📌 En bref

L'exploitant d'un manège doit vous ramener sain et sauf : c'est une obligation de sécurité, de résultat lorsque vous êtes passif (grand huit, nacelle, toboggan pendant la descente, auto-tamponneuses), de moyens lorsque vous maîtrisez vos gestes (accrobranche, structure gonflable). Si c'est le matériel qui a cédé, le fabricant du manège ou de la pièce en cause répond aussi, au titre des produits défectueux. Le 18 février 2026, la Cour de cassation l'a illustré avec un élastique rompu sur une nacelle propulsée à près de 40 mètres : l'exploitant, qui avait indemnisé intégralement la passagère, peut se faire rembourser la totalité par le fabricant. Pour vous, la leçon est pratique : visez les deux, et surveillez des délais qui ne sont pas les mêmes — dix ans après la consolidation contre l'exploitant, trois ans contre le fabricant. Une décharge signée à l'entrée est sans effet. Voir qui saisir selon votre situation.


Article mis à jour le 3 octobre 2026

Un cadre juridique protecteur pour les victimes d’accidents de manèges

La loi du 13 février 2008 : un socle réglementaire spécifique

La loi n° 2008-136 du 13 février 2008 relative à la sécurité des manèges, machines et installations pour fêtes foraines ou parcs d’attractions a posé un cadre juridique spécifique. Complétée par le décret n° 2008-1458 du 30 décembre 2008, elle impose que tout manège soit conçu, construit, installé, exploité et entretenu de façon à présenter, dans des conditions normales d’utilisation ou dans d’autres conditions raisonnablement prévisibles, une sécurité pour les personnes.

Les exploitants doivent soumettre leurs équipements à un contrôle technique initial et périodique réalisé par des organismes agréés par l’État. Ils sont également tenus d’afficher publiquement le nom de l’organisme de contrôle et la date de la dernière visite. Cette transparence constitue un élément de preuve précieux en cas d’accident.

💡 Bon à savoir — La norme européenne EN 13814 définit les exigences de conception, fabrication, maintenance et exploitation des matériels d’attraction. Un manège non conforme à cette norme constitue un argument supplémentaire pour engager la responsabilité de l’exploitant ou du constructeur.

L’obligation de sécurité contractuelle : résultat ou moyens ?

Lorsque vous achetez un billet d’entrée ou un ticket de manège, un contrat se forme entre vous et l’exploitant. La jurisprudence constante de la Cour de cassation reconnaît qu’une obligation de sécurité est une suite naturelle de ce contrat, au sens de l’article 1194 du Code civil.

L’intensité de cette obligation dépend du rôle joué par l’usager au moment de l’accident. C’est là toute la subtilité — et tout l’enjeu — de ces dossiers :

Critère

Obligation de résultat

Obligation de moyens

Rôle de l’usager

Passif — assis, sans contrôle sur la trajectoire ni les mouvements

Actif — maîtrise sa trajectoire, ses gestes, sa progression

Exemples d’attractions

Grand huit, manège à sensations, toboggan aquatique, auto-tamponneuse (une fois lancée)

Parcours d’accrobranche, structure gonflable, parcours d’obstacles

Charge de la preuve

L’exploitant doit prouver la force majeure ou une cause étrangère pour s’exonérer

La victime doit prouver une faute de l’exploitant (défaut de surveillance, équipement défaillant…)

Conséquence concrète

Le seul fait du dommage prouve la défaillance de l’exploitant

La victime peut perdre si elle ne rapporte pas la preuve d’une faute

 

💡 Bon à savoir — La Cour de cassation a jugé que l’obligation de l’exploitant d’un toboggan aquatique est de résultat, en raison de l’impossibilité pour l’utilisateur de maîtriser sa trajectoire durant la descente (Cass. 1ère civ., 3 février 2011). C’est une décision majeure, directement transposable à de nombreux manèges forains — et qui vaut aussi pour les toboggans de piscine (voir accident en piscine). La solution n'est pas nouvelle pour les auto-tamponneuses : dès 1975, la Cour de cassation jugeait l'exploitant tenu d'une obligation de résultat pendant le jeu (Cass. 1re civ., 17 juin 1975, n° 74-13.499).

Parc d’attractions permanent et fête foraine itinérante : mêmes droits, risques différents

Sur le plan juridique, les principes de responsabilité civile s’appliquent de manière identique, que l’accident survienne dans un grand parc à thème ou dans une fête foraine de village. L’exploitant est toujours tenu de la même obligation de sécurité.

Cependant, les risques pratiques diffèrent sensiblement. Les matériels forains itinérants sont démontés et remontés à chaque déplacement, ce qui les expose à une usure accélérée. Un tiers du parc de manèges français a plus de quarante ans. Ces facteurs de vétusté renforcent la nécessité d’un suivi rigoureux du contrôle technique — et, en cas de défaillance, la démonstration de la faute est souvent plus aisée.

Note spéciale : À la différence d'un parc ou d'une fête foraine — où c'est l'exploitant d'une installation permanente qui répond des dommages —, un accident survenu lors d'un événement ponctuel relève de la responsabilité de celui qui l'a organisé. Ce cas de figure fait l'objet de notre article dédié : accident lors d'un événement sportif ou culturel.

La responsabilité du constructeur ou du fabricant

Lorsque l’accident résulte d’un défaut de conception ou de fabrication du manège lui-même, c’est le régime de la responsabilité du fait des produits défectueux qui peut être invoqué (articles 1245 à 1245-17 du Code civil). Ce fondement permet d’engager la responsabilité du fabricant du manège, même s’il est étranger.

Trois points le rendent précieux pour la victime. Le producteur n'est pas seulement le constructeur de l'attraction : c'est aussi le fabricant d'une partie composante — un élastique, un harnais, un arceau, un système de freinage (article 1245-5). Il répond de son produit qu'il soit ou non lié par un contrat avec vous (article 1245). Et le défaut s'apprécie au regard de la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre (article 1245-3) : vous devez prouver le dommage, le défaut et le lien entre les deux (article 1245-8), pas une faute.

Ce régime a toutefois ses propres délais, plus courts que le droit commun : l'action se prescrit par trois ans à compter du jour où vous avez connu, ou auriez dû connaître, le dommage, le défaut et l'identité du producteur (article 1245-16), et la responsabilité du producteur s'éteint dix ans après la mise en circulation du produit, sauf action engagée entre-temps (article 1245-15). Sur un parc de manèges dont une bonne part a plus de quarante ans, ce second délai ferme souvent la porte du fabricant de l'attraction elle-même — pas forcément celle du fabricant d'une pièce récemment remplacée. L'obligation de sécurité de l'exploitant reste, elle, votre premier levier.

L'arrêt du 18 février 2026 : l'élastique qui a cédé

En août 2015, la cliente d'un manège forain prend place dans une nacelle propulsée à près de 40 mètres de hauteur. L'élastique qui la retient se rompt et elle est grièvement blessée. L'exploitant est condamné, par une décision devenue définitive, à l'indemniser intégralement au titre de son obligation de sécurité de résultat. Lui et son assureur se retournent ensuite contre le fabricant de l'élastique. La cour d'appel de Bourges retient bien le défaut, mais partage la charge finale par moitié entre l'exploitant et le fabricant.

La Cour de cassation casse sur ce partage (Cass. 1re civ., 18 février 2026, n° 24-19.881, publié au Bulletin). Elle confirme d'abord que l'élastique était défectueux : on attend légitimement d'un élastique qui retient une nacelle propulsée à grande hauteur qu'il ne se rompe pas en fonctionnement, et son exposition à la chaleur, pour un manège de plein air utilisé l'été, n'est pas une utilisation anormale. Elle juge ensuite que le professionnel qui a utilisé sans faute un produit défectueux, et qui a dû indemniser la victime au titre d'une obligation de sécurité de résultat, peut obtenir du producteur le remboursement de la totalité des sommes versées.

L'arrêt tranche d'abord une question entre professionnels, mais il éclaire votre position sur quatre points :

  • L'exploitant ne peut pas se réfugier derrière le fabricant. Il vous doit réparation intégrale, puis se retourne contre le producteur : la défaillance d'une pièce n'est pas une excuse à votre égard.
  • Les conditions normales d'exploitation n'excusent pas le produit. La chaleur de l'été, l'usure d'une saison, le montage et démontage d'un matériel itinérant font partie de ce qu'un produit doit supporter.
  • Le fabricant est un second débiteur. Si l'exploitant est insolvable ou mal assuré, l'action directe contre le producteur, souvent mieux assuré, peut sauver le dossier — à condition de respecter ses délais.
  • La pièce qui a cédé est la preuve. Demandez rapidement une expertise judiciaire en référé (article 145 du Code de procédure civile), avant que l'élément défectueux ne soit remplacé ou détruit.

Lorsque le matériel est en cause, les responsables possibles se répartissent ainsi :

Responsable

Fondement

Ce que vous devez prouver

Délai pour agir

L'exploitant d'un manège où vous étiez passif

Obligation de sécurité de résultat (art. 1231-1 C. civ.)

Le dommage survenu pendant le jeu

Dix ans à compter de la consolidation (art. 2226 C. civ.)

L'exploitant d'une activité où vous étiez actif

Obligation de sécurité de moyens

Une faute : entretien, consignes, surveillance

Dix ans à compter de la consolidation (art. 2226 C. civ.)

Le fabricant du manège ou d'une pièce

Produits défectueux (art. 1245 et s. C. civ.)

Le dommage, le défaut et le lien de causalité

Trois ans à compter de la connaissance du dommage, du défaut et du producteur ; responsabilité éteinte dix ans après la mise en circulation

 

Le rôle du maire en matière de sécurité

En tant qu’autorité de police, le maire dispose d’un pouvoir de surveillance et peut suspendre le fonctionnement d’une attraction si l’exploitant ne produit pas la preuve d’un contrôle technique valide. En cas de carence manifeste, la responsabilité de la commune peut également être recherchée.


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infographie accident fête foraine, parc d'attraction

Les blessures les plus fréquentes dans les parcs d’attractions et fêtes foraines

La nature des blessures varie selon le type d’attraction. Les victimes subissent fréquemment des traumatismes crâniens, des fractures des membres, des lésions cervicales (coup du lapin), des brûlures par friction et des traumatismes psychologiques — en particulier chez les enfants. Les séquelles d’un traumatisme crânien chez l’enfant peuvent être durablement invalidantes. Une chute ou une éjection d'une attraction à grande hauteur produit souvent des lésions multiples, dont l'évaluation suit les règles propres au polytraumatisé. Pour les trampolines et structures en salle, voyez notre page sur les accidents en trampoline park et escape game.

Type d’attraction

Blessures fréquentes

Postes de préjudice principaux

Manège à sensations fortes (grand huit, catapulte)

TC, fractures, cervicalgies, stress post-traumatique

DFP, souffrances endurées, PGPF, déficit fonctionnel temporaire

Toboggan aquatique

Fractures vertébrales, entorses cervicales, noyade

DFP, assistance tierce personne, préjudice d’agrément

Manège pour enfants (carroussels, mini-chenilles)

Chute, coincement de doigts, éjection, trauma psychologique

Souffrances endurées, préjudice scolaire, préjudice d’angoisse des proches

Auto-tamponneuses

Coup du lapin, entorse cervicale, contusions

DFT, souffrances endurées

Structure gonflable, parcours d’obstacles

Fractures (poignet, cheville), entorses, TC léger

DFT, souffrances endurées, frais médicaux

 

💡 Bon à savoir — Chez l’enfant, la consolidation des blessures intervient souvent des années après l’accident, parfois seulement en fin de croissance. C’est un élément décisif pour évaluer l’indemnisation des enfants victimes d’accident.

Les réflexes à avoir immédiatement après l’accident

Les premières heures sont décisives pour préserver vos droits. Voici ce qu’il faut faire, dans l’ordre.

1. Faire constater vos blessures sans attendre

Consultez un médecin dans les heures qui suivent l’accident, même si vos blessures paraissent bénignes. Le certificat médical initial (CMI) constitue la pièce maîtresse de votre dossier. Si les pompiers sont intervenus, leur rapport sera également précieux. Pour comprendre comment réunir toutes les pièces utiles : récupérer son dossier médical après un accident.

2. Rassembler les preuves sur place

Photographiez le manège, l’attraction, l’environnement immédiat et vos blessures. Relevez les coordonnées des témoins. Conservez impérativement votre ticket d’entrée ou le reçu de paiement : c’est la preuve du contrat. Demandez à vos proches de rédiger des attestations décrivant les circonstances et les conséquences visibles de l’accident.

3. Signaler l’accident à l’exploitant

Exigez une déclaration écrite de l’accident auprès de l’exploitant. Même un simple courrier recommandé envoyé dans les jours suivants vaut mieux que rien. Ne signez aucun document de décharge ni aucune reconnaissance de responsabilité en votre défaveur. Ce type de document, signé sous le choc, n’a de toute façon qu’une valeur juridique très limitée face à un tribunal.

💡 Bon à savoir — Vérifiez l’affichage du contrôle technique du manège (nom de l’organisme, date du dernier contrôle). Photographiez-le : un contrôle expiré ou absent renforce considérablement la position de la victime.

Qui indemnise ? Les voies de recours selon votre situation

Le chemin vers l’indemnisation dépend des circonstances de l’accident. Voici les principales voies possibles.

Situation

Qui saisir ?

Fondement juridique

Défaillance du manège, usager passif

Assurance RC de l’exploitant

Obligation de sécurité de résultat (art. 1231-1 C. civ.)

Accident sur parcours actif (accrobranche…)

Assurance RC de l’exploitant

Obligation de sécurité de moyens — preuve de la faute nécessaire

Défaut du manège ou d’une pièce (élastique, harnais, arceau, freinage)

Exploitant (qui se retourne ensuite contre le fabricant) + fabricant

Obligation de sécurité (art. 1231-1) + produits défectueux (art. 1245 et s. C. civ.) — Cass. 1re civ., 18 février 2026

Accident causé par un tiers (bousculade, rixe)

Auteur + CIVI si auteur insolvable

Responsabilité délictuelle (art. 1240 C. civ.)

Faute exclusive de la victime (non-respect des consignes)

Votre GAV (Garantie Accidents de la Vie)

Contrat d’assurance individuelle

 

Pour connaître toutes les aides et fonds d’indemnisation accessibles en fonction de votre situation : le guide complet de l’aide aux victimes d’accident.

💡 Bon à savoir — Même si l'exploitant invoque votre faute (non-respect d'une consigne, dépassement de la taille ou du poids limite), cela ne suffit pas nécessairement à l'exonérer. En présence d'une obligation de résultat, seule la force majeure ou la faute de la victime présentant les caractères de la force majeure peut l'exonérer totalement. Et l'argument s'est encore affaibli : depuis l'arrêt d'Assemblée plénière du 29 mai 2026 (n° 23-20.005), l'exploitant professionnel qui n'a pas délivré les consignes de sécurité nécessaires ne peut plus invoquer l'imprudence de la victime pour réduire son indemnisation — de quoi contester tout partage de responsabilité fondé sur votre prétendue imprudence. La défense de vos intérêts passe par un travail précis de qualification juridique qu'un avocat en dommage corporel saura mener.

Focus accrobranche et parcours acrobatique en hauteur (PAH) : les fautes qui engagent l'exploitant

Juridiquement, l'accrobranche relève du parcours acrobatique en hauteur (PAH) — le terme « accrobranche » est d'ailleurs une marque déposée, tandis que « PAH » désigne l'activité au sens réglementaire. Il s'agit d'un parcours actif : vous maîtrisez votre progression. L'exploitant n'est donc tenu qu'à une obligation de sécurité de moyens (jurisprudence constante), et c'est à vous d'établir sa faute. En pratique, cette faute est fréquente et souvent démontrable.

Le PAH est assimilé à un établissement d'activité physique et sportive au sens du Code du sport et régi par les normes NF EN 15567-1 (construction et sécurité) et NF EN 15567-2 (exploitation), complétées par l'instruction ministérielle du 12 septembre 2019 relative aux PAH et à la grimpe encadrée dans les arbres. Le non-respect de ce référentiel technique constitue un solide faisceau d'indices de la faute de l'exploitant.

Faute de l'exploitant Illustration concrète
EPI défectueux ou mal contrôlé Longe usée, mousqueton grippé, absence du contrôle quotidien imposé par la NF EN 15567-2
Ligne de vie non continue / manipulation à risque Décrochage total possible entre deux ateliers, alors que la ligne de vie continue est privilégiée
Briefing de sécurité insuffisant Consignes de mousquetonnage non expliquées ni vérifiées avant le départ
Arbre support défaillant Absence de diagnostic phytosanitaire annuel : une plateforme ou une branche porteuse qui cède


💡 La signature d'une décharge de responsabilité à l'entrée du parc ne vous prive jamais de vos droits en cas de faute de l'exploitant : une telle clause est réputée non écrite dès lors qu'un dommage corporel est en cause.

Méfiez-vous enfin de l'argument de l'acceptation des risques, régulièrement opposé mais aujourd'hui très encadré (voir notre article sur les accidents de sport extrême). Et si la victime est un enfant blessé lors d'une sortie encadrée, la responsabilité de l'organisateur s'apprécie plus sévèrement (voir accident en colonie ou centre aéré).

L’expertise médicale : l’étape qui détermine le montant de votre indemnisation

L’assurance de l’exploitant désignera un médecin-expert pour évaluer vos séquelles. Cette expertise conditionne directement le montant de l’offre d’indemnisation. Il est indispensable de s’y présenter assisté d’un médecin-conseil de victimes, indépendant de l’assureur, pour garantir une évaluation équitable de vos préjudices.

Adopter la bonne attitude face à l’expert médical n’est pas un détail : c’est ce qui distingue une expertise sous-évaluée d’une expertise fidèle à la réalité de vos souffrances. Préparez-vous méthodiquement, avec tous vos justificatifs et preuves.

Cas particulier des enfants victimes

Chez l’enfant, l’expertise médicale présente des spécificités majeures. La consolidation est souvent reportée en fin de croissance. Un traumatisme crânien subi à 4 ans dans un manège peut révéler ses conséquences cognitives des années plus tard, notamment à l’entrée au collège. L’indemnisation des enfants victimes obéit à des règles spécifiques que votre avocat doit maîtriser pour ne rien laisser passer.

Les erreurs qui coûtent cher aux victimes d’accidents en parc d’attractions

Accepter un arrangement amiable sur place

L’exploitant ou son assureur peut vous proposer un dédommagement rapide, souvent dérisoire au regard de vos préjudices réels. Accepter une enveloppe ou un geste commercial en échange d’un renoncement à poursuivre est la plus coûteuse des erreurs. Une première offre faite avant toute expertise ne peut pas mesurer des séquelles qui ne sont pas encore connues : ne signez rien avant la consolidation.

Laisser passer les délais de prescription

Contre l’exploitant, l’action en réparation d’un dommage corporel se prescrit par dix ans à compter de la consolidation (article 2226 du Code civil), que la responsabilité soit contractuelle ou non. Contre le fabricant, en revanche, le délai est de trois ans à compter de la connaissance du dommage, du défaut et du producteur, et sa responsabilité s’éteint dix ans après la mise en circulation du produit. Si l’exploitant est poursuivi au pénal pour blessures involontaires, vous pouvez aussi vous constituer partie civile : voyez que faire après un avis à victime. Dans tous les cas : tout savoir sur la prescription.

Ne pas contester l’expertise médicale

Si les conclusions de l’expertise vous semblent en deçà de vos séquelles réelles, vous avez le droit de demander une contre-expertise ou une expertise judiciaire. Trop de victimes acceptent passivement un rapport défavorable sans savoir qu’elles peuvent le contester.

Vous avez été blessé dans un parc d’attractions ou une fête foraine ? Ne restez pas seul face à l’exploitant et à son assurance. Maître Joëlle Marteau-Péretié analyse gratuitement votre situation et vous dit si une action est possible. Un seul numéro : 06 84 28 25 95.

Questions fréquentes

J’ai signé une décharge de responsabilité avant l’attraction. Ai-je perdu mes droits ?

Non. Les clauses limitatives ou élusives de responsabilité en matière de dommage corporel sont réputées non écrites en droit français. Que vous ayez signé un formulaire, coché une case ou accepté un règlement intérieur, cela ne prive jamais la victime de ses droits à indemnisation. Pour en savoir plus sur cette question : la décharge de responsabilité dans les loisirs.

 

Mon enfant a été blessé dans un manège forain. Quelles démarches ?

Les démarches sont identiques à celles d’un adulte, avec deux spécificités : les parents agissent en tant que représentants légaux du mineur, et l’évaluation médicale peut être différée en fin de croissance pour les préjudices permanents. Ne signez jamais une transaction pour votre enfant sans l’avis d’un avocat : une fois majeur, votre enfant pourra contester cette transaction s’il estime ses droits lésés.

L’accident s’est produit à l’étranger. Suis-je quand même protégé ?

Le droit applicable dépend du pays où l’accident a eu lieu. Au sein de l’Union européenne, le règlement Rome II désigne en principe la loi du pays du dommage. Un avocat français peut toutefois vous représenter et coordonner l’action avec un correspondant local. Par ailleurs, votre assurance personnelle (GAV, multirisques habitation) peut prévoir des garanties applicables même à l’étranger.

L’exploitant forain a fermé boutique ou est insolvable. Que faire ?

L’exploitant est tenu de souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle. C’est l’assureur que vous actionnerez en premier lieu. Si aucune assurance ne peut être identifiée et que l’accident constitue une infraction pénale, la CIVI (Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions) reste une voie de recours possible. Et si l’accident tient à une pièce défectueuse, le fabricant peut être actionné directement, dans les délais propres aux produits défectueux.

Une pièce du manège a cédé. L’exploitant peut-il rejeter la faute sur le fabricant ?

Non, pas à votre égard. Tenu d’une obligation de sécurité de résultat lorsque vous étiez passif, il vous doit réparation intégrale, puis se retourne contre le producteur. Le 18 février 2026, la Cour de cassation a jugé que l’exploitant qui a indemnisé la victime sans avoir commis de faute peut obtenir du fabricant le remboursement de la totalité des sommes versées.

Le manège est très ancien. Puis-je encore agir contre le fabricant ?

Peut-être pas contre le constructeur de l’attraction : sa responsabilité s’éteint dix ans après la mise en circulation du produit. Mais une pièce remplacée plus récemment, comme un élastique ou un harnais, a sa propre date de mise en circulation. Et l’action contre l’exploitant, fondée sur son obligation de sécurité, reste ouverte dix ans après la consolidation.

Je n’ai pas gardé mon ticket d’entrée. Mon dossier est-il compromis ?

L’absence de ticket complique la preuve du contrat mais ne rend pas l’action impossible. Un relevé bancaire, un témoignage, des photos géolocalisées ou une publication sur les réseaux sociaux peuvent suffire à établir votre présence. Consultez notre guide : un dossier qu’on croit perdu d’avance.

Et maintenant ? Vos 3 prochaines étapes

  1. Préparer — Bien préparer l'expertise médicale. C'est là que se fixent vos séquelles, et donc la valeur de votre dossier.
  2. Chiffrer — Estimer ce que vous pouvez obtenir. Les ordres de grandeur poste par poste, avant de lire l'offre de l'assureur.
  3. Agir — Financer son avocat sans avancer d'argent. Engager l'action contre l'exploitant et le fabricant sans trésorerie.

Références juridiques

  • Loi n° 2008-136 du 13 février 2008 relative à la sécurité des manèges, machines et installations pour fêtes foraines ou parcs d'attractions, et décret n° 2008-1458 du 30 décembre 2008.
  • Articles 1194 et 1231-1 du Code civil — obligation de sécurité accessoire au contrat et responsabilité contractuelle.
  • Articles 1245 à 1245-17 du Code civil — responsabilité du fait des produits défectueux, dont 1245-5 (producteur, y compris fabricant d'une partie composante), 1245-8 (preuve), 1245-15 (extinction décennale) et 1245-16 (prescription triennale).
  • Article 2226 du Code civil — prescription décennale de l'action en réparation d'un dommage corporel.
  • Cass. 1re civ., 17 juin 1975, n° 74-13.499, publié au Bulletin — obligation de sécurité de résultat de l'exploitant d'auto-tamponneuses pendant le jeu.
  • Cass. 1re civ., 18 février 2026, n° 24-19.881, publié au Bulletin — élastique de manège défectueux ; l'exploitant tenu d'une obligation de sécurité de résultat, sans faute dans l'utilisation du produit, obtient la garantie intégrale du producteur.
  • Cass. ass. plén., 29 mai 2026, n° 23-20.005, publié au Bulletin — l'organisateur professionnel qui n'a pas délivré les consignes de sécurité adaptées ne peut invoquer l'imprudence de la victime pour obtenir un partage.