Le séminaire de rentrée, la journée de cohésion au karting ou à l'accrobranche, la soirée de fin d'année : chaque automne, des salariés se blessent pendant un événement que leur entreprise a organisé, et chaque automne la même question revient au service RH, à la caisse et chez l'avocat. Est-ce un accident du travail ? Et surtout, puisque le forfait de la Sécurité sociale ne répare qu'une partie du dommage : qui paie le reste ? Cette page traite de l'événement récréatif organisé par l'employeur ou dans son orbite — séminaire, team building, pot, soirée, afterwork. Le déplacement professionnel ordinaire a sa propre page (accident de mission), de même que l'accident causé par un collègue.
📌 En bref. Un accident survenu pendant un séminaire, un team building ou une soirée organisés par votre employeur est, en principe, un accident du travail : tant que vous restez sous l'autorité de l'entreprise, la présomption de l'article L. 411-1 du code de la sécurité sociale joue, y compris pendant une activité de détente que vous avez choisie et payée vous-même (Cass. 2e civ., 21 juin 2018). C'est à l'employeur ou à la caisse de prouver que vous aviez interrompu l'événement pour un motif personnel. Mais la reconnaissance ne déclenche que le forfait de la Sécurité sociale, et ce forfait ignore vos souffrances, votre préjudice d'agrément et vos frais d'aménagement. Deux autres payeurs peuvent compléter : le prestataire de l'activité (karting, accrobranche, station de ski, bateau), qui répond en droit commun de la faute qui vous a blessé, et votre employeur, si l'accident procède d'une faute inexcusable (voir le tableau des trois payeurs). Seul l'afterwork improvisé entre collègues, sans l'employeur, échappe à ce schéma.
Ce que dit la loi : sous l'autorité de l'employeur, l'accident est présumé professionnel
L'article L. 411-1 du code de la sécurité sociale qualifie d'accident du travail, « quelle qu'en soit la cause », l'accident survenu « par le fait ou à l'occasion du travail ». La jurisprudence en a tiré une présomption d'imputabilité : dès lors qu'un fait accidentel est établi au temps et au lieu du travail, la victime n'a rien d'autre à prouver ; c'est à l'employeur ou à la caisse de démontrer que la lésion a une cause totalement étrangère au travail.
Le séminaire et le team building se déroulent, par construction, hors des locaux et souvent hors des horaires habituels. Le critère utile n'est donc pas le lieu, mais l'autorité de l'employeur : le salarié est-il encore, au moment de la chute, dans le cadre que l'entreprise a organisé pour lui ? La Cour de cassation a fixé la règle pour les missions dans deux arrêts du 19 juillet 2001 : le salarié en mission est protégé « pendant tout le temps de la mission qu'il accomplit pour son employeur, peu important que l'accident survienne à l'occasion d'un acte professionnel ou d'un acte de la vie courante », sauf preuve qu'il avait « interrompu sa mission pour un motif personnel » (Cass. soc., 19 juillet 2001, n° 99-20.603 et n° 99-21.536). Le séminaire relève de cette logique, puisque l'entreprise y envoie ses salariés.
L'arrêt de référence sur le séminaire est celui du 21 juin 2018. Une salariée participe à un séminaire d'entreprise organisé à La Clusaz du 30 mars au 2 avril 2010, présence obligatoire. Le programme prévoit une journée de détente où chacun choisit son activité ; elle skie, chute dans l'après-midi et se rompt le ligament croisé antérieur du genou gauche. La caisse refuse la prise en charge : journée « libre », activité ni encadrée ni payée par l'employeur, forfaits réglés par les salariés eux-mêmes. Le tribunal, la cour d'appel puis la Cour de cassation lui donnent tort : cette journée était rémunérée comme du temps de travail, les salariés restaient soumis à l'autorité de la société organisatrice, et la caisse ne prouvait pas que la salariée avait interrompu sa participation au séminaire. L'accident est pris en charge au titre de la législation professionnelle (Cass. 2e civ., 21 juin 2018, n° 17-15.984).
Un an plus tôt, la Cour avait tenu le même raisonnement pour un salarié en mission en Chine, blessé à la main à 3 heures du matin en glissant sur la piste d'une discothèque : l'heure et le lieu ne suffisent pas, c'est à l'employeur de démontrer que le salarié s'y trouvait pour un motif personnel, et une simple affirmation dans le courrier de réserves n'est pas une preuve (Cass. 2e civ., 12 octobre 2017, n° 16-22.481, publié au Bulletin).
💡 Le point qui change tout : la charge de la preuve. Vous n'avez pas à démontrer que l'activité servait le travail. Votre employeur ou la caisse doivent démontrer que vous étiez sorti du cadre de l'événement. Une chute en dansant, une glissade sur une piste, une collision sur un circuit ne prouvent rien de tel : elles sont précisément le risque de l'activité inscrite au programme.
Séminaire, team building, soirée, afterwork : les quatre situations passées au crible
Tous les événements d'entreprise ne se valent pas. Ce qui compte, c'est le degré d'implication de l'employeur — qui organise, qui paie, qui invite, qui rémunère le temps — et non le caractère sportif ou festif de l'activité.
| Situation | Accident du travail ? | Ce qui fait basculer | Recours en plus du forfait |
|---|---|---|---|
| Séminaire résidentiel organisé par l'employeur (réunions, repas, nuit d'hôtel, journée de détente) | Oui : protection pendant toute la durée, comme pour une mission | La preuve, par l'employeur ou la caisse, que vous aviez interrompu le séminaire pour un motif personnel | Prestataire de l'activité, hôtel ou restaurant fautif ; faute inexcusable de l'employeur |
| Team building confié à un prestataire (karting, accrobranche, escape game, rafting, ski, voile) | Oui, dès lors que l'activité est organisée, payée ou inscrite au programme par l'employeur, même « facultative » | Une activité pratiquée hors programme, de votre seule initiative, après la fin de l'événement | Assureur de responsabilité civile du prestataire ; faute inexcusable si l'activité était dangereuse et mal encadrée |
| Pot, soirée de Noël, fête dans les locaux ou organisée par l'employeur | Oui : temps et lieu du travail, ou événement placé sous l'autorité de l'employeur | Une soirée organisée par le seul CSE ou par des collègues, sans l'employeur | Faute inexcusable (alcool servi, locaux dangereux) ; responsabilité du traiteur ou du lieu loué |
| Afterwork entre collègues, sortie improvisée, week-end « entre nous » | Non, en principe : l'autorité de l'employeur fait défaut | Une invitation, un financement, une présence hiérarchique ou un rattachement à une mission en cours | Garantie accidents de la vie ou prévoyance ; responsabilité civile de l'établissement en cas de faute |
Le séminaire résidentiel : protégé du départ au retour
Réunions le jour, dîner le soir, nuit à l'hôtel, journée « détente » le lendemain : l'ensemble forme un bloc placé sous l'autorité de l'employeur, et la protection court pendant toute sa durée. Elle couvre les actes de la vie courante — descendre l'escalier de l'hôtel, traverser le parking, rejoindre le restaurant — comme les activités du programme. Elle ne cesse que si vous vous en êtes extrait pour un motif personnel : quitter le groupe pour une excursion de votre cru, prolonger le séjour à titre privé après la clôture. Et même alors, c'est à l'employeur ou à la caisse d'en rapporter la preuve.
Le team building chez un prestataire : « facultatif » ne veut pas dire « personnel »
C'est l'argument que l'employeur ou la caisse opposent le plus souvent : la participation était libre, vous pouviez rester au bar. L'arrêt de 2018 y répond directement. La salariée de La Clusaz avait choisi le ski, payé son forfait, skié sans aucun encadrement ; l'accident n'en était pas moins professionnel, parce que cette activité était « permise par le calendrier établi par l'entreprise » et que la journée était rémunérée. Ce qui vous place sous l'autorité de l'employeur, ce n'est pas l'obligation de faire du karting, c'est le fait que le karting figure au programme de l'événement auquel il vous a convié et qu'il rémunère votre temps.
Le point de bascule se situe ailleurs : dans l'activité pratiquée hors programme et hors temps, de votre seule initiative, une fois l'événement terminé. La frontière se prouve par les documents de l'entreprise — programme, horaires, réservation au nom de la société — et non par la nature de l'activité.
La soirée dans les locaux : temps et lieu du travail, même après 18 heures
Le pot de départ organisé par la direction, la soirée de Noël dans l'open space, la fête de fin de chantier : l'accident y survient sur le lieu du travail, à l'invitation de l'employeur, et bénéficie de la présomption. La seule question sérieuse est celle de l'organisateur. Une soirée conçue et financée par l'employeur, ou par le CSE avec la participation de la direction et dans les locaux, relève du cadre professionnel. Une soirée dont l'employeur est absent, qu'il n'a ni voulue ni financée, s'en éloigne.
L'afterwork entre collègues : la zone où la présomption s'arrête
Verre pris au bar d'en face après le service, sortie décidée entre collègues sur une messagerie, week-end organisé sans l'entreprise : l'autorité de l'employeur fait défaut, et la présomption avec elle. Il reste possible de prouver que l'accident est survenu « par le fait du travail », mais la démonstration est difficile et rarement acquise. C'est ici que vos propres assurances — garantie accidents de la vie, prévoyance — et la responsabilité de l'établissement prennent le relais.
La ligne n'est cependant pas mécanique. La cour d'appel d'Amiens a ainsi retenu l'accident du travail pour une salariée qui, à l'issue d'une journée de formation organisée dans le cadre du CSE dans une autre ville, s'était fracturé la main sur une patinoire à 18 h 30 avec ses collègues, la formation reprenant le lendemain : l'accident était survenu pendant le temps de la mission, et l'employeur ne prouvait pas une interruption pour motif personnel (CA Amiens, 21 mai 2024, n° 22/02047, telle que rapportée par Actu-Juridique, Lextenso, novembre 2024). Ce qui a compté, c'est le rattachement de la soirée à une mission en cours, non le caractère ludique de la patinoire.
Les trois payeurs : la caisse, le prestataire, l'employeur
La reconnaissance de l'accident du travail est une étape, pas une indemnisation. Le régime des accidents du travail est forfaitaire : il rembourse les soins, verse des indemnités journalières et, en cas de séquelles, une indemnité en capital ou une rente. Il ne répare ni les souffrances endurées, ni le préjudice esthétique, ni le préjudice d'agrément, ni l'aménagement de votre logement. Pour obtenir la réparation intégrale, il faut identifier les deux autres payeurs.
| Payeur | Fondement | Ce qu'il verse | Condition |
|---|---|---|---|
| La caisse primaire (législation professionnelle) | Art. L. 411-1 et suivants du code de la sécurité sociale | Frais de santé sans avance, indemnités journalières, indemnité en capital ou rente selon le taux d'incapacité | Reconnaissance du caractère professionnel, acquise par présomption |
| Le prestataire ou l'organisateur tiers et son assureur de responsabilité civile | Art. L. 454-1 du code de la sécurité sociale ; art. 1240 et 1242 du code civil ; art. L. 321-7 du code du sport | Réparation intégrale selon la nomenclature Dintilhac, déduction faite des prestations de la caisse | Une faute d'organisation, d'encadrement ou de matériel ; l'immunité de l'employeur ne le protège pas, il n'est ni l'employeur ni un collègue |
| L'employeur (faute inexcusable) | Art. L. 452-1 à L. 452-3 du code de la sécurité sociale | Majoration de la rente ou du capital, et préjudices personnels non couverts par le forfait | Conscience du danger et absence de mesures de protection : activité à risque imposée sans briefing, matériel inadapté, alcool servi sans limite |
| Vos propres contrats (garantie accidents de la vie, prévoyance, individuelle accident) | Le contrat | Capital ou rente contractuels, selon un seuil d'AIPP | Vérifier les exclusions : sports mécaniques, activités aériennes, alcool |

La caisse : un forfait, sans avance de frais
Une fois l'accident reconnu, les soins sont pris en charge à 100 % du tarif de la Sécurité sociale sans avance, les indemnités journalières sont versées dès le lendemain de l'accident, à 60 % du salaire journalier pendant vingt-huit jours puis à 80 %, et le maintien de salaire conventionnel s'y ajoute le cas échéant. À la consolidation, la caisse fixe un taux d'incapacité permanente : indemnité en capital en dessous de 10 %, rente à partir de 10 %. Ce forfait est le socle ; il n'est jamais le plafond.
Le prestataire : le tiers qui ouvre le droit commun
C'est le payeur que l'on oublie. L'article L. 451-1 du code de la sécurité sociale interdit à la victime d'un accident du travail d'agir en droit commun contre son employeur ou ses collègues. Mais l'article L. 454-1 lui conserve ce droit contre toute autre personne : si votre lésion est imputable à un tiers, vous pouvez lui demander « la réparation du préjudice causé, conformément aux règles de droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé » par le forfait. La société de karting, le parc d'accrobranche, la base nautique, l'école de ski, le traiteur ou le propriétaire de la salle louée sont des tiers.
Ces professionnels ne sont pas démunis face à vous : l'exploitation d'un établissement d'activités physiques ou sportives est subordonnée à la souscription d'un contrat d'assurance couvrant la responsabilité civile de l'exploitant, de ses moniteurs, de ses préposés et « des personnes habituellement ou occasionnellement admises dans l'établissement pour y exercer les activités qui y sont enseignées » (art. L. 321-7 du code du sport). Il y a donc, presque toujours, un assureur en face. Encore faut-il caractériser une faute : briefing de sécurité absent ou expédié, matériel usé ou inadapté à votre gabarit, encadrement insuffisant pour le nombre de participants, parcours ouvert malgré la météo, absence de contrôle du harnais. L'obligation de sécurité du prestataire est le plus souvent une obligation de moyens, ce qui vous impose de prouver la défaillance ; la décharge de responsabilité que l'on vous a fait signer n'y change rien, et l'acceptation des risques n'exonère pas un organisateur fautif.
Deux points de vigilance. Sur un circuit de karting fermé, la question de l'application de la loi Badinter est discutée : notre article sur les accidents hors loi Badinter traite du circuit et de la session de roulage. Et lorsque vous obtenez une réparation en droit commun, la caisse exerce son recours subrogatoire contre le responsable pour récupérer ce qu'elle vous a versé : vous n'avez rien à lui rembourser, mais l'articulation des deux indemnisations doit être calculée poste par poste.
L'employeur : la faute inexcusable, quand l'activité était dangereuse et mal préparée
L'immunité de l'employeur cède devant la faute inexcusable : il devait avoir conscience du danger auquel il vous exposait et n'a pas pris les mesures nécessaires pour vous en préserver. Le team building est un terrain naturel pour cette démonstration. L'employeur qui impose une activité à risque à des salariés non entraînés, choisit un prestataire sans vérifier son agrément ni son assurance, laisse un manager faire pression sur ceux qui hésitent, ou sert de l'alcool avant une activité motorisée, expose l'entreprise à cette qualification. La reconnaissance ouvre la majoration de la rente ou du capital et la réparation des préjudices personnels que le forfait ignore.
Pour les accidents consolidés à compter du 1er novembre 2026, la rente d'accident du travail comporte une part professionnelle et une part fonctionnelle, cette dernière couvrant désormais le déficit fonctionnel permanent ; notre page sur le nouveau calcul de la rente détaille ce que la faute inexcusable majore dans ce nouveau cadre.
Ce que chaque recours ajoute, poste par poste
Le tableau suivant met en regard les trois voies pour les principaux postes de préjudice. Il montre pourquoi la recherche d'un tiers responsable est, dans la plupart des accidents de team building, le levier le plus rentable.
| Poste de préjudice | Régime accident du travail seul | Avec le recours contre le prestataire (droit commun) | Avec la faute inexcusable de l'employeur |
|---|---|---|---|
| Frais de santé | 100 % du tarif de la Sécurité sociale | Frais réels restés à charge (dépassements, appareillage, psychothérapie) | Comme en régime AT |
| Perte de salaire pendant l'arrêt | Indemnités journalières à 60 % puis 80 % | Complément intégral de la perte de revenus | Non : poste réputé couvert par les indemnités journalières |
| Séquelles permanentes | Indemnité en capital ou rente selon le taux ; part fonctionnelle de la rente pour les consolidations à compter du 1er novembre 2026 | Déficit fonctionnel permanent en droit commun, après imputation de la rente selon les règles applicables | Majoration de la rente ou du capital |
| Souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément | Non | Oui, réparation intégrale | Oui (art. L. 452-3) |
| Tierce personne, aménagement du logement et du véhicule | Non | Oui | Oui : préjudices non couverts par le forfait (Cons. const., 18 juin 2010, n° 2010-8 QPC) |
| Perte de gains futurs, incidence professionnelle | Rente uniquement | Oui, réparation intégrale | Réputées couvertes par la rente majorée, sauf perte de chance de promotion professionnelle |
💡 Les deux voies ne s'excluent pas. Vous pouvez faire reconnaître l'accident du travail, agir contre le prestataire en droit commun et rechercher la faute inexcusable de l'employeur. L'ordre et le calendrier de ces trois démarches se décident au vu des pièces, dès les premières semaines : la reconnaissance conditionne le forfait, le recours contre le tiers se prescrit selon le droit commun, et l'action en faute inexcusable dans les deux ans.
Alcool, trajet du retour, malaise : les trois pièges de la soirée d'entreprise
L'alcool. Le code du travail n'autorise sur le lieu de travail que le vin, la bière, le cidre et le poiré, et interdit d'y laisser séjourner une personne en état d'ivresse (art. R. 4228-20 et R. 4228-21). Un employeur qui sert des alcools forts à volonté, puis laisse un salarié ivre reprendre le volant ou rejoindre l'atelier, s'expose à la faute inexcusable. Côté victime, l'alcoolémie ne fait pas obstacle à la reconnaissance de l'accident du travail : seule la faute intentionnelle prive de toute prestation, et la faute inexcusable du salarié permet seulement de diminuer la rente (art. L. 453-1). Le vrai risque est ailleurs : dans les clauses d'exclusion pour alcool de votre garantie accidents de la vie ou de votre prévoyance, qui peuvent, elles, vous laisser sans capital.
Le trajet du retour. L'accident survenu en rentrant du séminaire ou de la soirée relève de l'accident de trajet (art. L. 411-2), à condition d'avoir emprunté un itinéraire normal sans détour pour un motif personnel. Si vous rentrez dans le véhicule d'un collègue ou de l'entreprise, la loi Badinter s'applique en plus, et l'accident de trajet n'est pas couvert par l'immunité de l'employeur : les recours de droit commun restent ouverts.
Le malaise. Un infarctus, un AVC ou un malaise survenu pendant l'événement bénéficie de la même présomption qu'une chute, y compris pendant l'activité de détente du séminaire ; l'employeur et la caisse ne l'écartent qu'en prouvant une cause totalement étrangère au travail. Notre article sur le malaise au travail détaille cette preuve, et ce que valent un état antérieur ou l'absence d'autopsie.
Les preuves à réunir dès le lendemain
Le contentieux du séminaire se gagne sur les documents de l'entreprise, qui établissent le cadre, et sur les documents du prestataire, qui établissent la faute. Réunissez-les avant qu'ils ne disparaissent.
- L'invitation ou la convocation et le programme de l'événement, avec les horaires et la liste des activités ; le courriel qui vous demandait de bloquer la date.
- Votre bulletin de paie du mois, qui montre que la journée a été rémunérée comme du temps de travail, et tout document indiquant que la présence était attendue.
- La réservation et la facture du prestataire au nom de l'entreprise, la fiche de sécurité ou le briefing remis, la décharge que l'on vous a fait signer (elle prouve le cadre, sans vous priver de recours).
- Les photos et vidéos de l'activité, souvent nombreuses ce jour-là, et les coordonnées des témoins ; une attestation écrite se rédige dans les jours qui suivent, pas six mois plus tard.
- Le certificat médical initial, établi le jour même ou le lendemain, qui décrit toutes les lésions : sans lui, la caisse peine à rattacher la lésion au fait accidentel (voir notre page sur l'accident sans certificat médical initial).
- La déclaration d'accident du travail : informez l'employeur dans les 24 heures, il dispose de 48 heures pour déclarer à la caisse. S'il s'abstient ou tarde, vous pouvez déclarer vous-même dans un délai de deux ans. S'il émet des réserves ou si la caisse refuse, la commission de recours amiable puis le pôle social du tribunal judiciaire sont saisis dans les délais.
💡 Les réserves de l'employeur ne sont pas une décision. Un employeur peut écrire à la caisse que l'accident est survenu « lors d'une activité facultative » ou « en dehors des horaires ». La caisse doit alors enquêter, et c'est cette enquête qui compte. L'arrêt de 2017 le rappelle : l'affirmation de l'employeur, à elle seule, ne renverse pas la présomption.
Blessé pendant un séminaire, un team building ou une soirée d'entreprise ? Le choix des recours et leur calendrier se décident dès les premières semaines, sur pièces : 06 84 28 25 95, du lundi au vendredi de 9h à 19h30. Le cabinet de Maître Joëlle Marteau-Péretié intervient à Lille, à Paris et dans toute la France.
Questions fréquentes
La participation au team building était facultative. Est-ce quand même un accident du travail ?
Oui, dès lors que l'activité figurait au programme de l'événement organisé par votre employeur et que votre temps était rémunéré. La Cour de cassation l'a jugé pour une salariée qui avait librement choisi de skier, sans encadrement et en payant son forfait, pendant la journée de détente d'un séminaire : elle restait sous l'autorité de son employeur (Cass. 2e civ., 21 juin 2018, n° 17-15.984). Le caractère facultatif de l'activité ne suffit pas à vous en faire sortir.
L'accident a eu lieu le soir, à l'hôtel, après la fin des réunions. Suis-je couvert ?
Oui. Le séminaire résidentiel est traité comme une mission : la protection couvre les actes de la vie courante accomplis sur place — dîner, retour à la chambre, escalier de l'hôtel — pendant toute sa durée. Elle ne cesse que si l'employeur ou la caisse prouvent que vous aviez interrompu l'événement pour un motif personnel.
Mon employeur a émis des réserves auprès de la caisse. Cela bloque-t-il la prise en charge ?
Non. Les réserves obligent la caisse à instruire le dossier, en vous interrogeant et en interrogeant l'employeur ; elles ne valent pas refus. La présomption ne tombe que si une preuve concrète d'interruption pour motif personnel est rapportée, et une simple affirmation de l'employeur n'en est pas une (Cass. 2e civ., 12 octobre 2017, n° 16-22.481).
La soirée était organisée par le CSE, pas par l'employeur. Est-ce un accident du travail ?
Ce n'est pas acquis. L'autorité de l'employeur est le critère : une soirée conçue et financée par le seul CSE, hors des locaux et sans la direction, s'en éloigne. En revanche, une fête dans les locaux avec la participation de l'employeur, ou une soirée rattachée à une mission en cours, comme une formation organisée dans le cadre du CSE dans une autre ville, peut être retenue. Dans tous les cas, le CSE, qui a la personnalité civile, et l'établissement qui accueille la soirée peuvent répondre de leurs fautes en droit commun.
J'ai signé une décharge de responsabilité chez le prestataire. Ai-je perdu mon recours contre lui ?
Non. Une décharge ne peut pas exonérer un professionnel de sa responsabilité pour dommage corporel ; elle atteste tout au plus que vous avez été informé de certains risques. L'exploitant reste tenu de son obligation de sécurité et doit être assuré pour sa responsabilité civile (art. L. 321-7 du code du sport). Ce que vous devez prouver, c'est sa faute : matériel défaillant, briefing absent, encadrement insuffisant.
Puis-je cumuler le forfait de la caisse et l'indemnisation du prestataire ?
Oui, c'est précisément l'objet de l'article L. 454-1 du code de la sécurité sociale : le tiers responsable vous doit la réparation du préjudice « dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé » par le forfait. Vous ne percevez pas deux fois la même somme ; vous percevez le complément, poste par poste, et la caisse récupère auprès du responsable ce qu'elle vous a versé.
J'avais bu pendant la soirée. Est-ce que cela m'empêche d'être indemnisé ?
Pas pour l'accident du travail : seule la faute intentionnelle exclut les prestations, et la faute inexcusable de la victime ne permet que de réduire la rente. La faute de l'employeur qui a servi l'alcool peut même être recherchée. Le risque réel se trouve dans votre garantie accidents de la vie ou votre prévoyance, dont les clauses d'exclusion pour alcoolémie sont fréquentes et parfois valables.
Dans quel délai dois-je agir ?
Informez votre employeur dans les 24 heures et vérifiez qu'il a déclaré l'accident sous 48 heures ; à défaut, vous disposez de deux ans pour le faire vous-même. L'action en reconnaissance de la faute inexcusable se prescrit par deux ans. Le recours contre le prestataire relève du droit commun et suit ses propres délais, mais les preuves, elles, se perdent en quelques semaines.
Sources et références
- Cass. 2e civ., 21 juin 2018, n° 17-15.984 — accident de ski pendant la journée de détente d'un séminaire d'entreprise, journée rémunérée comme du temps de travail : les salariés restaient soumis à l'autorité de la société organisatrice ; prise en charge au titre de la législation professionnelle.
- Cass. 2e civ., 12 octobre 2017, n° 16-22.481, publié au Bulletin — salarié en mission blessé en discothèque à 3 heures du matin : la protection court pendant tout le temps de la mission, sauf preuve, par l'employeur ou la caisse, d'une interruption pour motif personnel.
- Cass. soc., 19 juillet 2001, n° 99-20.603 et n° 99-21.536 — arrêts de principe sur l'accident de mission : peu importe que l'accident survienne à l'occasion d'un acte professionnel ou d'un acte de la vie courante.
- CA Amiens, 21 mai 2024, n° 22/02047, telle que rapportée par Actu-Juridique (Lextenso), « Quand les juges reconnaissent le caractère professionnel d'accidents pour le moins surprenants », novembre 2024 — chute en patinoire à l'issue d'une journée de formation organisée dans le cadre du CSE.
- Code de la sécurité sociale, art. L. 411-1 (définition et présomption), L. 411-2 (accident de trajet), L. 451-1 (immunité de l'employeur), L. 452-1 à L. 452-3 (faute inexcusable), L. 453-1 (faute intentionnelle et faute inexcusable de la victime), L. 454-1 (recours contre le tiers responsable).
- Cons. const., 18 juin 2010, n° 2010-8 QPC — réparation, en cas de faute inexcusable, des préjudices non couverts par le livre IV.
- Code du sport, art. L. 321-1 (assurance de responsabilité civile des associations et sociétés sportives), L. 321-4 (information sur l'intérêt d'une assurance de personnes) et L. 321-7 (assurance obligatoire des exploitants d'établissements d'activités physiques ou sportives).
- Code du travail, art. R. 4228-20 (boissons alcoolisées autorisées sur le lieu de travail) et R. 4228-21 (interdiction de laisser séjourner une personne en état d'ivresse).


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