📌 En bref. Fonctionnaire blessé en service, vous ne relevez pas du régime des salariés du privé : pas de CPAM, pas de faute inexcusable, mais un régime statutaire — congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS), allocation temporaire d'invalidité (ATI) dès 10 % d'incapacité, rente viagère en cas de retraite pour invalidité — qui répare forfaitairement les pertes de revenus et l'incidence professionnelle. Ce forfait n'est pas un plafond. Depuis l'arrêt Moya-Caville (Conseil d'État, Assemblée, 4 juillet 2003, n° 211106), votre administration peut être tenue, même sans faute, de vous verser une indemnité complémentaire pour vos préjudices personnels. En cas de faute de l'administration, la réparation devient intégrale devant le tribunal administratif ; si un tiers est responsable, elle l'est aussi, le plus souvent devant le juge judiciaire. Le tableau des postes montre ce que le statut couvre et ce qu'il laisse de côté.
Ce que le régime statutaire vous garantit, c'est une protection sociale, pas une réparation intégrale. Et contrairement au salarié du privé, vous ne pouvez pas invoquer la faute inexcusable de votre employeur devant le pôle social d'un tribunal judiciaire. Les voies qui permettent d'atteindre la réparation intégrale existent : elles sont différentes, et largement méconnues des agents eux-mêmes.
Cette page explique comment fonctionne le régime de protection des fonctionnaires en cas d'accident de service, ce qu'il ne couvre pas, et quels recours permettent d'obtenir l'indemnisation de ce que l'administration ne verse pas d'elle-même.
Vous êtes fonctionnaire et avez été blessé dans l'exercice de vos fonctions ? Maître Joëlle Marteau-Péretié analyse votre situation et identifie les voies de recours disponibles dans votre cas. 06 84 28 25 95 — un premier échange pour faire le point.
Accident de service vs accident du travail : des régimes fondamentalement différents
La terminologie : « accident de service », pas « accident du travail »
Un fonctionnaire n'est pas un salarié au sens du Code du travail. Il est, vis-à-vis de son administration, dans une situation statutaire et réglementaire, et non lié par un contrat de travail. Cette différence juridique fondamentale a des conséquences directes sur l'indemnisation de ses blessures.
Un fonctionnaire ne subit pas un accident du travail au sens de l'article L. 411-1 du Code de la sécurité sociale — il subit un accident de service. La qualification est similaire dans son objet : l'accident survenu par le fait ou à l'occasion du service est présumé imputable audit service. Mais les mécanismes d'indemnisation, les administrations compétentes et les juridictions saisies sont entièrement différents.
Ce qui change concrètement
La CPAM ne gère pas votre dossier. En cas d'accident de service, c'est votre employeur public — le ministère, la collectivité, l'établissement hospitalier — qui gère directement votre prise en charge ou la délègue à un régime spécifique selon votre appartenance à l'une des trois fonctions publiques. La CPAM n'intervient que si vous êtes agent contractuel de droit public non affilié à un régime spécial.
Il n'y a pas de faute inexcusable. C'est le point le plus important. Dans le régime privé, la faute inexcusable de l'employeur permet d'obtenir la majoration de la rente AT et l'indemnisation de tous les préjudices personnels non couverts par la Sécurité sociale. Ce mécanisme n'existe pas pour les fonctionnaires. La responsabilité de l'administration s'engage différemment — devant la juridiction administrative — et selon des conditions spécifiques.
La juridiction compétente est le tribunal administratif, non le pôle social du tribunal judiciaire. Toute contestation des décisions de l'administration concernant votre accident de service, ou toute action en responsabilité contre votre employeur public, relève de l'ordre administratif.
💡 Le saviez-vous ? L'agent contractuel de droit public (non titulaire) est dans une situation intermédiaire : il relève en principe du régime général de la Sécurité sociale et de la CPAM pour ses soins, mais ses recours contre l'administration relèvent également du tribunal administratif. Sa situation est plus proche de celle du fonctionnaire que du salarié privé en matière de responsabilité de l'employeur.

Trois fonctions publiques : un socle commun, des organismes distincts
La France compte trois fonctions publiques. Les droits de l'agent blessé en service y reposent sur le même socle — CITIS, ATI, rente viagère d'invalidité — mais les organismes payeurs et les régimes de retraite diffèrent.
La fonction publique d'État (FPE)
Elle regroupe les fonctionnaires des ministères, des services déconcentrés de l'État, de la magistrature, de l'enseignement (Éducation nationale, universités), des services fiscaux, de la police nationale, de la gendarmerie, des douanes et de nombreux corps spécifiques.
Régime applicable : Les fonctionnaires de l'État relèvent de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, désormais codifiée dans le Code général de la fonction publique (CGFP). En cas d'accident de service, leur prise en charge est assurée directement par leur administration d'appartenance.
Prestation principale : l'allocation temporaire d'invalidité (ATI). Lorsque l'accident de service laisse une incapacité permanente d'au moins 10 %, le fonctionnaire maintenu en activité peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité, cumulable avec son traitement (article L. 824-1 du code général de la fonction publique). Son montant correspond à une fraction d'un traitement de référence égale au taux d'invalidité reconnu. Si l'accident conduit à une mise à la retraite pour invalidité, c'est une rente viagère d'invalidité, s'ajoutant à la pension, qui prend le relais.
Le congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS). Créé par l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017, il a remplacé l'ancien régime des congés de maladie imputables au service, dans les trois fonctions publiques ; ses modalités ont été fixées par décret pour chacune d'elles (décret n° 2019-122 du 21 février 2019 pour l'État). Pendant le CITIS, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre ses fonctions ou jusqu'à sa mise à la retraite, et les frais médicaux directement liés à l'accident sont pris en charge par l'administration.
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La fonction publique territoriale (FPT)
Elle regroupe les agents des communes, intercommunalités, départements, régions, offices HLM, centres d'action sociale et autres collectivités territoriales.
Régime applicable : Les fonctionnaires territoriaux relèvent de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, également codifiée dans le CGFP. Mais leur régime de retraite et d'invalidité est distinct de celui des fonctionnaires d'État — il relève de la CNRACL (Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales).
En activité : l'allocation temporaire d'invalidité, comme dans la FPE. Le fonctionnaire territorial ou hospitalier qui reprend ses fonctions avec une incapacité permanente d'au moins 10 % peut lui aussi percevoir une ATI cumulable avec son traitement, versée par la Caisse des dépôts (décret n° 2005-442 du 2 mai 2005).
À la retraite pour invalidité : la rente viagère d'invalidité CNRACL. Lorsque l'accident de service laisse des séquelles permanentes rendant le fonctionnaire territorial inapte à reprendre ses fonctions, il peut être mis à la retraite pour invalidité et percevoir une rente viagère d'invalidité servie par la CNRACL, en plus de sa pension de retraite. Cette rente est calculée sur la base du traitement et du taux d'invalidité reconnu.
Le conseil médical. L'ancienne commission de réforme a été remplacée en 2022 par le conseil médical en formation plénière. C'est lui qui donne un avis sur l'imputabilité de l'accident au service, sur la date de consolidation et sur le taux d'invalidité ; la décision appartient ensuite à l'employeur et, pour l'ATI, à la Caisse des dépôts, qui n'est pas tenue de suivre cet avis. Ces décisions se contestent devant le tribunal administratif. Faire relire le dossier par un médecin conseil de victime avant l'avis du conseil médical permet de préparer cette contestation.
Les collectivités employeurs assument directement les coûts liés à l'accident de service pendant l'activité (traitement, frais médicaux) — la CNRACL n'intervient qu'à la retraite ou en cas de mise à la retraite pour invalidité.
💡 Bon à savoir — FPE, FPT, FPH : la même logique. Contrairement à une idée répandue, l'agent territorial ou hospitalier en activité n'est pas privé de complément : l'ATI existe dans les trois fonctions publiques. Ce qui change, c'est l'organisme qui la verse — l'administration d'emploi pour l'État, la Caisse des dépôts pour les collectivités et les hôpitaux — et, à la retraite pour invalidité, la caisse qui sert la rente viagère.
Les sapeurs-pompiers professionnels, agents des SDIS, relèvent de cette fonction publique territoriale. Leur situation — et celle, régie par un texte spécifique, de leurs collègues volontaires — fait l'objet d'une analyse dédiée : l'indemnisation du pompier blessé en intervention, du forfait statutaire à l'indemnité complémentaire.
Autres agents territoriaux fortement exposés : les éboueurs et ripeurs employés en régie par une commune ou une métropole. Leur particularité est décisive — travaillant sur la chaussée, ils peuvent presque toujours mobiliser la loi Badinter en plus de leur régime statutaire, comme nous l'expliquons dans notre dossier sur l'accident d'éboueur ou d'agent de collecte.
La fonction publique hospitalière (FPH)
Les agents de la FPH — infirmiers, aides-soignants, médecins hospitaliers, personnels administratifs et techniques des hôpitaux et établissements médico-sociaux — relèvent de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, et de la CNRACL pour leur régime de retraite et d'invalidité, exactement comme les fonctionnaires territoriaux.
Ils sont particulièrement exposés aux accidents de service : ports de charges lourdes, accidents d'exposition au sang (AES), violences de patients, glissades. Les conditions d'imputabilité au service sont les mêmes que pour les autres fonctions publiques, mais la spécificité des risques professionnels hospitaliers génère des contentieux fréquents avec l'administration sur la reconnaissance de l'imputabilité — notamment pour les troubles musculo-squelettiques et les séquelles psychologiques liées aux violences.
Ce que le régime statutaire verse — et ce qu'il ne verse pas
| Poste de préjudice | FPE | FPT / FPH | Recours complémentaire |
|---|---|---|---|
| Frais médicaux liés à l'accident | ✅ Pris en charge | ✅ Pris en charge | — |
| Traitement pendant l'arrêt (CITIS) | ✅ Maintien intégral jusqu'à la reprise ou la retraite | ✅ Maintien intégral jusqu'à la reprise ou la retraite | — |
| Pertes de revenus et incidence professionnelle | Forfait : ATI dès 10 %, rente viagère si retraite pour invalidité | Forfait : ATI dès 10 % (Caisse des dépôts), rente viagère CNRACL si retraite pour invalidité | Réparation intégrale si faute de l'administration ou tiers responsable |
| Souffrances endurées | ❌ Non | ❌ Non | ✅ Indemnité complémentaire, même sans faute |
| Déficit fonctionnel permanent | ❌ Non | ❌ Non | ✅ Indemnité complémentaire, même sans faute |
| Préjudice esthétique | ❌ Non | ❌ Non | ✅ Indemnité complémentaire, même sans faute |
| Préjudice d'agrément, troubles dans les conditions d'existence | ❌ Non | ❌ Non | ✅ Indemnité complémentaire, même sans faute |
| Assistance par tierce personne | ❌ Non, sauf majoration de pension en retraite pour invalidité | ❌ Non, sauf majoration de pension en retraite pour invalidité | ✅ Si faute ou tiers responsable, ou au titre de l'indemnité complémentaire |
| Préjudice sexuel, préjudice d'établissement | ❌ Non | ❌ Non | ✅ Indemnité complémentaire, ou réparation intégrale |
Les postes marqués ❌ sont souvent, dans un accident grave, la part la plus importante du dossier. L'« indemnité complémentaire, même sans faute » désigne la voie ouverte par l'arrêt Moya-Caville, détaillée plus bas ; elle ne couvre pas les pertes de revenus et l'incidence professionnelle, que seuls la faute de l'administration ou la responsabilité d'un tiers permettent de réparer intégralement.
À lire : Souffrances endurées, pretium doloris : ce que vous pouvez vraiment obtenir — Déficit fonctionnel permanent (DFP) : barème 2026, calcul et montants réels — Assistance tierce personne : aide familiale gratuite et indemnisation
Première voie : la responsabilité d'un tiers
Quand elle s'applique
Si votre accident de service implique un tiers extérieur à votre administration — un véhicule dont le conducteur est responsable (loi Badinter), une entreprise intervenante sur votre lieu de travail, un fournisseur d'équipement défectueux, un prestataire de services — la responsabilité civile de droit commun de ce tiers peut être engagée devant le tribunal judiciaire, indépendamment de votre statut de fonctionnaire.
Cette voie est souvent la plus accessible et la plus productive. Elle permet d'obtenir la réparation intégrale de tous vos préjudices selon la nomenclature Dintilhac — souffrances endurées, DFP, incidence professionnelle, assistance tierce personne, préjudice esthétique — sans limitation liée au régime statutaire.
Le recours subrogatoire de l'administration
Votre administration, qui a maintenu votre traitement et pris en charge vos frais médicaux, dispose d'un recours subrogatoire contre le tiers responsable pour récupérer les sommes versées : traitements maintenus pendant l'arrêt, frais pris en charge, allocations et rentes d'invalidité (ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 pour l'État ; articles 29 et suivants de la loi du 5 juillet 1985 en accident de la circulation). Ce recours s'exerce poste par poste : il ne peut pas atteindre les postes personnels qu'aucune prestation n'a réparés — souffrances, préjudice esthétique, préjudice d'agrément. Votre avocat veille à ce que l'imputation reste dans ces limites, selon les mêmes règles que le recours de la CPAM.
Accident de service lors d'un déplacement en véhicule
Un fonctionnaire blessé lors d'un déplacement en voiture de service — ou lors d'un trajet domicile-travail impliquant un tiers — peut cumuler la protection du régime statutaire (maintien du traitement, prise en charge des frais) et l'indemnisation par l'assureur du responsable au titre de la loi Badinter.
À lire : Accident du travail : indemnisation, faute inexcusable et droits des victimes
Deuxième voie : la responsabilité de l'administration devant le tribunal administratif
La faute de service
En l'absence de tiers responsable, la responsabilité de l'administration peut être engagée pour faute devant le tribunal administratif. La faute de service est celle commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service, imputable à l'institution plutôt qu'à un agent à titre individuel.
Les situations pouvant caractériser une faute de service :
- Défaut d'entretien d'un ouvrage ou équipement public (plancher en mauvais état, installation électrique non maintenue, véhicule de service défaillant)
- Organisation défectueuse du service — charge de travail excessive imposée sans moyen, conditions de travail dangereuses signalées sans réponse
- Absence de formation ou d'équipement de sécurité pour des tâches présentant un risque identifié et documenté
- Défaut de protection d'un agent face à un risque connu — notamment pour les agents au contact du public exposés aux violences
La jurisprudence administrative est plus exigeante que la jurisprudence sociale sur la faute inexcusable. Mais la voie n'est pas fermée, et les indemnisations obtenues devant les tribunaux administratifs en matière de responsabilité de l'État pour accident de service peuvent être significatives pour les dossiers graves.
💡 Le saviez-vous ? Les actions en responsabilité contre l'administration se prescrivent par quatre ans (prescription quadriennale, loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968) : en dommage corporel, le délai part du 1er janvier de l'année qui suit la consolidation. Ce délai est distinct du délai de deux mois pour contester une décision administrative — une action indemnitaire peut rester possible même lorsque ce délai est expiré. Et ce délai s'interrompt par une réclamation écrite portant sur la créance elle-même, qui en fait repartir un nouveau : voir comment se compte ce délai de quatre ans, et ce qui le remet à zéro.

Même sans faute : l'indemnité complémentaire « Moya-Caville »
C'est la voie la plus méconnue, et souvent la plus utile. Le régime statutaire (pension, ATI, rente d'invalidité) répare forfaitairement l'atteinte à l'intégrité physique — perte de gains et incidence professionnelle. Mais depuis l'arrêt Moya-Caville (CE, Assemblée, 4 juillet 2003, n° 211106), ce forfait ne fait pas obstacle à ce que l'agent obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de toute faute, une indemnité complémentaire réparant ses préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d'agrément — et, selon une jurisprudence désormais constante des juridictions administratives, le déficit fonctionnel et les troubles dans les conditions d'existence, ce poste propre au contentieux administratif qui répare les bouleversements de votre vie quotidienne, familiale et sociale.
Le même arrêt pose une seconde règle : lorsque l'accident est imputable à une faute de l'administration ou à l'état d'un ouvrage public mal entretenu, l'agent peut obtenir la réparation intégrale de son dommage, pertes de revenus et incidence professionnelle comprises, dans la mesure où le forfait ne les couvre pas. La démarche passe par une demande indemnitaire préalable adressée à l'administration, puis, en cas de refus ou de silence, par le tribunal administratif. Réflexe essentiel : chiffrer poste par poste, avec un dossier médical construit comme devant le juge judiciaire.
Cas particuliers : régimes spéciaux
Police nationale
Les policiers nationaux relèvent d'un régime de retraite spécial avec des dispositions particulières en cas d'invalidité imputable au service. En cas d'accident impliquant un tiers identifiable — véhicule, mis en cause — les recours en responsabilité civile de droit commun restent ouverts devant le tribunal judiciaire.
Lorsque les blessures résultent d'une agression, deux mécanismes s'ajoutent au forfait statutaire : la protection fonctionnelle, qui oblige l'administration à assister l'agent et à réparer le préjudice résultant de l'attaque (article L. 134-5 du code général de la fonction publique), et la constitution de partie civile contre l'auteur. Nous détaillons les recours du policier victime d'une agression, de l'indemnité complémentaire devant le juge administratif à la saisine de la CIVI.
Gendarmerie nationale et militaires
Les gendarmes et les militaires relèvent du Code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre (CPMIVG). Ce code prévoit un régime de pensions d'invalidité spécifique, calculées selon un barème propre et servies par le Service des Retraites de l'État. Ce régime est protecteur sur la prise en charge des soins, mais il ne répare pas à lui seul les préjudices personnels : comme pour les agents civils, une indemnité complémentaire peut être demandée pour ces postes. Les recours contre les tiers restent ouverts dans les mêmes conditions. Si vous êtes gendarme et que l'agression a eu lieu en service, notre guide dédié au gendarme agressé en service détaille le RAPO, le délai de deux mois et l'indemnisation complémentaire.
Sapeurs-pompiers professionnels
Les pompiers professionnels sont des fonctionnaires territoriaux relevant de la CNRACL. Les accidents survenus en intervention sont présumés imputables au service, comme tout accident survenu dans le temps et le lieu du service. Les accidents impliquant un tiers (véhicule sur les lieux d'intervention, équipement défectueux loué) ouvrent les mêmes recours en responsabilité civile.
Personnels hospitaliers
Infirmiers, aides-soignants et autres agents de la FPH sont particulièrement exposés aux violences de patients. Ces violences constituent un accident de service imputable au service. L'auteur engage sa responsabilité civile personnelle — action possible devant le tribunal correctionnel en se constituant partie civile (voir l'avis à victime avant l'audience). Si l'auteur est insolvable ou non identifié, la CIVI (Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions) peut être saisie pour obtenir une indemnisation par le FGTI (Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions).
À lire : Indemnisation d'une victime d'agression : viol, coups et blessures
Attention : Le personnel hospitalier est particulièrement exposé : aux urgences comme en psychiatrie, les agressions de soignants par des patients sont fréquentes et relèvent, pour les agents publics, de l'accident de service et de la protection fonctionnelle. Nous détaillons ce cas — et la distinction avec le secteur privé — dans notre guide sur l'indemnisation des soignants blessés ou agressés au travail.
Personnels de l'Éducation nationale et des lycées
Dans un même lycée, l'enseignant et le CPE relèvent de l'État, l'agent technique de la Région, et l'assistant d'éducation ou l'AESH, agents contractuels, de la législation des accidents du travail. Blessés lors d'une agression ou d'un blocus qui dégénère, tous bénéficient de la protection fonctionnelle, et la CIVI comme l'action contre l'auteur leur restent ouvertes. Nous détaillons, statut par statut, les recours de l'enseignant ou de l'agent blessé pendant un blocus.
Ce qu'il ne faut pas faire
Ne pas croire que l'administration gère tout. Le maintien du traitement et la prise en charge des frais médicaux sont automatiques — mais ils ne constituent pas une réparation intégrale. Vos souffrances, vos séquelles permanentes, votre perte de qualité de vie ne seront jamais spontanément proposées par votre administration.
Ne pas accepter sans vérifier le taux d'invalidité retenu après l'avis du conseil médical. Ce taux détermine directement le montant de votre ATI ou de votre rente. Il peut être contesté devant le tribunal administratif si vous estimez qu'il ne reflète pas la réalité de vos séquelles : voir comment contester une expertise médicale.
Ne pas oublier la protection fonctionnelle. Victime d'une agression, de menaces ou de violences en raison de vos fonctions, vous pouvez la demander : elle couvre vos frais d'avocat et oblige l'administration à réparer le préjudice résultant de l'attaque. Elle ne remplace pas l'indemnité complémentaire pour un accident ordinaire : les deux demandes sont distinctes.
Ne pas attendre que la situation se stabilise avant de consulter. Les preuves s'effacent rapidement — témoins, rapports d'inspection, état des équipements. Et les délais de recours contre les décisions administratives sont courts (deux mois). Consultez dès que possible.
À lire : Justificatifs et preuves pour chaque poste de préjudice
Questions fréquentes sur l'accident de service
Je suis fonctionnaire territorial. Puis-je agir comme un salarié du privé en faute inexcusable ?
Non. La faute inexcusable de l'employeur est un mécanisme du Code de la sécurité sociale qui ne s'applique pas aux fonctionnaires. Trois voies existent : l'indemnité complémentaire de vos préjudices personnels, même sans faute ; la réparation intégrale en cas de faute de votre collectivité, devant le tribunal administratif ; et la responsabilité civile d'un éventuel tiers. Ces voies permettent d'obtenir l'indemnisation de postes que le régime statutaire ne couvre pas.
Je suis fonctionnaire d'État. La différence avec un territorial est-elle importante ?
Moins qu'on ne le dit. L'allocation temporaire d'invalidité existe dans les trois fonctions publiques : dès 10 % d'incapacité permanente après un accident de service, elle se cumule avec le traitement, qu'elle soit versée par l'administration de l'État ou, pour les agents territoriaux et hospitaliers, par la Caisse des dépôts. À la retraite pour invalidité, la rente viagère est servie par le régime de retraite de chacun. Les voies complémentaires — indemnité Moya-Caville, faute, tiers — sont les mêmes.
Mon administration conteste l'imputabilité de mon accident au service. Que faire ?
Un refus se conteste, et il obéit d'abord à des règles que l'administration doit respecter : un accident survenu dans le temps et sur le lieu du service est présumé imputable au service, et c'est à elle de prouver une faute personnelle ou une circonstance qui l'en détache. Le refus doit être motivé ; il se conteste dans les deux mois de sa notification, par un recours gracieux puis devant le tribunal administratif. Les pièces déterminantes sont le certificat médical initial, les témoignages, les relevés de service et tout document établissant que vous étiez dans l'exercice de vos fonctions au moment des faits. Délais, expertise du médecin agréé, conseil médical et modèle de recours sont détaillés dans notre guide pour contester un accident de service refusé.
Puis-je cumuler les prestations du régime statutaire et une indemnisation d'un tiers responsable ?
Oui, sous réserve du recours subrogatoire de votre administration. Concrètement : votre administration récupèrera auprès de l'assureur du tiers les sommes qu'elle a versées (traitement, frais médicaux). Ce qui vous revient directement, c'est l'indemnisation des postes personnels non couverts par le régime statutaire — souffrances, DFP, préjudice esthétique, incidence professionnelle. Votre avocat veille à ce que le recours de l'administration ne déborde pas sur ces postes personnels.
Je suis agent contractuel, pas titulaire. Suis-je dans le même régime ?
Non. Un agent contractuel de droit public non titulaire relève en principe du régime général de la Sécurité sociale — c'est la CPAM qui gère ses frais médicaux et ses indemnités journalières. Il bénéficie des mêmes dispositions que les salariés du privé, y compris la possibilité d'invoquer la faute inexcusable de son employeur public devant le pôle social du tribunal judiciaire. En revanche, les contestations des décisions de son administration relèvent toujours du tribunal administratif. Comme salarié du régime général, il est aussi concerné par le nouveau calcul de la rente AT pour une consolidation à compter du 1er novembre 2026.
Un patient m'a agressé dans mon service. Quels sont mes recours ?
La violence d'un patient constitue un accident de service reconnu. L'auteur engage sa responsabilité pénale et civile — vous pouvez vous constituer partie civile devant le tribunal correctionnel et réclamer la réparation de tous vos préjudices selon la nomenclature Dintilhac. Si l'auteur est insolvable ou non identifié, la CIVI peut vous indemniser via le FGTI. Ces recours sont indépendants de la protection du régime statutaire.
Qu'est-ce que les « troubles dans les conditions d'existence » ?
C'est le poste-phare du contentieux administratif : il répare les bouleversements concrets que les séquelles imposent à votre vie quotidienne, familiale, sociale et de loisirs. Devant le juge administratif, il complète les souffrances endurées, le déficit fonctionnel et le préjudice d'agrément — et il se prouve comme eux, pièces et attestations à l'appui.
Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes
- Comprendre — Quelle juridiction saisir. Tribunal administratif, juge judiciaire, commissions : le tableau d'orientation.
- Chiffrer — Le tableau d'indemnisation poste par poste. Les repères pour la demande indemnitaire préalable.
- Agir — Financer son avocat sans avancer d'argent. Protection juridique, aide juridictionnelle, protection fonctionnelle.
Les textes du régime statutaire
- Code général de la fonction publique (ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021), notamment articles L. 134-5 (protection fonctionnelle) et L. 824-1 (allocation temporaire d'invalidité)
- Ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 — création du congé pour invalidité temporaire imputable au service ; décret n° 2019-122 du 21 février 2019 pour la fonction publique de l'État
- Décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 — allocation temporaire d'invalidité des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers
- CE, Assemblée, 4 juillet 2003, Moya-Caville, n° 211106 — indemnité complémentaire des préjudices personnels, même sans faute, et réparation intégrale en cas de faute
- Ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 — action de l'État contre le tiers responsable ; loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, articles 29 et suivants
- Loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 — prescription quadriennale
- Code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre (CPMIVG)
- Nomenclature Dintilhac (2005) — postes de préjudice corporel
Fonctionnaire blessé en service : vos droits ne s'arrêtent pas à ce que l'administration vous verse.
Le régime statutaire maintient votre traitement et prend en charge vos soins, mais il ne répare pas de lui-même vos souffrances, vos séquelles permanentes, votre préjudice esthétique, votre besoin d'aide humaine. La réparation intégrale de ces préjudices suppose d'identifier et d'actionner les voies complémentaires qui existent dans votre situation spécifique.
Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate en droit du dommage corporel, accompagne les fonctionnaires de l'État, les agents territoriaux et les personnels hospitaliers victimes d'accidents de service — à Lille, Paris et dans toute la France.
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Les informations contenues dans cet article ont une valeur informative et ne constituent pas une consultation juridique personnalisée. Chaque situation étant unique, il est indispensable de consulter un avocat pour une analyse adaptée à votre cas.


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