📌 En bref
La loi applicable n'est pas désignée par le règlement Rome II mais par la Convention de La Haye du 4 mai 1971, qui le prime : un accident survenu en France relève de la loi française, et la loi Badinter s'applique même si le véhicule et son assureur sont étrangers. L'interlocuteur, lui, dépend de la configuration : le correspondant en France de l'assureur étranger lorsqu'il en a désigné un, le Bureau central français dans le cadre de la carte verte, le fonds de garantie si le véhicule n'était pas assuré ou a pris la fuite. Se tromper d'interlocuteur coûte des mois, et les délais d'offre courent pendant ce temps : huit mois à compter de l'accident en cas d'atteinte à la personne, sous peine du doublement de l'intérêt légal. Le tableau des situations dit qui paie dans chaque cas.
Un véhicule étranger change-t-il la loi applicable ?
Pourquoi la Convention de La Haye prime Rome II
C'est la question que presque personne ne se pose, et c'est pourtant celle qui commande tout le reste. En matière d'accidents de la circulation, la loi applicable n'est pas désignée par le règlement européen Rome II, mais par la Convention de La Haye du 4 mai 1971, que la France a ratifiée et qui prime le règlement (Cass. 1re civ., 30 avril 2014, n° 13-11.932 ; l'article 28 de Rome II réserve lui-même les conventions internationales antérieures).
Son article 3 pose la règle : la loi applicable est celle de l'État sur le territoire duquel l'accident est survenu. Un accident en France relève donc, en principe, du droit français — et la loi Badinter du 5 juillet 1985 s'applique quelle que soit la nationalité du véhicule, de son conducteur ou de son assureur.
L'exception : le véhicule étranger seul impliqué
L'article 4 de la Convention écarte cette règle lorsqu'un seul véhicule est impliqué et qu'il est immatriculé à l'étranger : la loi de l'État d'immatriculation régit alors la responsabilité envers les personnes qui lui sont rattachées, au premier rang desquelles le passager résidant hors de France. Dès que plusieurs véhicules sont impliqués, l'exception ne joue que s'ils sont tous immatriculés dans le même État, et la loi se détermine séparément pour chaque victime. Cette exception concerne surtout les victimes qui résident hors de France : elle est détaillée dans notre guide sur la victime étrangère d'un accident de la route en France.
Le tableau des configurations
Voici, pour un accident survenu en France, ce que donne la combinaison des articles 3, 4 et 6 de la Convention.
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Configuration de l'accident |
Loi applicable |
Ce que cela change pour vous |
|---|---|---|
| Un véhicule français et un véhicule étranger impliqués | Loi française | La loi Badinter s'applique intégralement, pour toutes les victimes |
| Un seul véhicule impliqué, immatriculé à l'étranger — vous êtes piéton ou cycliste résidant en France | Loi française | Protection maximale : seule la faute inexcusable et cause exclusive vous est opposable |
| Un seul véhicule impliqué, immatriculé à l'étranger — vous en êtes le passager et vous résidez hors de France | Loi de l'État d'immatriculation | Postes de préjudice, barèmes et prescription sont ceux du droit étranger |
| Plusieurs véhicules impliqués, tous immatriculés dans le même État étranger | Loi de cet État | L'exception rejoue, malgré la pluralité de véhicules |
| Plusieurs victimes dans le même accident | Déterminée séparément pour chacune | Deux passagers du même véhicule peuvent relever de deux lois différentes |
💡 Pourquoi ce point n'est pas théorique. L'article 8 de la Convention confie à la loi désignée non seulement le principe de la responsabilité, mais aussi l'étendue de la réparation et les délais de prescription. Selon la réponse, ce ne sont pas les mêmes postes de préjudice, pas les mêmes montants et pas les mêmes délais. Faire qualifier la situation dès les premiers jours est donc la première chose à faire, avant même de discuter d'un montant.
La situation inverse — une victime française accidentée de l'autre côté de la frontière — obéit à la même mécanique : voyez notre guide sur la victime française d'un accident de la route en Belgique.
Le Bureau central français (BCF) : votre interlocuteur quand l'assureur est à l'étranger
Le Bureau central français est l'association qui représente la France dans le système de la carte verte, et à laquelle adhèrent les entreprises d'assurance couvrant la responsabilité civile automobile en France ; il gère aussi l'assurance frontière (article R. 211-24 du code des assurances). Sa fonction : faire en sorte qu'une victime en France n'ait pas à traiter directement avec un assureur situé à l'étranger.
La chaîne des interlocuteurs suit trois niveaux :
- Le correspondant en France de l'assureur étranger. La plupart des assureurs des pays membres du système en désignent un. C'est lui qui gère le sinistre, et c'est votre interlocuteur direct.
- Le BCF, lorsque l'assureur étranger n'a pas de correspondant en France. Il prend alors le dossier au nom de cet assureur et mandate une compagnie française pour le gérer pour son compte.
- Le BCF également lorsque le véhicule étranger n'est pas assuré : il intervient pour le compte du bureau national du pays concerné, qui se porte garant.
Concrètement, vous déclarez l'accident à votre propre assureur, qui transmet. Le gestionnaire désigné vous écrit en français, instruit le dossier selon la loi applicable, et vous adresse une offre en euros. En cas de désaccord, vous saisissez un tribunal français.
Le périmètre exact du système
Le BCF couvre les véhicules assurés dans les pays adhérant au système de la carte verte, qui réunit 48 bureaux nationaux : les 27 États de l'Union européenne et une vingtaine d'autres, dont la Suisse, la Norvège, le Royaume-Uni, la Serbie, la Turquie, l'Ukraine, le Maroc, la Tunisie et Israël. Pour les véhicules venant d'un pays hors de ce système, une assurance frontière doit être souscrite à l'entrée sur le territoire ; le BCF gère également ce dispositif. La liste à jour des pays et des correspondants figure sur bcf.asso.fr.
C'est ce même périmètre qui délimite, en sens inverse, la portée de votre propre contrat : l'article L. 211-4 du code des assurances étend votre garantie de responsabilité civile à l'ensemble des États membres de l'Union et aux territoires des États dont le bureau national se porte garant. La frontière n'est donc pas l'Union européenne, mais le réseau des bureaux — nous détaillons ce que chacun de vos contrats couvre réellement hors de France dans un guide dédié.
La carte verte n'existe plus comme document en France
Une précision qui déroute beaucoup de victimes : depuis le 1er avril 2024, la carte verte et sa vignette pare-brise ont disparu en France. La preuve de l'assurance passe désormais par le Fichier des Véhicules Assurés, et l'assureur remet un simple « Mémo Véhicule Assuré ». Aucun document n'est à emporter pour circuler dans l'Espace économique européen.
Le système de la carte verte, lui, n'a pas disparu : il continue de faire fonctionner le réseau des bureaux nationaux. Et la carte internationale d'assurance automobile — l'ancienne carte verte, désormais imprimée sur papier blanc — reste exigée pour les véhicules immatriculés dans certains États hors Espace économique européen. Autrement dit : ne concluez jamais qu'un véhicule est non assuré du seul fait qu'aucune carte verte n'est présentée.
Les accidents impliquant un véhicule étranger concernent tout type de véhicule, poids lourds compris — une part importante du trafic transfrontalier dans les Hauts-de-France. Voyez les spécificités de l'indemnisation après un accident de camion ou de poids lourd.
Les constatations propres au véhicule étranger
Sécuriser, secourir, appeler les forces de l'ordre
La vie avant les papiers : 15 pour le SAMU, 18 pour les pompiers, 112 partout en Europe. Sécurisez ensuite les lieux (feux de détresse, triangle, dégagement de la zone de danger).
Puis, et c'est la différence majeure avec un accident entre deux véhicules français : appelez la police ou la gendarmerie. Le conducteur étranger peut quitter la France avant toute vérification, ses coordonnées peuvent être difficiles à retrouver et la validité de son assurance peut être contestée. Le procès-verbal reste la pièce la plus solide de votre dossier — nous détaillons comment l'obtenir dans notre article sur le procès-verbal d'accident de la route.
Demandez expressément aux forces de l'ordre de consigner l'immatriculation complète et le pays d'origine du véhicule, l'identité du conducteur relevée sur un document officiel, l'attestation d'assurance présentée — carte internationale d'assurance pour les véhicules venant d'un État hors Espace économique européen — et les coordonnées des témoins.
Photographier ce qui va disparaître
Le conducteur reparti, certains éléments deviennent introuvables. Photographiez les quatre angles de chaque véhicule, les impacts, l'état de la route et la signalisation, vos blessures visibles, et surtout les plaques d'immatriculation en gros plan ainsi que tout document d'assurance présenté. Notez le nombre exact de véhicules impliqués : de ce seul détail dépend la loi applicable à votre indemnisation.
Le constat amiable européen existe en version bilingue. Remplissez-le à deux, soignez le croquis autant que le texte, cochez toutes les circonstances pertinentes, et ne signez jamais un document que vous ne comprenez pas. Si le conducteur étranger refuse de le remplir ou de le signer, complétez votre partie seul et faites-le constater par les forces de l'ordre : le dossier sera traité malgré tout.
La déclaration à votre assureur : le délai de cinq jours ouvrés
L'article L. 113-2, 4° du code des assurances impose de déclarer le sinistre dans le délai fixé par votre contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, à compter du moment où vous en avez eu connaissance.
Ce délai mérite d'être respecté, mais il ne faut pas se laisser impressionner par des courriers alarmistes : la déchéance de garantie pour déclaration tardive suppose qu'une clause du contrat la prévoie, et l'assureur ne peut l'opposer que s'il établit que le retard lui a causé un préjudice. Elle est par ailleurs écartée lorsque le retard tient à un cas fortuit ou de force majeure — une hospitalisation, par exemple.
Joignez à votre déclaration le constat, les photos, le procès-verbal dès que vous l'obtenez, les premiers certificats médicaux et la copie du document d'assurance étranger si vous avez pu le prendre en photo.
Si le véhicule étranger n'était pas assuré ou si le conducteur a pris la fuite, le dossier relève du Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO), dont l'article L. 421-1 prévoit l'intervention lorsque le responsable est inconnu ou n'est pas assuré. En cas de difficulté, notre article sur le refus d'indemnisation opposé par le FGAO détaille les recours.
Selon la configuration, qui vous indemnise
Le tableau ci-dessous résume les configurations les plus fréquentes.
|
Situation de l'accident |
Qui vous indemnise ? |
Ce qui est couvert |
Vos démarches |
|---|---|---|---|
|
Véhicule étranger assuré, avec un correspondant en France |
L'assureur étranger via son correspondant français |
Préjudices corporels et matériels |
Déclarez à votre assureur. Le correspondant vous contacte directement, sans passage par le BCF. |
|
Véhicule étranger assuré, sans correspondant en France |
BCF, qui mandate un gestionnaire français |
Préjudices corporels et matériels |
Déclarez à votre assureur, qui transmet au BCF. Le gestionnaire désigné vous contacte. |
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Véhicule étranger non assuré (assurance expirée, résiliée ou inexistante) |
BCF pour le compte du bureau national étranger, ou FGAO |
Préjudices corporels et matériels, ces derniers sous conditions |
Déclarez sur fondsdegarantie.fr en joignant le procès-verbal établissant l'absence d'assurance. |
|
Délit de fuite : le véhicule n'est jamais identifié |
FGAO |
Préjudices corporels ; les dommages matériels ne sont indemnisés que dans des cas limités |
Déposez plainte immédiatement (le procès-verbal est indispensable) puis saisissez le FGAO avec les témoignages. |
|
Véhicule étranger volé puis impliqué dans un accident en France |
FGAO |
Préjudices corporels et matériels |
Saisissez le FGAO avec le procès-verbal mentionnant le vol du véhicule. |
|
Vous êtes passager blessé dans le véhicule étranger responsable |
L'assureur du véhicule étranger, via son correspondant ou le BCF |
Préjudices corporels |
Vous êtes une victime comme une autre, même si vous connaissiez le conducteur. Attention toutefois à la loi applicable si ce véhicule était seul impliqué. |
Ce qui est réellement pris en charge, et ce que vous avancez
Une idée reçue tenace veut que la victime ne sorte jamais un euro de sa poche. C'est inexact, et la confusion coûte cher. L'organisme qui indemnise répare des postes de préjudice ; il ne règle pas directement toutes vos dépenses au fil de l'eau.
Vos frais médicaux sont d'abord pris en charge par la Sécurité sociale et votre mutuelle, puis les restes à charge sont réclamés au responsable. En revanche, si vous mandatez un médecin-conseil de victime pour vous assister à l'expertise, vous en avancez les honoraires : ils sont ensuite indemnisés au titre des frais divers de la nomenclature. Nous détaillons ce mécanisme, poste par poste, dans notre page sur ce que coûte une bonne défense et ce qu'elle rapporte.
Vous pouvez par ailleurs demander une provision — une avance sur indemnisation — sans attendre le règlement définitif, ce qui change tout lorsque les revenus s'arrêtent.
Le calendrier légal, échéance par échéance
Les délais qui vous engagent et ceux qui engagent l'assureur ne sont pas les mêmes. Voici les six repères à connaître.
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Échéance |
Qui est tenu |
Ce que dit le texte |
|---|---|---|
| 5 jours ouvrés minimum | Vous | Déclaration du sinistre dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être plus court (L. 113-2, 4°) |
| 3 mois | L'assureur | Offre motivée à compter de votre demande, si la responsabilité n'est pas contestée et le dommage entièrement quantifié (L. 211-9) |
| 8 mois | L'assureur | Offre d'indemnité à compter de l'accident ; elle peut être provisionnelle si la consolidation n'est pas connue dans les 3 mois (L. 211-9) |
| 5 mois | L'assureur | Offre définitive, à compter de la date à laquelle il a été informé de la consolidation — et non de la consolidation elle-même (L. 211-9) |
| 15 jours | Vous | Dénonciation de la transaction par lettre recommandée après signature (L. 211-16) |
| 10 ans | Vous | Prescription de l'action en réparation, à compter de la consolidation (article 2226 du code civil) |
💡 La sanction du retard existe, et elle est lourde. Lorsque l'offre n'intervient pas dans les délais, l'indemnité produit intérêts au double du taux légal, de l'expiration du délai jusqu'à l'offre ou jusqu'au jugement définitif (article L. 211-13). Ce n'est pas une faveur laissée à l'appréciation de l'assureur : c'est un droit qui se réclame, et qui se chiffre.
Notice d'information et quittance provisionnelle : deux documents à lire
Dès sa première correspondance, l'assureur (ou le gestionnaire désigné) doit vous informer que vous pouvez obtenir copie du procès-verbal et vous faire assister, à votre libre choix, d'un avocat et, en cas d'examen médical, d'un médecin. Cette obligation est prévue à peine de nullité relative de la transaction (article L. 211-10 du code des assurances), et une notice d'information doit être jointe. C'est un point de contrôle simple et souvent négligé : voyez la notice que l'assureur doit joindre à sa première lettre.
Attention à ne pas confondre les deux documents que l'on vous fera signer. Une quittance provisionnelle n'est pas une transaction : par un arrêt du 18 décembre 2025, la Cour de cassation a jugé que les articles L. 211-16 et R. 211-40 ne s'appliquent pas à l'offre provisionnelle, distincte de l'offre de transaction — de sorte qu'une victime ayant accepté une offre provisionnelle limitant son droit à indemnisation peut encore réclamer la réparation intégrale, la quittance n'ayant aucune autorité de chose jugée. C'est un argument décisif face à l'assureur qui vous oppose un document signé pendant l'hospitalisation. À l'inverse, avant de signer une véritable transaction, lisez ce qu'il faut savoir pour vérifier une offre d'indemnisation et pourquoi il ne faut jamais signer sans avis indépendant.
Si l'offre reçue vous paraît faible ou si l'assureur laisse filer les délais, notre article sur les délais, le refus et la négociation d'une offre détaille la marche à suivre, et il reste possible, dans certaines conditions, d'annuler une transaction déjà signée.
Ce qui se décide avant toute discussion de montant
Identifier le bon interlocuteur, et la bonne loi
Dans un dossier international, deux questions se posent avant toute discussion sur un montant : quel organisme est compétent, et quelle loi s'applique. Se tromper d'interlocuteur, c'est plusieurs mois perdus ; se tromper de loi, c'est raisonner sur des postes de préjudice qui ne sont pas ceux du dossier.
La réponse dépend d'éléments factuels précis : présence ou non d'un correspondant de l'assureur étranger en France, validité de la couverture au jour de l'accident, nombre de véhicules impliqués et pays d'immatriculation de chacun, résidence habituelle de chaque victime.
L'évaluation médicale, dans un dossier international
L'expertise médicale détermine vos taux et vos postes de préjudice ; tout le reste en découle. Se faire assister d'un médecin-conseil indépendant et préparer sérieusement le rendez-vous est donc décisif — notre page sur la manière de bien préparer son expertise médicale détaille ce qu'il faut réunir, et la lettre de doléances est l'outil qui permet de fixer par écrit, avant l'examen, tout ce que l'expert risque de ne pas voir.
Un point se joue presque toujours à ce stade : l'imputabilité, c'est-à-dire le lien entre l'accident et chaque séquelle. C'est le terrain sur lequel l'assureur tente de renvoyer une partie de votre état à un état antérieur.
Le travail consiste ensuite à valoriser chaque poste de la nomenclature Dintilhac, un par un. Le tableau ci-dessous renvoie à la page qui traite chacun d'eux.
|
Le poste |
Ce qu'il répare |
|---|---|
| Souffrances endurées | Les douleurs physiques et psychiques jusqu'à la consolidation |
| Préjudice esthétique | L'altération de l'apparence, temporaire puis permanente |
| Déficit fonctionnel temporaire | La gêne dans les actes de la vie courante avant consolidation |
| Déficit fonctionnel permanent | Les séquelles définitives, une fois l'état stabilisé |
| Préjudice d'agrément | L'impossibilité de poursuivre une activité sportive ou de loisir |
| Préjudice sexuel | Ses trois composantes, souvent oubliées par l'expertise |
| Assistance par tierce personne | Le besoin d'aide humaine, en heures et sur la durée |
| Incidence professionnelle | La dévalorisation sur le marché du travail et la pénibilité accrue |
Le point décisif est d'anticiper l'évolution prévisible des séquelles : une transaction signée ferme le dossier, sous réserve de pouvoir le rouvrir en cas d'aggravation postérieure à la consolidation. C'est le moment où l'aggravation, fonctionnelle ou situationnelle, doit être anticipée plutôt que découverte.
Amiable ou contentieux : où le dossier se tranche
La négociation amiable permet le plus souvent d'aboutir. À défaut, le référé-provision permet d'obtenir rapidement une avance, et la procédure au fond, avec expertise judiciaire contradictoire, tranche le désaccord.
Sur le coût : la convention d'honoraires écrite est obligatoire (article 10 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971), un honoraire fixé exclusivement au résultat est interdit, et la convention doit préciser l'assiette de l'éventuel honoraire de résultat. Protection juridique et aide juridictionnelle peuvent prendre le relais : voir financer son avocat sans avancer d'argent.
Cas particuliers du véhicule étranger
Piéton ou cycliste renversé par un véhicule étranger
Lorsque la loi française s'applique, les piétons et cyclistes sont les victimes les mieux protégées : leur indemnisation est intégrale, la faute simple ne leur est pas opposable, et seule une faute inexcusable cause exclusive de l'accident peut la faire tomber — hypothèse rare en jurisprudence. Les victimes de moins de 16 ans, de plus de 70 ans ou atteintes d'une incapacité d'au moins 80 % bénéficient d'une protection renforcée.
Une réserve toutefois, souvent ignorée : si le véhicule étranger était le seul impliqué et que le piéton réside dans le pays d'immatriculation, l'exception de l'article 4 de la Convention de La Haye peut faire basculer le dossier vers la loi étrangère. Un piéton résidant en France reste, lui, sous l'empire du droit français.
Passager blessé dans le véhicule étranger responsable
Être passager du véhicule fautif ne prive d'aucun droit : l'assurance du véhicule doit réparer les dommages causés à ses propres passagers, même si vous connaissiez le conducteur. C'est en revanche la configuration où l'exception de l'article 4 se rencontre le plus souvent, puisqu'elle vise justement le passager résidant hors de France dans un accident à véhicule unique.
Vous conduisiez un véhicule français percuté par un véhicule étranger
Deux sources d'indemnisation peuvent se combiner : l'assureur du véhicule étranger responsable, et votre propre garantie du conducteur si votre contrat en comporte une. Il n'est pas possible d'être indemnisé deux fois du même préjudice, mais cette garantie peut intervenir plus vite, compléter une indemnisation plafonnée, ou jouer lorsque votre part de responsabilité réduit votre créance. Vérifiez votre contrat : beaucoup d'assurés ignorent qu'ils en disposent.
Véhicule de société étranger : camion, utilitaire
Les poids lourds et véhicules professionnels circulant en France sont soumis à la même obligation d'assurance, avec des plafonds généralement élevés. Le BCF intervient de la même façon que pour une voiture particulière, et les assureurs de flottes disposent souvent de correspondants permanents en France. Si l'attestation d'assurance paraît douteuse, le procès-verbal permettra de faire vérifier sa validité ; en cas de défaut avéré, le FGAO prend le relais — comme lorsque le responsable roulait sans permis ni assurance. Sur la Côte d'Opale, où les camions du transmanche convergent vers le port de Calais et le tunnel sous la Manche, les réflexes qui permettent de retrouver un camion reparti vers le port sont détaillés dans notre guide des accidents de poids lourds entre Calais et Boulogne-sur-Mer.
Français accidenté à l'étranger : ni le BCF ni le FGAO en première ligne
Le BCF intervient pour les accidents survenus en France. Si vous êtes accidenté à l'étranger, l'interlocuteur est le bureau national du pays concerné, et la loi applicable obéit aux mêmes articles 3 et 4 de la Convention de La Haye — qui, cette fois, peuvent jouer en votre faveur si le ou les véhicules impliqués sont immatriculés en France. Tout est détaillé dans notre guide sur l'indemnisation d'un accident corporel à l'étranger.
Questions fréquentes sur l'accident avec un véhicule étranger
Le véhicule étranger a disparu : que reste-t-il ?
Faites constater le délit de fuite par la police ou la gendarmerie : le procès-verbal est indispensable. Notez tout ce dont vous vous souvenez — marque, couleur, début de plaque, direction de fuite — et cherchez des témoins ou des caméras (commerces, parkings, dashcams) ; s'il n'y en a aucun, la preuve se reconstruit autrement, comme pour tout accident sans témoin. Le FGAO indemnise vos préjudices corporels même si le véhicule n'est jamais retrouvé ; pour les dommages matériels, vérifiez vos garanties.
Le BCF couvre-t-il tous les pays ?
Non. Il intervient pour les véhicules assurés dans un pays adhérant au système de la carte verte, qui regroupe 48 bureaux nationaux — les 27 États de l'Union européenne et une vingtaine d'autres. Pour les véhicules venant d'un pays hors de ce système, une assurance frontière doit être souscrite à l'entrée en France. À défaut de toute couverture, le FGAO prend le relais. La liste à jour figure sur le site du BCF.
Le conducteur étranger n'avait pas de carte verte : est-il non assuré ?
Pas nécessairement, et c'est une erreur fréquente. Depuis le 1er avril 2024, le document a disparu en France, et il n'est plus exigé pour circuler dans l'Espace économique européen. Un véhicule immatriculé en Belgique, en Espagne ou en Pologne peut donc parfaitement être assuré sans présenter la moindre carte verte. La vérification se fait par l'immatriculation, via votre assureur ou le BCF.
Dans quels délais serai-je indemnisé ?
La loi fixe le cadre : offre dans les huit mois de l'accident, offre définitive dans les cinq mois suivant l'information de la consolidation, et intérêts au double du taux légal en cas de retard (articles L. 211-9 et L. 211-13). En pratique, la durée dépend surtout du moment de la consolidation, de la clarté des responsabilités et de la complétude du dossier médical. Un dossier corporel grave se règle rarement en moins d'un an après consolidation. Nos observations sur les délais réels d'indemnisation donnent des repères plus précis.
J'ai signé une quittance après le versement d'une provision : suis-je engagé ?
Non, pas définitivement. La Cour de cassation a jugé le 18 décembre 2025 qu'une offre provisionnelle est distincte de l'offre de transaction et que la quittance qui l'accompagne n'a pas autorité de chose jugée : la victime qui avait accepté une limitation de son droit à indemnisation pouvait néanmoins réclamer la réparation intégrale. Faites relire le document plutôt que de renoncer.
Le FGAO indemnise-t-il les étrangers de passage en France ?
Oui. Sa condition de territorialité repose sur le lieu de l'accident, survenu en France, et non sur la nationalité ou la résidence de la victime. Un touriste étranger renversé en France par un véhicule non assuré peut donc être indemnisé. Le guide consacré à la victime étrangère, cité plus haut, détaille la loi applicable, le tribunal compétent et l'évaluation des préjudices lorsqu'on réside à l'étranger.
Suis-je obligé de me rendre à l'examen proposé ?
Vous n'y êtes pas contraint, mais refuser vous dessert : sans expertise, aucun préjudice corporel ne peut être évalué et aucune offre sérieuse ne peut être faite. La bonne réponse n'est pas le refus mais la préparation : réunir l'intégralité de votre dossier médical, vous faire assister d'un médecin de votre choix, ne pas minimiser vos douleurs ni omettre les limitations les moins faciles à évoquer, et refuser une consolidation prématurée si votre état n'est pas stabilisé. En cas de désaccord persistant, une contestation de l'expertise reste possible, et le juge peut ordonner une expertise judiciaire contradictoire.
Le véhicule étranger change-t-il le délai pour agir ?
Seulement si la loi étrangère s'applique. Lorsque la loi française gouverne l'accident, l'action en réparation d'un dommage corporel se prescrit par dix ans à compter de la consolidation (article 2226 du code civil). Lorsque l'exception de l'article 4 de la Convention de La Haye désigne la loi de l'État d'immatriculation, c'est la prescription de cette loi qui joue (article 8), parfois bien plus courte. Sous la loi française, l'offre de l'assureur n'arrête pas le compteur : l'arrêt du 17 septembre 2026 juge qu'elle n'interrompt pas les dix ans. Une transaction signée, elle, se dénonce dans les quinze jours par lettre recommandée (article L. 211-16 du code des assurances). Notre page sur les délais de prescription détaille chaque hypothèse.
Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes
- Sécuriser — Accident de la route : que faire dans les 48 heures. Avant que le conducteur étranger ne reparte.
- Identifier — FGAO ou FGTI : quel fonds vous indemnise. Si l'assureur étranger reste introuvable ou conteste sa garantie.
- Relancer — L'assurance ne répond plus ou fait traîner : comment débloquer. Quand le correspondant ou le gestionnaire tarde.
Sources sur l'accident avec un véhicule étranger
- Convention de La Haye du 4 mai 1971 sur la loi applicable en matière d'accidents de la circulation routière, articles 3, 4, 6 et 8
- Cass. 1re civ., 30 avril 2014, n° 13-11.932 — primauté de la Convention de La Haye sur le règlement Rome II
- Cass. 2e civ., 18 décembre 2025, n° 23-23.352 — les articles L. 211-16 et R. 211-40 ne s'appliquent pas à l'offre provisionnelle, distincte de l'offre de transaction ; la quittance provisionnelle n'a pas autorité de chose jugée
- Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 (loi Badinter), articles 1er et suivants
- Code des assurances, article L. 113-2, 4° — délai de déclaration du sinistre et conditions de la déchéance
- Code des assurances, articles L. 211-9, L. 211-10, L. 211-13 et L. 211-16 — délais d'offre, obligation d'information, doublement du taux légal et dénonciation de la transaction
- Code des assurances, article R. 211-40 — contenu obligatoire de l'offre d'indemnité
- Code des assurances, article L. 211-4 — étendue territoriale de la garantie et bureaux nationaux garants
- Code des assurances, article L. 421-1 — intervention du FGAO lorsque le responsable est inconnu ou non assuré
- Code des assurances, article R. 211-24 — assurance frontière, gérée par le Bureau central français
- Article 2226 du code civil — prescription décennale de l'action en réparation du dommage corporel
- Directive 2009/103/CE du 16 septembre 2009 relative à l'assurance de la responsabilité civile automobile
- Bureau central français et Fonds de garantie des assurances obligatoires — sites officiels
Établir la loi applicable avant de discuter un montant
Vous venez d'être accidenté par un véhicule étranger, ou vous avez reçu une offre du BCF ou du FGAO qui vous semble faible ? La première chose à établir est la loi applicable et l'interlocuteur compétent : c'est cette qualification qui conditionne tout le reste, et elle se fait sur des éléments que l'on perd vite de vue.
⏰ Un seul numéro : 06 84 28 25 95
Du lundi au vendredi, 9h-19h30
Vous pouvez aussi décrire votre situation par écrit : contacter JMP Avocat Indemnisation.
Maître Joëlle Marteau-Péretié — avocate en droit du dommage corporel, Lille et Paris.


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