1. Sortir de la « mauvaise conscience » de l’indemnisation
Il est fréquent de ressentir une certaine gêne à l'idée de « monnayer ses larmes ». Cette « mauvaise conscience » hante parfois les tribunaux, ce qui peut conduire à des indemnisations trop faibles ou à un manque de reconnaissance de la douleur réelle des familles.
Pourtant, il faut être clair : l'argent ne remplace pas l'affection. La jurisprudence reconnaît que la perte est incommensurable, mais elle refuse de laisser les victimes seules face à l'absurdité du drame.
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2. Un symbole de justice face à la fatalité
Là où le destin frappe de manière aveugle, le droit intervient pour rétablir un équilibre.
- La reconnaissance sociale : Recevoir une indemnité est une preuve que la société reconnaît votre perte comme une injustice et non comme une simple fatalité.
- La responsabilité : La réparation monétaire rappelle que le responsable a une dette envers vous.
- Un pont vers la raison : Passer par une procédure (expertises, preuves, débats) permet de mettre des mots et de la rationalité sur un événement qui n'en a aucun.
3. Ce que l’on répare vraiment : la rupture d’un lien unique
Contrairement aux idées reçues, le droit ne prétend pas « réparer la mort » au sens littéral. Ce qui est indemnisé, à travers le préjudice d'affection, c’est la rupture de la relation affective.
On évalue la perte de tout ce que ce proche vous apportait concrètement au quotidien :
- Le soutien moral et l’écoute.
- L’entraide et la présence rassurante.
- Les projets communs et les bénéfices affectifs liés à cette relation singulière.
4. L'argent comme outil de liberté pour l’avenir
Comme le soulignait l'écrivain Jorge Luis Borges, l'argent est avant tout « du temps à venir ». Une fois l'indemnité versée, la victime dispose d'une liberté absolue sur son usage :
- Améliorer ses conditions de vie ou s'offrir un moment de répit.
- Faire un don à une cause chère au défunt.
- Assurer l'avenir de sa famille.
Cette liberté est le contraire d'un avilissement : c'est une manière pour la vie de reprendre ses droits sur la mort.
À retenir : La réparation monétaire est un « simulacre de justice » imparfait, mais c'est le seul moyen dont dispose notre société pour ne pas rester silencieuse devant votre douleur.
Maître Joëlle Marteau-Péretié, Avocat en Droit du Dommage Corporel à Lille


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