La réponse courte : non, vous n'y êtes pas obligé. Mais la réalité juridique est plus nuancée, et les conséquences d'une formulation maladroite peuvent être lourdes — parfois plusieurs dizaines de milliers d'euros en moins sur votre indemnisation finale.
Cet article n'aborde pas les premières déclarations à faire juste après l'accident (pour cela, lisez notre guide sur ce qu'il faut dire aux assurances dans les premières heures). Il traite d'une situation différente et bien plus fréquente : ce qu'il faut faire et ne pas faire quand votre état de santé évolue en cours d'indemnisation.
Ce que la loi dit réellement : aucune obligation de signalement spontané
La première chose à comprendre est d'ordre juridique : vous n'avez aucune obligation légale d'informer spontanément votre assureur que votre état s'améliore.
La relation entre une victime et l'assureur adverse n'est pas une relation de confraternité médicale. Vous n'êtes pas tenu de lui livrer en temps réel l'évolution de votre santé, comme vous le feriez avec votre médecin traitant.
Ce qui est obligatoire en revanche :
- Déclarer une aggravation de votre état, car elle peut modifier vos droits et ouvrir droit à réparation complémentaire (voir notre article sur la réouverture d'un dossier pour aggravation)
- Ne pas mentir lors d'une expertise médicale ordonnée par le tribunal ou réalisée contradictoirement
- Rester sincère dans vos échanges écrits officiels
Ce qui n'est pas obligatoire :
- Appeler votre assureur pour lui dire "ça va mieux"
- Mentionner spontanément une période de rémission dans vos courriers
- Informer l'expert mandaté par l'assureur de chaque bonne journée que vous avez eue
Cette distinction est fondamentale. Elle change tout à la façon dont vous devez communiquer avec les interlocuteurs assurance tout au long de votre procédure.
Pourquoi "je vais mieux" peut coûter très cher
Le piège de la consolidation prématurée
La date de consolidation est le moment où votre état de santé est considéré comme stabilisé — ni en amélioration, ni en aggravation notable. C'est à cette date que se cristallisent les préjudices permanents (le DFP — déficit fonctionnel permanent) et que la grande majorité des postes d'indemnisation sont calculés.
Déclarer trop tôt que vous allez mieux peut conduire l'assureur à proposer une consolidation prématurée.
Conséquences concrètes :
-
Un DFP sous-évalué, calculé avant que toutes les séquelles soient visibles
-
Des pertes de gains professionnels futurs mal estimées
-
Des besoins en assistance tierce personne sous-calculés
-
Une indemnisation définitive figée alors que des séquelles pourraient encore évoluer
Le cas de M. T., 38 ans, technicien : victime d'un accident de la route en juin, il a mentionné à son assureur lors d'un entretien téléphonique de routine en octobre "qu'il se sentait beaucoup mieux". L'assureur a saisi ce point pour proposer une expertise médicale anticipée et une consolidation rapide. Résultat : son DFP a été fixé à 8 % alors qu'un bilan neuropsychologique réalisé six mois plus tard a révélé des troubles cognitifs résiduels justifiant 18 %. L'écart représentait plus de 40 000 € d'indemnisation.
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La réduction du déficit fonctionnel temporaire
Avant la consolidation, votre indemnisation couvre notamment le DFT — déficit fonctionnel temporaire, qui correspond à la gêne dans les activités quotidiennes pendant la période de soin. Ce poste est calculé en fonction du niveau de gêne (total ou partiel) et de sa durée.
Si vous déclarez vous sentir mieux à une période donnée, l'assureur peut en déduire que votre DFT était partiel pour cette période, voire que vous ne subissiez plus de gêne. Une déclaration informelle — même orale — peut suffire à l'assureur pour argumenter devant l'expert.
L'arme de l'expertise médicale
L'assureur mandate régulièrement un médecin pour vous examiner ou pour réviser votre dossier. Ce médecin — rémunéré par l'assureur — n'est pas votre allié (lisez notre article sur le conflit d'intérêts du médecin expert de l'assurance).
Si vous avez, même en passant, dit ou écrit que "ça allait mieux", ce médecin le notera dans son rapport. Et ce rapport sera utilisé comme pièce dans votre procédure d'indemnisation.
Les situations concrètes qui piègent les victimes
"Je me sens un peu mieux en ce moment" — la formule piège
Nous sommes tous conditionnés à la politesse. Quand votre conseiller assurance vous appelle et vous demande "comment vous sentez-vous ?", le réflexe est de répondre poliment.
Ce type d'appel n'est pas anodin. Les assureurs savent que les victimes parlent plus librement au téléphone qu'à l'écrit. Ces conversations peuvent être enregistrées ou consignées dans votre dossier.
La règle : vous n'avez pas à répondre à des questions médicales lors d'appels téléphoniques de l'assurance. La formule correcte est :
"Mon état de santé est suivi par mon médecin et mon avocat vous communiquera les informations médicales nécessaires au moment opportun."
Reprendre le travail avant consolidation
Reprendre le travail — même à temps partiel, même thérapeutiquement — est souvent interprété par les assureurs comme la preuve que vous "allez mieux". Ils s'en servent pour contester vos pertes de gains professionnels actuels (PGPA) ou pour plaider une consolidation anticipée.
Ce qu'il faut faire :
- Informer votre avocat avant toute reprise, même partielle
- Conserver tous les documents attestant que cette reprise est médicalement encadrée (mi-temps thérapeutique prescrit)
- Ne jamais présenter la reprise du travail comme un signe de guérison — c'est une démarche progressive, souvent imposée financièrement, qui ne reflète pas l'état réel des séquelles
Reprendre le sport ou les activités physiques
Vous avez repris la marche, la natation, le vélo ? Votre médecin vous y a encouragé dans un but thérapeutique ? Attention : les assureurs surveillent les réseaux sociaux et votre vie publique (voir notre article sur la surveillance des victimes par les assureurs).
Une photo publiée en ligne, une mention sur Facebook, une story Instagram montrant que vous marchez sur la plage — tout cela peut être utilisé pour contester la réalité de votre douleur ou de votre gêne fonctionnelle.
Cela ne signifie pas que vous devez vous murer chez vous. Cela signifie que vous devez être conscient des conséquences et en informer votre avocat au préalable.
Espacer les soins ou les abandonner
Certaines victimes, se sentant mieux, espacent ou arrêtent leurs séances de kiné, de psychologue, de médecin spécialiste. Cette décision — parfaitement compréhensible humainement — comporte deux risques :
-
Risque médical : une amélioration en cours de traitement ne signifie pas que les séquelles ont disparu. L'arrêt prématuré des soins peut provoquer des rechutes ou figer des séquelles qui auraient pu être améliorées.
-
Risque juridique : l'assureur peut arguer que si vous avez arrêté les soins, c'est que vous étiez guéri — et que les frais futurs ne sont donc pas justifiés.
Le principe de non-mitigation — votre droit de ne pas avoir à réduire votre préjudice dans l'intérêt de l'assureur — vous protège en partie ici (voir notre article sur le refus de soins et l'indemnisation). Mais la prudence reste de mise.
Ce que vous devez dire lors de l'expertise médicale
L'expertise médicale est un espace différent. Là, vous avez l'obligation de sincérité. Un médecin expert pose des questions précises sur votre état de santé, et vous devez répondre honnêtement.
Mais sincérité ne veut pas dire désinvolture. Voici comment aborder l'expertise avec précision :
|
Ce qu'on dit souvent |
Ce qu'on devrait dire |
|---|---|
|
"Je vais beaucoup mieux qu'avant" |
"J'observe une amélioration partielle, mais je continue à souffrir de [symptôme précis] lors de [activité précise]" |
|
"Ça fait moins mal en ce moment" |
"Ma douleur varie selon les jours et les efforts fournis. Ce matin, elle était à 4/10." |
|
"Je recommence à faire des choses" |
"Je peux reprendre certaines activités de façon limitée et avec douleur. Je ne peux toujours pas faire [activité spécifique]." |
|
"Je me sens mieux que le mois dernier" |
"Mon état est fluctuant. J'ai eu de meilleures périodes, mais aussi des épisodes de recrudescence." |
L'objectif n'est pas de mentir, mais de décrire votre réalité avec précision. Une amélioration relative n'est pas une guérison. Une bonne semaine n'efface pas une séquelle permanente.
Être assisté par un médecin-conseil indépendant lors de l'expertise est fortement recommandé. Il vous aide à formuler les choses correctement et veille à ce que l'expert ne minimise pas vos séquelles.
Le cas particulier des améliorations temporaires
Certaines pathologies post-traumatiques sont caractérisées par des fluctuations : des périodes de mieux-être suivies de rechutes. C'est typiquement le cas de :
- L'algodystrophie (syndrome douloureux régional complexe), dont l'évolution est sinusoïdale
- Le stress post-traumatique (ESPT), qui peut connaître des accalmies trompeuses
- Les douleurs chroniques post-traumatiques, sensibles aux facteurs météo, émotionnels, physiques
- Les troubles cognitifs liés à un traumatisme crânien, qui se manifestent différemment selon les jours
Dans ces situations, dire "je vais mieux" au moment d'une accalmie peut aboutir à une consolidation ou une évaluation du DFP réalisée en période favorable — et donc sous-évaluée par rapport à la réalité globale du handicap.
Le saviez-vous ? La jurisprudence reconnaît que l'état de santé d'une victime doit être apprécié globalement, sur une période suffisamment longue, et non sur un instantané. Un avocat peut faire valoir devant l'expert ou le tribunal que l'évaluation a été faite à un moment non représentatif de l'état habituel de la victime.
Ce qu'il faut faire à la place : le protocole de communication
Voici comment gérer la communication avec votre assureur sur l'évolution de votre état de santé :
1. Tout passer par écrit, rien à l'oral Refusez les entretiens téléphoniques informels sur votre état de santé. Demandez à ce que toute communication médicale transite par courrier ou par votre avocat.
2. Tenir un journal de symptômes Notez chaque jour vos douleurs, leur intensité (sur 10), les activités que vous ne pouvez pas faire, les médicaments pris. Ce journal sera une pièce précieuse à l'expertise. Il documente la réalité quotidienne de votre souffrance, y compris les jours difficiles que l'assureur ne verra jamais autrement.
3. Signaler toute aggravation, taire les améliorations temporaires L'aggravation de votre état peut vous ouvrir des droits supplémentaires et doit être signalée rapidement (voir notre article sur la réouverture pour aggravation). Une amélioration temporaire, elle, n'a aucun impact positif pour vous — et un impact potentiellement négatif.
4. Consulter votre avocat avant toute initiative Avant de reprendre le travail, de déclarer une amélioration, de répondre à un questionnaire ou d'accepter une nouvelle expertise — parlez-en d'abord à votre avocat.
5. Ne pas signer de déclaration de consolidation avant avis médical indépendant L'assureur peut vous proposer de signer un document actant votre consolidation. Ne signez jamais sans l'avis de votre médecin-conseil indépendant et de votre avocat. La consolidation est un acte juridique aux conséquences définitives.
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FAQ — vos questions, mes réponses
Mon assureur me demande si je me sens mieux lors d'un appel. Que répondre ?
Vous n'êtes pas obligé de répondre à cette question. Dites simplement : "Je suis suivi médicalement et toutes les informations sur mon état de santé seront transmises par mon avocat dans le cadre de la procédure." Raccrochez poliment si l'assureur insiste.
J'ai dit à mon assureur que j'allais mieux il y a un mois. Est-ce que c'est trop tard ?
Non. Une déclaration orale informelle n'est pas un acte juridique. Votre avocat peut remettre les choses en contexte par courrier, en expliquant que cette déclaration reflétait une amélioration temporaire et partielle, et en produisant des pièces médicales attestant de la réalité de vos séquelles actuelles. Plus vite vous agissez, mieux c'est.
Est-ce que je mens si je ne dis pas spontanément à l'assureur que mon état s'améliore ?
Non. Vous n'avez aucune obligation de signalement spontané d'une amélioration de votre état de santé. Vous n'êtes pas en relation contractuelle de totale transparence avec l'assureur adverse. Taire une information à laquelle vous n'êtes pas tenu de répondre n'est pas un mensonge.
Ma mutuelle me demande régulièrement des nouvelles de mon état. Est-ce la même règle ?
Les relations avec votre propre mutuelle ou prévoyance sont différentes : votre contrat peut prévoir des obligations d'information. Relisez vos conditions générales et posez la question à votre avocat. En cas de doute, restez factuel et précis plutôt que de donner des appréciations générales comme "je vais mieux".
L'assureur peut-il exiger une nouvelle expertise si je reprends le travail ?
Oui. La reprise du travail peut motiver l'assureur à demander une nouvelle expertise médicale pour réévaluer votre état. C'est une raison supplémentaire d'anticiper ce moment avec votre avocat avant que vous ne repreniez, afin de vous y préparer et de disposer de l'accompagnement médical adéquat.
Conclusion : aller mieux ne signifie pas ne plus avoir de droits
Se sentir mieux après un accident est une excellente nouvelle sur le plan humain. Mais dans le cadre d'une procédure d'indemnisation, cette amélioration doit être gérée avec prudence — non par mauvaise foi, mais parce que les assureurs sont formés pour utiliser chaque déclaration en leur faveur.
Aller mieux ne signifie pas être guéri. Cela ne signifie pas que vos séquelles ont disparu, que vos pertes professionnelles sont annulées, ou que votre DFP est nul. C'est sur cette distinction fondamentale que repose la juste indemnisation de vos préjudices.
Avant de communiquer quoi que ce soit à votre assureur sur l'évolution de votre état, prenez conseil. Une consultation avec Me Joëlle Marteau-Péretié peut vous éviter une erreur aux conséquences durables.
Appelez-nous au 06 84 28 25 95 — du lundi au vendredi, 9h à 19h30. Première consultation gratuite et sans engagement.
Article rédigé par Me Joëlle Marteau-Péretié, avocate spécialisée en droit du dommage corporel, cabinets de Lille et Paris.
Bibliographie juridique
- Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 dite loi Badinter, art. 1 à 6
- Nomenclature Dintilhac, rapport du groupe de travail chargé d'élaborer une nomenclature des préjudices corporels, juillet 2005
- Cass. 2e civ., 19 mai 2016, n° 15-17.057 : appréciation globale de l'état de santé de la victime
- Cass. 2e civ., 11 septembre 2014, n° 13-24.432 : principe de réparation intégrale et date de consolidation
- Articles L. 211-9 et L. 211-13 du Code des assurances (délais d'offre d'indemnisation)


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