I. Pourquoi votre rente augmente chaque 1er avril

La revalorisation n'est pas une faveur ni une décision annuelle de votre caisse : c'est une obligation légale. L'article L. 161-25 du Code de la sécurité sociale prévoit que les rentes d'accident du travail et de maladie professionnelle, ainsi que les indemnités en capital, sont revalorisées chaque année au 1er avril.

Le mécanisme est automatique. Un coefficient est appliqué, égal à l'évolution en moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac sur les douze derniers indices mensuels publiés par l'Insee, l'avant-dernier mois précédant la date de revalorisation. Autrement dit : votre rente suit l'inflation, avec un décalage de deux mois dans le calcul.

Ce coefficient s'applique à deux choses distinctes : au salaire minimum qui sert de base au calcul des rentes nouvelles, et aux rentes déjà en cours de versement. Vous n'avez aucune démarche à faire — la caisse applique la revalorisation d'office.

II. Le coefficient 2026 : + 0,8 %

Au 1er avril 2026, le coefficient de revalorisation a été fixé à 1,008, soit une hausse de 0,8 %. La Caisse nationale de l'assurance maladie en a tiré les conséquences dans une circulaire publiée le 2 avril 2026, qui détaille les nouveaux montants applicables aux rentes, aux indemnités en capital et à la prestation complémentaire pour recours à tierce personne.

Cette hausse s'applique à votre rente sans que vous ayez à la demander. Si vous constatez que le montant versé n'a pas bougé après le 1er avril, c'est une anomalie à signaler à votre caisse.

III. L'historique des revalorisations

Le coefficient suit l'inflation : il a donc fortement varié ces dernières années. Ce tableau permet de situer la hausse de l'année en cours et de vérifier que les revalorisations passées ont bien été appliquées à votre rente.

Année

Coefficient

Hausse appliquée au 1er avril

2026

1,008

+ 0,8 %

2025

1,017

+ 1,7 %

2024

1,046

+ 4,6 %

2023

1,056

+ 5,6 %

2022

1,018

+ 1,8 %

2021

1,001

+ 0,1 %

Ce que révèle ce tableau

Une rente servie depuis 2021 a augmenté d'environ 14 % en cinq ans par le seul effet des revalorisations. Si vous percevez toujours le montant notifié à l'origine, quelque chose ne va pas — et cela se rattrape.

IV. Rente ou indemnité en capital : ce qui décide

Tout dépend de votre taux d'incapacité permanente, fixé après consolidation par le médecin-conseil de la caisse.

  • Taux inférieur à 10 % : vous percevez une indemnité en capital, versée une seule fois, dont le montant forfaitaire dépend du taux retenu. Elle est également revalorisée chaque 1er avril.

  • Taux égal ou supérieur à 10 % : vous percevez une rente viagère, calculée sur votre salaire des douze mois précédant l'arrêt de travail, multiplié par votre taux d'incapacité corrigé.

La correction du taux mérite une explication, car elle surprend souvent : la part du taux inférieure ou égale à 50 % est divisée par deux, la part supérieure à 50 % est multipliée par 1,5. Un taux de 20 % donne donc un taux corrigé de 10 % ; un taux de 60 % donne 40 %. C'est ce taux corrigé, et non le taux notifié, qui sert au calcul. Voir : comment est fixé et contesté votre taux d'IPP.

V. Quand votre rente est-elle versée ?

Votre taux d'incapacité

Rythme de versement

Entre 10 % et 50 %

Trimestriel, le 15 du trimestre échu — janvier, avril, juillet, octobre

50 % et plus

Mensuel, le 30 de chaque mois

 

Attention : ce calendrier change au 1er novembre 2026. Le versement mensuel sera généralisé à toutes les rentes notifiées à compter de cette date, quel que soit le taux.

VI. Fiscalité : ce que vous ne payez pas

La rente d'incapacité permanente AT/MP est exonérée d'impôt sur le revenu, de CSG et de CRDS. Elle n'entre pas dans le calcul de votre revenu imposable et n'a pas à être déclarée. C'est une différence importante avec les indemnités journalières perçues pendant l'arrêt de travail, qui, elles, sont imposables à hauteur de 50 %.

VII. Ce qui change au 1er novembre 2026

C'est la réforme la plus profonde du régime AT/MP depuis des décennies, et elle est imminente. Issue de l'article 90 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, elle a été précisée par deux décrets et deux arrêtés du 7 mai 2026, publiés au Journal officiel du 10 mai. Nous en détaillons les conséquences dans notre guide de la réforme AT-MP.

Le principe : le taux unique d'incapacité permanente disparaît au profit d'une indemnisation en deux parts distinctes.

La part professionnelle

La part fonctionnelle

Compense la perte de gains et l'incidence sur la carrière. Elle reste calculée à partir du salaire de référence.

Répare le déficit fonctionnel permanent — les limitations physiques et psychiques dans la vie quotidienne — indépendamment de toute incidence professionnelle. Elle repose sur un système de points, converti en rente selon l'âge de la victime.


 

Cette réforme parachève un mouvement engagé par la Cour de cassation, qui avait jugé en assemblée plénière le 20 janvier 2023 que la rente AT/MP ne réparait pas le déficit fonctionnel permanent — ouvrant ainsi aux victimes de faute inexcusable de l'employeur un droit à réparation complémentaire. Deux barèmes distincts sont désormais créés, l'un professionnel, l'autre fonctionnel. Voir aussi : ce que change la réforme sur le DFP.

La date qui compte n'est pas celle de votre accident

C'est la date de votre consolidation. Les nouvelles règles s'appliquent aux victimes dont l'état est consolidé à compter du 1er novembre 2026. Si votre consolidation intervient avant, l'ancien régime continue de s'appliquer — sous réserve des dispositions transitoires prévues jusqu'au 1er janvier 2028 pour les rentes déjà notifiées.

VIII. Votre rente vous semble trop faible : que faire

La revalorisation annuelle ne corrige pas une erreur d'origine. Si le montant de votre rente vous paraît insuffisant, ce n'est presque jamais le coefficient qui est en cause, mais l'un de ces trois points. Voir notre guide : rente d'accident du travail insuffisante, quels recours.

  1. Le taux d'incapacité retenu. C'est lui qui commande tout. Un taux sous-évalué de quelques points se répercute chaque mois, à vie. Il se conteste devant la commission médicale de recours amiable, dans un délai strict.

  2. Le salaire de référence. Une erreur sur les douze mois retenus, l'oubli de primes ou d'heures supplémentaires fausse durablement le calcul. Voir : vos droits de victime d'accident du travail.

  3. L'aggravation de votre état. Si vos séquelles s'aggravent, votre taux peut être révisé et votre rente recalculée — encore faut-il prouver l'aggravation après consolidation. À ne pas confondre avec la rechute au sens de la Sécurité sociale, qui obéit à ses propres règles.

Et si votre accident résulte d'une faute inexcusable de l'employeur, la majoration de rente et la réparation complémentaire relèvent d'une procédure distincte, aux enjeux financiers sans commune mesure avec la revalorisation annuelle.

Questions fréquentes

Ma rente n'a pas augmenté au 1er avril : est-ce normal ?

Non. La revalorisation est automatique et s'applique à toutes les rentes en cours. Si le montant versé est identique à celui du trimestre précédent, contactez votre caisse en demandant le détail du calcul. Conservez les notifications : elles font foi.

La revalorisation s'applique-t-elle aussi aux indemnités en capital ?

Oui. Les indemnités en capital versées pour un taux inférieur à 10 % sont revalorisées selon le même coefficient et à la même date. Il en va de même de la prestation complémentaire pour recours à tierce personne.

Puis-je convertir ma rente en capital ?

Un mécanisme de rachat existe, mais il est strictement encadré et le rachat partiel a été supprimé. Attention à une erreur fréquente : les demandes de rachat sont parfois calculées sur un montant de rente antérieur à la revalorisation d'avril, ce qui aboutit à un capital inférieur au dû. Vérifiez systématiquement que le montant retenu intègre le coefficient de l'année.

Je suis agent contractuel de la fonction publique : suis-je concerné ?

Oui. Les rentes viagères d'incapacité permanente partielle versées aux agents contractuels relèvent du livre IV du Code de la sécurité sociale et sont revalorisées selon le même coefficient, à la même date.

La revalorisation compense-t-elle l'inflation réellement subie ?

Partiellement. Le coefficient reflète l'inflation passée, avec un décalage, et il exclut le tabac. Sur longue période, l'écart entre l'évolution de votre rente et celle de votre coût de vie réel peut être sensible — raison de plus pour s'assurer que le taux d'incapacité de départ était correctement fixé.

Références

Code de la sécurité sociale, articles L. 161-25 (coefficient de revalorisation), L. 434-1 et L. 434-2 (indemnisation de l'incapacité permanente), L. 434-17.

Circulaire Cnam n° 8/2026 du 2 avril 2026 — revalorisation au 1er avril 2026 des rentes AT/MP et des indemnités en capital.

Circulaire Cnam n° 3/2025 du 28 mars 2025 — coefficient 1,017 au 1er avril 2025.

Instruction interministérielle n° DSS/2A/2C/2024/42 du 20 mars 2024 — coefficient 1,046 au 1er avril 2024.

Loi n° 2025-178 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2025, article 90.

Décrets n° 2026-354 et n° 2026-355 du 7 mai 2026 et arrêtés du 7 mai 2026 relatifs aux barèmes, publiés au Journal officiel du 10 mai 2026 — entrée en vigueur au 1er novembre 2026.

Cass. ass. plén., 20 janvier 2023, n° 21-23.947 — la rente AT/MP ne répare pas le déficit fonctionnel permanent.