- Article mis à jour le 10 Juillet 2026 -


Ce que beaucoup ignorent : la transaction signée par vos parents ne vous engage pas définitivement. Trois acteurs devaient intervenir avant que cet accord soit valable — vos parents, l'assureur, et le juge. Si l'un d'eux a manqué à ses obligations, l'accord est attaquable. Cette page vous explique qui gérait votre indemnisation pendant votre minorité, quelles règles s'imposaient à chacun, et ce que vous pouvez concrètement obtenir aujourd'hui.

Vous venez d'avoir 18 ans et vous pensez avoir été sous-indemnisé pour un accident survenu pendant votre minorité ? Contactez le cabinet au 06 84 28 25 95 — premier échange gratuit et confidentiel.

Pourquoi l'indemnisation d'un enfant victime est structurellement différente

L'enfant : une victime « en devenir »

Un enfant victime d'un accident corporel n'est pas une victime adulte en miniature. Ses préjudices sont fondamentalement différents parce qu'il est en pleine construction — physique, cognitive, affective, professionnelle. Les séquelles d'un accident survenu à six ans se mesurent à trente ans, pas à douze.

C'est précisément pour cette raison que la loi impose des protections spécifiques aux transactions concernant des mineurs. Un accord signé trop tôt, avant que l'état de l'enfant soit consolidé et son avenir esquissé, ne peut pas prétendre couvrir des préjudices qui ne sont pas encore apparus. Notre guide complet de l'indemnisation des enfants victimes d'accident détaille l'ensemble des postes concernés.


indemisaton mineur accidenté

Les pièges classiques de l'indemnisation du mineur

La consolidation prématurée. Un enfant en croissance ne peut souvent pas être consolidé avant sa maturité physique — parfois pas avant 18 ou 20 ans. Or les assureurs cherchent à clore les dossiers rapidement. Une transaction signée avant la consolidation réelle est une transaction signée sur des bases fausses. Sur ce point précis, lisez à quel moment la consolidation doit être prononcée.

La sous-évaluation du préjudice scolaire et professionnel. Comment évaluer la perte de chance professionnelle d'un enfant de dix ans ? C'est techniquement très difficile — et les assureurs en profitent pour proposer des montants dérisoires sur ce poste. À 18 ans, la réalité est souvent tout autre : orientation subie, formation abrégée, carrière compromise. Voyez notre page consacrée au préjudice scolaire, universitaire et de formation.

L'oubli des préjudices à long terme. Les séquelles orthopédiques évoluent. Un traumatisme crânien chez l'enfant peut produire des effets cognitifs qui n'apparaissent pleinement qu'à l'adolescence. Une lésion médullaire partielle peut s'aggraver. Ces évolutions ne figuraient pas dans le rapport d'expertise initial — et la transaction ne les couvre pas.

Le déséquilibre des forces. Des parents épuisés, sans avocat, face à un assureur professionnel et à ses médecins mandatés : c'est le scénario le plus fréquent. Nous l'analysons en détail dans Accident d'enfant : pourquoi les assureurs cachent 80 % de l'indemnisation due.

Pendant votre minorité : qui gérait l'indemnisation, et qui pouvait décider ?

Comprendre qui détenait le pouvoir de décision pendant votre enfance est la clé de tout recours à 18 ans. Car si les règles n'ont pas été respectées — et elles ne l'ont pas toujours été — la transaction signée en votre nom est fragile.

Vos parents étaient vos administrateurs légaux

L'article 382 du Code civil confie l'administration légale des biens de l'enfant à ses parents, et l'article 388-1-1 précise que l'administrateur légal représente le mineur dans tous les actes de la vie civile, sauf ceux que la loi ou l'usage autorise le mineur à accomplir lui-même.

Concrètement : vos parents ouvraient le courrier de l'assureur, discutaient avec lui, vous accompagnaient à l'expertise médicale, et pouvaient encaisser les provisions versées par l'assureur pour faire face aux frais urgents. Tout cela relève des actes d'administration, que la loi leur laisse accomplir librement.

Cette liberté s'arrête net dès qu'il s'agit d'un acte grave.

Mais ils ne pouvaient pas transiger seuls

L'article 387-1, 4° du Code civil est sans ambiguïté : l'administrateur légal ne peut, sans l'autorisation préalable du juge des tutelles, renoncer pour le mineur à un droit, transiger ou compromettre en son nom. Signer une transaction définitive avec un assureur est exactement cet acte-là. Ce texte est issu de l'ordonnance n° 2015-1288 du 15 octobre 2015, en vigueur depuis le 1er janvier 2016.

Le juge des tutelles des mineurs est le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de la résidence habituelle de l'enfant (article L. 213-3-1 du Code de l'organisation judiciaire). La fonction a conservé son nom historique, mais c'est bien le JAF qui l'exerce.

Le Code civil va plus loin encore : certains actes demeurent interdits même avec l'autorisation du juge — ainsi l'aliénation gratuite des biens ou des droits du mineur (article 387-2 du Code civil). Vos parents ne pouvaient donc, en aucun cas, renoncer purement et simplement à votre créance d'indemnisation.

L'assureur avait lui aussi une obligation — largement ignorée

C'est le point que presque personne ne connaît, et il est décisif. L'obligation de saisir le juge ne pesait pas seulement sur vos parents : elle pesait aussi sur l'assureur lui-même.

L'article 18 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 (la loi Badinter), repris à l'article L. 211-15 du Code des assurances, impose à l'assureur de soumettre au juge des tutelles — ou au conseil de famille selon le cas, compétents pour l'autoriser — tout projet de transaction concernant un mineur. Il doit en outre aviser le juge, sans formalité et quinze jours au moins à l'avance, du paiement du premier arrérage d'une rente ou de toute somme versée à titre d'indemnité au représentant légal.

La sanction figure dans le texte : le paiement non précédé de cet avis, ou la transaction non autorisée, peut être annulé à la demande de tout intéressé ou du ministère public — à l'exception de l'assureur. Autrement dit, l'assureur ne peut jamais se prévaloir de sa propre négligence. Le même article ajoute que toute clause par laquelle vos parents se seraient portés fort de votre ratification future est nulle.

La Cour de cassation a verrouillé cette lecture. Elle juge que la loi du 5 juillet 1985, d'ordre public et dérogatoire au droit commun, qualifie de transaction la convention qui se forme entre la victime et l'assureur — de sorte que cet accord devait être soumis à l'autorisation du juge des tutelles ou du conseil de famille (Cass. 1re civ., 20 janvier 2010, n° 08-19.627, dans le prolongement de Cass. 2e civ., 16 novembre 2006, n° 05-18.631). Peu importe donc que le document ait été intitulé « protocole », « accord amiable » ou « quittance » : c'est une transaction.

💡 Bon à savoir

Cherchez dans les archives familiales une ordonnance du juge des tutelles datée d'avant la signature. Son absence n'est pas un détail administratif : c'est le vice qui rend la transaction attaquable. Elle est accessible au greffe du tribunal judiciaire du lieu où vous résidiez à l'époque. Voyez également nos conditions d'annulation d'une transaction d'assurance.

Où allait l'argent, et qui pouvait y toucher

En pratique, les sommes versées par l'assureur — provisions comme indemnité définitive — sont déposées sur un compte ouvert au nom de l'enfant, dont les mouvements sont contrôlés. Vos parents devaient solliciter l'autorisation du juge pour tout retrait significatif, et justifier que la dépense servait votre seul intérêt. L'article 387-3 du Code civil permet d'ailleurs au juge, s'il l'estime indispensable à la sauvegarde de vos intérêts — en considération de la valeur du patrimoine, de votre âge ou de votre situation familiale — de décider qu'un acte ou une série d'actes de disposition seront soumis à son autorisation préalable.

Le Code civil ajoute une protection que peu de familles connaissent. L'article 386-4, 3° exclut de la jouissance légale des parents les biens que l'enfant reçoit au titre de l'indemnisation d'un préjudice extrapatrimonial dont il a été victime. Autrement dit : vos souffrances endurées, votre préjudice esthétique, votre déficit fonctionnel permanent, votre préjudice d'agrément — cet argent n'a jamais été le leur, à aucun moment.

💡 La nuance qui compte

L'exclusion de l'article 386-4 vise les préjudices extrapatrimoniaux. Les postes patrimoniaux — pertes de gains professionnels futurs, dépenses de santé futures — relèvent d'un régime distinct, la jouissance légale s'éteignant de toute façon à vos seize ans révolus (article 386-2, 1° du Code civil). Cette frontière est souvent mal comprise, et parfois mal appliquée.

Enfin, l'article 385 du Code civil imposait à vos parents une gestion « prudente, diligente et avisée, dans le seul intérêt du mineur », et l'article 386 les rend responsables solidairement de toute faute de gestion — une action qui se prescrit cinq ans après votre majorité. Ce n'est pas la piste que nous vous conseillons d'ouvrir en priorité : dans l'immense majorité des dossiers, les parents ont agi de bonne foi, mal informés, face à un assureur qui l'était mieux qu'eux. La vraie cible reste l'insuffisance de l'indemnisation, pas la responsabilité familiale.

Qui décidait quoi : le tableau récapitulatif

Qui

Ce qu'il pouvait ou devait faire

Texte applicable

Vos parents, seuls

Gestion courante, suivi de l'expertise, encaissement des provisions

Art. 382 et 388-1-1 C. civ.

Vos parents, avec autorisation du juge

Transiger, renoncer à un droit en votre nom

Art. 387-1, 4° C. civ.

Vos parents, jamais

Aliéner gratuitement vos biens ou vos droits, même avec autorisation

Art. 387-2 C. civ.

L'assureur

Soumettre le projet de transaction au juge ; l'aviser 15 jours avant tout versement

Art. 18 loi du 5 juillet 1985 ; art. L. 211-15 C. assur.

Le juge des tutelles (JAF)

Autoriser, refuser, ou soumettre une série d'actes à son autorisation préalable

Art. 387-1 et 387-3 C. civ. ; art. L. 213-3-1 COJ

Vous, à 18 ans

Reprendre la main : contester, réclamer, agir

Art. 2235 et 2226 C. civ.

 

Un cas mérite d'être signalé à part : lorsque l'accident est survenu en crèche ou chez une assistante maternelle, la question de savoir qui indemnise se double de celle de savoir qui est responsable. Notre article dédié à ces situations détaille le régime applicable.

Que se passe-t-il juridiquement à vos 18 ans ?

La suspension du délai de prescription pendant la minorité

C'est le mécanisme fondamental qui protège les victimes mineures : la prescription est suspendue pendant toute la durée de la minorité (article 2235 du Code civil). Concrètement, le délai pour agir ne commence à courir qu'à compter de votre dix-huitième anniversaire.

Lorsque vous atteignez la majorité, vous disposez du délai de droit commun en matière de dommage corporel : dix ans à compter de la date de la consolidation du dommage initial ou aggravé (article 2226, alinéa 1er, du Code civil). Si votre état n'est pas encore consolidé à vos 18 ans, le délai court à compter de la consolidation — et pas avant. Notre article sur le délai critique à respecter détaille les points de départ.

Cette règle est d'ordre public : elle ne peut pas être écartée par contrat, et l'assureur ne peut pas vous l'opposer.

💡 Bon à savoir

La majorité est aussi le moment où l'AEEH s'arrête et où le jeune adulte doit basculer vers l'AAH et la PCH — deux dispositifs dont le choix et le calendrier de demande ont un impact direct sur l'indemnisation future. Il est recommandé de déposer le dossier MDPH au moins six mois avant l'échéance pour éviter toute interruption de prise en charge. Nous détaillons cette articulation dans PCH, AAH, AEEH après un accident : quel dispositif pour quel handicap ?

Deux situations distinctes selon ce qui a été signé

Situation 1 : la transaction a bien été autorisée par le juge des tutelles. La remise en cause est plus difficile, mais elle n'est pas fermée. L'autorisation judiciaire crée une présomption de régularité. Vous pouvez toutefois l'attaquer si vous démontrez que le juge a statué sur des informations erronées, que la transaction ne couvrait pas l'ensemble des préjudices connus à l'époque, ou que des préjudices nouveaux sont apparus depuis — aggravation, séquelles différées.

Situation 2 : la transaction n'a jamais été soumise au juge. C'est la situation la plus fréquente dans les dossiers anciens. La transaction est alors annulable, et vous pouvez agir en indemnisation comme si aucun accord n'avait été conclu, en réclamant la réparation intégrale de l'ensemble de vos préjudices.

La nullité pour défaut d'autorisation : une arme entre vos seules mains

L'absence d'autorisation judiciaire est fréquente, notamment dans les dossiers anciens et les accidents survenus dans un contexte domestique ou sportif où les enjeux semblaient modestes à l'époque. Les assureurs, pressés de clore, n'informaient pas toujours les familles de cette obligation légale — qui pourtant leur incombait à eux aussi.

La sanction est précise, et il est important de la nommer correctement. Le défaut d'autorisation préalable du juge des tutelles, pour les actes énumérés à l'article 387-1 du Code civil, est sanctionné par une nullité relative — c'est-à-dire une nullité qui ne peut être invoquée que par le mineur ou son représentant (Cass. 1re civ., 16 mars 2022, n° 21-11.958).

💡 Point clé

La nullité relative n'est pas une faiblesse : c'est une protection. Elle signifie que vous seul — ou votre représentant — détenez la clé. Ni l'assureur, ni aucun autre signataire ne peut se retrancher derrière l'irrégularité qu'il a lui-même laissé commettre. L'article L. 211-15 du Code des assurances le dit d'ailleurs expressément : l'annulation peut être demandée par tout intéressé ou par le ministère public, à l'exception de l'assureur.

Cette nullité peut être soulevée dès votre majorité, et elle rouvre intégralement votre droit à indemnisation. Si vous êtes vous-même placé sous un régime de protection — tutelle, curatelle — des règles spécifiques s'appliquent dès ce moment à la conduite de votre dossier.

Tableau : ce que vous pouvez contester selon la situation

Situation

Autorisation du juge ?

Recours possible à 18 ans

Fondement

Transaction signée par vos parents sans autorisation préalable du juge

Non

Nullité relative — que vous seul (ou votre représentant) pouvez invoquer

Art. 387-1, 4° C. civ. ; Cass. 1re civ., 16 mars 2022, n° 21-11.958

Projet de transaction jamais soumis au juge par l'assureur, ou versement sans avis préalable

Non

Annulation à la demande de tout intéressé ou du ministère public — jamais de l'assureur

Art. 18 loi du 5 juillet 1985 ; art. L. 211-15 C. assur.

Transaction autorisée, mais consolidation non atteinte à la signature

Oui

Action pour préjudices non couverts ou aggravation

Art. 2226, al. 1er C. civ.

Transaction autorisée sur la base d'expertises erronées ou incomplètes

Oui

Action en nullité pour vice du consentement (erreur, dol)

Art. 1130 et s. C. civ.

Transaction autorisée, état consolidé, indemnisation complète

Oui

Contestation difficile — sauf aggravation ultérieure prouvée

Art. 2226, al. 1er C. civ.

 


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JMP AVOCAT INDEMNISATION
Maître Joëlle MARTEAU-PÉRETIÉ
Avocate spécialisée en Droit du Dommage Corporel
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Les préjudices que vous pouvez réclamer à 18 ans

À votre majorité, vous pouvez réclamer l'indemnisation de l'ensemble des préjudices selon la nomenclature Dintilhac, dans la mesure où ils n'ont pas été couverts par la transaction — annulée ou insuffisante.

Les préjudices permanents typiquement sous-évalués dans l'enfance

Le déficit fonctionnel permanent (DFP). Le taux d'incapacité retenu lors de l'expertise de l'enfant était souvent provisoire ou sous-évalué. À 18 ans, une nouvelle expertise contradictoire peut conduire à un taux significativement plus élevé — et donc à une indemnisation très supérieure. Nous expliquons comment contester un taux d'AIPP ou de DFP.

Le préjudice scolaire, universitaire et de formation. C'est l'un des postes les plus spécifiques aux victimes mineures. Il couvre les retards scolaires, les années redoublées, les orientations subies, l'abandon d'un projet de formation. À 18 ans, la réalité de ce préjudice est mesurable concrètement.

La perte de gains professionnels futurs (PGPF). À 8 ou 10 ans, ce poste ne peut être qu'hypothétique. À 18 ans — a fortiori à 22 ou 25 ans si vous avez attendu pour agir — la perte de revenus liée aux séquelles est calculable sur des bases réelles : niveau d'étude effectivement atteint, capacité de travail réelle, comparaison avec une trajectoire sans accident.

L'incidence professionnelle. La pénibilité accrue au travail, l'impossibilité d'exercer certaines professions, la dévalorisation sur le marché de l'emploi. Notre page sur l'incidence professionnelle détaille les critères d'évaluation.

Le préjudice d'établissement. L'impossibilité de fonder une famille, d'accéder à l'autonomie résidentielle, de construire un projet de vie stable — ce préjudice est rarement indemnisé dans les dossiers enfants, alors qu'il est souvent l'un des plus lourds à 20 ou 30 ans.

L'assistance tierce personne future. Si vos séquelles impliquent un besoin d'aide humaine à l'âge adulte, ce besoin doit être réévalué selon votre situation réelle et capitalisé sur votre espérance de vie résiduelle depuis vos 18 ans. Lisez Assistance tierce personne : aide familiale, capital ou rente ? et, pour les enfants, la tierce personne éducative.

L'aggravation : un droit ouvert même en cas de transaction régulière

Si votre état de santé s'est aggravé depuis la transaction — de manière imprévisible au moment où elle a été signée — vous pouvez agir en indemnisation complémentaire pour ce préjudice aggravé, même si la transaction était régulière et autorisée. L'aggravation est un fait juridique nouveau.

L'article 2226, alinéa 1er, du Code civil vise expressément la consolidation du dommage « initial ou aggravé » : le délai de dix ans court donc à compter de la consolidation de l'aggravation. Nous détaillons la méthode dans Aggravation après consolidation : comment la prouver et la faire indemniser.

Les démarches concrètes à engager dès votre majorité

1. Retrouvez tous les documents liés à l'accident et à la transaction. Rapport d'expertise médicale, correspondances avec l'assureur, procès-verbal de transaction, ordonnance du juge des tutelles — ou la preuve de son absence — certificats médicaux initiaux et suivants. Ces documents sont la base de tout.

2. Faites évaluer votre état actuel par un médecin-conseil de victime. Il compare votre situation réelle avec ce qui avait été évalué au moment de la transaction, et identifie les sous-évaluations, les postes manquants, les aggravations. Cette évaluation est indispensable avant toute démarche juridique : voyez pourquoi le médecin-conseil de victime doit être indépendant de l'assureur.

3. Consultez un avocat spécialisé en dommage corporel rapidement. Même si le délai de prescription est long, chaque année qui passe complexifie la reconstruction de la preuve : témoins dispersés, dossiers médicaux archivés, documents perdus.

4. Vérifiez si la transaction a été autorisée. Cette vérification se fait via le greffe du tribunal judiciaire du lieu où vous résidiez au moment des faits. L'absence d'autorisation ouvre la voie de la nullité — et potentiellement d'une indemnisation intégrale.

5. Ne contactez pas directement l'assureur. Dès que vous envisagez de contester une transaction passée, toute communication directe peut vous être opposée. Passez par votre avocat. Et si une nouvelle offre vous parvient, sachez ce qu'il faut vérifier avant de l'accepter et pourquoi ne jamais signer sans avis indépendant.

Si vous aviez vous-même une part de responsabilité dans l'accident, cela ne vous prive pas de vos droits : lisez comment maximiser vos droits quand vous avez eu une part de responsabilité.

Cas particulier : vous avez eu 18 ans mais votre état n'est pas encore consolidé

La consolidation de certaines séquelles — notamment orthopédiques, neurologiques ou psychiatriques — peut intervenir bien après la majorité. Dans ce cas, le délai de dix ans court à compter de la consolidation, pas de vos 18 ans.

Cette situation est fréquente pour les victimes de traumatismes crâniens graves, de lésions médullaires ou d'accidents survenus à la toute fin de la croissance. Elle mérite une attention particulière : ne signez aucun accord définitif tant que votre état n'est pas stabilisé, même si la pression de l'assureur pour clore le dossier est forte. Rappelez-vous que vous disposez d'un délai pour refuser ou négocier une offre.

Cas particulier : vos parents ont agi sans avocat et sans médecin-conseil

C'est la situation la plus fréquente et la plus défavorable. Face à l'assureur et à ses médecins mandatés, des parents non accompagnés n'ont aucune chance d'obtenir une évaluation juste des préjudices. Les dossiers traités sans avocat spécialisé et sans médecin-conseil de victime sont systématiquement sous-indemnisés — parfois dans des proportions considérables.

Ajoutez à cela que, dans ces dossiers, l'obligation de saisine du juge des tutelles a très souvent été négligée par les deux parties. Si vous êtes dans cette situation, la contestation à 18 ans n'est pas seulement possible : elle est souvent la seule façon d'obtenir ce à quoi vous avez réellement droit.

Reconstituer votre dossier plusieurs années après l'accident

C'est l'obstacle le plus concret que rencontrent les jeunes majeurs qui souhaitent agir. L'accident remonte à dix ou quinze ans. Les documents ont été perdus, rangés dans un carton, ou n'ont jamais été conservés. Voici comment procéder méthodiquement.

Les dossiers médicaux. Tout établissement de santé est tenu de conserver les dossiers médicaux pendant vingt ans à compter du dernier acte (article R. 1112-7 du Code de la santé publique). Hôpitaux, cliniques et médecins de ville peuvent donc vous communiquer votre dossier sur simple demande écrite : voyez comment récupérer votre dossier médical après un accident.

La transaction et les échanges avec l'assureur. Les assureurs conservent leurs dossiers sinistres pendant des durées variables, mais généralement longues pour les dossiers corporels graves. Votre avocat peut adresser une demande de communication du dossier sinistre. L'ordonnance du juge des tutelles, si elle existe, est accessible au greffe du tribunal judiciaire compétent — et son absence se prouve tout aussi bien.

Les expertises médicales. Le rapport d'expertise est la pièce maîtresse : il fixait le taux d'IPP, les postes de préjudice indemnisés et ceux qui ne l'ont pas été. En cas d'expertise judiciaire, il figure au dossier du greffe.

Les preuves des préjudices actuels. Bulletins scolaires, diplômes obtenus ou non, contrats de travail, fiches de paie, attestations médicales actuelles, bilans neuropsychologiques récents. Notre guide des justificatifs et preuves pour chaque poste de préjudice vous servira de check-list.

Spécificités selon le type d'accident survenu pendant la minorité

Accident de la route (loi Badinter)

Les enfants victimes d'accidents de la route bénéficient d'une protection renforcée : un enfant de moins de seize ans, piéton ou cycliste, ne peut se voir opposer sa propre faute pour réduire ou exclure son indemnisation — sauf s'il a volontairement recherché le dommage, hypothèse quasi inexistante à cet âge. Cette protection absolue a pu conduire les assureurs à clore des dossiers rapidement, en profitant de l'inexpérience des familles.

C'est précisément dans ce cadre que s'applique l'article 18 de la loi Badinter : l'assureur devait soumettre le projet de transaction au juge des tutelles. Vérifiez-le en priorité.

Accident scolaire ou de cour de récréation

Les accidents survenus dans l'enceinte scolaire ou lors d'activités périscolaires engagent la responsabilité de l'État (enseignants) ou de la collectivité territoriale. La procédure est distincte de celle applicable aux accidents de la route : l'action se porte devant le tribunal administratif lorsque l'accident est survenu sous la surveillance d'un agent public. Notre article sur l'indemnisation d'un accident scolaire détaille les régimes applicables.

Les règles de prescription applicables devant le juge administratif sont distinctes du délai civil suspendu pendant la minorité. Une analyse précise est nécessaire selon les circonstances : ne concluez pas seul à la forclusion.

Accident sportif en club

Si l'accident est survenu lors d'une activité sportive encadrée, la responsabilité du club, de l'éducateur ou de la fédération peut être engagée selon les circonstances. Ces dossiers impliquent souvent les assurances de responsabilité civile du club — dont les garanties sont parfois plafonnées.

Accident médical ou infection nosocomiale

Les préjudices liés à une erreur médicale ou à une infection nosocomiale survenue pendant l'enfance peuvent faire l'objet d'une action devant la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) ou devant le tribunal judiciaire. Les dossiers médicaux pédiatriques sont souvent complexes à reconstituer et nécessitent une expertise spécialisée.

Accident domestique ou agression

Si le dommage résulte d'une infraction, la Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions peut être saisie — y compris pour des faits survenus pendant l'enfance : voyez comment saisir la CIVI.

Signalons ici un régime dérogatoire important. L'article 2226, alinéa 2, du Code civil porte le délai à vingt ans lorsque le préjudice est causé par des tortures ou des actes de barbarie, ou par des violences ou des agressions sexuelles commises contre un mineur. La Cour de cassation a confirmé que l'atteinte à l'intégrité psychique constitue un dommage corporel, et que le point de départ reste la consolidation (Cass. 2e civ., 7 mai 2026, n° 24-19.173, publié au bulletin).

Autre cas de figure : si l'accident a été causé non par un adulte mais par un autre enfant trop jeune pour être tenu responsable, la victime n'est pas pour autant privée d'indemnisation. Les parents de l'enfant auteur sont civilement responsables de plein droit (article 1242, alinéa 4, du Code civil), sans qu'il soit nécessaire de prouver une faute de leur part. À lire : Accident causé par un mineur non responsable : qui indemnise la victime ?

Accident survenu pendant un temps de loisirs encadré

Lorsque l'accident survient en centre aéré ou en colonie de vacances, c'est la responsabilité de l'organisateur de l'accueil collectif de mineurs qui est recherchée, selon des règles spécifiques qui s'ajoutent à la protection due à l'enfant victime jusqu'à sa majorité.

FAQ

Qui gère l'indemnisation d'un enfant mineur victime d'un accident ?

Ses parents, en qualité d'administrateurs légaux (article 382 du Code civil). Ils accomplissent seuls les actes de gestion courante. Mais pour transiger avec l'assureur, l'autorisation préalable du juge des tutelles — c'est-à-dire du juge aux affaires familiales — est obligatoire (article 387-1, 4° du Code civil). L'assureur, de son côté, doit lui-même soumettre son projet de transaction à ce juge (article 18 de la loi du 5 juillet 1985).

Mes parents pouvaient-ils utiliser l'argent de mon indemnisation ?

Pas librement. Les sommes reçues au titre d'un préjudice extrapatrimonial sont exclues de leur jouissance légale (article 386-4, 3° du Code civil). Elles étaient déposées sur un compte à votre nom, et tout retrait significatif supposait l'autorisation du juge, avec justification que la dépense servait votre seul intérêt.

À quel âge exactement puis-je agir ?

Dès le jour de vos 18 ans. Le délai de dix ans commence à courir à compter de votre majorité, ou de la consolidation si elle est postérieure. Il n'y a aucun délai minimum à attendre.

Mes parents ont-ils fait une erreur en signant cette transaction ?

Pas nécessairement. Ils ont souvent agi dans votre intérêt, avec les informations dont ils disposaient. La sous-indemnisation n'est généralement pas le résultat d'une faute parentale : c'est le résultat d'une asymétrie d'information entre des parents épuisés et des assureurs rodés. L'action que vous engagez à 18 ans n'est pas une action contre vos parents : c'est une action contre l'assureur.

L'assureur peut-il invoquer lui-même l'absence d'autorisation du juge pour se dégager ?

Non. C'est tout l'intérêt du mécanisme. L'article L. 211-15 du Code des assurances réserve expressément l'action en annulation à tout intéressé ou au ministère public, à l'exception de l'assureur. Et la nullité tirée de l'article 387-1 du Code civil est une nullité relative, réservée au mineur ou à son représentant (Cass. 1re civ., 16 mars 2022, n° 21-11.958).

Puis-je agir si l'accident remonte à plus de dix ans mais que j'ai moins de 28 ans ?

En principe oui, dès lors que le délai décennal courait depuis vos 18 ans. Mais chaque situation dépend de la date de consolidation et des éventuels actes interruptifs. Consultez sans attendre.

Que se passe-t-il si mes parents étaient assistés d'un avocat à l'époque ?

L'intervention d'un avocat lors de la transaction initiale ne garantit pas que celle-ci était juste, et elle ne dispensait ni les parents ni l'assureur de saisir le juge des tutelles. Elle peut toutefois compliquer la démonstration d'un vice du consentement. La nullité pour défaut d'autorisation, elle, reste invocable — indépendamment de la présence d'un avocat.

Est-ce que cela vaut vraiment la peine d'agir pour un accident ancien ?

Oui, dans la grande majorité des cas. Les dossiers d'enfants victimes sont parmi les plus sous-indemnisés du droit du dommage corporel. Les montants en jeu — perte de gains professionnels futurs capitalisée sur quarante ans, tierce personne viagère, déficit fonctionnel permanent — peuvent représenter plusieurs centaines de milliers d'euros. La prescription suspendue pendant la minorité existe précisément pour vous permettre d'agir à l'âge où vous êtes en mesure de comprendre et de défendre vos droits.

Bibliographie

  • Code civil, art. 382 et 388-1-1 (administration légale ; représentation du mineur)
  • Code civil, art. 385 et 386 (gestion prudente, diligente et avisée ; responsabilité de l'administrateur légal)
  • Code civil, art. 386-2 et 386-4 (jouissance légale : extinction à seize ans ; exclusion des sommes reçues au titre d'un préjudice extrapatrimonial)
  • Code civil, art. 387-1 (actes soumis à l'autorisation préalable du juge des tutelles, dont la transaction au nom du mineur — ordonnance n° 2015-1288 du 15 octobre 2015, en vigueur depuis le 1er janvier 2016)
  • Code civil, art. 387-2 (actes interdits même avec autorisation) et art. 387-3 (contrôle renforcé du juge)
  • Code civil, art. 1130 et suivants (vices du consentement : erreur, dol)
  • Code civil, art. 1242, alinéa 4 (responsabilité de plein droit des parents du fait de leur enfant mineur)
  • Code civil, art. 2226 (prescription décennale à compter de la consolidation du dommage initial ou aggravé ; délai porté à vingt ans, al. 2)
  • Code civil, art. 2235 (suspension de la prescription pendant la minorité)
  • Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, art. 18, et Code des assurances, art. L. 211-15 (obligation de l'assureur de soumettre au juge des tutelles tout projet de transaction concernant un mineur)
  • Code de l'organisation judiciaire, art. L. 213-3-1 (le juge aux affaires familiales exerce les fonctions de juge des tutelles des mineurs)
  • Code de la santé publique, art. R. 1112-7 (conservation des dossiers médicaux)
  • Cass. 2e civ., 16 novembre 2006, n° 05-18.631 (qualification de transaction de l'accord victime-assureur)
  • Cass. 1re civ., 20 janvier 2010, n° 08-19.627 (transaction soumise à l'autorisation du juge des tutelles ou du conseil de famille)
  • Cass. 1re civ., 16 mars 2022, n° 21-11.958 (nullité relative du défaut d'autorisation préalable du juge des tutelles)
  • Cass. 2e civ., 7 mai 2026, n° 24-19.173 (point de départ de la prescription : consolidation du dommage corporel, y compris psychique)
  • Nomenclature Dintilhac (2005) — postes de préjudice corporel, dont le préjudice scolaire, universitaire et de formation

Votre accident a eu lieu pendant votre enfance. Vos droits ne se sont pas prescrits avec votre minorité.

La loi vous protège. Le délai de prescription a été suspendu pendant toute votre minorité. Vous disposez aujourd'hui — à 18 ans, à 22 ans, à 25 ans — du droit de faire évaluer vos préjudices réels et d'obtenir une indemnisation qui corresponde à votre situation d'adulte.

Et si personne n'a saisi le juge des tutelles à l'époque, l'accord signé en votre nom ne vous oppose rien.

Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate spécialisée en droit du dommage corporel, accompagne les jeunes majeurs qui souhaitent contester une transaction passée pendant leur minorité. Elle intervient à Lille, Paris et dans toute la France.

Ne laissez pas le temps jouer contre vous. Chaque année qui passe, les preuves s'effacent et les témoins se dispersent.

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Maître Joëlle MARTEAU-PÉRETIÉ — Avocate spécialisée en droit du dommage corporel — Lille & Paris

Les informations contenues dans cet article ont une valeur informative et ne constituent pas une consultation juridique personnalisée. Chaque situation étant unique, il est indispensable de consulter un avocat pour une analyse adaptée à votre cas.