- Article mis à jour le 18 octobre 2026

 Le droit français organise deux voies d'indemnisation qui se passent de l'identification de l'auteur : la CIVI, adossée au Fonds de garantie des victimes (FGTI), et la responsabilité sans faute de l'État au titre des attroupements (article L. 211-10 du Code de la sécurité intérieure). La seconde reste largement méconnue : une étude des décisions publiées après le mouvement des gilets jaunes relève que la plupart concernent des dommages matériels, et le volet corporel de ce régime reste peu exploité par les victimes. Voici comment activer l'une, l'autre, ou articuler les deux.

📌 En bref

Blessé lors d’une manifestation, d’une émeute ou d’un rassemblement qui dégénère, vous pouvez être indemnisé même si l’auteur n’est jamais identifié. La CIVI, financée par le Fonds de garantie (FGTI), répare intégralement le dommage en cas de décès, d’incapacité permanente ou d’ITT d’au moins un mois ; en deçà, une indemnité plafonnée reste possible sous conditions de ressources. L’État est civilement responsable, sans faute, des violences commises par un attroupement (article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure), sauf action préméditée d’un groupe organisé. Si l’auteur est un mineur identifié, ses parents répondent de plein droit, et leur assureur ne peut pas vous opposer le caractère volontaire des coups ; il peut en revanche invoquer une exclusion « émeutes », qu’il lui revient de prouver. Le manifestant pacifique est indemnisé comme le passant. Le tableau des cinq voies compare conditions, juges et délais.

 

Le premier réflexe : déposer plainte, même contre X

Les deux voies d'indemnisation reposent sur l'existence d'une infraction — coups et blessures, violences en réunion, dégradations. Que l'auteur soit identifiable ou non, le dépôt de plainte joue un rôle central dans votre indemnisation : il date les faits, les qualifie pénalement et déclenche l'enquête dont les constatations serviront votre dossier. Une plainte contre X suffit. Déposez-la rapidement, en décrivant précisément le contexte : lieu, heure, configuration du rassemblement, nature des violences.

Signalez aussi à votre caisse d'assurance maladie qu'un tiers est à l'origine de vos blessures : elle exercera son propre recours contre le responsable et vous adressera un questionnaire, auquel il faut répondre avec soin. Notre article détaille ce qu'il faut répondre à la CPAM quand un tiers a causé vos blessures.

💡 Consultez un médecin le jour même, même pour des blessures qui paraissent mineures : le certificat médical initial décrivant les lésions et fixant l'ITT est la pièce maîtresse des deux procédures. Sans constat immédiat, l'assureur public comme le Fonds contesteront plus tard l'imputabilité de vos lésions aux violences.

Voie n°1 : la CIVI, l'indemnisation sans auteur identifié

La Commission d'indemnisation des victimes d'infractions, instituée auprès de chaque tribunal judiciaire, permet d'obtenir la réparation intégrale de vos préjudices lorsque le dommage atteint un seuil de gravité : décès, incapacité permanente ou ITT d'au moins un mois, ou certaines infractions par nature. C'est le FGTI — le Fonds de garantie des victimes du terrorisme et d'autres infractions — qui paie, que l'auteur soit inconnu, en fuite ou insolvable. Notre page dédiée détaille la saisine de la CIVI, ses conditions et sa procédure, et notre hub consacré aux fonds de garantie replace ce mécanisme dans l'ensemble du paysage indemnitaire. En dessous du seuil, par exemple pour une ITT de moins d'un mois sans séquelle, l'article 706-14 du Code de procédure pénale ouvre encore une indemnité, mais plafonnée et soumise à des conditions de ressources.

Les délais : trois ans à compter de l'infraction, portés à un an après la décision pénale définitive lorsqu'une procédure a été engagée — avec possibilité de relevé de forclusion pour motif légitime. Si l'auteur est identifié, condamné à des dommages-intérêts, mais ne paie pas, la SARVI prend le relais pour le recouvrement des sommes allouées, dans la limite de ses plafonds.

Précision de périmètre : si vous avez été victime d'une agression ciblée — un auteur qui s'en prend à vous personnellement, hors contexte de foule ou de rassemblement — la voie CIVI demeure, mais la stratégie diffère : consultez notre page consacrée aux victimes d'agression, de violences et de coups et blessures. Le présent article traite du cas particulier des violences de foule, où l'anonymat des auteurs est la règle et où la voie de l'État entre en jeu.

Voie n°2 : l'État, civilement responsable des attroupements

L'article L. 211-10 du Code de la sécurité intérieure dispose que l'État est civilement responsable « des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ». C'est un régime de responsabilité sans faute : vous n'avez rien à reprocher à l'État, ni défaut de maintien de l'ordre, ni carence policière. La jurisprudence l'étend même aux dommages causés par les mesures prises pour rétablir l'ordre.

Les conditions, en revanche, sont appliquées strictement par le juge administratif : le dommage doit résulter de manière directe et certaine de crimes ou délits déterminés, commis par un attroupement ou rassemblement précisément identifié. Et surtout, le Conseil d'État exclut du régime les actions préméditées, organisées à l'avance par des groupes structurés — c'est là que se joue le débat pour les violences de type black bloc : l'État plaidera l'action planifiée d'un groupe organisé, la victime démontrera au contraire la violence spontanée née en marge d'une manifestation. Cette qualification se gagne par la preuve : déroulé des faits, enquête pénale, images, articles de presse.

Côté procédure : tout commence par une demande indemnitaire préalable adressée au préfet du département où les faits se sont produits, chiffrée poste par poste et accompagnée des pièces — plainte, certificat médical initial, arrêts de travail, preuves du contexte d'attroupement (images, articles de presse, constatations de l'enquête). Le silence gardé pendant deux mois vaut rejet implicite, qui ouvre le recours devant le tribunal administratif. Le délai global obéit à la prescription quadriennale des créances sur l'État — quatre ans à compter du 1er janvier de l'année qui suit, pour un dommage corporel, la consolidation de vos blessures. Un point de vocabulaire qui a son importance devant le juge : l'attroupement n'exige ni déclaration préalable ni caractère revendicatif — une flambée de violences urbaines spontanée, sans le moindre cortège déclaré, peut suffire, dès lors que les auteurs ont agi en groupe, à force ouverte.

💡 Les preuves des violences urbaines sont éphémères : vidéos publiées en story, publications supprimées, images de vidéosurveillance écrasées sous quelques jours. Sauvegardez tout dans les 48 heures — captures horodatées, enregistrements, identité des témoins — et demandez par écrit la conservation des images de vidéoprotection au commissariat ou à la mairie.

CIVI ou État : quelle voie choisir ?

Les deux régimes ne se cumulent pas pour un même préjudice : ce qui est indemnisé par l'un est déduit par l'autre. Le choix est stratégique. Pour des blessures graves atteignant le seuil de gravité, la CIVI est généralement la voie reine : réparation intégrale, débiteur toujours solvable, procédure rodée. La voie de l'article L. 211-10 prend tout son intérêt lorsque les conditions de la CIVI ne sont pas réunies — ITT inférieure à un mois sans incapacité permanente, où la CIVI n'offre qu'une indemnité plafonnée — ou lorsque le contexte d'attroupement est particulièrement caractérisé. Dans les dossiers sérieux, les deux demandes s'articulent et se sécurisent mutuellement : c'est un arbitrage d'avocat, au vu des pièces.

Émeutier mineur identifié : l'assurance des parents face à l'exclusion « émeutes »

Il arrive que l'enquête identifie l'auteur des coups, et qu'il soit mineur : la situation est fréquente dans les violences urbaines. Vous gagnez alors un débiteur : les parents répondent de plein droit du dommage causé par leur enfant mineur (article 1242 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 23 juin 2025), et c'est en pratique leur assureur de responsabilité civile qui paie. Les conditions de cette responsabilité, le cas des parents séparés et celui de l'enfant placé sont exposés dans notre article consacré à l'accident causé par un mineur. Le même article explique pourquoi l'assureur des parents ne peut pas vous opposer le caractère volontaire des coups. Cette section s'en tient à l'objection qui ne se rencontre que dans un dossier d'émeute.

Sauf convention contraire, l'assureur ne répond pas des dommages occasionnés par des émeutes (article L. 121-8 du code des assurances). Tout dépend donc du contrat : certains couvrent ce risque, d'autres l'excluent. Lorsque le contrat ne le couvre pas, c'est à l'assureur de prouver que le dommage résulte d'une émeute : vous n'avez pas à démontrer le contraire.

Sur ce terrain, l'argument que l'État oppose au titre des attroupements ne joue pas en votre faveur. La Cour de cassation juge que l'absence de caractère spontané ne suffit pas à écarter la qualification d'émeute (Cass. 2e civ., 17 novembre 2016, n° 15-24.116, à propos de véhicules incendiés dans l'enceinte d'un lycée en novembre 2005). Une action préparée à l'avance peut donc échapper à la responsabilité de l'État et tomber, en même temps, sous l'exclusion du contrat : il reste alors la CIVI. C'est une raison de plus pour décrire précisément les faits dès la plainte.

Demandez sans tarder les conditions générales et particulières du contrat des parents et lisez la clause d'exclusion. Si l'assureur refuse sa garantie, ou si les parents ne sont pas assurés, la CIVI reste ouverte dans les conditions vues plus haut : elle indemnise quel que soit l'âge de l'auteur, sans qu'il ait besoin d'être poursuivi. Vous conservez aussi votre action contre les parents eux-mêmes, sur leurs biens.

La nouvelle garantie des dommages d'émeutes créée par la loi de finances pour 2026 (articles L. 12-11-1 et suivants du code des assurances) ne change rien à votre situation : elle vise les dommages aux biens et aux véhicules, non la responsabilité civile ni le dommage corporel, et n'entrera en vigueur qu'à une date fixée par décret, après l'accord de la Commission européenne.

Situation

Qui paie

Ce qui peut bloquer

Le contrat des parents garantit leur responsabilité du fait de l'enfant, sans exclusion des émeutes

L'assureur de responsabilité civile des parents

Rien du côté de la faute : le caractère volontaire des coups ne vous est pas opposable (art. L. 121-2)

Le contrat exclut les émeutes

L'assureur peut refuser sa garantie

À lui de prouver que le dommage résulte d'une émeute (art. L. 121-8) ; une action préparée peut en être une

Refus de garantie, ou parents sans assurance

La CIVI (FGTI), ou les parents sur leurs biens

Seuil de gravité de la CIVI ; solvabilité des parents

Enfant confié à un tiers par une décision administrative ou judiciaire

La personne ou la structure qui en avait la charge

L'aiguillage dépend de la décision de placement (voir l'article sur l'accident causé par un mineur)

 

Ce que prépare le projet de loi n° 952 : la solidarité des participants

Une réforme est en discussion. Le projet de loi relatif à la réparation des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l'espace public, déposé au Sénat le 16 septembre 2026 en procédure accélérée, est inscrit en séance publique les 27 et 28 octobre 2026. Présenté en Conseil des ministres après les violences qui ont suivi la finale de la Ligue des champions de mai 2026, il crée dans le code de la sécurité intérieure une responsabilité civile pour faute des participants à un rassemblement illicite : groupement formé en vue de commettre des violences, ou attroupement qui se maintient après les sommations de dispersion.

Pour la victime, le texte apporterait trois changements :

  • La solidarité entre participants : chacun pourrait être tenu de réparer l'entier dommage, dans la limite de 10 000 euros par personne, envers la victime, son assureur ou l'État.
  • Des débiteurs de plus, pas un régime de remplacement : la responsabilité de l'État au titre des attroupements demeure, et l'État pourrait se retourner plus facilement contre les auteurs après vous avoir indemnisé.
  • Un recouvrement renforcé : les allocations familiales et les aides personnelles au logement pourraient être saisies pour payer des dommages et intérêts définitivement mis à la charge d'une personne, dans le respect du reste à vivre.

Pour une victime de blessures graves, le plafond de 10 000 euros par participant limite la portée du dispositif : la CIVI et la responsabilité de l'État resteraient les voies principales. Tant qu'il n'est pas adopté, ce texte ne crée aucun droit : seules les voies décrites dans cet article peuvent être actionnées aujourd'hui.

Tableau récapitulatif : les cinq voies d'indemnisation

Voie

Conditions d'accès

Juge / interlocuteur

Délai et étendue

CIVI (FGTI)

Infraction + gravité du dommage (décès, incapacité permanente, ITT d'au moins un mois...)

Commission au tribunal judiciaire ; le FGTI paie

3 ans après les faits (1 an après la décision pénale) ; réparation intégrale

SARVI (FGTI)

Auteur identifié et condamné à des dommages-intérêts qu'il ne paie pas

Demande directe au FGTI

1 an après la décision définitive ; aide au recouvrement, plafonnée

État — attroupements (L. 211-10 CSI)

Crime ou délit commis à force ouverte ou par violence par un attroupement identifié ; lien direct et certain ; pas d'action préméditée d'un groupe organisé

Demande préalable puis tribunal administratif

Prescription quadriennale ; réparation intégrale, sans faute à prouver

Auteur majeur identifié

Condamnation pénale et/ou action civile ; faute à établir

Juridictions pénales ou civiles

Réparation intégrale, mais solvabilité rarement au rendez-vous

Auteur mineur identifié

Fait de l'enfant à l'origine du dommage ; parents responsables de plein droit (art. 1242 C. civ.)

Assureur de responsabilité civile des parents ; juridictions pénales ou civiles

10 ans à compter de la consolidation ; réparation intégrale, sauf exclusion « émeutes » prouvée par l'assureur

 

 

Passant, manifestant, commerçant, forces de l'ordre : qui peut agir ?

Le passant, le riverain et le commerçant blessés sont les victimes types de ces régimes, sans difficulté de principe. Le manifestant pacifique aussi : participer à une manifestation déclarée n'est pas une faute, et ne réduit pas votre droit à indemnisation. En revanche, la participation active aux violences ou aux dégradations constitue une faute opposable, qui peut réduire ou exclure l'indemnisation devant la CIVI comme devant le juge administratif. Enfin, les policiers et gendarmes blessés en opération relèvent de régimes statutaires distincts, que nous détaillons dans notre article consacré au policier agressé en service — le présent article traite des victimes civiles. Les personnels d'un collège ou d'un lycée blessés lors d'un blocus sont, eux, des victimes civiles ; s'ils sont fonctionnaires, leurs blessures relèvent toutefois d'abord du régime de l'accident de service, qui ne leur ferme ni la CIVI ni l'action contre l'auteur pour les préjudices qu'il ne répare pas.

Projectiles, mouvements de foule, gaz : des préjudices à ne pas sous-évaluer

Les blessures de contexte émeutier ont leurs spécificités : fractures et plaies par projectiles, traumatismes crâniens et thoraciques par mouvement de foule, atteintes oculaires, lésions laissant des cicatrices — qui relèvent du préjudice esthétique, d'autant plus lourd qu'une cicatrice visible touche le visage. S'y ajoute souvent un retentissement psychique : peur des foules, évitement des centres-villes, état de stress post-traumatique — un préjudice à part entière, trop souvent passé sous silence par les victimes elles-mêmes.

Tous ces postes seront chiffrés lors de l'expertise médicale : souffrances endurées, déficit fonctionnel permanent, retentissement professionnel. Préparez cette expertise en constituant votre dossier médical complet, familiarisez-vous avec son déroulement, et faites-vous assister d'un médecin-conseil de victime indépendant : face au FGTI comme face à l'État, l'évaluation médicale est le nerf de la guerre.

💡 Ne vous précipitez pas pour accepter la première proposition du Fonds : une offre rapide est souvent une offre sous-évaluée. Chaque poste doit être confronté à la nomenclature Dintilhac et aux références des juridictions avant toute acceptation.

En cas de décès lors de violences de foule : les droits des proches

Lorsque les violences ont été mortelles, les proches disposent de droits propres devant la CIVI comme devant le juge administratif : préjudice d'affection, préjudices économiques, remboursement des frais d'obsèques, et action successorale pour les souffrances endurées par la victime avant le décès.

La marche à suivre, en cinq étapes

Étape 1 — Sécuriser les constats (jour J). Consultation médicale immédiate avec certificat initial détaillé et fixation de l'ITT ; dépôt de plainte contre X décrivant précisément le contexte du rassemblement. Ces deux pièces conditionnent tout le reste.

Étape 2 — Figer les preuves (48 heures). Captures horodatées des vidéos et publications, demande écrite de conservation des images de vidéoprotection, identification des témoins et recueil de leurs attestations, dont la valeur probatoire est réelle — coordonnées comprises, car les témoins de rue s'évaporent vite.

Étape 3 — Choisir et engager la ou les voies (premières semaines). Analyse de l'éligibilité CIVI (seuil de gravité) et de la qualification d'attroupement ; requête CIVI et/ou demande préalable au préfet, chacune dans son délai propre ; si l'auteur est identifié et mineur, demande des coordonnées de l'assureur des parents et de leur contrat. En cas de séquelles importantes, une provision peut être demandée sans attendre l'issue de la procédure.

Étape 4 — Faire évaluer les préjudices. Expertise médicale préparée et assistée, chiffrage poste par poste selon la nomenclature, y compris le retentissement psychique — le poste le plus souvent oublié dans ces dossiers.

Étape 5 — Discuter l'offre. Avant de signer quoi que ce soit, prenez le temps de faire vérifier l'offre d'indemnisation : devant la CIVI, une acceptation mal calibrée se rattrape difficilement — sauf aggravation ultérieure de votre état, qui rouvre des droits.

Les trois erreurs qui ruinent ces dossiers

Attendre l'issue de l'enquête pénale pour agir. Les enquêtes contre X en contexte de violences urbaines durent des mois, souvent pour aboutir à un classement sans suite — pendant que les délais de la CIVI et la prescription quadriennale courent. Les voies indemnitaires s'engagent sans attendre le pénal, quitte à compléter le dossier ensuite.

Déposer une plainte trop pauvre. Une plainte qui se borne à « j'ai reçu un coup » sans décrire le rassemblement, sa configuration, les sommations éventuelles et le déroulé des violences prive votre dossier de l'élément qui fera la différence devant le juge administratif : la caractérisation de l'attroupement. La qualification juridique se gagne dès le procès-verbal.

Minimiser le retentissement psychique. Beaucoup de victimes de violences de foule consultent pour leurs fractures et taisent leurs cauchemars, leur évitement des lieux publics, leur hypervigilance. Ces séquelles sont indemnisables au même titre que les blessures physiques — à condition d'être documentées médicalement, tôt et régulièrement.

Questions fréquentes des victimes de violences de foule

L'auteur de mes blessures n'a jamais été identifié : ai-je vraiment droit à une indemnisation ?

Oui, c'est précisément la raison d'être des deux régimes présentés ici. La CIVI indemnise sans auteur identifié dès lors que l'infraction et la gravité du dommage sont établies, et l'État répond des attroupements sans qu'aucun individu ne soit poursuivi. L'enquête pénale, même classée contre X, nourrit votre dossier.

Je participais à la manifestation : cela réduit-il mes droits ?

Non, si votre participation était pacifique : manifester est un droit, pas une faute. Seule la participation active aux violences, aux dégradations ou le refus de se disperser après sommations peut vous être opposé comme faute et réduire — voire exclure — votre indemnisation.

L'émeutier qui m'a frappé est mineur : l'assureur de ses parents peut-il invoquer l'émeute pour refuser ?

Oui, si le contrat des parents exclut les émeutes, ce qui n'est pas toujours le cas. C'est alors à l'assureur de prouver que votre dommage résulte d'une émeute, et l'absence de caractère spontané des violences ne suffit pas à écarter cette qualification (article L. 121-8 du code des assurances ; Cass. 2e civ., 17 novembre 2016, n° 15-24.116). S'il refuse sa garantie, la CIVI reste ouverte.

Les autres membres du groupe peuvent-ils être condamnés à me payer ?

Ceux qui sont condamnés pour le même délit que l'auteur des coups, par exemple des violences commises en réunion, sont déjà tenus solidairement des dommages-intérêts (article 480-1 du code de procédure pénale). Hors ce cas, il faut établir la faute de chaque personne poursuivie et son lien avec votre dommage. Le projet de loi n° 952, en discussion au Sénat, rendrait les participants à un rassemblement illicite solidairement responsables, dans la limite de 10 000 euros chacun.

J'ai été blessé par un projectile lors de la dispersion : quel recours ?

L'article L. 211-10 couvre aussi, selon la jurisprudence, les dommages entraînés par les mesures prises pour rétablir l'ordre. Selon les circonstances, d'autres voies peuvent s'y ajouter ou s'y substituer. Ces dossiers sont sensibles en preuve et en qualification : faites-les analyser précisément avant d'agir.

L'État peut-il refuser en soutenant que les black blocs sont un « groupe organisé » ?

C'est sa ligne de défense classique : les actions préméditées de groupes structurés échappent au régime des attroupements. Mais cette qualification se discute au cas par cas — violence spontanée née en marge d'un cortège déclaré, absence de plan concerté démontré, chronologie des faits. C'est un débat de preuve, qui se gagne avec un dossier construit.

Mon ITT est inférieure à un mois : suis-je exclu de la CIVI ?

Pas totalement. Sans incapacité permanente, une ITT de moins d’un mois ne permet pas la réparation intégrale devant la CIVI, mais l’article 706-14 du Code de procédure pénale ouvre une indemnité plafonnée, sous conditions de ressources. La voie de l’État, au titre des attroupements, n’exige aucun seuil de gravité.

Quels sont les délais pour agir après des violences de foule ?

CIVI : trois ans à compter des faits, ou un an après la décision pénale définitive. Voie de l'État : prescription quadriennale, soit quatre ans à compter du 1er janvier de l'année qui suit la consolidation de vos blessures. SARVI : un an après la condamnation définitive. Ces délais courent vite et ne se cumulent pas entre eux : faites arbitrer la stratégie tôt.

Blessé lors d'une manifestation, d'une émeute ou d'un rassemblement violent ? Parlons-en.

Le cabinet de Me Joëlle Marteau-Péretié défend exclusivement les victimes de dommages corporels — devant la CIVI, face au FGTI et devant les juridictions. Qualifier les faits, choisir la bonne voie, préserver les preuves et faire évaluer justement vos séquelles : dans ces dossiers, la stratégie des premières semaines détermine l'indemnisation finale.

Contactez-nous au 06 84 28 25 95 pour un premier échange confidentiel et sans engagement sur votre situation.

Rédigé par Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate diplômée en droit du dommage corporel. Lille & Paris — 06 84 28 25 95.

Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes

  1. Préparer — Bien préparer l’expertise médicale. Certificat initial, suivi psychologique, pièces du contexte.
  2. Tenir — Demander une provision. Sans attendre l’issue de la procédure.
  3. Vérifier — Vérifier l’offre avant de l’accepter. Poste par poste, devant le Fonds comme devant l’État.

Bibliographie et sources

Code de la sécurité intérieure, article L. 211-10 (responsabilité civile de l'État du fait des attroupements et rassemblements) — Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038382940 (consulté le 22 juillet 2026)

Code de procédure pénale, articles 706-3 et suivants (indemnisation des victimes d'infractions — CIVI), dont l'article 706-14 (indemnité plafonnée sous conditions de ressources) ; loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 (prescription quadriennale des créances sur l'État) — Légifrance

Conseil d'État, 11 juillet 2011, SMACL, n° 331669 (mentionné aux tables ; rendu sous l'empire de l'article L. 2216-3 du CGCT, devenu l'article L. 211-10 CSI) : la réaction spontanée à un événement relève des attroupements, l'action préméditée et organisée n'en relève pas ; Conseil d'État, 28 octobre 2022, ministre de l'Intérieur c/ Sanef, n° 451659, et 11 octobre 2023, ministre de l'Intérieur c/ SNCF Réseau, n° 465591 (tous deux mentionnés aux tables) : les actes prémédités d'un groupe structuré pour les commettre sont exclus du champ de l'article L. 211-10 CSI ; jurisprudence constante sur l'extension du régime aux dommages causés par les mesures de rétablissement de l'ordre

Fidelio Avocats, « Dommages lors d'une manifestation et responsabilité de l'État », étude des décisions publiées 2020-2024 relatives au mouvement des gilets jaunes — https://fidelio-avocats.fr/actualites/responsabilite-etat-dommages-manifestation/ (mai 2025)

Sénat, question écrite n° 02156, réponse du ministère de l'Intérieur sur la prise en charge des dommages occasionnés lors de manifestations — https://www.senat.fr/questions/base/2017/qSEQ171102156.html

Code des assurances, articles L. 113-1 (faute intentionnelle), L. 121-2 (garantie des dommages causés par les personnes dont l'assuré est civilement responsable, quelles que soient la nature et la gravité de leurs fautes) et L. 121-8 (émeutes) ; articles L. 12-11-1 et suivants, créés par l'article 171 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (garantie des dommages d'émeutes aux biens) — Légifrance

Code civil, article 1242, alinéa 4, dans sa rédaction issue de la loi n° 2025-568 du 23 juin 2025 ; code de procédure pénale, article 480-1 (solidarité des personnes condamnées pour un même délit) — Légifrance

Cass. 2e civ., 17 novembre 2016, n° 15-24.116 (l'absence de caractère spontané ne suffit pas à écarter la qualification d'émeute)

Projet de loi n° 952 (2025-2026) relatif à la réparation des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l'espace public et au recouvrement des dommages et intérêts, déposé au Sénat le 16 septembre 2026 — dossier législatif : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N54925 ; avis du Conseil d'État, assemblée générale du 3 septembre 2026 ; compte rendu du Conseil des ministres du 16 septembre 2026