Fracture du fémur. Traumatisme crânien léger. Entorse cervicale grave. Syndrome de stress post-traumatique. Lombalgies chroniques. Quand un accident provoque plusieurs lésions distinctes, la victime entre dans une catégorie que le monde médico-légal appelle polytraumatisme — et que le monde assurantiel traite comme une addition arithmétique de séquelles indépendantes.

À savoir : Il importe de connaître le mécanisme au nom précis : la règle de Balthazard. Une formule mathématique que la majorité des experts appliquent par réflexe en droit commun, alors qu'elle n'y est pas obligatoire. Comprendre comment Balthazard réduit votre taux de DFP — et comment le contester.

C'est là que commence le problème. Car un polytraumatisme n'est pas une somme de blessures : c'est un système où chaque lésion aggrave les autres, où la fatigue globale dépasse l'addition des fatigues partielles, où la douleur chronique d'un genou modifie la posture et amplifie les cervicalgies, où le déficit cognitif d'un traumatisme crânien léger empêche la rééducation active d'une fracture complexe. 

Dans un tableau de polytraumatisme, le TC est fréquemment le composant le plus sous-évalué — précisément parce que l'expert se fie au score de Glasgow initial (souvent 14-15) pour conclure à l'absence de séquelles cognitives, sans prescrire de bilan neuropsychologique. Or un Glasgow « normal » aux urgences n'exclut en rien un syndrome post-commotionnel invalidant.

Or le système d'expertise est construit en silos. L'orthopédiste évalue les fractures. Le neurologue évalue le crâne. Le psychiatre évalue le stress post-traumatique. Personne ne regarde l'ensemble. Et la victime ressort avec un taux de DFP qui ne reflète pas la réalité de son quotidien, parce qu'il additionne des séquelles au lieu de mesurer ce qu'elles produisent ensemble.

Cet article explique pourquoi cette fragmentation expertale est le piège majeur des dossiers polytraumatisés, et comment la combattre.

📌 En bref

Un polytraumatisme n'est pas une somme de blessures : les séquelles interagissent, la fatigue et la douleur se cumulent, chaque rééducation freine les autres. L'expertise, elle, est organisée en silos : chaque spécialiste évalue son organe, puis les taux partiels sont combinés, souvent par la règle de Balthazard, qui applique chaque taux à la capacité restante. Cette méthode est celle du barème des accidents du travail ; en droit commun, elle n'est pas obligatoire, et ce barème précise lui-même qu'il ne se réfère pas aux règles suivies par les tribunaux. La parade tient en trois gestes : demander les sapiteurs utiles, organiser le cahier de doléances par fonction plutôt que par lésion, et contester par des dires toute combinaison mécanique des taux. Le tableau des cinq postes montre où l'expertise en silos ampute l'indemnisation.

Ce qu'est un polytraumatisme — et pourquoi ce n'est pas une addition

En médecine d'urgence, le polytraumatisé est défini comme un blessé présentant au moins deux lésions traumatiques graves, dont l'une au moins met en jeu le pronostic vital. Mais en droit du dommage corporel, le terme s'applique plus largement à toute victime présentant des atteintes multiples, même lorsqu'aucune n'est isolément vitale — dès lors que leur combinaison crée un handicap global supérieur à ce que chaque lésion impliquerait seule.

C'est cette notion de synergie lésionnelle qui est au cœur du problème. Voici ce que les barèmes médico-légaux ne mesurent pas, et que seule l'observation clinique globale peut capter :

L'amplification croisée de la douleur. Une fracture du bassin guérie à 80 % provoque une compensation posturale qui aggrave une lombarthrose post-traumatique, laquelle déclenche des contractures cervicales, lesquelles alimentent des céphalées chroniques. La chaîne est fonctionnelle, mais chaque expert ne voit que son maillon.

La fatigue cumulée. Chaque séquelle génère une fatigue propre. Mais leur addition n'est pas linéaire : un patient qui gère simultanément des douleurs chroniques, un déficit attentionnel post-TC et une anxiété post-traumatique s'épuise bien plus vite qu'un patient qui ne gère qu'une seule de ces atteintes.

L'interférence rééducative. La rééducation d'une fracture nécessite un effort physique que le traumatisme crânien empêche de maintenir. La kinésithérapie cervicale est contre-indiquée par la fracture thoracique. Le suivi psychologique est perturbé par les troubles cognitifs. Le polytraumatisé n'est pas un patient qui guérit de plusieurs blessures en parallèle — c'est un patient dont chaque guérison est ralentie par les autres.

💡 Le saviez-vous ? La distinction entre « polytraumatisé » et « polyblessé » est médicalement significative. Le polytraumatisé présente au moins une lésion mettant en jeu le pronostic vital ; le polyblessé présente plusieurs lésions sans engagement vital. Mais en matière d'indemnisation, la problématique est la même : la fragmentation expertale sous-évalue le handicap global dans les deux cas.


infographie polytraumatisés & indemnisation


La règle de Balthazard : la formule mathématique qui réduit votre indemnisation

C'est le mécanisme technique le plus méconnu des victimes — et le plus redoutable.

Quand un expert doit combiner plusieurs taux de DFP (par exemple : 20 % pour le genou + 15 % pour les cervicales + 10 % pour l'ESPT), il existe deux méthodes :

L'addition simple : 20 + 15 + 10 = 45 %

La règle de Balthazard (dite de la « capacité restante ») : on prend le taux le plus élevé (20 %), puis on applique le suivant (15 %) non pas sur 100 %, mais sur la capacité restante (80 %) : 15 % de 80 % = 12 %. Puis le troisième (10 %) sur la capacité restante après les deux premiers (68 %) : 10 % de 68 % = 6,8 %. Total : 20 + 12 + 6,8 = 38,8 %.

Différence : 45 % vs 38,8 % — soit 6,2 points de DFP en moins, sur le seul poste DFP. Et l'écart se creuse à mesure que les lésions se multiplient : c'est précisément la situation du polytraumatisé. Le détail du calcul, son chiffrage — qui dépend de la valeur du point retenue — et les voies de contestation sont traités dans l'article dédié à cette règle, lié plus haut.

Ce qui est propre au polytraumatisé, et qui fait l'objet de cette page, c'est que la formule s'applique à des séquelles qui interagissent entre elles — là où elle suppose au contraire qu'elles soient indépendantes.

Le point juridique décisif que la plupart des experts ignorent

Voici le levier le plus puissant de cet article : la règle de Balthazard n'a aucune valeur obligatoire en droit commun.

Les associations d'avocats et de médecins-conseils de victimes, réunies depuis 2019 au sein de l'ANADOC, défendent la même position : en droit commun, le DFP se mesure globalement, à partir du retentissement réel, et non par une formule de capacité restante.

L'argument décisif vient pourtant du texte que l'assureur invoque : c'est le barème des accidents du travail lui-même qui exclut sa transposition. Son préambule précise qu'« il ne saurait se référer en aucune manière aux règles d'évaluation suivies par les tribunaux dans l'appréciation des dommages au titre du droit commun », et qu'« il ne peut avoir qu'un caractère indicatif ». Le texte que l'assureur invoque dit donc lui-même qu'il ne s'applique pas ici.

Le juge, enfin, n'est lié ni par les barèmes ni par la méthode de l'expert : il apprécie souverainement le taux, et n'est pas tenu par les conclusions du technicien (article 246 du code de procédure civile).

En pratique pourtant, la majorité des experts l'appliquent par habitude, par commodité, ou parce qu'ils transposent mécaniquement la logique AT (Sécurité sociale) au droit commun (dommage corporel). Et les assureurs ne contestent évidemment pas cette application qui leur est systématiquement favorable.

L'avocat et le médecin-conseil de victime doivent exiger une évaluation globale fonctionnelle et contester le taux de tout rapport qui appliquerait Balthazard sans justification clinique.

⚠️ Attention — distinction AT / droit commun. En matière d'accident du travail, la méthode de la capacité restante est celle que prescrit le barème (article R. 434-32 du Code de la sécurité sociale, annexe 1 — un barème qui se qualifie lui-même d'indicatif). En droit commun (accident de la route, accident de la vie, agression), elle est simplement indicative et l'expert peut — et devrait — retenir une évaluation globale raisonnée. Cette distinction est fondamentale et méconnue.

L'expertise en silos : quand chaque spécialiste ne voit que son organe

Le système médico-légal français est construit autour de la spécialisation. L'expert judiciaire ou l'expert d'assurance qui examine un polytraumatisé est le plus souvent un médecin généraliste (ou un spécialiste d'une seule discipline) qui évalue l'ensemble des lésions à partir de sa grille de lecture propre. Pour les lésions hors de son domaine, il peut — s'il le juge nécessaire — demander l'avis d'un sapiteur (expert spécialisé dans une discipline connexe).

Avocate en dommage corporel à Lille et Paris
Le problème : dans les dossiers polytraumatisés, le sapiteur n'est pas systématiquement sollicité. Et quand il l'est, il évalue sa spécialité isolément, sans mesurer l'interaction avec les autres lésions. Résultat : chaque sapiteur produit un taux partiel, l'expert principal les additionne (souvent via Balthazard), et le DFP global sous-évalue l'impact fonctionnel réel.

Exemple, reconstitué à titre pédagogique. Une victime de 43 ans, accident de moto sur autoroute. Lésions : fracture ouverte du fémur droit (expertise orthopédique), traumatisme crânien léger avec troubles cognitifs (expertise neurologique), ESPT sévère (expertise psychiatrique), lombalgies chroniques post-traumatiques (expertise rhumatologique).

L'expert principal (médecin généraliste) a sollicité un sapiteur neuropsychologue — mais pas de sapiteur psychiatre ni rhumatologue. Résultat : l'ESPT a été coté à 3 % (« trouble anxieux mineur ») au lieu des 8 à 10 % que le spécialiste aurait retenus, et les lombalgies ont été fondues dans les séquelles orthopédiques (0 % distinct) alors qu'elles constituaient une atteinte autonome. Ce que représentent ces points d'écart est détaillé dans notre guide des taux d'invalidité et montants du stress post-traumatique.

Ce que cela coûte : plusieurs points de DFP perdus, chacun valorisé selon l'âge de la victime — voir la valeur du point — sans compter les postes qui dépendent du taux, comme l'incidence professionnelle.

Les 5 postes Dintilhac systématiquement sous-évalués chez le polytraumatisé

Poste

Ce que retient l'expertise en silos

Ce qu'il faut démontrer

DFP global

La combinaison arithmétique des taux lésion par lésion

La synergie : chaque séquelle aggrave les autres, le handicap dépasse la somme

Souffrances endurées

La douleur la plus intense, prise isolément

La sommation temporelle : interventions successives, rééducations enchaînées, durée totale

Incidence professionnelle

Un « retour possible sur poste adapté » de principe

L'effet de seuil : c'est le cumul, pas une lésion isolée, qui rend le métier impossible

Tierce personne

Les gestes physiques que la victime ne peut plus faire

La composante cognitive et organisationnelle : planifier, gérer, se déplacer

Préjudice d'agrément

L'activité sportive abandonnée, si elle est prouvée

Tout ce que le cumul rend impossible, y compris les activités ordinaires

 

La fragmentation expertale ne touche pas que le DFP. Elle ampute systématiquement cinq postes de la nomenclature Dintilhac.

1 — Le DFP global (on vient de le voir)

Application mécanique de Balthazard au lieu d'une évaluation fonctionnelle globale : l'écart croît avec le nombre de séquelles combinées.

2 — Des souffrances qui se cumulent dans le temps

Chaque lésion génère sa propre chronologie de douleurs — mais c'est la sommation temporelle de ces douleurs qui est insupportable. Un patient qui souffre simultanément de douleurs cervicales, lombaires, de céphalées et de cauchemars ne souffre pas « quatre fois un peu » : il souffre de façon continue, épuisante, envahissante. Les souffrances endurées d'un polytraumatisé doivent être cotées globalement en tenant compte de la durée cumulée des soins, et non en moyenne des cotations partielles.

3 — L'effet de seuil sur l'emploi

Chaque séquelle isolée pourrait être compatible avec un poste de travail adapté. Mais leur combinaison rend souvent tout poste incompatible. Un déficit cognitif léger + une claudication + une fatigue chronique = inaptitude professionnelle complète. C'est l'effet de seuil : chaque séquelle est sous le seuil d'inaptitude, mais leur cumul le dépasse largement.

4 — Une aide humaine physique, cognitive et psychologique

Le polytraumatisé a besoin d'aide pour des raisons multiples et croisées : aide physique (déplacement, habillage) ET aide cognitive (gestion des rendez-vous, médicaments, démarches administratives) ET aide psychologique (présence rassurante, gestion des crises d'angoisse) — sur le chiffrage réel de ces heures, voir le calcul du taux réel de la tierce personne. L'expert qui n'évalue que le volet physique de l'aide tierce personne ampute le poste de sa composante cognitive et psychologique — souvent la plus volumineuse en heures.

Autre angle mort fréquent chez le polytraumatisé : les longues semaines d'hospitalisation, pendant lesquelles l'expert n'évalue presque jamais l'aide humaine alors qu'elle reste due — voir notre dossier sur la tierce personne pendant l'hospitalisation.

5 — Un périmètre de vie réduit de tous côtés

Le polytraumatisé n'a pas perdu une activité : il a perdu la capacité de mener plusieurs activités simultanément. Sport, vie sociale, sorties, voyages : chaque séquelle rétrécit un pan supplémentaire de la vie antérieure — c'est le préjudice d'agrément, et il se prouve. L'évaluation doit refléter cette réduction globale du périmètre de vie, pas une liste d'activités perdues évaluées indépendamment.




Plus vous attendez, plus l'assurance renforce sa position. Ne restez pas seul face aux conséquences de l'accident. Un seul numéro :
📞 06 84 28 25 95
⏰ AGISSEZ MAINTENANT : Chaque Jour Compte 

Du lundi au vendredi, 9h-19h30 | Réponse sous 2h en cas d'urgence 

Consultation Gratuite Immédiate

 

La stratégie gagnante : l'évaluation globale coordonnée

Face à la fragmentation, la parade est précise et méthodique.

Exiger une expertise collégiale

Dans les dossiers polytraumatisés à enjeux (DFP ≥ 15 %, séquelles hétérogènes touchant au moins 3 systèmes), l'avocat doit demander au juge — ou négocier avec l'assureur — la désignation d'une expertise collégiale : un expert principal assisté de plusieurs sapiteurs (neuropsychologue, psychiatre, rhumatologue, ergothérapeute), tous réunis le même jour pour un examen coordonné.

L'enjeu n'est pas de multiplier les avis : c'est de les croiser. Quand le neuropsychologue constate un déficit attentionnel et que le rhumatologue constate une fatigabilité posturale, la mise en commun révèle que la rééducation lombaire est ralentie par le déficit attentionnel — un fait qu'aucun des deux n'aurait identifié seul. Dans les tableaux les plus lourds, la logique rejoint celle des dossiers de grand handicap.

Préparer un cahier de doléances transversal

Le cahier de doléances du polytraumatisé ne doit pas être organisé par lésion (cervicales / genou / psy) mais par fonction impactée (mobilité, cognition, sommeil, vie professionnelle, vie intime, vie sociale, autonomie quotidienne). C'est cette organisation fonctionnelle qui force l'expert à regarder l'ensemble et non les parties.

Contester l'application de Balthazard en droit commun

Comme on l'a vu, la règle de Balthazard est indicative et non obligatoire en droit commun. Le médecin-conseil de victime doit explicitement :

  • Demander que le rapport mentionne la méthode utilisée pour le calcul du DFP global
  • Contester l'application de Balthazard si elle est utilisée sans justification clinique
  • Proposer un DFP global raisonné, argumenté sur l'impact fonctionnel réel
  • Formuler des dires contradictoires si l'expert maintient Balthazard — l'expert est tenu d'y répondre dans son avis (article 276 du code de procédure civile)

Documenter l'effet de seuil professionnel

Le médecin du travail, l'ergonome, le bilan de compétences : ces éléments doivent être versés au dossier avant l'expertise, pour que l'expert puisse constater que le cumul des séquelles — et non chaque séquelle isolément — a rendu le retour au poste impossible. La différence entre un DFP « simple » et un DFP assorti d'une perte de gains professionnels lourde est considérable, car la perte se capitalise sur toute la durée de vie active restante.

Trois configurations où la méthode change le taux

Les trois situations ci-dessous sont reconstituées à titre pédagogique et ne correspondent à aucun client. Elles montrent sur quels postes se joue la discussion, pas un résultat : le taux et les montants dépendent toujours du dossier et de l'appréciation du juge.

Situation

Ce que l'expertise en silos retient

Ce que l'évaluation globale fait apparaître

Motard de 38 ans, ingénieur : fracture de jambe, fracture du poignet, entorse cervicale grave, traumatisme crânien léger, stress post-traumatique

Taux partiels combinés par Balthazard ; souffrances cotées sur la seule douleur la plus forte ; « retour possible sur poste adapté »

Synergie documentée par les sapiteurs ; souffrances appréciées dans leur durée ; inaptitude à l'emploi antérieur établie par le médecin du travail ; aide humaine cognitive

Piétonne de 52 ans, comptable : fracture du bassin, arthrose post-traumatique du genou, lombalgies, syndrome anxio-dépressif, boiterie

Aucun sapiteur psychiatre ; lombalgies fondues dans l'orthopédie ; incidence professionnelle « modérée »

Atteinte psychique évaluée par un sapiteur ; doléances reclassées par fonction ; reclassement avec perte de revenus ; aide humaine pour l'organisation du quotidien

Cycliste de 29 ans, développeur, renversé par un conducteur en fuite : fracture de la clavicule, atteinte du plexus brachial, troubles cognitifs, stress post-traumatique

Évaluation du fonds de garantie par capacité restante, maintenue malgré l'avis du médecin-conseil de victime

Expertise judiciaire : le cumul déficit du membre supérieur et troubles attentionnels ferme le métier, ce qu'aucune séquelle isolée ne faisait

 

Dans les trois cas, l'écart ne vient pas d'une négociation plus dure : il vient de postes rediscutés un par un, sur la base d'une expertise qui a enfin regardé l'ensemble. Lorsque l'auteur est inconnu, comme dans le troisième cas, la discussion se mène face au fonds de garantie : voir les recours en cas de refus ou de sous-évaluation du FGAO.

Polytraumatisé vs polyhandicapé : deux problèmes, deux approches

La confusion entre ces deux termes est fréquente. Le polytraumatisme désigne la nature des lésions initiales (multiples, hétérogènes). Le polyhandicap désigne l'état final de dépendance sévère (cumul d'atteintes motrices, sensorielles, intellectuelles, comportementales entraînant une perte totale d'autonomie).

Tous les polytraumatisés ne deviennent pas polyhandicapés — mais tous les polyhandicapés accidentels ont été polytraumatisés. Et surtout, un polytraumatisé mal évalué devient un polyhandicapé sous-indemnisé : le cercle est direct.

Pour les victimes dont le polytraumatisme a abouti à un état de dépendance lourde (aide 24/7, aménagement du logement, matériel médical à vie), consultez notre page dédiée : indemnisation du polyhandicap après accident.

Pourquoi l'avocat est indispensable dans un dossier polytraumatisé

Le dossier polytraumatisé est celui où la méthode d'évaluation pèse le plus lourd sur le résultat, parce que rien n'y est acquis d'avance : ni le périmètre des sapiteurs, ni la façon de combiner les taux, ni la lecture du retentissement professionnel. Six points se jouent concrètement.

Demander les bons sapiteurs. L'avocat identifie, dès la lecture du dossier médical, les spécialités qui doivent être représentées à l'expertise. Un dossier avec TC + lésions orthopédiques nécessite au minimum un sapiteur neuropsychologue — et si un syndrome anxio-dépressif est documenté, un sapiteur psychiatre.

Contester Balthazard. L'avocat oppose à l'expert le préambule même du barème des accidents du travail, qui exclut sa transposition au droit commun, et exige une évaluation globale fonctionnelle. C'est un contentieux technique, mais c'est là que se joue l'essentiel du montant.

Structurer le cahier de doléances par fonction. L'avocat organise le dossier de façon à forcer l'évaluation transversale : les attestations de proches sont rédigées par fonction (et non par lésion), le journal de bord documente les interactions entre séquelles.

Coordonner le médecin-conseil de victime. Le médecin-conseil n'est pas un simple accompagnant : dans un dossier polytraumatisé, il doit préparer un rapport contradictoire global qui expose la synergie lésionnelle et conteste chaque sous-évaluation, poste par poste. Pour bien préparer cette épreuve : l'attitude de la victime face à l'expert médical.

Documenter l'effet de seuil professionnel. L'avocat fait verser au dossier l'avis du médecin du travail, le bilan de compétences, les tentatives de reclassement, pour démontrer que le cumul — pas chaque séquelle isolément — a rendu l'emploi impossible.

Arbitrer entre amiable et judiciaire. Dans les dossiers polytraumatisés à fort enjeu, l'action judiciaire avec expertise collégiale ouvre souvent des perspectives que la voie amiable ferme — précisément parce que le juge n'est pas tenu par Balthazard et peut retenir une évaluation globale. L'avocat évalue le rapport coût/bénéfice de chaque voie.

Pour mesurer concrètement la différence chiffrée : avocat ou pas avocat après un accident corporel ? Et si votre dossier vous semble compromis par une expertise déjà rendue : 6 dossiers qu'on croit perdus d'avance.

Le cabinet aux côtés des victimes polytraumatisées

Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate diplômée en droit du dommage corporel (Diplôme Universitaire de réparation juridique du dommage corporel, Université de Poitiers, 2015), inscrite aux barreaux de Lille et de Paris, intervient auprès des victimes polytraumatisées : demande de sapiteurs, discussion de la méthode d'évaluation du DFP, expertise collégiale, capitalisation des postes professionnels. Le cabinet travaille avec des médecins-conseils de victimes rompus à l'évaluation globale fonctionnelle.

Le cabinet reçoit à Lille et à Paris et suit des victimes dans toute la France ; dans les dossiers polytraumatisés, la première étape consiste presque toujours à reprendre la liste des sapiteurs demandés et la méthode de combinaison des taux retenue.

📞 06 84 28 25 95 — disponible également pour une demande de rappel ou contact en ligne.

En savoir plus sur Maître Joëlle Marteau-Péretié →

Questions fréquentes sur l'expertise du polytraumatisé

Un DFP de 25 % pour un polytraumatisé, c'est normal ?

Cela dépend entièrement des séquelles et de la méthode d'évaluation. Si le taux a été calculé par application mécanique de Balthazard sur des taux partiels, il peut être significativement sous-évalué. L'évaluation globale fonctionnelle, seule méthode conforme à la logique du droit commun, aboutit souvent à un taux sensiblement plus élevé, sans qu'aucun écart type puisse être annoncé à l'avance : tout dépend du degré d'interaction entre les séquelles. Faites vérifier le rapport par un médecin-conseil de victime indépendant.

L'expert peut-il refuser de solliciter un sapiteur ?

Oui, l'expert judiciaire a le pouvoir discrétionnaire de décider s'il a besoin d'un avis spécialisé. Mais l'avocat peut formuler un dire demandant expressément la désignation d'un sapiteur sur un point précis (neuropsychologie, psychiatrie, ergothérapie). Si l'expert refuse et que le rapport est manifestement lacunaire sur cette discipline, c'est un motif de contestation ou de demande de complément d'expertise.

La règle de Balthazard s'applique-t-elle aussi en accident du travail ?

Oui : c'est le barème annexé à l'article R. 434-32 du Code de la sécurité sociale qui prescrit la méthode pour fixer une rente AT — même si ce barème précise lui-même n'avoir « qu'un caractère indicatif ». C'est en tout cas la seule matière où le texte l'organise. En droit commun (accident de la route, accident de la vie, agression), elle est simplement indicative et l'expert peut retenir une évaluation globale différente.

Peut-on contester un rapport d'expertise déjà déposé ?

Oui. Deux voies : le dire à expert avant le dépôt du rapport définitif (si l'expertise est encore en cours), ou la demande de contre-expertise ou de complément d'expertise après le dépôt. L'avocat peut aussi demander une nouvelle expertise au juge s'il démontre que la première est manifestement incomplète (absence de sapiteur sur une discipline essentielle, application injustifiée de Balthazard, postes non évalués).

Quelle est la différence entre polytraumatisé et polyhandicapé ?

Le polytraumatisme décrit les lésions initiales (multiples blessures lors de l'accident). Le polyhandicap décrit l'état final de dépendance (cumul d'atteintes motrices, sensorielles et intellectuelles entraînant une perte totale d'autonomie). Un polytraumatisé peut récupérer partiellement ou totalement ; un polyhandicapé est dans un état stabilisé de dépendance lourde. Mais la qualité de l'évaluation du polytraumatisme conditionne directement la qualité de l'indemnisation du polyhandicap. Sur ce que chaque famille de séquelles — motrice, sensorielle, cognitive, psychique — fait naître comme postes, voyez la réparation du handicap, famille par famille.

Mon expert a additionné les taux sans appliquer Balthazard. L'assureur peut-il contester ?

Oui, l'assureur peut contester le rapport — mais sa contestation sera juridiquement faible. En droit commun, l'expert est libre de sa méthode, et l'addition simple ou l'évaluation globale fonctionnelle sont parfaitement admises par la jurisprudence. L'assureur devra démontrer que le DFP retenu est manifestement excessif, ce qui est une charge de preuve lourde. Le médecin-conseil de victime appuiera le rapport en argumentant sur la synergie lésionnelle.


Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes

  1. Vérifier — Vérifier une offre, poste par poste. Taux combinés compris.
  2. Préparer — Bien préparer son expertise médicale. Sapiteurs et doléances par fonction.
  3. Agir — Financer son avocat sans avancer d'argent. Protection juridique et aide juridictionnelle.

Sources sur l'évaluation des séquelles multiples

Textes fondamentaux

  • Nomenclature Dintilhac (2005) — postes de préjudice corporel indemnisables
  • Code de la sécurité sociale, art. R. 434-32, annexe 1 — méthode de la capacité restante en matière d'AT ; barème de caractère indicatif, expressément non transposable au droit commun
  • Barèmes médico-légaux d'évaluation du déficit fonctionnel — instruments purement indicatifs, dont aucun ne s'impose au juge ni à l'expert en droit commun

Doctrine et référentiels

  • Mornet B., Indemnisation des préjudices en cas de blessures ou décès, étude de la Cour de cassation, édition de septembre 2025 — référentiel indicatif des cours d'appel
  • ANADOC — Antenne nationale de documentation sur le dommage corporel, créée en 2019 par l'ANADAVI et l'ANAMEVA : documentation de l'expertise du dommage corporel du point de vue des victimes
  • ANAMEVA — Association nationale des médecins-conseils de victimes d'accident avec dommage corporel : bonnes pratiques de l'expertise contradictoire

Jurisprudence

  • Jurisprudence constante Cour de cassation : le juge apprécie souverainement le taux de DFP, n'est pas lié par les barèmes ni par la méthode de calcul de l'expert
  • Code de procédure civile, article 246 : le juge n'est pas lié par les constatations ni par les conclusions du technicien
  • Code de procédure civile, article 276 : l'expert doit prendre en considération les observations et réclamations des parties, et indiquer dans son avis la suite qu'il leur a donnée

Cette page est rédigée par Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate en droit du dommage corporel, Barreaux de Lille et Paris. Pour une analyse de votre dossier : 06 84 28 25 95 ou via la page de contact du cabinet.