La nomenclature Dintilhac dit ce qu'est chaque poste de préjudice. Le guide de constitution du dossier dit comment classer et transmettre vos pièces. Cette page répond à une troisième question, celle que l'assureur pose réellement : pour ce poste-là, quel document faut-il produire ? Vingt-trois postes, vingt-trois listes.
📌 En bref. Un poste de préjudice qui n'est pas justifié n'est pas indemnisé : l'assureur ne va pas chercher la pièce manquante, il retire la ligne. Pour chacun des vingt-trois postes de la nomenclature Dintilhac, il existe une pièce qui emporte la discussion — le relevé de remboursement pour les dépenses de santé, le rapport d'ergothérapeute pour la tierce personne, la licence sportive antérieure pour le préjudice d'agrément, les relevés d'appels pour le préjudice d'attente. Plusieurs de ces pièces ne se fabriquent pas après coup : les photos prises pendant les soins et le journal quotidien de la gêne n'ont pas d'équivalent rétroactif. Le tableau des vingt-trois postes donne, pour chacun, la pièce décisive et la page qui en détaille le chiffrage.
⚠ Ce que vous ne trouverez pas ici. Aucun montant, aucune fourchette, aucun barème : cette page traite de la pièce à produire, pas de la valeur du poste — c'est l'objet des pages dédiées, en quatrième colonne du tableau. Pas de définition non plus : la nomenclature Dintilhac s'en charge. Ni l'organisation matérielle du dossier — bordereau, numérotation, envoi — qui relève du guide de constitution. Enfin, le moment où chaque pièce se constitue est traité dans notre article sur la manière de prouver ses préjudices étape par étape.
Les 23 postes en un coup d'œil : la pièce qui emporte, la page qui chiffre
Ce tableau est l'ossature de tout ce qui suit. Chaque ligne renvoie ensuite à la liste complète des justificatifs du poste, détaillée plus bas.
|
N° |
Poste de préjudice |
La pièce qui emporte la discussion |
Où le poste se chiffre |
|---|---|---|---|
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1 |
Dépenses de santé actuelles (DSA) |
Relevés de remboursement sécurité sociale et mutuelle, qui seuls établissent le reste à charge |
— |
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2 |
Frais divers (FD) |
Relevés kilométriques datés et honoraires du médecin de recours |
|
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3 |
Perte de gains professionnels actuels (PGPA) |
Bulletins de salaire des 12 mois précédant l'accident |
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|
4 |
Déficit fonctionnel temporaire (DFT) |
Journal quotidien de la gêne, daté jour par jour |
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|
5 |
Dépenses de santé futures (DSF) |
Devis chiffrés avec durée de vie estimée du matériel |
|
|
6 |
Perte de gains professionnels futurs (PGPF) |
Notification d'inaptitude et attestation de l'employeur sur l'impossibilité de maintien au poste |
— |
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7 |
Incidence professionnelle (IP) |
Fiche de poste avant et après, côte à côte |
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8 |
Perte de droits à la retraite |
Relevé de situation individuelle avant et après l'arrêt |
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9 |
Assistance par tierce personne (ATP) |
Rapport d'ergothérapeute chiffrant les heures, acte par acte |
|
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10 |
Frais de logement adapté |
Rapport d'ergothérapeute + un devis par aménagement |
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11 |
Frais de véhicule adapté |
Devis d'adaptation, ou coût du transport alternatif sur la durée de vie |
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12 |
Souffrances endurées (SE) |
Journal de douleur coté de 0 à 10, tenu au quotidien |
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13 |
Préjudice esthétique temporaire (PET) |
Photos datées prises pendant les soins — irrattrapables ensuite |
— |
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14 |
Déficit fonctionnel permanent (DFP) |
Rapport du médecin de recours, en regard de celui de l'assureur |
|
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15 |
Préjudice esthétique permanent (PEP) |
Description médicale chiffrée : surface, relief, couleur, visibilité |
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16 |
Préjudice d'agrément (PA) |
Licences sportives des 3 à 5 années antérieures |
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17 |
Préjudice sexuel (PS) |
Un certificat médical mentionnant le trouble — sans détail |
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18 |
Préjudice d'établissement (PEt) |
Trace écrite d'un projet familial antérieur à l'accident |
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19 |
Préjudices permanents exceptionnels (PPE) |
Documentation de la spécificité qui n'entre dans aucune autre case |
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20 |
Préjudice d'affection (PAff) |
Preuve du lien réel, pas seulement du lien de droit |
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21 |
Préjudice économique des proches |
Justificatifs de la part du défunt ou du blessé dans les charges du foyer |
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22 |
Préjudice d'accompagnement |
Attestation de l'employeur du proche sur la réduction d'activité |
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23 |
Préjudice d'attente et d'inquiétude |
Relevés d'appels démontrant les tentatives répétées de joindre la victime |
💡 Bon à savoir. Cette checklist est téléchargeable en PDF : demandez-la au cabinet.
La règle d'or : classer par poste, pas par date
La plupart des victimes rangent leurs pièces dans l'ordre où elles arrivent. C'est le classement le plus naturel et le moins utile : au moment de réclamer, il faut reconstituer poste par poste ce qui était rangé mois par mois, et c'est à ce moment-là que l'on s'aperçoit qu'un poste entier n'a aucune pièce derrière lui.
Ouvrez donc vingt-trois dossiers, physiques ou numériques, portant le nom des vingt-trois postes, et rangez chaque document dans celui auquel il sert — quitte à le mettre en double. Un poste dont le dossier reste vide au fil des mois est un signal : soit il ne vous concerne pas, soit vous ne réunissez pas ce qu'il faudrait. Le bon moment pour constituer chacune de ces pièces est traité à part, dans notre article sur le moment où intervient la consolidation.
Certaines pièces ne dépendent pas de vous : elles doivent vous être remises, dans des délais que la loi fixe. Votre dossier médical, par exemple, doit vous être communiqué sous huit jours — voyez comment récupérer votre dossier médical après un accident. Réclamez-les dès maintenant, pendant que les autres pièces s'accumulent.

Les préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation)
Poste 1 — Dépenses de santé actuelles (DSA)
Ce poste couvre tous les frais médicaux engagés depuis l'accident jusqu'à la consolidation, non remboursés par la Sécurité sociale et la mutuelle.
Justificatifs indispensables :
-
Certificat médical initial (CMI) — la pièce fondatrice de tout le dossier, délivrée le jour de l'accident. Si vous ne l'avez pas, demandez-le immédiatement via le modèle de demande de dossier médical
-
Comptes rendus d'hospitalisation et de consultation, dans l'ordre chronologique
-
Ordonnances et reçus de pharmacie — tout conserver, même les petits montants
-
Factures de kinésithérapie, orthoptie, ostéopathie, psychologue
-
Devis et factures de prothèses, orthèses, appareillages
-
Relevés de remboursement Sécurité sociale + mutuelle — pour calculer le reste à charge exact
-
Factures de transport médicaux (ambulance, VSL, taxi sanitaire)
Erreur fréquente : ne conserver que les grosses factures. Un reçu de pharmacie à 8 € multiplié par 200 ordonnances, c'est 1 600 € — soit plusieurs points de négociation.
Poste 2 — Frais divers (FD)
Ce poste, souvent oublié, couvre les frais accessoires directement liés à l'accident — non médicaux mais induits par la situation de handicap temporaire. C'est aussi ce poste qui absorbe les honoraires du médecin que vous mandatez pour vous assister à l'expertise.
Justificatifs indispensables :
-
Factures de garde d'enfants rendues nécessaires par l'incapacité du parent accidenté
-
Frais de déplacement des proches qui assurent les trajets médicaux (relevés kilométriques datés, tickets de péage, billets de transport)
-
Factures d'aide ménagère ponctuelle pendant la période d'immobilisation
-
Frais de déménagement provisoire si le domicile est temporairement inaccessible
-
Frais téléphoniques exceptionnels liés aux démarches administratives post-accident
-
Honoraires du médecin-conseil de victimes qui vous a assisté en expertise
Point clé : ces frais sont indemnisables sur justificatifs. Ils disparaissent complètement des offres spontanées de l'assureur faute d'être réclamés.
Poste 3 — Perte de gains professionnels actuels (PGPA)
Ce poste indemnise les revenus perdus entre l'accident et la consolidation — la différence entre ce que vous auriez gagné et ce que vous avez effectivement perçu.
Justificatifs indispensables :
Pour les salariés :
-
Bulletins de salaire des 12 mois précédant l'accident
-
Bulletins de salaire pendant l'arrêt de travail
-
Attestations de salaire remises à la CPAM
-
Relevés des indemnités journalières versées par la CPAM et la prévoyance
-
Notification de tout licenciement ou rupture de contrat liée à l'inaptitude
Pour les travailleurs indépendants, artisans, professions libérales :
-
Avis d'imposition des 3 années précédant l'accident
-
Bilans comptables et comptes de résultat
-
Attestation de l'expert-comptable sur la perte de chiffre d'affaires
-
Relevés des indemnités journalières de la caisse de retraite ou de prévoyance
Pour les demandeurs d'emploi :
-
Attestation France Travail et relevé des allocations perçues
-
Offres d'emploi reçues ou candidatures en cours à la date de l'accident — pour démontrer des chances sérieuses de retour à l'emploi
Poste 4 — Déficit fonctionnel temporaire (DFT)
Le DFT indemnise la gêne dans la vie quotidienne entre l'accident et la consolidation. Il se calcule en jours selon le niveau de gêne — de la classe 1 (légère) à la classe 5 (incapacité totale). Réflexe trop rare : faire dater par écrit chaque complication de l'immobilisation — phlébite, escarre — qui prolonge la gêne, car chaque semaine supplémentaire documentée entre dans le calcul.
Justificatifs indispensables :
-
Certificats médicaux d'arrêt de travail documentant la période et la nature des restrictions
-
Comptes rendus opératoires précisant les suites post-opératoires et les prescriptions de repos
-
Certificats d'immobilisation, de mise en décharge, d'hospitalisation
-
Journal personnel tenu au quotidien — noter chaque jour les limitations concrètes : incapacité à conduire, impossible de faire la cuisine, aide nécessaire pour la douche, nuits sans sommeil. Un journal daté et détaillé constitue une preuve que l'expert ne peut pas facilement contester
-
Attestations de proches décrivant les limitations observées
Les préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation)
Poste 5 — Dépenses de santé futures (DSF)
Après la consolidation, certains frais médicaux restent prévisibles sur toute la durée de vie : chirurgies programmées, remplacement de prothèses, kinésithérapie d'entretien, consultations de suivi.
Justificatifs indispensables :
-
Devis de chirurgien pour les interventions programmées
-
Ordonnance de renouvellement de traitement au long cours avec attestation du médecin sur la durée prévisible
-
Devis de remplacement de prothèse ou d'appareillage, avec durée de vie estimée du matériel
-
Certificat médical précisant les soins de rééducation nécessaires à long terme
-
Rapport d'ergothérapeute évaluant les besoins futurs en équipements adaptés
Point clé : ce poste est presque systématiquement absent des offres spontanées de l'assureur. Il faut le réclamer explicitement, justificatifs en main.
Poste 6 — Perte de gains professionnels futurs (PGPF)
Si les séquelles réduisent durablement ou définitivement votre capacité à travailler, ce poste indemnise le manque à gagner sur toute la carrière restante.
Justificatifs indispensables :
-
Tous les documents du poste PGPA (voir ci-dessus)
-
Rapport du médecin-conseil sur les restrictions définitives d'aptitude au travail
-
Notification d'inaptitude de la médecine du travail
-
Attestation de l'employeur sur l'impossibilité de maintien au poste
-
Relevé de carrière Assurance Retraite — pour calculer l'impact sur les droits futurs à la retraite
-
Devis de bilan de compétences ou de formation en reconversion si applicable
Poste 7 — Incidence professionnelle (IP)
L'incidence professionnelle indemnise la dévalorisation sur le marché du travail, la pénibilité accrue, la perte de chance de promotion — distincte de la perte de revenus elle-même. C'est le poste le plus systématiquement sous-évalué.
Justificatifs indispensables :
-
Fiche de poste avant et après l'accident
-
Attestation de l'employeur sur les aménagements de poste nécessaires et leurs limites
-
Rapports de la médecine du travail
-
Témoignages de collègues ou supérieurs sur les difficultés professionnelles observées
-
Tout document attestant d'une promotion refusée ou d'une évolution de carrière compromise du fait des séquelles
-
Si reconversion forcée : devis de formation, comparatif de revenus entre ancienne et nouvelle profession
Poste 8 — Perte de droits à la retraite
Ce poste, souvent invisible, indemnise l'impact de l'arrêt de travail prolongé sur les droits à la retraite — trimestres non validés, base de calcul réduite.
Justificatifs indispensables :
-
Relevé de situation individuelle Assurance Retraite avant et après la période d'arrêt
-
Simulation de retraite établie par un actuaire ou un expert-comptable démontrant la perte
-
Attestation des organismes de retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO, CIPAV, etc.) sur l'impact de l'absence de cotisations
Poste 9 — Assistance par une tierce personne (ATP)
C'est le poste le plus lourd financièrement dans les dossiers graves, et celui où l'écart entre l'offre de l'assureur et la réalité est le plus large. L'assistance par une tierce personne indemnise l'aide humaine dont vous avez besoin pour les actes de la vie quotidienne — se lever, se laver, s'habiller, se déplacer, préparer les repas, gérer les démarches.
Justificatifs indispensables :
-
Rapport d'ergothérapeute détaillant les actes pour lesquels une aide est nécessaire et le nombre d'heures correspondant — c'est la pièce maîtresse du poste
-
Certificat médical établissant le besoin d'assistance et sa durée prévisible
-
Factures d'aide à domicile, de services à la personne ou d'auxiliaire de vie déjà engagées
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Attestations des proches qui assurent cette aide, précisant les tâches et le temps qu'ils y consacrent chaque jour
-
Notification de PCH ou d'APA si vous en bénéficiez, avec le plan d'aide détaillé
Point clé : l'aide apportée gratuitement par un proche est indemnisable exactement comme une aide professionnelle facturée. Le nombre d'heures retenu et le taux horaire appliqué changent le montant final de dizaines de milliers d'euros — voyez comment se calcule réellement le taux horaire de la tierce personne.
Poste 10 — Frais de logement adapté
L'aménagement du logement devient indispensable quand le handicap rend le domicile actuel inadapté ou inaccessible.
Justificatifs indispensables :
-
Rapport d'ergothérapeute évaluant les besoins précis d'adaptation — c'est la pièce maîtresse
-
Devis d'entreprises spécialisées pour chaque aménagement (rampe d'accès, douche de plain-pied, monte-escalier, domotique, électrification des volets)
-
Devis de déménagement si le logement n'est pas adaptable
-
Certificat médical attestant de la nécessité médicale des aménagements
Poste 11 — Frais de véhicule adapté
Justificatifs indispensables :
-
Rapport médical ou ergothérapeutique attestant de l'impossibilité de conduire un véhicule standard
-
Devis d'adaptation de véhicule (boîte automatique, commandes au volant, rampe de chargement fauteuil)
-
Si incapacité totale à conduire : justificatifs des frais de transport alternatif sur la durée de vie (taxi, VSL, transport adapté)
Les préjudices extra-patrimoniaux temporaires
Poste 12 — Souffrances endurées (SE)
Les souffrances endurées indemnisent les douleurs physiques et psychiques depuis l'accident jusqu'à la consolidation. Elles sont cotées de 1 à 7 par l'expert.
Justificatifs indispensables :
-
Comptes rendus opératoires (nombre et nature des interventions)
-
Prescriptions d'antalgiques et relevés de pharmacie sur toute la période
-
Comptes rendus de consultations douleur
-
Attestations du médecin traitant sur les plaintes douloureuses exprimées en consultation
-
Certificats médicaux mentionnant les troubles du sommeil liés à la douleur
-
Journal de douleur tenu quotidiennement — noter chaque jour l'intensité (échelle de 0 à 10), la localisation, la durée, l'impact sur les activités. C'est souvent ce document qui permet de discuter utilement la cotation retenue par l'expert
Poste 13 — Préjudice esthétique temporaire (PET)
Il indemnise les atteintes à l'apparence physique pendant la période de soins — appareillage visible, immobilisation, cicatrices en cours de formation.
Justificatifs indispensables :
-
Photos datées prises régulièrement pendant la période de soins — appareillages, pansements, attitude antalgique, modifications de l'apparence
-
Comptes rendus décrivant l'aspect esthétique temporaire des blessures
Les préjudices extra-patrimoniaux permanents
Poste 14 — Déficit fonctionnel permanent (DFP)
C'est le poste central des dossiers avec séquelles. Le taux est fixé par l'expert — c'est précisément là que la bataille se joue.
Justificatifs indispensables :
-
Intégralité du dossier médical depuis l'accident (comptes rendus, imagerie, bilans fonctionnels)
-
Bilan kinésithérapique final décrivant les limitations résiduelles
-
Rapports des médecins spécialistes avec description précise des séquelles
-
IRM, radiographies et scanners récents (moins de 6 mois avant l'expertise)
-
Évaluation neuropsychologique si séquelles cognitives
-
Bilan orthoptique si atteinte visuelle
-
Rapport du médecin-conseil de victimes — indispensable pour défendre le bon taux face au médecin de l'assureur
Poste 15 — Préjudice esthétique permanent (PEP)
Le préjudice esthétique permanent indemnise les séquelles visibles définitives après consolidation — cicatrices, déformations, appareillages permanents.
Justificatifs indispensables :
-
Photos datées des cicatrices et séquelles visibles après consolidation, idéalement réalisées par un médecin
-
Devis de chirurgien plasticien si correction envisagée
-
Comptes rendus décrivant précisément l'aspect des cicatrices (surface, relief, couleur, localisation, visibilité)
-
Témoignages de proches ou de collègues sur les changements apparents observés
Poste 16 — Préjudice d'agrément (PA)
Le préjudice d'agrément indemnise l'impossibilité définitive de pratiquer des activités de loisir régulières. C'est l'un des postes les plus contestés par les assureurs — faute de preuves suffisantes.
Justificatifs indispensables :
-
Licences sportives (fédération, club) des 3 à 5 années précédant l'accident
-
Cartes d'adhésion à des clubs, associations, salles de sport
-
Factures d'équipements sportifs (vélo, skis, matériel de randonnée, instruments de musique)
-
Photos de pratique antérieure datées
-
Attestations du club ou de l'association confirmant la participation régulière
-
Résultats de compétitions si pratique compétitive
-
Attestation du médecin ou du chirurgien sur l'impossibilité définitive de reprendre l'activité
Poste 17 — Préjudice sexuel (PS)
Le préjudice sexuel est l'un des plus tabous — et l'un des plus systématiquement omis. Il indemnise les troubles de la vie intime causés par l'accident.
Justificatifs indispensables :
-
Certificat médical du médecin traitant ou du spécialiste attestant des troubles — la mention suffit, sans détails excessifs
-
Rapport sexologique si consultation effectuée
-
Attestation psychiatrique ou psychologique si retentissement psychologique documenté
Ce poste ne nécessite pas d'entrer dans les détails lors de l'expertise. L'avocat rédige ensuite les conclusions qui le valorisent à partir d'un simple certificat médical.
Poste 18 — Préjudice d'établissement (PEt)
Ce poste indemnise la perte de chance de fonder ou maintenir une vie de famille — mariage, parentalité, vie de couple compromis par le handicap.
Justificatifs indispensables :
-
Attestation médicale sur la gravité des séquelles affectant la vie relationnelle et affective
-
Témoignages de proches sur les changements observés dans la vie sociale et affective
-
Tout document attestant d'un projet familial antérieur à l'accident (fiançailles, projet d'adoption, traitement de PMA en cours)
Poste 19 — Préjudices permanents exceptionnels (PPE)
Les préjudices permanents exceptionnels couvrent tout ce qui ne rentre dans aucune autre case Dintilhac — préjudice religieux (impossibilité de pratiquer sa foi), préjudice d'institutionnalisation (obligation de vivre en établissement), préjudice lié aux attentats.
Justificatifs indispensables :
-
Attestations religieuses ou culturelles sur les pratiques antérieures à l'accident
-
Certification médicale sur l'impossibilité de maintien à domicile
-
Tout document décrivant les spécificités de vie qui ne peuvent être réparées par aucun poste standard
-
Justificatifs propres à chaque situation — ce poste s'évalue cas par cas
Les préjudices des victimes indirectes
Les proches d'une victime gravement blessée ou décédée ont leurs propres droits à indemnisation — distincts de ceux de la victime directe.
Poste 20 — Préjudice d'affection (PAff)
Il indemnise la souffrance morale des proches face aux blessures graves ou au décès de la victime.
Justificatifs indispensables :
-
Justificatifs du lien familial (livret de famille, acte de mariage, acte de naissance)
-
Attestations de vie commune si concubinage ou PACS
-
Témoignages décrivant la relation affective et la souffrance éprouvée
-
Certificats médicaux ou psychologiques des proches si suivi thérapeutique engagé
-
Tout élément documentant le lien fort et régulier avec la victime (photos, correspondances, témoignages de tiers)
Poste 21 — Préjudice économique des proches
Il indemnise les pertes financières des proches directement liées à l'accident — notamment du conjoint qui assurait une partie des revenus du foyer.
Justificatifs indispensables :
-
Bulletins de salaire et avis d'imposition communs
-
Justificatifs de participation aux charges du foyer (loyer, crédits, charges communes)
-
Attestation notariale ou comptable sur la contribution financière de la victime au foyer
Poste 22 — Préjudice d'accompagnement
Il indemnise le bouleversement de vie des proches qui organisent leur quotidien autour de la victime gravement blessée — réduction d'activité professionnelle, abandon de loisirs, stress permanent.
Justificatifs indispensables :
-
Attestation de l'employeur sur les aménagements de poste ou réductions d'horaire consenties
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Témoignages décrivant la réorganisation du quotidien
-
Factures et justificatifs des frais engagés pour accompagner la victime (déplacements, hébergement)
Épuisement de l'aidant familial : comment faire indemniser votre propre burn-out ?
Poste 23 — Préjudice d'attente et d'inquiétude
Consacré par la Cour de cassation le 25 mars 2022, ce préjudice indemnise l'angoisse des proches restés sans nouvelles dans les heures suivant un accident grave. À ne pas confondre avec le préjudice d'angoisse de mort imminente, qui appartient à la victime directe et fait l'objet d'un arrêt distinct rendu le même jour.
Justificatifs indispensables :
-
Témoignages des proches décrivant précisément les circonstances — délai avant d'avoir des nouvelles, état psychologique pendant l'attente
-
Certificats médicaux ou psychologiques si état de choc documenté à l'hôpital
-
Relevés d'appels téléphoniques démontrant les tentatives répétées de joindre la victime ou les secours
-
Articles de presse sur l'accident si couverture médiatique (pour les accidents collectifs)
Le document transversal : la fiche accident
Au-delà des justificatifs poste par poste, toute victime devrait rédiger dans les 48 heures suivant l'accident une fiche accident détaillée contenant :
-
Date, heure et lieu exact
-
Circonstances précises (vitesse, conditions météo, état de la chaussée, visibilité)
-
Noms et coordonnées des témoins présents
-
Description des premières douleurs ressenties et de leur localisation
-
Premier établissement de soins et premières constatations médicales
Ce document rédigé à chaud devient une pièce de référence difficile à contredire — contrairement à une reconstruction a posteriori.
Les pièces que l'on ne pense pas à produire
Jeter les petits justificatifs. Chaque ticket de pharmacie, chaque reçu de transport, chaque frais annexe s'additionne. Ouvrez un dossier — physique ou numérique — et tout y va.
Négliger les photos. Les cicatrices, les appareillages, les conditions de vie à domicile doivent être photographiés régulièrement, datés, et idéalement réalisés par un médecin ou en présence d'un témoin.
Oublier que l'aide des proches est indemnisable. Une aide apportée gratuitement par un proche est indemnisable exactement comme une aide professionnelle facturée. Ne pas la déclarer parce qu'elle n'a pas été facturée est une erreur fréquente et coûteuse.
Signer une offre partielle "pour avoir quelque chose". Un accord partiel peut fermer définitivement certains postes. Ne jamais signer sans avis indépendant. Si l'attente pèse sur votre trésorerie, la bonne réponse n'est pas de signer mais de demander une provision.
Produire une pièce qui prouve autre chose que ce que l'on croit. C'est l'erreur la plus coûteuse et la plus invisible. Un arrêt de travail prouve l'arrêt, pas la gêne dans la vie quotidienne ; une ordonnance prouve la prescription, pas la douleur ressentie ; une facture d'aide à domicile prouve la dépense, pas le nombre d'heures réellement nécessaires. Chacun de ces postes a sa pièce propre — le journal, l'échelle de douleur, le rapport d'ergothérapeute — et aucune ne se remplace par une autre.
Ne pas dater ce que l'on produit. Une photo de cicatrice sans date, un journal rédigé d'un seul tenant, une attestation qui ne précise pas à quelle période elle se rapporte : la pièce existe mais ne prouve rien de situable dans le temps. Datez au moment où vous produisez, jamais après.
Bon à savoir : Pour les jeunes majeurs qui contestent une transaction signée pendant leur minorité, la reconstitution du dossier médical et juridique est une étape clé — dossiers hospitaliers, rapport d'expertise initial, ordonnance du juge des tutelles. Mineur accidenté : comment réunir les preuves et agir à 18 ans.
FAQ — Vos questions sur les justificatifs
L'assureur me réclame une pièce que je n'ai jamais eue. Suis-je obligé de la produire ?
Non. La charge de la preuve pèse sur vous (article 1353 du code civil), mais elle se satisfait de tout moyen : aucun texte n'impose une pièce déterminée pour un poste donné. Si le document réclamé n'existe pas, produisez ce qui établit le même fait autrement — un relevé bancaire à la place d'une facture perdue, une attestation de l'employeur à la place d'un document RH qu'il ne délivre pas. Ce qui se discute, c'est la force probante de la pièce, pas sa nature.
Un devis suffit-il, ou faut-il une facture acquittée ?
Cela dépend du moment où se situe la dépense. Pour une dépense déjà engagée, il faut la facture et la preuve du paiement. Pour une dépense future — chirurgie programmée, remplacement de prothèse, aménagement du logement ou du véhicule — le devis est la pièce attendue, et il doit être récent, détaillé poste par poste, et accompagné d'une indication de durée de vie du matériel quand il faudra le renouveler.
Une dépense réglée par un proche, ou facturée au nom de mon conjoint, est-elle indemnisable ?
Oui, dès lors que la dépense a été rendue nécessaire par l'accident et qu'elle a bien été supportée. Le nom porté sur la facture ne décide de rien ; ce qui compte est le lien avec le dommage. Joignez simplement une note expliquant qui a payé quoi, et conservez la trace du règlement. Le raisonnement vaut aussi pour l'aide humaine apportée gratuitement par un proche : l'absence de facture ne la rend pas non indemnisable.
L'assureur regroupe plusieurs postes dans une somme globale. Est-ce acceptable ?
Non, et c'est le point le plus utile de cette page. Une offre qui présente un montant unique pour « préjudices personnels » ou « préjudices divers » empêche toute vérification : on ne peut ni contrôler qu'un poste a bien été indemnisé, ni discuter sa valeur. Demandez par écrit la ventilation poste par poste, conformément à la nomenclature. Un poste qui n'apparaît pas dans la ventilation est un poste à réclamer.
Les pièces à fournir sont-elles les mêmes devant l'assureur et devant le juge ?
Le fond est identique, la forme ne l'est pas. Devant l'assureur, une copie lisible suffit le plus souvent. En justice, les pièces doivent être communiquées à la partie adverse et récapitulées dans un bordereau, et les témoignages doivent respecter les mentions obligatoires de l'article 202 du code de procédure civile. Une attestation rédigée dès le début dans les formes servira donc deux fois ; une attestation informelle sera à refaire.
Mon préjudice n'entre dans aucun des vingt-trois postes. Que faire ?
La nomenclature Dintilhac n'est pas limitative. Un préjudice qui ne trouve sa place dans aucune catégorie standard relève des préjudices permanents exceptionnels, qui s'évaluent au cas par cas. La difficulté y est entièrement probatoire : il faut documenter la spécificité de la situation antérieure — ce que vous faisiez, à quelle fréquence, avec quelle importance dans votre vie — puisque aucun référentiel ne viendra au secours de la démonstration.
⏰ Faire le point. Votre dossier est incomplet, ou vous ne savez pas par où commencer ? Le cabinet reçoit pour un premier échange : 06 84 28 25 95, ou par le formulaire de contact.

Sources et références
Textes
- Code civil, art. 1353 — charge de la preuve pesant sur la victime
- Code de procédure civile, art. 202 — forme et mentions obligatoires des attestations de témoins
- Code pénal, art. 441-7 — sanctions de la fausse attestation
- Code de la santé publique, art. L. 1111-7 (loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 dite "loi Kouchner") — droit d'accès au dossier médical et délais de communication
- Nomenclature Dintilhac (2005) — référentiel des postes de préjudice corporel
Jurisprudence
- Cass. ch. mixte, 25 mars 2022, n° 20-17.072 — préjudice d'attente et d'inquiétude des victimes indirectes
- Cass. ch. mixte, 25 mars 2022, n° 20-15.624 — préjudice d'angoisse de mort imminente de la victime directe
Références pratiques
- ANADAVI (Association nationale des avocats de victimes) — bonnes pratiques en expertise médicale
- Haute Autorité de Santé — recommandations sur la tenue et la communication du dossier médical


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