📌 En bref
Une collision entre deux kitesurfeurs n'oblige pas la victime à prouver une faute. Celui qui a la garde de son aile en répond de plein droit, sur le fondement de l'article 1242, alinéa 1er, du Code civil, et l'acceptation des risques ne lui est plus opposable depuis 2010. La loi de 2012 qui a rétabli une immunité entre sportifs ne couvre que les dommages matériels : le dommage corporel en reste entièrement exclu. Deuxième levier, souvent ignoré : le kitesurf est encadré par la réglementation de la plaisance — vitesse limitée à 5 nœuds dans la bande des 300 mètres, aide à la flottabilité et moyen de repérage lumineux au-delà, marquage de la voile. Chaque manquement constitue une faute documentée, et chaque règle respectée protège le pratiquant mis en cause. Les mêmes mécanismes valent pour le surf, le paddle, la planche à voile et le char à voile. Voir les règles de navigation applicables.
Article mis à jour le 17 septembre 2026
Me Joëlle Marteau-Péretié, avocate en droit du dommage corporel, vous guide dans les étapes qui mènent à la réparation intégrale de vos préjudices.
1. Collision entre pratiquants : vous n'avez pas à prouver de faute
1.1. La garde de l'aile, et ce qu'elle entraîne
Les accidents de kitesurf échappent à la loi du 5 juillet 1985, réservée aux véhicules terrestres à moteur : ils relèvent du droit commun. Mais le droit commun offre ici bien mieux qu'un régime de faute. L'article 1242, alinéa 1er, du Code civil rend le gardien d'une chose responsable des dommages qu'elle cause, sans qu'aucune faute ait à être établie.
Le gardien est celui qui exerce sur l'aile les pouvoirs d'usage, de direction et de contrôle. Concrètement, le kitesurfeur harnaché à sa barre est le gardien de son aile et de sa planche. Si son aile vous heurte, vous n'avez pas à démontrer qu'il a mal manœuvré : il vous suffit d'établir que la chose est intervenue dans la réalisation de votre dommage. C'est une différence considérable, car la preuve d'une faute en mer — sans témoin, sans trace, souvent sans autre récit que celui des deux intéressés — est presque toujours hors d'atteinte. Le principe général est détaillé sur notre page responsabilité civile et indemnisation.
1.2. L'acceptation des risques ne vous est plus opposable
L'argument revient systématiquement : « en montant sur une planche, vous acceptiez le risque ». Il a été écarté. Par un arrêt du 4 novembre 2010 (Cass. 2e civ., n° 09-65.947), la Cour de cassation a jugé que la victime d'un dommage causé par une chose peut invoquer la responsabilité de son gardien sans que l'acceptation des risques puisse lui être opposée.
Le législateur a réagi deux ans plus tard, sous la pression des fédérations, par la loi n° 2012-348 du 12 mars 2012, qui a créé l'article L. 321-3-1 du Code du sport. Et c'est ici que se joue l'essentiel : ce texte ne rétablit l'immunité du pratiquant que pour les dommages matériels causés à un autre pratiquant, pendant une manifestation sportive ou un entraînement, sur un lieu réservé à cette pratique. Le dommage corporel en est exclu. Autrement dit : votre aile déchirée ne sera peut-être pas indemnisée, mais vos vertèbres le seront.
Cette distinction est mal connue, y compris de certains assureurs, qui invoquent encore l'acceptation des risques pour refuser un dossier corporel. C'est un argument à démonter systématiquement — la mécanique générale est exposée sur notre page consacrée aux refus d'assurance après un accident de sport extrême. Et si l'école ou le club vous a fait signer un document avant la session, sachez qu'une décharge de responsabilité ne vous prive pas de vos droits en matière corporelle.
1.3. Ce que les règles de priorité changent — et ce qu'elles ne changent pas
Une confusion fréquente mérite d'être levée. Les règles de priorité entre engins — celle qui navigue tribord amures, celle qui est sous le vent, celle qui saute — servent à caractériser une faute. Elles ne conditionnent pas la responsabilité du gardien, qui joue indépendamment de tout manquement.
Leur utilité est ailleurs, et elle est double. D'abord, elles verrouillent le dossier : un manquement aux règles de priorité ajoute un fondement fautif au fondement objectif, ce qui rend la contestation plus difficile. Ensuite, et surtout, elles servent à répondre à l'argument inverse — celui que l'assureur adverse opposera à la victime pour réduire son indemnisation en invoquant sa propre faute. Établir que vous étiez, vous, dans votre droit, protège votre créance.
2. La réglementation maritime : votre meilleure source de preuve
C'est le levier que les dossiers de kitesurf exploitent le moins, alors qu'il est le plus solide. La pratique n'est pas libre : elle est encadrée par la division 240 du règlement de sécurité des navires, et par les arrêtés des préfets maritimes et des maires, qui fixent ensemble des obligations précises. Chacune se vérifie après coup — un gilet retrouvé, une voile non marquée, une trace GPS — et chacune produit un effet juridique.
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La règle |
Ce qu'elle impose |
Son effet dans un dossier |
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Bande des 300 mètres |
Vitesse limitée à 5 nœuds (environ 9 km/h) et navigation prudente à proximité du rivage |
Le dépassement de vitesse près d'une zone fréquentée caractérise la faute du pratiquant mis en cause |
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Distance d'éloignement |
Navigation diurne, à 2 milles au plus d'un abri |
Au-delà, le pratiquant sort du cadre réglementaire : sa propre faute devient opposable |
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Aide à la flottabilité |
Au-delà de 300 mètres, équipement de 50 newtons au minimum, ou combinaison portée |
Son absence est retenue contre le pratiquant, et discutée quand la victime se noie après le choc |
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Moyen de repérage lumineux |
Lampe flash ou bâton lumineux étanche, 6 heures d'autonomie |
Déterminant dans les accidents de fin de journée et les recherches en mer |
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Marquage de la voile |
Identifiants du propriétaire apposés sur l'aile |
C'est souvent le seul moyen d'identifier l'auteur d'une collision qui a quitté le spot |
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Arrêtés municipaux et préfectoraux |
Le maire peut délimiter les zones et restreindre l'accès ou la vitesse |
Un arrêté interdisant la pratique sur la zone de l'accident change la lecture du dossier |
Le réflexe à prendre est simple : demandez sans attendre à la mairie et à la préfecture maritime copie des arrêtés en vigueur à la date de l'accident, et faites constater l'état du matériel avant qu'il ne soit remisé. Ces pièces se perdent en quelques semaines et ne se reconstituent pas.
Lorsque la victime est un baigneur, la question se déplace vers la surveillance de la zone et les pouvoirs de police du maire, qui obéissent à leur propre logique : voyez notre page sur la responsabilité en cas de noyade sur une plage surveillée.
3. Qui répond, selon la configuration de l'accident
Le fondement à retenir dépend de qui a causé le dommage et dans quel cadre. Le tableau ci-dessous donne le régime applicable et la pièce qui, en pratique, emporte la décision.
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La configuration |
Le fondement |
La pièce décisive |
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Collision avec un autre kitesurfeur |
Garde de la chose, article 1242 alinéa 1er du Code civil — aucune faute à prouver |
L'identification de l'auteur : marquage de la voile, témoins, photographies du spot |
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Choc avec un baigneur ou un promeneur |
Même fondement, la victime étant tiers à la pratique |
La position de l'accident par rapport à la zone de baignade et aux 300 mètres |
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Accident pendant un cours ou un stage |
Obligation de sécurité de l'école, contractuelle |
Le programme de formation, la fiche météo du jour, les attestations des autres stagiaires |
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Rupture du leash, largueur défaillant, aile défectueuse |
Responsabilité du fait des produits défectueux (articles 1245 et suivants du Code civil) |
Le matériel lui-même, conservé en l'état et expertisé avant toute réparation |
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Matériel loué en mauvais état |
Obligation contractuelle du loueur de délivrer un matériel conforme |
Le contrat de location, l'état des lieux de sortie, les photographies datées |
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Aucun tiers en cause |
Garantie Accidents de la Vie, assurance de la licence, prévoyance |
Le contrat : seuil d'AIPP, plafonds et exclusions se lisent ligne à ligne |
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Auteur identifié mais non assuré |
Action directe impossible ; recours contre son patrimoine, ou garanties personnelles de la victime |
Le FGAO n'intervient pas : il est réservé aux accidents de la circulation et de chasse |
Un point mérite d'être souligné, car il surprend souvent : contrairement à ce qui se passe sur la route, aucun fonds de garantie ne prend le relais lorsque l'auteur d'une collision nautique est insolvable ou n'a pas été retrouvé. C'est ce qui rend le marquage de la voile et le recueil immédiat des témoignages décisifs — la même difficulté se retrouve pour les victimes d'un accident de jet-ski.
4. L'accident en école : l'obligation de sécurité du moniteur
Une part importante des accidents graves survient en stage, dans une école affiliée à la Fédération française de vol libre. L'école est alors tenue d'une obligation contractuelle de sécurité, dont l'intensité varie selon le rôle du pratiquant : plus l'élève est passif et dépendant des consignes, plus l'obligation se rapproche du résultat ; plus il est autonome sur l'eau, plus elle s'apprécie en moyens.
Trois manquements reviennent. Le choix du spot et du créneau, d'abord : mettre à l'eau un débutant par vent fort, ou sur une zone encombrée, caractérise la faute. La vérification du matériel ensuite — aile, barre, lignes, leash, largueur — qui incombe à l'école et non à l'élève. La formation enfin, et en particulier l'apprentissage du largueur de sécurité : un élève qui s'envole faute d'avoir su déclencher son largueur pose directement la question de ce qui lui a été enseigné, et comment.
Ce qui décide ces dossiers n'est presque jamais le récit, mais les pièces : le programme pédagogique, la fiche météo du jour, le registre de matériel, et les attestations des autres stagiaires — à recueillir dans les jours qui suivent, pendant que le groupe est encore joignable. La logique est comparable à celle des accidents en salle de sport, où l'encadrement professionnel supporte une obligation de même nature.
5. Matériel défaillant : fabricant et loueur
Un leash qui se rompt, un largueur qui ne déclenche pas, une couture qui lâche sous rafale : le défaut du produit ouvre une action propre. Les articles 1245 et suivants du Code civil, issus de la loi du 19 mai 1998, rendent le producteur responsable du dommage causé par un défaut de son produit, indépendamment de toute faute et de tout contrat. Le loueur, lui, répond sur le terrain contractuel : il doit délivrer un matériel en état de servir à l'usage convenu.
Dans les deux cas, la règle pratique est la même et elle est absolue : ne rendez pas le matériel, ne le faites pas réparer. Conservez-le en l'état, photographiez-le sur place, et faites-le expertiser. Un largueur remplacé par le loueur le lendemain de l'accident est une preuve perdue, et elle ne se reconstitue pas.
6. Quand aucun tiers n'est en cause
Un envol sur rafale, une chute sans autre pratiquant à proximité : il n'y a alors ni gardien à rechercher, ni faute à caractériser. Seules vos propres garanties interviennent — Garantie Accidents de la Vie, assurance liée à la licence fédérale, contrat de prévoyance, parfois garantie d'une carte bancaire si le séjour a été réglé avec une carte bancaire dont la garantie accident joue.
Trois paramètres commandent alors tout, et se lisent avant l'accident bien plus utilement qu'après : le seuil d'AIPP en deçà duquel rien n'est dû, le plafond d'indemnisation, et les exclusions — dont celles qui visent nommément les sports de glisse ou la pratique hors club. Le même contrat couvre par ailleurs les accidents de la vie courante, ce qui explique que ses limites soient si souvent découvertes trop tard.
7. Des séquelles lourdes, une expertise à préparer
Le kitesurf produit des blessures d'une gravité particulière : traumatismes crâniens, fractures vertébrales, lésions médullaires, polytraumatismes par traînée au sol ou impact sur obstacle. Ce sont précisément les tableaux où l'écart entre une expertise subie et une expertise préparée se chiffre le plus lourdement. Le cadre commun à toutes les disciplines est exposé sur notre page accident de sport et indemnisation.
Deux réflexes changent l'issue. Être assisté d'un médecin de recours indépendant de l'assureur, d'abord, qui décrit les limitations fonctionnelles réelles plutôt que la seule lésion. Et arriver avec un dossier médical complet, ce qui suppose de l'avoir réclamé tôt : préparer l'expertise médicale est un travail qui commence des semaines avant la convocation.
Un poste mérite une vigilance propre à ce sport. Le préjudice d'agrément répare l'impossibilité de poursuivre une activité déterminée : pour un kitesurfeur régulier, il est substantiel, et il se prouve — licence, photographies, inscriptions à des sessions, témoignages. Sans ces pièces, il est évalué au minimum, voire écarté. Les autres postes suivent la nomenclature Dintilhac, et l'ensemble relève du droit du dommage corporel.
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Poste de préjudice |
Ce qu'il répare après un accident de kitesurf |
Ce qui le fait reconnaître |
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Les séquelles définitives : rachis, membre, fonctions neurologiques |
Le taux retenu à l'expertise, et sa discussion contradictoire |
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La gêne dans les actes de la vie courante jusqu'à la consolidation |
Les périodes d'hospitalisation, d'immobilisation et de rééducation, jour par jour |
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Les douleurs physiques et psychiques du parcours de soins |
Le nombre d'interventions, la durée de la rééducation, la douleur résiduelle |
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Cicatrices de traînée au sol, séquelles visibles, boiterie |
La distinction entre esthétique temporaire et permanent, souvent confondus |
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L'impossibilité de reprendre le kite, et les autres activités abandonnées |
Licence, photographies, réservations, attestations : un poste de preuve avant tout |
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La dévalorisation sur le marché du travail et la pénibilité accrue |
Elle se distingue des pertes de gains et se cumule avec elles |
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Troubles cognitifs, fatigabilité, modification du caractère |
Une évaluation neuropsychologique dédiée, que le bilan somatique ne remplace pas |
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Aide humaine, aménagement du logement et du véhicule, frais futurs à vie |
Une évaluation globale des besoins, capitalisée sur l'espérance de vie |
8. Surf, paddle, planche à voile, char à voile : les mêmes règles, d'autres limites
Le raisonnement de cette page ne vaut pas que pour le kite. Une planche de surf, un paddle, une planche à voile ou un char à voile sont des choses dont le pratiquant a la garde : si l'un d'eux vous heurte, l'article 1242, alinéa 1er, joue sans faute à prouver, et l'acceptation des risques ne vous est pas davantage opposable pour vos blessures. Aucun n'est un véhicule terrestre à moteur, pas même le char à voile qui roule sur le sable : la loi Badinter reste hors jeu. Ce qui change d'une pratique à l'autre, c'est la réglementation, et donc les fautes qu'elle permet d'établir.
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La pratique |
Ce que prévoit la réglementation |
Ce qu'il faut vérifier après un choc |
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Surf, bodyboard |
Le surf est un engin de plage : de jour, à 300 mètres au plus d'un abri. Le bodyboard, que le texte ne nomme pas, se pratique dans la même zone |
La zone de l'accident : baignade, surf autorisé ou interdit, selon l'arrêté municipal du jour |
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Paddle gonflable, ou de moins de 3,50 m |
Engin de plage : de jour, à 300 mètres au plus d'un abri |
La distance du rivage, les consignes données par le loueur ou l'école |
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Paddle rigide de 3,50 m ou plus |
Jusqu'à 2 milles d'un abri, de jour, relié au pratiquant par un leash ; au-delà de 300 mètres, aide à la flottabilité, moyen lumineux et ligne de remorquage |
Le leash et l'équipement, si l'accident est survenu loin du bord |
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Planche à voile |
Jusqu'à 2 milles d'un abri, de jour ; au-delà de 300 mètres, aide à la flottabilité de 50 newtons ou combinaison, et moyen lumineux. Pas de marquage obligatoire : il est réservé à l'aile de kite |
La vitesse dans la bande des 300 mètres, et des témoins pour identifier l'auteur |
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Char à voile |
Aucune règle de navigation : zones et horaires de pratique fixés par arrêté municipal sur l'estran |
L'arrêté en vigueur, la présence de promeneurs dans la zone, l'encadrement par une école ou un club |
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Longe-côte |
Marche dans l'eau, sans engin : aucune règle de navigation, mais les zones fixées par le maire s'appliquent |
Ce qui a heurté le marcheur, et l'encadrement de la sortie par le club |
Deux règles de terrain complètent ce cadre. Dans la bande des 300 mètres, c'est le maire qui fixe par arrêté les zones de baignade, les zones réservées aux engins et les chenaux de passage (article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales). Une planche qui heurte un baigneur dans une zone de baignade où elle n'avait rien à faire, c'est une faute qui s'ajoute à la garde. Hors des zones et des heures surveillées, le même article prévoit que baignades et activités nautiques se pratiquent aux risques et périls des intéressés : cette formule vise la surveillance due par la commune, elle n'efface pas la responsabilité du surfeur qui percute un baigneur. Quant aux usages du surf, priorité au surfeur le plus proche du pic, ne pas lâcher sa planche devant un autre, ce ne sont pas des textes : ce sont des règles enseignées dans les écoles, qui servent, comme les règles de priorité du kite, à caractériser une faute.
Le reste suit les mêmes chemins qu'en kite. L'école de surf ou de char à voile est tenue de la même obligation de sécurité (section 4) ; le loueur de paddle répond du matériel et des consignes données au départ, décisives par vent de terre, qui pousse vers le large (section 5). Lorsque c'est un bateau ou un jet-ski qui a percuté le surfeur ou le marcheur, le régime change : voir nos pages sur l'accident en bateau de plaisance et l'accident de jet-ski. Le longe-côte, enfin, se pratique souvent en groupe et en club : le club répond de l'encadrement de la sortie, et le marcheur heurté par une planche ou une aile garde son action contre celui qui en avait la garde.
Questions fréquentes
La loi Badinter s'applique-t-elle à un accident de kitesurf ?
Non. La loi du 5 juillet 1985 est réservée aux accidents impliquant un véhicule terrestre à moteur. Une aile de kite n'en est pas un. C'est le droit commun qui s'applique — ce qui, contrairement à ce que l'on croit souvent, reste très protecteur : la responsabilité du gardien de la chose joue sans qu'aucune faute ait à être prouvée.
L'autre pratiquant invoque l'acceptation des risques. Est-ce recevable ?
Pas pour un dommage corporel. La Cour de cassation a écarté cet argument en 2010, et la loi du 12 mars 2012 qui a rétabli une immunité entre sportifs ne vise que les dommages matériels, et seulement pendant une manifestation ou un entraînement sur un lieu réservé. Vos blessures restent indemnisables.
Le responsable a quitté le spot sans laisser ses coordonnées. Que faire ?
Agissez dans l'heure. Photographiez les lieux et le matériel, relevez les identifiants portés sur les voiles présentes, recueillez les coordonnées de tout témoin, et signalez l'accident à l'école ou au club qui exploite le spot. Le marquage obligatoire de la voile est fréquemment le seul fil conducteur. Sachez qu'aucun fonds de garantie ne prend le relais en matière nautique : sans identification, il ne reste que vos propres contrats.
Ma faute peut-elle réduire mon indemnisation ?
Oui, si elle est établie et a contribué au dommage : navigation dans une zone interdite, vitesse excessive dans la bande des 300 mètres, absence d'équipement obligatoire. D'où l'intérêt de documenter très tôt que vous étiez, vous, dans le cadre réglementaire. C'est le terrain sur lequel l'assureur adverse travaille en priorité. En école, en revanche, le moniteur qui n'a pas donné de consignes de sécurité adaptées à votre niveau ne peut plus vous opposer votre imprudence : c'est la portée de l'arrêt du 29 mai 2026.
L'école peut-elle s'exonérer par une clause signée avant le stage ?
Non, pas pour vos blessures. La fiche remplie le premier jour du stage, avec sa mention « l'élève décharge l'école de toute responsabilité », ne joue pas en matière corporelle. Elle peut même servir votre dossier : le niveau déclaré, le matériel fourni, le programme annoncé y sont souvent écrits, et ils montrent ce que l'école s'était engagée à faire ce jour-là, sur ce spot. Gardez-en une copie.
Je pratiquais sans licence ni assurance. Ai-je encore des droits ?
Vos droits contre un tiers responsable sont intacts : l'absence de licence ne les conditionne pas. Ce que vous perdez, c'est le filet — la garantie individuelle accident attachée à la licence, qui intervient précisément lorsque personne n'est responsable. En l'absence de tiers et de contrat, il n'y a pas d'indemnisation.
Un surfeur m'a percuté avec sa planche : dois-je prouver une faute ?
Non. Le surfeur a la garde de sa planche : si elle vous a heurté, il en répond sans que vous ayez à prouver une faute, et il ne peut pas vous opposer l'acceptation des risques pour vos blessures. Il pourra seulement discuter votre propre faute, par exemple si vous vous baigniez dans une zone réservée à la glisse. Relevez son identité sur place : aucun fonds de garantie ne paie à la place d'un surfeur introuvable.
Combien de temps ai-je pour agir ?
Dix ans, mais comptés à partir de la consolidation, le jour où l'expert constate que votre état n'évoluera plus (article 2226 du Code civil) : après une fracture vertébrale ou un traumatisme crânien, ce jour arrive souvent bien après la saison de l'accident. Ce délai long ne doit pas retarder ce qui se fait sur le spot, témoins, voile, matériel, et qui se perd en quelques semaines. Une offre de l'assureur, enfin, n'arrête pas le compteur : l'arrêt du 17 septembre 2026 l'a rappelé.
Ce qu'il faut retenir
Trois idées à contre-courant de ce que l'on entend sur les spots. Vous n'avez pas à prouver la faute du kitesurfeur qui vous a percuté : la garde de son aile suffit. L'acceptation des risques ne vous est pas opposable pour vos blessures, quoi qu'en dise l'assureur. Et la réglementation de la division 240 travaille dans les deux sens : elle fonde la faute de l'autre, et elle protège celui qui l'a respectée.
Ce qui se perd, en revanche, se perd vite : l'identification de l'auteur, les témoins, l'état du matériel, les arrêtés en vigueur ce jour-là. Les premières quarante-huit heures pèsent plus lourd que les mois qui suivront.
Le cabinet intervient en droit du dommage corporel et en droit des assurances, à Lille et à Paris. Les honoraires font l'objet d'une convention écrite : un honoraire correspondant aux diligences accomplies, complété par un honoraire de résultat (article 10 de la loi du 31 décembre 1971). Contacter le cabinet.
Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes
- Répondre — Contrer le refus de l'assureur après un sport de glisse. Acceptation des risques, exclusions, décharge signée : les arguments qui ne tiennent pas.
- Chiffrer — Faire reconnaître le préjudice d'agrément. Licence, sessions, photos : ce qui prouve une pratique régulière.
- Préparer — Arriver prêt à l'expertise médicale. Dossier complet et médecin de recours, avant la convocation.
Sources
Textes. Article 1242, alinéa 1er, du Code civil (responsabilité du fait des choses) ; articles 1245 et suivants du Code civil, issus de la loi n° 98-389 du 19 mai 1998 (produits défectueux) ; article L. 321-3-1 du Code du sport, créé par la loi n° 2012-348 du 12 mars 2012 ; article 2226 du Code civil (prescription décennale) ; division 240 du règlement annexé à l'arrêté relatif à la sécurité des navires de plaisance, notamment articles 240-1.02 (définitions : engins de plage, dont les surfs ; planche à voile ; planche aérotractée), 240-2.08 (engins de plage limités à 300 mètres d'un abri) et 240-2.11 (planches à voile et aérotractées : navigation diurne, 2 milles, équipement au-delà de 300 mètres) ; article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales (police des baignades et des activités nautiques dans la bande des 300 mètres) ; article 10 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971.
Jurisprudence. Cass. ass. plén., 29 mai 2026, n° 23-20.005 (séjour de vacances : faute de consignes adaptées au public accueilli, l'imprudence de la victime ne réduit pas sa réparation). Cass. 2e civ., 4 novembre 2010, n° 09-65.947 — la victime d'un dommage causé par une chose peut invoquer la responsabilité de son gardien sans que l'acceptation des risques lui soit opposée.
Ressources. Guide « Les loisirs nautiques en mer », ministère chargé de la mer — règles applicables aux planches aérotractées, aux engins de plage et au paddle, vitesse limitée à 5 nœuds dans la bande des 300 mètres ; arrêtés des préfets maritimes réglementant la navigation dans la bande littorale (par exemple, arrêté du préfet maritime de l'Atlantique n° 2011/46 du 8 juillet 2011) ; fiche « Stand up paddle » du pôle ressources national des sports de nature (sportsdenature.gouv.fr) ; Fédération française de vol libre, cadre réglementaire de la pratique du kite.
Les règles de navigation rappelées ici peuvent être complétées par des arrêtés municipaux ou préfectoraux propres à chaque zone : vérifiez ceux applicables à votre spot et à la date de l'accident.


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