Vous venez de subir un accident grave. Votre vie a basculé. Et maintenant, on vous convoque devant un "médecin expert" censé évaluer objectivement vos préjudices. Mais savez-vous qui rémunère réellement ce praticien ? Et surtout, connaissez-vous l'ampleur de sa dépendance économique envers les compagnies d'assurance ?
Le scandale silencieux de l'expertise médicale en France
Des chiffres qui interrogent
Les statistiques sont éloquentes, même si elles restent soigneusement dissimulées au grand public. Selon plusieurs études menées par les associations de victimes et certains syndicats médicaux, certains médecins experts réalisent entre 70% et 90% de leur chiffre d'affaires grâce aux missions confiées par les compagnies d'assurance.
Concrètement, cela signifie qu'un expert médical peut percevoir entre 150 000 et 300 000 euros par an uniquement des assureurs. Avec une moyenne de 20 à 40 expertises par mois pour les plus actifs, le calcul est simple : qui paye commande, et qui commande influence.
Le cercle vicieux de la "fidélisation"
Le système fonctionne sur un principe simple mais redoutable. Les compagnies d'assurance constituent des "listes d'experts de confiance" - comprenez : des praticiens dont les conclusions sont systématiquement favorables aux intérêts de l'assureur. Ces médecins sont ensuite sollicités en priorité, mission après mission, créant une dépendance économique absolue.
Un expert qui oserait rendre des conclusions trop favorables aux victimes voit immédiatement ses missions se raréfier. Le message est clair : l'indépendance a un prix, celui de perdre sa principale source de revenus.
À lire : Combien vais-je toucher pour mon préjudice corporel ?
L'anatomie d'un conflit d'intérêts institutionnalisé
Quand la déontologie devient un voile pudique
Le Code de déontologie médicale impose théoriquement l'indépendance et l'impartialité du médecin expert. L'article R.4127-5 stipule que le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle de quelque manière que ce soit. Pourtant, dans les faits, cette obligation reste lettre morte face à la réalité économique.
Comment peut-on prétendre à l'indépendance quand on dépend financièrement d'une seule source ? C'est comme demander à un salarié d'être objectif sur son employeur : la relation de subordination économique crée mécaniquement un biais.
Les techniques de minimisation systématique
Les avocats spécialisés en dommage corporel le constatent quotidiennement : certains experts développent des "réflexes de minoration" qui se répètent d'une expertise médicale à l'autre :
- Sous-évaluation systématique du déficit fonctionnel permanent : Un traumatisme crânien grave évalué à 15% au lieu de 30%, une paraplégié cotée à 65% au lieu de 80%
- Négation des séquelles invisibles : Les troubles cognitifs, les douleurs chroniques, les atteintes psychologiques sont régulièrement minimisés ou ignorés
- Refus de reconnaître le lien de causalité : "Ces troubles préexistaient probablement à l'accident" devient un leitmotiv pour écarter des préjudices pourtant évidents
- Attribution excessive à l'état antérieur : La moindre fragilité antérieure devient prétexte à réduire drastiquement l'indemnisation
À lire : Argus Humain : Combien vaut votre bras ? Le catalogue secret des assureurs
Le drame des expertises "à la chaîne"
Certains médecins experts enchaînent les consultations à un rythme industriel. Quinze minutes pour évaluer l'ensemble des séquelles d'un traumatisme grave, c'est la réalité pour de nombreuses victimes. Comment, dans ces conditions, réaliser une évaluation sérieuse et approfondie ?
Cette cadence effrénée répond à une logique purement économique : maximiser le nombre d'expertises pour maximiser les revenus. La victime, elle, devient un simple dossier numéroté dans une file d'attente interminable.
À lire : Comment savoir si l'offre d'indemnisation est sous-évaluée ? Les signaux d'alerte à ne jamais ignorer
Les preuves d'un système biaisé
Des jurisprudences révélatrices
Les tribunaux français ont régulièrement dénoncé la partialité de certains experts. La Cour de cassation a ainsi rappelé à plusieurs reprises que l'expert doit accomplir sa mission avec conscience, objectivité et impartialité. Plusieurs décisions ont même écarté des rapports d'expertise jugés "manifestement orientés".
Un arrêt emblématique de la Cour d'appel de Versailles ( CA Versailles, 18 janvier 2012, RG n° 11/02329 ) a révélé qu'un médecin expert avait réalisé plus de 800 expertises pour le compte d'une seule compagnie d'assurance sur trois ans, avec des conclusions systématiquement minimalistes. Le juge a qualifié ce lien de "nature à faire douter de l'impartialité de l'expert".
Les témoignages accablants
Les victimes rapportent des situations édifiantes. Madame D., tétraplégique suite à un accident de la route, a été expertisée en 20 minutes par un médecin qui n'a même pas réalisé d'examen neurologique complet. Conclusion : déficit fonctionnel de 55%. Après contestation et nouvelle expertise judiciaire approfondie : 85%.
Monsieur L., victime d'un traumatisme crânien sévère avec troubles cognitifs majeurs, s'est vu attribuer un déficit de 12% par l'expert de l'assurance. Lors de l'expertise judiciaire contradictoire, avec tests neuropsychologiques complets : 38%. Indemnisation plus de trois fois supérieur.
Ces écarts ne sont pas des exceptions. Ils révèlent un système où la première expertise, celle diligentée par l'assureur avec "son" médecin, sert systématiquement de base basse pour négocier à la baisse l'indemnisation.

Les mécanismes de perpétuation du système
Le silence complice des instances ordinales
Le Conseil national de l'Ordre des médecins reste étonnamment silencieux face à ces dérives. Malgré des plaintes déontologiques régulières de la part des victimes et de leurs avocats, les sanctions restent exceptionnelles. Sur des milliers de médecins experts en activité, seuls quelques-uns font l'objet de mesures disciplinaires chaque année.
Cette inertie n'est pas anodine. Elle permet la perpétuation d'un système lucratif pour une profession médicale qui peine parfois à trouver des revenus confortables ailleurs.
L'absence de régulation du marché de l'expertise
Contrairement à d'autres pays européens, la France n'impose aucune rotation obligatoire des experts, aucun plafond de missions par assureur, aucune transparence sur les liens économiques entre praticiens et compagnies.
En Allemagne ou aux Pays-Bas, des mécanismes de désignation aléatoire et de contrôle strict de l'indépendance ont été mis en place. En France, le marché reste opaque, autorégulé, et fondamentalement déséquilibré.
La formation biaisée des nouveaux experts
Les formations à l'expertise médicale sont souvent financées ou sponsorisées par... les compagnies d'assurance elles-mêmes. Les futurs experts apprennent donc les "bonnes pratiques" selon la vision des payeurs, intégrant dès leur apprentissage les réflexes de minimisation.
À lire : Victimes d'accidents : Les 15 combines habituelles des assurances pour moins vous indemniser (et comment les déjouer)
Les conséquences dramatiques pour les victimes :
Des indemnisations amputées de 30 à 60%
Les études comparatives entre expertises amiables et expertises judiciaires révèlent un écart moyen de 35 à 50% sur l'évaluation globale des préjudices. Pour une victime gravement handicapée dont l'indemnisation devrait atteindre 2 millions d'euros, cela représente 700 000 à 1 million d'euros de moins.
Ce n'est pas un détail comptable. Ce sont des années d'aide humaine en moins, des soins non financés, un logement adapté inaccessible, un avenir compromis.
La pression psychologique sur des personnes vulnérables
Les victimes, déjà fragilisées par leur accident et ses séquelles, subissent une violence symbolique supplémentaire lors de ces expertises bâclées. Se voir nier ses souffrances, se faire traiter comme un simulateur, entendre minimiser des handicaps qui vous brisent la vie : c'est un second traumatisme.
Beaucoup renoncent, épuisés par cette bataille inégale. C'est précisément ce que recherche le système : décourager, user, pour obtenir des transactions à moindre coût.
À lire : Pourquoi l’expertise amiable est presque toujours déséquilibrée
L'allongement des procédures
Lorsque la victime conteste l'expertise initiale et obtient une contre-expertise ou une expertise judiciaire, les délais s'allongent considérablement. Il faut parfois 2 à 4 années supplémentaires pour aboutir à une évaluation juste. Pendant ce temps, la victime survit avec des provisions insuffisantes, s'endette, voit sa situation se dégrader.
À lire : Victime d'accident : Quand serai-je indemnisé ?

Comment le système se défend
L'argument de la "compétence technique"
Les compagnies d'assurance justifient le recours répété aux mêmes experts par leur "compétence reconnue" et leur "connaissance des barèmes". Argument fallacieux : la compétence médicale n'a rien à voir avec la fidélité à un payeur unique.
Le mythe de l'expertise "rapide et efficace"
Les assureurs vantent la rapidité de leurs expertises amiables, opposée à la lenteur de la justice. Mais une expertise bâclée en 15 minutes ne vaut rien. Elle ne sert qu'à produire un document juridiquement valable pour proposer une transaction scandaleusement basse.
La culpabilisation de la victime
Certains experts n'hésitent pas à insinuer que la victime exagère ses symptômes, qu'elle pourrait "faire des efforts", qu'elle "s'installe dans son handicap". Ce discours culpabilisant vise à déstabiliser psychologiquement la personne pour la faire douter de ses propres souffrances.
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Les solutions pour contrer ce système
L'assistance systématique d'un médecin de victime
Ne jamais se présenter seul à une expertise amiable. C'est la règle d'or. Un médecin conseil de victime indépendant, rémunéré par vous (et non par l'assureur), peut contrebalancer les tentatives de minimisation, poser les bonnes questions, exiger les examens complémentaires nécessaires.
Ce professionnel connaît les techniques des experts d'assurance et peut immédiatement contester les conclusions manifestement erronées.
La constitution d'un dossier médical complet
Anticipez l'expertise en rassemblant tous les éléments médicaux : comptes rendus hospitaliers, imageries, avis spécialisés, témoignages de proches, journal de bord de vos douleurs et difficultés quotidiennes. Plus votre dossier est étoffé, plus il devient difficile pour l'expert de minorer vos préjudices.
À lire : Comment constituer un dossier d'indemnisation
L'exigence d'une expertise approfondie
N'acceptez pas une consultation expéditive. Si l'expert ne réalise pas les examens nécessaires (tests neuropsychologiques pour un traumatisme crânien, évaluation fonctionnelle complète pour un handicap moteur), faites-le constater par votre médecin conseil et contestez formellement l'expertise.
Le recours à l'expertise judiciaire
Face à une expertise manifestement partiale, n'hésitez pas à demander une expertise judiciaire contradictoire. Certes, cela allonge les délais, mais c'est souvent le seul moyen d'obtenir une évaluation objective. Le juge désigne alors un expert inscrit sur une liste de cour d'appel, théoriquement plus indépendant.
L'accompagnement par un avocat spécialisé
Un avocat en droit du dommage corporel connaît les experts récurrents des assurances et leurs méthodes. Il peut vous préparer à l'expertise, contester efficacement les conclusions biaisées, et négocier en position de force en brandissant la menace crédible d'une procédure judiciaire.
Vers une réforme nécessaire du système
Les propositions des associations de victimes
Plusieurs organisations militent pour une réforme profonde :
- Création de listes d'experts réellement indépendants, désignés aléatoirement et non choisis par les assureurs
- Interdiction pour un expert de réaliser plus de 30% de ses missions pour un même payeur
- Obligation de transparence sur les liens économiques entre experts et compagnies
- Contrôle renforcé par l'Ordre des médecins avec sanctions dissuasives
- Financement public d'un pool d'experts pour les expertises amiables, sur le modèle des experts judiciaires
Les résistances au changement
Ces propositions se heurtent à de puissants lobbies. Les compagnies d'assurance ne souhaitent évidemment pas perdre le contrôle de "leurs" experts. Certains syndicats de médecins experts craignent une réduction de leurs revenus. Et l'État rechigne à financer un nouveau système d'expertise.
Pourtant, le coût humain et social du système actuel est considérable. Les victimes sous-indemnisées se retrouvent à charge de la collectivité (AAH, pensions d'invalidité, CMU) tandis que les assureurs économisent des milliards sur leur dos.
Des modèles étrangers inspirants
Le système scandinave impose une désignation aléatoire des experts parmi un pool national, avec rotation obligatoire et contrôle strict des évaluations. Le modèle belge prévoit systématiquement trois avis médicaux (expert du demandeur, expert du défendeur, expert commun désigné conjointement) avec obligation de consensus ou d'arbitrage.
Ces systèmes, certes imparfaits, garantissent un meilleur équilibre et réduisent considérablement les risques de partialité systémique.
Témoignages de victimes : la réalité du terrain
Sophie, 34 ans, victime d'un accident de moto
"Le médecin mandaté par l'assurance m'a reçue 12 minutes chrono. Il n'a même pas regardé mes derniers IRM. Il a noté dans son rapport que je 'marchais normalement' alors que je boitais visiblement. Mon déficit fonctionnel a été évalué à 8%. Avec mon avocat, nous avons demandé une expertise judiciaire : 25%. Plus de trois fois supérieur. Sans cette contestation, j'aurais perdu 300 000 euros d'indemnisation."
Marc, 58 ans, traumatisme crânien grave
"L'expert de l'assurance a passé 15 minutes avec moi. Il n'a réalisé aucun test cognitif alors que je ne peux plus me concentrer plus de 10 minutes, que j'oublie tout, que je ne peux plus travailler. Il a conclu à un déficit de 15% et aucun trouble cognitif résiduel. Heureusement, mon médecin conseil était présent et a tout contesté. Finalement, après expertise judiciaire avec tests neuropsychologiques complets : 42% de déficit et reconnaissance de troubles cognitifs majeurs."
La parole aux professionnels engagés
Certains médecins experts refusent de participer à ce système et le dénoncent publiquement. Le Docteur B., expert judiciaire, témoigne : "J'ai été contacté par plusieurs compagnies d'assurance qui me proposaient des missions régulières. Quand j'ai rendu mes premières expertises avec des évaluations que je jugeais justes, les missions se sont immédiatement taries. Le message était limpide : soit je minorais, soit je perdais cette source de revenus. J'ai refusé et je ne travaille désormais que pour les tribunaux."
Le Professeur M., spécialiste en médecine physique et réadaptation, alerte : "Le système actuel d'expertise amiable est structurellement biaisé. Comment peut-on garantir l'objectivité d'un praticien qui dépend économiquement d'un seul payeur ? C'est une impossibilité déontologique. Il faut une réforme profonde avec des experts réellement indépendants."
Conclusion : L'urgence d'une prise de conscience
Le système actuel de l'expertise médicale en matière de dommage corporel est un scandale silencieux. Derrière la façade de l'indépendance et de la déontologie médicale, se cache une réalité bien plus sombre : un mécanisme institutionnalisé de minoration des préjudices au profit des compagnies d'assurance.
Les victimes, déjà meurtries par leur accident, subissent une double peine : celle de leurs séquelles et celle d'un système conçu pour minimiser leur indemnisation. Les écarts constatés entre expertises amiables et judiciaires ne sont pas des anomalies statistiques, mais la preuve d'un dysfonctionnement structurel.
La dépendance économique de nombreux médecins experts envers les assureurs crée un conflit d'intérêts majeur qui rend illusoire toute prétention à l'objectivité. Tant que ce lien de subordination économique persistera, tant que les mêmes experts seront sollicités des centaines de fois par les mêmes compagnies, le système restera fondamentalement inéquitable.
La réforme est urgente et nécessaire. Elle doit passer par une refonte complète du mode de désignation des experts, l'instauration de mécanismes de contrôle rigoureux, et la fin de la captation du marché de l'expertise par les compagnies d'assurance.
En attendant cette réforme hypothétique, les victimes doivent se protéger : ne jamais affronter seules une expertise amiable, s'entourer de professionnels indépendants (médecin de victime, avocat spécialisé), constituer des dossiers médicaux solides, et ne jamais hésiter à contester une expertise manifestement biaisée.
Votre indemnisation en dépend. Votre avenir en dépend. Votre dignité en dépend.
FAQ : Vos questions sur l'indépendance des médecins experts
Comment savoir si le médecin expert est partial ?
Plusieurs signes doivent vous alerter : une consultation expéditive (moins de 30 minutes pour un dossier complexe), l'absence d'examens complémentaires pourtant nécessaires, des questions orientées visant à minimiser vos difficultés, le refus d'écouter vos explications, et surtout le fait qu'il soit régulièrement sollicité par la même compagnie d'assurance. Votre avocat peut vérifier l'historique de l'expert sur des bases de données jurisprudentielles.
Puis-je refuser l'expert proposé par l'assurance ?
En phase amiable, vous n'avez pas d'obligation légale de vous soumettre à cette expertise. Cependant, le refuser peut bloquer toute négociation. La meilleure stratégie consiste à accepter l'expertise mais en vous faisant impérativement assister par votre propre médecin conseil. Vous pourrez ensuite contester les conclusions si elles sont manifestement erronées.
Combien coûte un médecin conseil de victime ?
Les honoraires varient généralement entre 500 et 1800 euros selon la complexité du dossier et la durée de l'expertise. C'est un investissement qui se révèle souvent rentable : un médecin conseil permet d'obtenir des évaluations plus justes, augmentant significativement votre indemnisation finale. Certains avocats spécialisés peuvent vous orienter vers des médecins conseils pratiquant des honoraires raisonnables.
Que faire si l'expertise est déjà réalisée et clairement minimaliste ?
Il n'est jamais trop tard pour contester. Vous disposez de plusieurs recours : demander à l'assureur une contre-expertise avec un autre praticien (rarement accordé en pratique), faire réaliser une expertise-conseil par votre propre médecin qui contestera point par point les conclusions, et si nécessaire, saisir le tribunal pour obtenir une expertise judiciaire contradictoire. Ne signez surtout aucune transaction basée sur cette expertise biaisée.
L'expert judiciaire est-il plus fiable que l'expert d'assurance ?
Généralement oui, car l'expert judiciaire est désigné par un magistrat indépendant et inscrit sur une liste de cour d'appel après sélection rigoureuse. Il ne dépend pas économiquement d'une partie. Toutefois, sa mission est contradictoire : votre médecin conseil doit également l'assister. L'expertise judiciaire offre davantage de garanties d'impartialité mais n'est pas infaillible. Le contrôle de votre médecin conseil reste indispensable.
Combien de temps après l'accident doit-on attendre avant l'expertise ?
L'expertise définitive ne doit intervenir qu'après la consolidation médicale, c'est-à-dire quand votre état de santé est stabilisé et que les séquelles sont fixées. Cela peut prendre de quelques mois à plusieurs années selon la gravité. Une expertise trop précoce aboutira à une sous-évaluation de vos préjudices. Méfiez-vous des assureurs qui veulent expertiser rapidement pour minorer l'indemnisation.
Puis-je enregistrer l'expertise médicale ?
Juridiquement, l'enregistrement à l'insu d'une personne est interdit. Cependant, vous pouvez demander l'autorisation à l'expert. En pratique, la présence de votre médecin conseil qui prend des notes détaillées est plus efficace qu'un enregistrement. Il peut immédiatement contester les propos inexacts ou les examens insuffisants, ce qui laissera une trace dans le rapport d'expertise.
L'assureur peut-il m'imposer son médecin pour une contre-expertise ?
Non. Si vous contestez la première expertise et que l'assureur accepte le principe d'une contre-expertise (ce qui est rare), vous avez le droit de proposer votre propre médecin expert. Dans les faits, les assureurs refusent généralement cette option et proposent simplement un autre de "leurs" experts. D'où l'importance de bien faire les choses dès la première expertise ou de passer par la voie judiciaire.
Existe-t-il une liste des experts "à éviter" ?
Aucune liste officielle n'existe, mais les avocats spécialisés en dommage corporel connaissent bien les experts habituels des compagnies d'assurance et leurs méthodes. Certains experts ont une réputation établie de systématiquement minorer les préjudices. Votre avocat peut vous alerter si l'expert désigné fait partie de ces praticiens problématiques et vous préparer en conséquence.
Comment prouver que l'expert est partial ?
Plusieurs éléments peuvent démontrer la partialité : le volume important d'expertises réalisées pour le même assureur (vérifiable via les bases jurisprudentielles), des conclusions systématiquement minimalistes constatées sur d'autres dossiers, une durée d'expertise anormalement courte, l'absence d'examens objectifs pourtant indispensables, des contradictions manifestes entre les constatations et les conclusions. Votre médecin conseil et votre avocat peuvent constituer ce dossier de contestation.
Que risque un médecin expert manifestement partial ?
Théoriquement, il encourt des sanctions ordinales pouvant aller jusqu'à l'interdiction d'exercer. En pratique, ces sanctions sont rarissimes. Le Conseil de l'Ordre est peu réactif face à ces plaintes. La contestation la plus efficace passe par le tribunal qui peut écarter le rapport d'expertise et en ordonner une nouvelle, ce qui discrédite l'expert et peut progressivement réduire sa sollicitation par les assureurs.
L'expertise peut-elle être refaite si mes séquelles s'aggravent ?
Oui, absolument. Si votre état de santé se dégrade après la consolidation initiale et la transaction ou le jugement, vous pouvez demander la réouverture du dossier pour aggravation. Il faudra démontrer que cette aggravation est directement liée à l'accident initial. Une nouvelle expertise sera alors réalisée. Attention aux clauses de transaction qui peuvent limiter ce droit : faites-les vérifier par votre avocat avant de signer.
Bibliographie et sources
Textes juridiques
- Code de déontologie médicale, articles R.4127-1 à R.4127-112 du Code de la santé publique
- Loi n°85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation (Loi Badinter)
- Code de procédure civile, articles 232 à 284-1 (expertise judiciaire)
- Nomenclature Dintilhac des préjudices corporels (2005)
Jurisprudence de référence
- Cour de cassation, 2e civ., 15 mai 2018, n°17-19.141 (obligation d'impartialité de l'expert)
- Cour d'appel de Paris, 6 décembre 2017 (contestation d'expertise pour dépendance économique)
- Cour de cassation, 2e civ., 11 octobre 2012, n°11-21.761 (devoir d'indépendance)
Ouvrages spécialisés
- LAMBERT-FAIVRE Y. et PORCHY-SIMON S., Droit du dommage corporel – Systèmes d'indemnisation, Dalloz, 8e édition, 2015
- LE ROY F., L'expertise médicale en responsabilité médicale et en réparation du dommage corporel, LEH Édition, 2018
- CHAPPERT P. et GUÉRIN Y., Évaluation des taux d'incapacité en droit commun, Gazette du Palais, 2020
Études et rapports
- Rapport de la mission d'information sur l'indemnisation des victimes d'accidents corporels, Assemblée nationale, 2019
- Étude de la Fédération Nationale des Victimes d'Accidents Corporels (FENVAC) sur les écarts d'évaluation entre expertises amiables et judiciaires, 2020
- Rapport du Conseil National de l'Ordre des Médecins sur l'expertise médicale, 2017
Articles scientifiques et professionnels
- HARDY J., "Les conflits d'intérêts en expertise médicale", Revue de droit sanitaire et social, 2019
- MÉMETEAU G., "L'indépendance de l'expert médical, un mythe ?", Médecine & Droit, 2018
- VIALLA F., "Expertise médicale et déontologie : entre théorie et pratique", Responsabilité civile et assurances, 2021
Ressources associatives
- Fédération Nationale des Victimes d'Accidents Corporels (FENVAC) : www.fenvac.org
- Association d'Aide aux Victimes de France (INAVEM)
- Association des Paralysés de France (APF France Handicap)
Pour aller plus loin
- Site du Conseil National de l'Ordre des Médecins : www.conseil-national.medecin.fr
- Site Légifrance pour les textes législatifs et réglementaires : www.legifrance.gouv.fr
- Revue Responsabilité civile et assurances (LexisNexis)
- Revue Gazette du Palais (section barèmes d'indemnisation)
Me Joëlle MARTEAU-PÉRETIÉ
Avocat en droit du dommage corporel
Barreau de Lille et Paris
Spécialiste de la défense des victimes d'accidents graves
Pour toute question ou prise de rendez-vous concernant votre dossier d'indemnisation :
Cabinet de Lille | Cabinet de Paris


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