Attention toutefois : l’appel n’est pas une simple « deuxième chance » sans risque. C’est une procédure encadrée par des délais stricts, qui suppose en principe un avocat, et qui comporte un vrai piège — l’appel incident de votre adversaire. Cet article explique quand, comment et à quelles conditions faire appel pour obtenir une réparation à la hauteur de vos préjudices.
Article mis à jour le 21 septembre 2026.
📌 En bref
Un jugement civil qui fixe une indemnisation trop basse se conteste par l’appel, dans un délai d’un mois à compter de sa signification. L’avocat est obligatoire devant la cour, sauf dans certaines matières comme le contentieux de la sécurité sociale. Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er septembre 2024, les chefs du jugement critiqués peuvent encore être complétés dans les premières conclusions, et toutes les demandes doivent y figurer. Sur votre seul appel, vous ne pouvez rien perdre ; mais si l’assureur forme un appel incident, toute l’indemnisation est remise en jeu. Le jugement reste en principe exécutoire pendant l’appel. Un appel se décide donc poste par poste, en pesant aussi ce que l’assureur pourrait contester en retour. Le tableau des délais résume les échéances selon la décision.
Une décision de justice, pas une offre : la voie de l’appel
Première distinction essentielle. Si c’est une offre amiable de l’assureur qui vous déçoit, vous n’êtes pas dans le cadre de l’appel : vous pouvez encore négocier, refuser, ou saisir le juge — voir comment reconnaître une offre trop basse, vérifier une offre poste par poste, ou remettre en cause une transaction déjà signée.
Si c’est un jugement qui a fixé une indemnisation trop basse, la voie pour le contester est l’appel : vous demandez à la cour d’appel de réexaminer l’affaire. C’est l’aboutissement de la voie judiciaire.
Ne confondez pas non plus l’appel avec une réouverture du dossier. Si votre état s’aggrave après le jugement, la voie n’est pas l’appel mais une action distincte en aggravation après consolidation. L’appel conteste l’appréciation faite par le juge au jour où il a statué. Pour situer chaque juridiction du parcours, voir les juridictions compétentes en dommage corporel ; pour ce qui s’est joué en première instance, le déroulement de l’audience.

Le délai pour faire appel : un mois à ne pas manquer
C’est le point le plus important, et le plus impitoyable. En matière civile contentieuse, le délai d’appel est d’un mois (article 538 du code de procédure civile), qui court à compter de la signification du jugement, c’est-à-dire sa notification officielle par commissaire de justice. Passé ce délai, le jugement devient définitif. Le délai varie selon la nature de la décision.
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Décision |
Délai d’appel |
Point de départ |
|---|---|---|
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Jugement civil du tribunal judiciaire — le cas le plus fréquent |
1 mois |
Signification du jugement |
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Jugement du pôle social — faute inexcusable, accident du travail |
1 mois |
Notification du jugement |
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Ordonnance de référé — provision, expertise |
15 jours |
Signification de l’ordonnance |
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Décision sur les intérêts civils du tribunal correctionnel |
10 jours |
Prononcé ou signification, selon les cas |
|
Décision de la commission d’indemnisation des victimes d’infractions |
1 mois |
Notification par lettre recommandée |
💡 Ne vous fiez pas à la date du jugement. Le délai ne part pas du jour où le jugement est rendu, mais du jour où il vous est signifié. Tant qu’il ne l’a pas été, le délai ne court pas — mais c’est souvent l’adversaire qui fait signifier pour déclencher le compte à rebours. Dès réception, prévenez votre avocat : un appel tardif est irrémédiablement perdu.
Le délai le plus court concerne souvent les décisions rendues en référé, avant tout procès au fond : une ordonnance qui refuse ou limite une provision, ou qui organise une expertise dans des conditions contestables, se conteste dans les quinze jours de sa signification (article 490 du code de procédure civile). Beaucoup de victimes l’ignorent, pensant disposer d’un mois. Une provision insuffisante peut aussi, selon les cas, être redemandée plus tard au vu d’éléments nouveaux, plutôt que contestée en appel.
La procédure devant la cour d’appel
Un avocat, en principe obligatoire
Devant la cour d’appel, en matière civile, la représentation par avocat est obligatoire (articles 899 et suivants du code de procédure civile) : la victime ne peut pas faire appel seule d’un jugement du tribunal judiciaire. L’avocat doit pouvoir postuler devant la cour concernée — pour les Hauts-de-France, la cour d’appel de Douai — voir l’avocate en dommage corporel à Lille.
Une exception compte en dommage corporel : l’appel d’un jugement du pôle social, qui statue notamment sur la faute inexcusable de l’employeur, suit une procédure sans représentation obligatoire. L’assistance d’un avocat y reste vivement recommandée, mais n’est pas une condition de recevabilité.
La déclaration d’appel et les chefs critiqués
L’appel débute par une déclaration d’appel qui mentionne les chefs du dispositif du jugement que vous contestez. C’est l’effet dévolutif : la cour ne réexamine que ce qui est critiqué (article 562). Longtemps, une déclaration imprécise pouvait ruiner le recours.
La réforme de la procédure d’appel issue du décret n° 2023-1391 du 29 décembre 2023, applicable aux appels formés depuis le 1er septembre 2024, a assoupli ce point : l’appelant peut désormais compléter, retrancher ou rectifier les chefs critiqués dans le dispositif de ses premières conclusions, remises dans le délai pour conclure (article 915-2). La vigilance reste de mise : une déclaration qui ne mentionnerait aucun chef critiqué soulève toujours des difficultés.
Les délais pour conclure
Une fois l’appel formé, la procédure ordinaire est rythmée par des délais stricts, dits « Magendie », que la réforme de 2023 a maintenus : l’appelant dispose de trois mois à compter de la déclaration d’appel pour remettre ses conclusions, à peine de caducité de l’appel (article 908) ; l’intimé dispose de trois mois à compter de la notification de ces conclusions pour répondre et, le cas échéant, former appel incident (article 909). Lorsque l’affaire est fixée à bref délai, les délais sont plus courts.
Deux apports de la réforme méritent d’être connus. D’abord, les parties doivent présenter l’ensemble de leurs prétentions sur le fond dès leurs premières conclusions, à peine d’irrecevabilité : un poste oublié à ce stade peut ne plus pouvoir être réclamé ensuite. Ensuite, le conseiller de la mise en état peut désormais écarter les sanctions de caducité ou d’irrecevabilité en cas de force majeure, c’est-à-dire d’une circonstance non imputable à la partie et insurmontable pour elle.
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Le vrai risque de l’appel : l’appel incident de l’adversaire
C’est l’aspect que beaucoup de victimes ignorent. Sur votre seul appel, votre situation ne peut pas être aggravée : la cour ne peut pas vous accorder moins que le jugement. Mais votre adversaire — le plus souvent l’assureur — peut former un appel incident : en réponse à votre recours, il demande à son tour la réduction de l’indemnisation. La cour peut alors descendre en dessous du montant de première instance sur les points ainsi remis en cause.
Cela ne doit pas dissuader, mais impose une analyse lucide avant d’agir : fait-on appel parce que le jugement a réellement sous-évalué des postes solidement justifiables, ou par simple insatisfaction ? Pour chaque poste que l’on critique, il faut aussi mesurer ceux que l’assureur pourrait, en retour, contester.
💡 L’appel incident change la donne. Sans lui, vous ne risquez pas de perdre ce que le tribunal vous a accordé. Avec lui, l’indemnisation contestée est remise en jeu. La décision de faire appel doit donc reposer sur une évaluation honnête des postes, pièces médicales à l’appui.
Pendant l’appel, êtes-vous payé ? L’exécution provisoire
Faire appel ne vous prive pas, en principe, des sommes allouées. Pour les instances introduites depuis le 1er janvier 2020, les décisions de première instance sont exécutoires de droit à titre provisoire, sauf si le juge en décide autrement (article 514). Le jugement s’applique malgré l’appel : l’assureur doit régler les montants fixés, quitte à un ajustement si l’arrêt modifie la décision.
L’assureur peut demander au premier président de la cour d’arrêter cette exécution provisoire, mais à deux conditions cumulatives : un moyen sérieux d’annulation ou de réformation du jugement, et un risque de conséquences manifestement excessives (article 514-3). Dans l’intervalle, des provisions peuvent aussi être sollicitées.
La même règle joue lorsque c’est l’assureur qui fait appel d’un jugement qu’il estime trop généreux : son appel ne suspend pas le paiement, sauf arrêt de l’exécution provisoire dans les conditions ci-dessus.
Faut-il faire appel ? Peser l’opportunité
L’appel se justifie surtout lorsque le jugement a sous-évalué des postes objectivement justifiables, ou en a oublié. La cour rejuge l’affaire en fait et en droit, dans la limite des chefs critiqués : c’est l’occasion de faire reconnaître ce qui ne l’a pas été.
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Poste souvent sous-évalué |
Ce que l’appel permet |
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Discuter un taux contestable, au besoin par une nouvelle expertise |
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Faire valoir le parcours réel de soins et d’interventions |
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Pertes de gains et incidence professionnelle |
Produire des justificatifs de carrière et de revenus nouveaux |
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Assistance par tierce personne |
Mieux établir le besoin réel d’aide humaine, surveillance comprise |
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Postes oubliés en première instance |
Les réclamer, s’ils tendent à la réparation du même dommage et figurent dès les premières conclusions |
La dernière ligne mérite une précision. Les demandes nouvelles sont en principe irrecevables en appel (article 564) ; mais une demande qui tend aux mêmes fins que celle soumise au premier juge, ou qui en est l’accessoire, la conséquence ou le complément, n’est pas nouvelle (articles 565 et 566). Réclamer un poste de préjudice oublié, au titre de la réparation du même dommage corporel, est donc en principe possible — à condition de le faire dès les premières conclusions, en raison de l’exigence de concentration.
En appel, de nouvelles pièces peuvent être produites et une nouvelle expertise sollicitée. Le travail consiste à établir, élément par élément, l’imputabilité des séquelles et à justifier chaque poste, selon la nomenclature Dintilhac. Un taux d’incapacité contestable se discute avec les arguments détaillés dans contester un taux d’AIPP ou de DFP, et l’appui d’une expertise judiciaire peut être décisif.
Après la cour d’appel : le pourvoi en cassation
Si l’arrêt ne vous satisfait toujours pas, reste le pourvoi en cassation, à former dans un délai de deux mois à compter de la signification de l’arrêt (article 612). Mais la Cour de cassation ne rejuge ni les faits ni les montants : elle vérifie que le droit a été correctement appliqué. L’évaluation d’un préjudice relève de l’appréciation souveraine des juges du fond, sauf erreur de droit — par exemple une règle d’imputation méconnue ou un poste refusé à tort. Le pourvoi suppose un avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation. En cas de cassation, l’affaire est en principe renvoyée devant une autre cour d’appel.
Le coût et le financement de l’appel
Faire appel a un coût — honoraires, éventuelle nouvelle expertise —, qu’il faut mettre en balance avec le gain espéré et le risque d’appel incident. Plusieurs leviers existent : la garantie de protection juridique, l’aide juridictionnelle selon les ressources, et une convention d’honoraires associant un honoraire de diligences et, le cas échéant, un honoraire de résultat — voir le coût d’un avocat en dommage corporel et le financement sans avance de frais.
La partie qui perd en appel peut en outre être condamnée à payer les frais de l’autre au titre de l’article 700 du code de procédure civile. C’est un élément de plus à intégrer dans la décision.
Les étapes, dans l’ordre
- À réception de la signification : noter la date, et transmettre immédiatement le jugement à votre avocat.
- Avant l’expiration du mois : analyser le jugement poste par poste, mesurer le risque d’appel incident, décider.
- Dans le mois : déclaration d’appel mentionnant les chefs critiqués.
- Dans les trois mois : premières conclusions, avec l’ensemble des demandes et, au besoin, les chefs critiqués complétés.
- Pendant la procédure : percevoir les sommes allouées par l’exécution provisoire, et répondre à un éventuel appel incident.
Sur la question préalable de l’opportunité, voir aussi ai-je droit à une indemnisation, et l’évaluation médicale sur laquelle tout repose : l’expertise médicale.

Vos questions fréquentes
Combien de temps ai-je pour faire appel d’un jugement ?
En matière civile, un mois à compter de la signification du jugement (article 538 du code de procédure civile), et non à compter du jour où il est rendu. Le délai est d'un mois aussi pour un jugement du pôle social ou une décision de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions, et de dix jours pour les intérêts civils devant le tribunal correctionnel. Dès réception de la signification, prévenez votre avocat.
Puis-je faire appel seul, sans avocat ?
Pas d'un jugement civil du tribunal judiciaire : devant la cour d'appel, la représentation par avocat est obligatoire. L'appel d'un jugement du pôle social, qui tranche notamment la faute inexcusable de l'employeur, suit en revanche une procédure sans représentation obligatoire. L'assistance d'un avocat y reste fortement recommandée, compte tenu des enjeux.
Est-ce que je risque de perdre ce que le tribunal m’a accordé ?
Sur votre seul appel, non : votre situation ne peut pas être aggravée. Le risque naît si votre adversaire forme un appel incident pour demander la réduction de l'indemnisation. La cour peut alors descendre en dessous du jugement sur les points remis en cause. C'est pourquoi l'appel se décide après une analyse lucide, poste par poste.
Ma déclaration d’appel est incomplète : est-ce rattrapable ?
Souvent, pour les appels formés depuis le 1er septembre 2024. La réforme de la procédure d'appel permet à l'appelant de compléter, retrancher ou rectifier les chefs du jugement critiqués dans le dispositif de ses premières conclusions, remises dans le délai pour conclure. Une déclaration qui ne mentionnerait aucun chef critiqué reste toutefois une source de difficultés.
Puis-je réclamer en appel un préjudice oublié en première instance ?
En principe oui, s'il tend à la réparation du même dommage : une telle demande n'est pas considérée comme nouvelle lorsqu'elle poursuit les mêmes fins ou constitue le complément de celles soumises au premier juge. Mais elle doit figurer dès les premières conclusions d'appel, qui doivent contenir l'ensemble des prétentions sur le fond, à peine d'irrecevabilité.
Vais-je toucher l’indemnisation pendant l’appel ?
En principe oui : pour les instances introduites depuis le 1er janvier 2020, les jugements de première instance sont exécutoires de droit à titre provisoire. L'assureur ne peut obtenir l'arrêt de l'exécution provisoire qu'en démontrant à la fois un moyen sérieux de réformation et un risque de conséquences manifestement excessives. Le jugement s'applique donc malgré l'appel.
La Cour de cassation peut-elle augmenter mon indemnisation ?
Non directement. Elle ne rejuge ni les faits ni les montants, qui relèvent de l'appréciation souveraine des juges du fond ; elle contrôle l'application du droit. Si elle casse l'arrêt pour une erreur de droit, l'affaire est renvoyée devant une autre cour d'appel, qui statue à nouveau. Le pourvoi se forme dans les deux mois de la signification de l'arrêt.
Si je perds en appel, dois-je payer les frais de l’assureur ?
Cela peut arriver. La partie qui succombe peut être condamnée aux dépens et à une somme au titre des frais exposés par l'autre partie, en application de l'article 700 du code de procédure civile. Le juge en fixe le montant en tenant compte de l'équité et de la situation des parties. C'est un élément à intégrer dans la décision de faire appel.
Références
- Code de procédure civile — article 538 (délai d’appel) ; article 490 (appel des ordonnances de référé) ; articles 899 et suivants (représentation obligatoire) ; article 562 (effet dévolutif) ; articles 564 à 566 (demandes nouvelles) ; articles 908 et 909 (délais pour conclure) ; article 915-2 (chefs critiqués et concentration des prétentions) ; articles 514 et 514-3 (exécution provisoire) ; article 612 (pourvoi) ; article 700 (frais)
- Décret n° 2023-1391 du 29 décembre 2023 portant simplification de la procédure d’appel en matière civile, applicable au 1er septembre 2024
- Décret n° 2019-1333 du 11 décembre 2019 — exécution provisoire de droit, instances introduites depuis le 1er janvier 2020
- Code de procédure pénale — article 498 (appel correctionnel) ; article R. 50-22 (notification des décisions de la commission d’indemnisation)
- Nomenclature Dintilhac, juillet 2005
Me Joëlle Marteau-Péretié, avocate en dommage corporel aux Barreaux de Lille et de Paris, analyse le jugement, mesure le risque d’appel incident et engage la procédure dans les délais — le cabinet.


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