Le blocus a commencé devant les grilles, puis il a dégénéré : poubelles enflammées, jets de projectiles, intrusion dans la cour. Vous étiez à l'entrée pour accueillir les élèves, ou dans le hall pour fermer les portes, et vous avez été frappé, bousculé, atteint par un objet. Un personnel de lycée blessé dans ces circonstances n'est pas une victime comme une autre : il est d'abord un agent public blessé en service, et c'est son employeur qui intervient en premier. Mais ce premier payeur ne répare pas tout. Cette page s'adresse aux enseignants, aux CPE, aux personnels de direction, aux agents techniques et d'entretien, aux assistants d'éducation et aux AESH blessés lors d'un blocus ou des violences qui l'accompagnent. Elle répond à trois questions : qui paie d'abord, selon votre statut ; qui doit réparer ce que votre statut laisse de côté ; et dans quels délais agir.

📌 En bref. Enseignant, CPE, agent de la Région ou assistant d'éducation blessé pendant un blocus : votre employeur public est votre premier payeur. Fonctionnaire, vous relevez de l'accident de service, qui maintient votre traitement et prend en charge vos soins ; contractuel, de la législation des accidents du travail. Déclarez l'accident dans les quinze jours, transmettez le certificat médical sous quarante-huit heures et demandez par écrit la protection fonctionnelle, qui couvre notamment vos frais d'avocat. Ce régime ne répare pas tout : vos souffrances, votre préjudice esthétique et vos séquelles permanentes se réclament à l'auteur, à ses parents s'il est mineur, ou à la CIVI lorsque votre incapacité totale de travail atteint au moins un mois. Fonctionnaire, votre administration vous doit en outre une indemnité complémentaire, même sans faute de sa part. Le tableau des statuts indique, pour chaque fonction, l'employeur, le régime et ce qui est versé d'office.

Avant tout : faire reconnaître l'accident et déposer plainte

Les droits d'un personnel blessé se construisent dans les jours qui suivent le blocus. Trois démarches, menées en parallèle, conditionnent tout le reste : le certificat médical et la déclaration d'accident, la plainte, et la conservation des preuves.

Le certificat médical et la déclaration d'accident

Faites constater vos blessures le jour même, aux urgences ou par votre médecin. Le certificat doit décrire précisément la nature et le siège de chaque lésion, y compris le retentissement psychologique s'il est déjà présent. C'est à partir de lui que l'administration statuera sur l'imputabilité au service, et c'est lui que relira, des mois plus tard, l'expert chargé d'évaluer vos séquelles.

Si vous êtes fonctionnaire, la déclaration d'accident de service doit parvenir à votre administration dans les quinze jours suivant l'accident, et le certificat médical dans les quarante-huit heures suivant son établissement (article 47-3 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 pour l'État ; règle identique pour les agents territoriaux, décret n° 87-602 du 30 juillet 1987). L'administration dispose ensuite, en principe, d'un mois pour se prononcer. Un accident survenu dans le temps et sur le lieu du service, dans l'exercice de vos fonctions, est présumé imputable au service (article L. 822-18 du code général de la fonction publique) : c'est à l'administration qui le conteste de prouver une faute personnelle ou une circonstance qui détache l'accident du service. Si elle refuse malgré tout, notre article sur la contestation d'un refus d'imputabilité au service détaille les recours. Si vous êtes contractuel, déclarez l'accident sans attendre à votre employeur, qui le transmet à l'organisme de sécurité sociale.

La plainte et le signalement au procureur

Déposez plainte, contre l'auteur s'il est connu, contre X sinon. La qualification compte : les violences commises sur un enseignant ou un membre du personnel d'un établissement scolaire, ou aux abords de l'établissement lors des entrées et sorties des élèves, sont punies plus sévèrement (articles 222-12 et 222-13 du code pénal). Le chef d'établissement, de son côté, est tenu de signaler au procureur de la République les délits dont il a connaissance dans ses fonctions (article 40 du code de procédure pénale), et votre administration peut elle-même porter plainte. Ces démarches ne remplacent pas la vôtre : seule votre propre constitution de partie civile vous permet de demander réparation de vos préjudices devant la juridiction pénale. Le moment et la manière de le faire sont expliqués dans notre article sur l'avis à victime et la constitution de partie civile.

À la suite de la plainte, les enquêteurs peuvent vous adresser à une unité médico-judiciaire, qui fixe l'incapacité totale de travail au sens pénal. Ce chiffre commande la qualification des faits et l'accès à la CIVI ; le déroulement de cet examen est décrit dans notre article sur le médecin légiste et l'examen en unité médico-judiciaire.

Les preuves à sauver tout de suite

Un blocus se déroule devant des dizaines de témoins, et beaucoup filment. Les images disparaissent vite : celles de la vidéoprotection de l'établissement ou de la commune sont effacées au bout de quelques semaines, celles des réseaux sociaux sont retirées. Demandez par écrit au chef d'établissement la conservation des enregistrements, notez les noms des collègues présents et recueillez leurs témoignages. Notre article sur la valeur des attestations explique comment les rédiger pour qu'elles soient utilisables. Conservez enfin le compte rendu d'incident établi par l'établissement : il fixe la chronologie de la journée.

Enseignant, agent, AED : votre statut désigne le premier payeur

Dans un même lycée travaillent des personnels de trois employeurs différents, soumis à des régimes distincts. Avant toute démarche, identifiez qui vous emploie : c'est à lui que vous déclarez l'accident, et c'est lui qui vous doit la protection fonctionnelle.

Vous êtes

Votre employeur

Régime de l'accident

Ce qui est versé d'office

Enseignant, CPE, personnel de direction titulaire L'État (le rectorat) Accident de service : congé pour invalidité temporaire imputable au service Traitement intégral jusqu'à la reprise ou la consolidation, soins pris en charge ; allocation temporaire d'invalidité si l'incapacité permanente atteint 10 %
Agent technique, d'accueil, d'entretien ou de restauration titulaire La Région pour un lycée (le département pour un collège) Accident de service de la fonction publique territoriale Mêmes garanties statutaires que ci-dessus, versées par la collectivité
Assistant d'éducation, AESH, enseignant contractuel Selon le contrat : l'établissement ou le rectorat Accident du travail (code de la sécurité sociale) Plein traitement pendant une durée limitée selon l'ancienneté, puis indemnités journalières ; rente d'accident du travail en cas de séquelles

 

Vous êtes fonctionnaire de l'État ou de la Région

Le congé pour invalidité temporaire imputable au service vous garde l'intégralité de votre traitement jusqu'à ce que vous soyez en état de reprendre, et vos frais médicaux sont pris en charge par l'employeur. Après la consolidation, si vous restez en activité avec une incapacité d'au moins 10 %, vous percevez une allocation temporaire d'invalidité (article L. 824-1 du code général de la fonction publique). Depuis la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, les agents techniques des lycées sont employés par la Région : pour un agent d'un lycée des Hauts-de-France, c'est donc la Région qui instruit l'accident, et non le rectorat. Le fonctionnement complet de ce régime, et ses différences entre fonctions publiques, est exposé dans notre article sur l'accident de service du fonctionnaire.

Vous êtes assistant d'éducation, AESH ou contractuel

Vous êtes agent public, sous contrat de droit public. L'assistant d'éducation en contrat à durée déterminée est recruté par le chef d'établissement ; en contrat à durée indéterminée, son employeur est le rectorat. Votre accident relève de la législation des accidents du travail : maintien du plein traitement pendant une durée qui dépend de votre ancienneté, d'un à trois mois (article 14 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986), puis indemnités journalières selon les règles de la sécurité sociale, et rente en cas de séquelles. Vous bénéficiez en revanche, comme un titulaire, de la protection fonctionnelle. Et si votre employeur avait conscience du danger sans prendre les mesures nécessaires pour vous en préserver, la question de sa faute inexcusable peut se poser.

La protection fonctionnelle : la demander, et ce qu'elle couvre

L'article L. 134-5 du code général de la fonction publique oblige la collectivité publique à protéger l'agent contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne et les violences dont il est victime à raison de ses fonctions, et à réparer, le cas échéant, le préjudice qui en résulte. Deux conditions seulement : les faits sont liés à vos fonctions, et aucune faute personnelle détachable du service ne vous est imputée. Un personnel frappé en tentant d'ouvrir ou de protéger son établissement remplit, à l'évidence, la première.

La protection ne s'accorde pas d'office : elle se demande par écrit, à l'autorité qui vous emploie, le recteur pour les personnels de l'État, le président du conseil régional pour les agents des lycées, en joignant la plainte et le certificat médical. Elle recouvre notamment la prise en charge de vos frais d'avocat, encadrée depuis le 1er février 2025 par les articles R. 134-1 à R. 134-7 du même code : vous choisissez votre avocat, vous transmettez sa convention d'honoraires, et l'administration règle les honoraires dans les limites prévues. Un refus sans faute personnelle de votre part et sans motif d'intérêt général dûment justifié est illégal ; il se conteste devant le tribunal administratif dans les deux mois.

L'administration qui vous indemnise est ensuite subrogée dans vos droits : elle se retourne contre l'auteur des violences. Cela ne vous dispense pas de faire valoir vous-même vos préjudices personnels, que ni votre traitement maintenu ni l'allocation d'invalidité ne réparent.

Qui a frappé ? Élève mineur, majeur ou groupe extérieur

Lors d'un blocus, l'auteur des violences peut être un élève de l'établissement, mineur ou majeur, ou une personne extérieure venue se greffer au mouvement. Son identité désigne le débiteur de vos préjudices personnels, ceux que votre statut ne couvre pas.

L'auteur

Votre démarche

Qui indemnise vos préjudices personnels

Un élève mineur identifié Plainte, puis constitution de partie civile devant la juridiction pour mineurs Ses parents, responsables de plein droit, et en pratique leur assureur de responsabilité civile ; la CIVI si l'assurance fait défaut et que les conditions sont réunies
Un élève majeur ou une personne extérieure identifiée Plainte, puis constitution de partie civile devant le tribunal correctionnel L'auteur, condamné à des dommages et intérêts ; la CIVI s'il ne paie pas et que les conditions sont réunies
Un groupe non identifié Plainte contre X, puis saisine de la CIVI La CIVI, au titre de la solidarité nationale, si votre incapacité totale de travail atteint un mois ; à défaut, une indemnité plafonnée sous conditions de ressources

 

Quand l'élève est mineur, vous gagnez un débiteur solvable : ses parents répondent de plein droit du dommage qu'il cause (article 1242 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 23 juin 2025), sans que vous ayez à prouver une faute de leur part. Les conditions de cette responsabilité, et la raison pour laquelle l'assureur des parents ne peut pas vous opposer le caractère volontaire des coups, sont détaillées dans notre article sur le dommage causé par un mineur. Une objection propre aux violences collectives peut toutefois surgir : l'exclusion des dommages causés par des émeutes, que certains contrats prévoient.

Lorsque les violences sont le fait d'un attroupement, la responsabilité de l'État peut aussi être recherchée au titre de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Ses conditions, strictes, et la question de l'exclusion « émeutes » dans le contrat des parents sont traitées dans notre article sur les blessés lors d'une manifestation ou d'une émeute.

Agresseur inconnu ou qui ne paie pas : la CIVI

Votre qualité d'agent public ne vous ferme pas la commission d'indemnisation des victimes d'infractions. La CIVI répare intégralement vos préjudices lorsque les faits présentent le caractère matériel d'une infraction et ont entraîné une incapacité totale de travail d'au moins un mois ou une incapacité permanente, sans que l'auteur ait besoin d'être identifié ni condamné (article 706-3 du code de procédure pénale). En dessous de ce seuil, une indemnisation reste possible, mais plafonnée et soumise à des conditions de ressources (article 706-14). Le délai est de trois ans à compter des faits, prorogé d'un an après la dernière décision pénale (article 706-5).

La commission déduit ce que vous avez déjà reçu au titre du même préjudice (article 706-9) : votre traitement maintenu, vos soins pris en charge. Elle ne peut pas, en revanche, retrancher l'allocation temporaire d'invalidité de votre déficit fonctionnel permanent : la Cour de cassation juge que l'allocation temporaire d'invalidité et la rente viagère d'invalidité ne réparent pas ce poste (Cass. 2e civ., 7 novembre 2024, n° 23-14.755). C'est souvent là que se joue l'essentiel du dossier. La procédure devant la commission est décrite pas à pas dans notre page consacrée à la saisine de la CIVI, et les règles communes à toutes les agressions dans notre page sur l'indemnisation des victimes d'agression.

Blocus annoncé, rien n'a été fait : ce que l'administration doit en plus

Le fonctionnaire blessé en service n'est pas cantonné à son allocation d'invalidité. Depuis l'arrêt Moya-Caville (CE, ass., 4 juillet 2003, n° 211106), il peut obtenir de son employeur, même sans faute de celui-ci, la réparation de ses souffrances physiques ou morales et de ses préjudices esthétiques ou d'agrément. Cette indemnité complémentaire se demande par une réclamation écrite et chiffrée, puis, en cas de refus, devant le tribunal administratif.

Si l'accident est en outre imputable à une faute de l'administration, la réparation devient intégrale. Dans le cadre d'un blocus, le débat portera sur ce que l'établissement et l'autorité académique savaient et sur ce qu'ils ont fait : menaces relayées les jours précédents, incidents de la veille, absence de consignes, personnels envoyés seuls au contact. Le juge apprécie au cas par cas, et la réponse dépend des faits. C'est une raison de plus pour réunir tôt les échanges internes, les messages d'alerte et le compte rendu de la journée. Pour l'agent contractuel, la même question se pose sur le terrain de la faute inexcusable de l'employeur, devant le pôle social du tribunal judiciaire.

Reprendre la classe : les préjudices propres aux personnels agressés

Une agression subie sur son lieu de travail, devant ses élèves ou ses collègues, laisse des traces qui dépassent la blessure physique. Revenir chaque matin à l'endroit où l'on a été frappé est, pour beaucoup, l'épreuve la plus longue. Ces conséquences se traduisent en postes de préjudice précis, qu'il faut documenter.

Poste de préjudice

Ce qu'il recouvre après une agression au lycée

Les pièces utiles

Souffrances endurées La douleur des blessures, les soins, et la détresse vécue pendant les violences et les semaines suivantes Certificats, comptes rendus de soins, suivi psychologique
Déficit fonctionnel permanent Les séquelles définitives, physiques et psychiques : douleurs persistantes, troubles anxieux, hypervigilance Rapport d'expertise, avis du psychiatre ou du psychologue
Préjudice esthétique Cicatrices au visage, dents perdues, altération de l'apparence devant les élèves Photographies datées, devis et factures de soins dentaires
Incidence professionnelle Changement d'affectation, renoncement à enseigner devant des classes, fatigabilité, carrière ralentie Décisions d'affectation, avis du médecin du travail, entretiens professionnels
Préjudice d'agrément Activités sportives ou de loisirs abandonnées à cause des séquelles Licences, attestations de clubs, témoignages

 

Le retentissement psychique mérite une attention particulière. Un état de stress post-traumatique se diagnostique, s'évalue et s'indemnise comme une séquelle physique, à condition d'être suivi et documenté dès le début ; notre article sur le stress post-traumatique explique comment le faire reconnaître. Les blessures du visage et de la mâchoire, fréquentes lors des jets de projectiles, ont leurs propres règles d'évaluation, détaillées dans notre article sur les séquelles dentaires et maxillo-faciales.

Le volet professionnel est souvent sous-estimé. Un enseignant qui ne peut plus faire face à une classe, un agent qui demande sa mutation pour ne plus croiser ses agresseurs, subissent une incidence professionnelle distincte de leurs pertes de revenus. La reprise elle-même se prépare : temps partiel thérapeutique, aménagement de poste, changement d'établissement ; notre article sur la reprise du travail après un accident en détaille les leviers. Lorsque le retour en classe devient impossible, la question de la reconversion se pose, avec ses conséquences propres sur l'indemnisation, exposées dans notre article sur l'inaptitude professionnelle après un accident. Les autres postes se chiffrent selon les règles communes : souffrances endurées, déficit fonctionnel permanent, préjudice esthétique.

Les délais, du lendemain du blocus à la CIVI

Les délais s'échelonnent sur plusieurs années, mais les plus courts tombent dans les premiers jours. Le tableau les reprend dans l'ordre où ils se présentent.

Démarche

Délai

Texte

Transmettre le certificat médical (fonctionnaire) 48 heures après son établissement Décret n° 86-442, art. 47-3 (État) ; décret n° 87-602 (territoriale)
Déclarer l'accident de service (fonctionnaire) 15 jours après l'accident Mêmes textes
Contester un refus d'imputabilité ou de protection fonctionnelle 2 mois après la décision, devant le tribunal administratif Code de justice administrative, art. R. 421-1
Saisir la CIVI 3 ans après les faits, prorogés d'un an après la dernière décision pénale Code de procédure pénale, art. 706-5
Réclamer l'indemnité complémentaire à l'administration 4 ans à compter du 1er janvier suivant la consolidation Loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968
Agir contre l'auteur ou ses parents 10 ans à compter de la consolidation Code civil, art. 2226

 

Le point de départ, l'interruption et la suspension de ces délais sont détaillés dans notre article sur les délais de prescription en dommage corporel.

Ce que cette page ne traite pas

Cette page concerne les personnels blessés lors d'un blocus ou des violences qui l'entourent. Trois situations voisines ont leur propre page. L'élève blessé dans l'enceinte de l'établissement relève des règles propres aux accidents scolaires, exposées dans notre article sur l'enfant blessé ou agressé à l'école. Le policier ou le gendarme blessé en assurant l'ordre aux abords du lycée relève de son propre statut, présenté dans notre article sur le policier agressé en service. Le passant, le riverain ou le commerçant victime des mêmes violences trouve ses recours dans notre article sur les blessés lors d'une manifestation ou d'une émeute. Enfin, l'accident de service en dehors de tout contexte de violence, maladie comprise, est traité dans notre article général sur l'accident de service du fonctionnaire.

Le cabinet de Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate en droit du dommage corporel, accompagne les personnels de l'Éducation nationale et des collectivités blessés en service, à Lille, à Paris et dans toute la France.

Questions fréquentes

Le blocus se tenait devant les grilles, avant ma prise de service : suis-je couvert ?

Oui, dans la plupart des cas. Si vous étiez déjà sur votre lieu de travail pour accueillir les élèves ou sécuriser l'entrée, l'accident survient dans le temps et le lieu du service et il est présumé imputable au service. Si vous étiez encore en chemin, il peut s'agir d'un accident de trajet, qui ouvre au fonctionnaire le même congé à plein traitement. La qualification exacte compte moins que la rapidité de la déclaration : quinze jours pour la déclaration, quarante-huit heures pour le certificat médical.

Je suis assistant d'éducation : ai-je les mêmes droits qu'un enseignant titulaire ?

En partie. Comme agent public, vous avez droit à la protection fonctionnelle, avec la prise en charge de vos frais d'avocat, et vous pouvez saisir la CIVI ou agir contre l'auteur dans les mêmes conditions. Votre accident relève en revanche de la législation des accidents du travail : plein traitement pendant une durée limitée selon votre ancienneté, puis indemnités journalières, et rente en cas de séquelles. Si votre employeur avait conscience du danger sans prendre les mesures nécessaires, sa faute inexcusable peut être recherchée.

L'élève qui m'a blessé est mineur : ses parents doivent-ils m'indemniser ?

Oui. Les parents répondent de plein droit du dommage causé par leur enfant mineur, sans que vous ayez à prouver une faute de leur part, et c'est en pratique leur assureur de responsabilité civile qui paie. Vous vous constituez partie civile devant la juridiction pour mineurs et vous demandez réparation de vos préjudices personnels. Si les parents ne sont pas assurés ou si l'assureur refuse sa garantie, la CIVI reste ouverte lorsque les conditions sont réunies.

Les auteurs étaient cagoulés et restent inconnus : qui paie, de la CIVI ou de mon administration ?

Les deux, pour des postes différents. Votre administration maintient votre traitement, prend en charge vos soins et vous verse, le cas échéant, une allocation temporaire d'invalidité ; fonctionnaire, vous pouvez lui demander en outre une indemnité complémentaire pour vos souffrances et vos préjudices esthétique et d'agrément. La CIVI répare l'ensemble de vos préjudices, déduction faite de ce que vous avez déjà reçu pour le même poste, si votre incapacité totale de travail atteint un mois ou si vous gardez une incapacité permanente.

Je n'ai pas été frappé, mais bousculé et très choqué : est-ce un accident de service ?

Cela peut l'être. Un choc psychologique provoqué par un événement soudain et violent survenu en service peut constituer un accident de service, à condition d'être constaté médicalement sans tarder. Consultez rapidement, faites décrire vos symptômes dans le certificat médical et déclarez l'accident dans les quinze jours. Le préjudice psychique est un préjudice à part entière, qui s'évalue comme une blessure physique.

Mon administration a porté plainte : dois-je le faire aussi ?

Oui. La plainte de l'administration protège l'institution et lui permet de récupérer les sommes qu'elle vous verse. Elle ne porte pas vos préjudices personnels. Pour en obtenir réparation devant la juridiction pénale, vous devez déposer votre propre plainte et vous constituer partie civile. Votre plainte est aussi la pièce qui ouvre la saisine de la CIVI.

Le chef d'établissement savait que le blocus risquait de dégénérer : puis-je mettre en cause l'administration ?

Oui, si une faute peut être établie. Fonctionnaire, vous pouvez rechercher la responsabilité de votre administration devant le tribunal administratif pour obtenir la réparation intégrale de votre dommage, au-delà de l'indemnité complémentaire due même sans faute. Le juge examine ce qui était connu et ce qui a été fait : alertes reçues, consignes données, moyens mis en place. Contractuel, la même question relève de la faute inexcusable de l'employeur. Dans les deux cas, réunissez tôt les messages et les comptes rendus internes.

Je suis agent d'entretien dans un lycée : à qui dois-je m'adresser ?

À la Région, qui vous emploie depuis le transfert des personnels techniques des lycées en 2004, et non au rectorat. C'est à elle que vous déclarez l'accident de service et que vous demandez la protection fonctionnelle. Pour un collège, l'employeur est le département. Le chef d'établissement reste votre interlocuteur de proximité pour le compte rendu d'incident et la conservation des images.

Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes

  1. Prouver — Réunir les justificatifs de chaque poste de préjudice. Certificats, attestations, décisions d'affectation : la liste des pièces qui font un dossier.
  2. Chiffrer — Estimer ce que représente votre indemnisation. Les repères pour comprendre comment chaque poste se calcule.
  3. Être accompagné — Confier votre dossier à une avocate en dommage corporel. Vos frais de défense peuvent être pris en charge au titre de la protection fonctionnelle.

Sources et références

  • Code général de la fonction publique, articles L. 134-1 à L. 134-12 (protection fonctionnelle), R. 134-1 à R. 134-7 (frais de défense, issus du décret n° 2024-1038 du 6 novembre 2024), L. 822-18 (présomption d'imputabilité au service), L. 824-1 (allocation temporaire d'invalidité).
  • Décret n° 86-442 du 14 mars 1986, articles 47-2, 47-3 et 47-5 (déclaration de l'accident de service dans la fonction publique de l'État, issus du décret n° 2019-122 du 21 février 2019) ; décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, modifié par le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 (fonction publique territoriale).
  • Décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, article 14 (agents contractuels de l'État, congé en cas d'accident du travail).
  • Loi n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales (transfert des personnels techniques des lycées aux régions).
  • Code pénal, articles 222-12 et 222-13 (violences aggravées) ; code de procédure pénale, articles 40, 706-3, 706-5, 706-9 et 706-14.
  • Code civil, articles 1242 (responsabilité des parents) et 2226 (prescription de l'action en réparation du dommage corporel) ; loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 (prescription quadriennale) ; code de la sécurité intérieure, article L. 211-10.
  • CE, ass., 4 juillet 2003, Mme Moya-Caville, n° 211106, publié au recueil Lebon (indemnité complémentaire du fonctionnaire, même sans faute).
  • Cass. 2e civ., 7 novembre 2024, n° 23-14.755 (l'allocation temporaire d'invalidité et la rente viagère d'invalidité ne réparent pas le déficit fonctionnel permanent).