pris dans votre vie personnelle, entre le jour du dommage et la consolidation. Pas vos revenus, pas vos douleurs : votre vie quotidienne.

C'est l'un des postes les plus systématiquement sous-évalués, pour une raison simple : il se calcule en périodes et en jours. Une période oubliée, et c'est une part entière de l'indemnisation qui disparaît sans que personne ne conteste rien. Cette page explique ce que le poste couvre exactement, ce qu'il absorbe, ce qui reste indemnisé à part, et où se logent les erreurs de découpage.

Ce que le DFT indemnise exactement

La nomenclature Dintilhac, remise à la Chancellerie en 2005, définit le déficit fonctionnel temporaire comme le poste qui indemnise l'invalidité subie par la victime dans sa sphère personnelle pendant la maladie traumatique, c'est-à-dire jusqu'à sa consolidation.

La Cour de cassation en a retenu une formule constante, reprise dans chacun de ses arrêts sur le sujet : le déficit fonctionnel temporaire répare la perte de qualité de vie de la victime et des joies usuelles de la vie courante pendant la maladie traumatique — y compris dans sa dimension psychique, celle des séquelles invisibles que les experts négligent. Deux mots comptent ici.

  • Personnelle. Le DFT ne regarde pas votre travail. Une victime sans emploi, retraitée, étudiante ou au foyer subit un déficit fonctionnel temporaire au même titre qu'un salarié, alors même qu'elle ne perd aucun revenu.
  • Temporaire. Le poste s'arrête à la consolidation, date à laquelle l'état est stabilisé. Au-delà, c'est le déficit fonctionnel permanent qui prend le relais.

Concrètement, l'expert doit raisonner sur vos actes de la vie courante : se laver, s'habiller, faire ses courses, conduire, s'occuper de ses enfants, sortir, recevoir, voyager, pratiquer ses activités habituelles. Il tient compte de votre âge et de votre mode de vie antérieur — la même fracture n'a pas les mêmes conséquences à 25 ans et à 75 ans.

Ce que le DFT absorbe, et ce qui reste indemnisé à part

C'est le point où les dossiers se perdent, dans les deux sens : réclamer séparément un préjudice déjà compris dans le DFT expose à un rejet pour double indemnisation ; à l'inverse, laisser fondre dans le DFT un poste autonome fait perdre une ligne entière de la réclamation.

Préjudice subi avant la consolidation Compris dans le DFT ? Ce qu'en dit la jurisprudence
Préjudice sexuel temporaire Oui Cass. 2e civ., 11 décembre 2014, n° 13-28.774
Préjudice d'agrément temporaire Oui Cass. 2e civ., 5 mars 2015, n° 14-10.758
Préjudice d'établissement subi avant consolidation Oui Cass. 2e civ., 25 avril 2024, n° 22-17.229
Souffrances endurées Non Poste temporaire distinct, coté de 1 à 7
Préjudice esthétique temporaire Non Poste temporaire distinct, à coter séparément
Pertes de gains professionnels actuels Non Poste patrimonial, cumulable avec le DFT
Assistance par tierce personne temporaire Non Poste patrimonial, cumulable avec le DFT

Les trois premières lignes surprennent souvent : la nomenclature classe le préjudice sexuel, le préjudice d'agrément et le préjudice d'établissement parmi les postes permanents. La Cour de cassation juge que, pour la période antérieure à la consolidation, ces atteintes sont déjà réparées par le déficit fonctionnel temporaire, qui couvre la perte des joies usuelles de l'existence. Après consolidation, en revanche, chacun redevient un poste autonome : voyez le préjudice sexuel, le préjudice d'agrément et le préjudice d'établissement.

💡 Ce que cela change dans votre réclamation : si vos difficultés intimes, l'arrêt de votre sport ou l'ajournement d'un projet familial se situent avant la consolidation, ils ne se réclament pas sur une ligne séparée — ils doivent être décrits pour justifier un déficit fonctionnel temporaire élevé sur les périodes concernées. La démonstration se fait dans le rapport d'expertise, pas dans le tableau de chiffrage.

Les périodes : là où se joue vraiment le montant

Le déficit fonctionnel temporaire ne se résume jamais à un chiffre unique. Il se découpe en périodes successives, chacune avec sa durée et son intensité. Un dossier correctement construit ressemble à une frise, pas à une ligne.

La gêne temporaire totale

Elle correspond aux moments où vous ne pouviez plus assurer seul les actes de la vie courante : hospitalisation, retour à domicile sans autonomie, immobilisation stricte. Toute période d'hospitalisation est, par principe, un déficit fonctionnel temporaire total. Et lorsque l'immobilisation se complique — phlébite sous plâtre, escarre, fonte musculaire : autant de suites qui prolongent et majorent le DFT —, chaque semaine supplémentaire doit entrer dans le calcul. Ces mêmes périodes ouvrent en parallèle un droit à l'assistance par tierce personne, que l'assureur omet fréquemment de retenir sur cette phase.

La gêne temporaire partielle

Elle couvre tout ce qui suit : la rééducation, le port d'un appareillage, la reprise progressive des activités, les mois où vous faites « presque » comme avant. Cette phase est souvent la plus longue du dossier, et c'est celle qui disparaît le plus souvent des évaluations.

Le piège du découpage

Un rapport qui conclut à « 45 jours de DFT total » sans mentionner la suite laisse entendre que la victime a retrouvé sa vie d'avant le jour de sa sortie. C'est rarement vrai. Chaque changement d'état — retrait d'un plâtre, fin des séances de kinésithérapie, reprise de la conduite — marque le début d'une nouvelle période à qualifier.

Les classes : une pratique, pas une règle de droit

Vous lirez partout que le DFT s'évalue « en classes ». C'est exact en pratique, mais il faut savoir d'où viennent ces classes : ni la loi ni la nomenclature Dintilhac ne fixent d'échelle. Le découpage par degrés provient des référentiels médico-légaux utilisés par les experts, et il varie de l'un à l'autre — certains raisonnent en classes I à IV, d'autres en pourcentages de la gêne totale, d'autres encore sur une échelle allant jusqu'à 5.

Deux conséquences pratiques. D'abord, ne vous battez pas sur le numéro de la classe, mais sur sa description : ce qui emporte la conviction, c'est le détail de ce que vous ne pouviez plus faire, pas l'étiquette. Ensuite, vérifiez toujours la correspondance retenue entre la classe et le pourcentage de gêne, car deux rapports utilisant le mot « classe 2 » peuvent désigner des réalités différentes.

Quant aux montants, ils dépendent d'une valeur journalière appliquée à chaque période, qui varie selon les référentiels et les juridictions. Les ordres de grandeur figurent sur notre tableau des cotations et montants d'indemnisation, et la logique d'ensemble des barèmes sur la page consacrée aux barèmes d'indemnisation.

Cinq erreurs qui coûtent des semaines d'indemnisation

  • Confondre DFT et arrêt de travail. Le premier relève de votre vie personnelle, le second de vos revenus. Ils se cumulent. Voyez la différence entre ITT et arrêt de travail.
  • Arrêter le compteur à la sortie de l'hôpital. La gêne partielle qui suit fait souvent le gros du volume.
  • Se taire sur l'intime. Les difficultés sexuelles, l'arrêt d'une activité, le report d'un projet de vie ne se réclament pas à part avant consolidation, mais ils justifient un déficit plus élevé — encore faut-il les mentionner à l'expert.
  • Accepter une expertise trop précoce. Une consolidation fixée trop tôt raccourcit mécaniquement la période de DFT. C'est l'un des motifs classiques de contestation d'une expertise.
  • Ne rien documenter. Un déficit non décrit est un déficit non retenu, quelle que soit sa réalité.

Comment prouver son DFT, même longtemps après

Les expertises interviennent souvent un à deux ans après l'accident, parfois davantage. La mémoire ne suffit pas : il faut reconstituer un calendrier.

  • Les pièces qui datent les périodes totales : bulletins de situation, comptes rendus d'hospitalisation, certificats d'immobilisation.
  • Les pièces qui datent les périodes partielles : prescriptions de kinésithérapie et leur durée, soins infirmiers à domicile, ordonnances d'appareillage, dates de reprise autorisée.
  • Les attestations de proches, qui décrivent le quotidien réel — qui faisait les courses, qui conduisait les enfants, ce que vous ne pouviez plus assurer.
  • Un journal daté, même reconstitué a posteriori à partir des rendez-vous médicaux, qui aide l'expert à raisonner période par période — et qui nourrira votre lettre de doléances remise avant l'examen.

Le détail des justificatifs utiles à chaque poste est repris dans notre guide sur les preuves à réunir poste par poste. Et parce que tout se joue le jour de l'examen, la question de l'assistance par un médecin de victime se pose dès la convocation.

DFT et pertes de revenus : deux postes, deux logiques

Le déficit fonctionnel temporaire est un préjudice extrapatrimonial : il répare une atteinte à la qualité de vie, indépendamment de toute conséquence financière. Les pertes de revenus subies pendant la même période relèvent d'un poste patrimonial distinct, les pertes de gains professionnels actuels, traité sur notre page consacrée à la perte de gains professionnels.

La confusion est entretenue par le vocabulaire : le sigle ITT désigne tantôt l'incapacité totale de travail au sens pénal, tantôt l'incapacité temporaire totale au sens civil — laquelle recouvre en réalité le DFT total. Cette distinction, qui décide de la qualification d'une infraction autant que du chiffrage d'un dossier, est détaillée sur la page ITT : incapacité totale de travail ou incapacité temporaire totale ?.

Enfin, n'attendez pas la fin du dossier pour obtenir des fonds : les périodes de DFT déjà acquises justifient une demande de provision en cours de procédure.

Questions fréquentes sur le déficit fonctionnel temporaire

Le déficit fonctionnel temporaire est-il la même chose qu'un arrêt de travail ?

Non, et la confusion coûte cher. L'arrêt de travail concerne votre activité professionnelle et se traduit par une perte de revenus, indemnisée au titre des pertes de gains professionnels actuels. Le DFT concerne votre vie personnelle. Les deux se cumulent, et une personne sans emploi subit un DFT même sans revenu perdu.

Le déficit fonctionnel temporaire s'arrête-t-il à la sortie de l'hôpital ?

Non. L'hospitalisation correspond à un DFT total, mais la période qui suit ouvre un déficit partiel jusqu'à la consolidation : immobilisation, rééducation, reprise progressive. C'est la sous-évaluation la plus fréquente.

Peut-on demander une indemnisation distincte pour le préjudice sexuel avant la consolidation ?

Non, en l'état de la jurisprudence : la Cour de cassation juge que le DFT intègre le préjudice sexuel subi pendant cette période (2e civ., 11 décembre 2014, n° 13-28.774). Après consolidation, ce préjudice redevient autonome.

Les classes de DFT sont-elles prévues par la loi ?

Non. Ni la loi ni la nomenclature Dintilhac ne fixent d'échelle : les classes viennent des référentiels médico-légaux et varient selon les experts. Ce qui compte est la description concrète de la gêne et le nombre de jours retenus.

Comment prouver son DFT deux ans après l'accident ?

Par la reconstitution documentaire : bulletins d'hospitalisation pour les périodes totales, prescriptions de kinésithérapie et d'appareillage pour les périodes partielles, attestations de proches pour le quotidien, et un journal daté des étapes médicales.

Les souffrances endurées sont-elles comprises dans le DFT ?

Non. Elles constituent un poste temporaire distinct, coté de 1 à 7, tout comme le préjudice esthétique temporaire. Voyez notre page sur les souffrances endurées.

Faire retenir toutes vos périodes

Un déficit fonctionnel temporaire correctement découpé pèse lourd dans une indemnisation, et personne ne le reconstituera à votre place après coup. Si vous êtes convoquée à une expertise ou si un rapport vous paraît avoir escamoté des mois entiers de votre vie, un premier échange permet de le vérifier : 06 84 28 25 95. Le cabinet intervient à Lille et à Paris, et la préparation de l'examen médical se joue en amont — voyez comment bien préparer son expertise médicale.

 

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L'ESSENTIEL EN BREF

  • Le DFT répare la vie personnelle perturbée avant la consolidation, pas les revenus.
  • Il se calcule par périodes : totale pendant l'hospitalisation, partielle ensuite.
  • Il absorbe le préjudice sexuel, d'agrément et d'établissement temporaires.
  • Il ne recouvre pas les souffrances endurées ni le préjudice esthétique temporaire.
  • Les classes ne sont pas légales : c'est la description qui compte.

Où le DFT s'arrête et où commence le DFP

La consolidation est la frontière. Avant elle, tout ce qui touche à votre vie quotidienne relève du déficit fonctionnel temporaire. Après elle, les séquelles définitives sont évaluées au titre du déficit fonctionnel permanent, exprimé en pourcentage sur une échelle de 0 à 100 %, que l'on désigne aussi par l'expression atteinte à l'intégrité physique et psychique (AIPP).

Ce taux permanent obéit à une tout autre logique de calcul, fondée sur une valeur du point qui dépend du taux retenu et de l'âge de la victime.

À lire : Combien vaut 1 point d'AIPP ? Barèmes, calcul et montants réels

À lire : Durée d'ITT sous-évaluée : comment la faire corriger

À lire : Combien vais-je toucher après un accident ?

Les postes temporaires de la nomenclature Dintilhac

Le DFT n'est qu'un poste parmi ceux qui couvrent la période antérieure à la consolidation. Réclamer l'un ne dispense jamais de réclamer les autres.

Préjudices patrimoniaux temporaires

  • Dépenses de santé actuelles (DSA)
  • Frais divers (FD)
  • Perte de gains professionnels actuels (PGPA)

Préjudices extrapatrimoniaux temporaires

  • Déficit fonctionnel temporaire (DFT)
  • Souffrances endurées (SE)
  • Préjudice esthétique temporaire (PET)

Le détail complet des postes permanents figure sur la page nomenclature Dintilhac.

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