Article mis à jour le 31 juillet 2026, par Maître Marteau-Péretié, Avocate en droit du dommage corporel
Une noyade en piscine privée n'est presque jamais un pur accident. Derrière le drame, il y a une obligation légale de sécurité, un dispositif qui a fonctionné ou non, une surveillance qui a été exercée ou non — et, très souvent, plusieurs responsables à la fois. Cet article explique comment se construit l'indemnisation d'une victime, en particulier lorsqu'il s'agit d'un jeune enfant.
Contactez Me Marteau-Péretié pour un premier échange confidentiel et gratuit.
L'obligation de sécurité qui pèse sur le propriétaire
Depuis la loi du 3 janvier 2003, l'article L. 134-10 du Code de la construction et de l'habitation (ancien article L. 128-1) impose que les piscines enterrées non closes privatives, à usage individuel ou collectif, soient pourvues d'un dispositif de sécurité efficace visant à prévenir le risque de noyade.
Quatre dispositifs sont admis, chacun répondant à sa propre norme : la barrière de protection (NF P90-306), l'alarme (NF P90-307), la couverture de sécurité (NF P90-308) et l'abri (NF P90-309). Un seul suffit à satisfaire l'obligation légale, mais aucun ne dispense de la surveillance.
Sont en revanche hors du champ de l'obligation : les piscines situées à l'intérieur d'un bâtiment, celles posées sur le sol, gonflables ou démontables, ainsi que les établissements de natation d'accès payant surveillés par un maître-nageur.
Le non-respect de cette obligation est une infraction pénale, punie de 45 000 € d'amende par l'article L. 183-13 du même code.
💡 Bon à savoir : l'amende de 45 000 € sanctionne le propriétaire, elle n'indemnise pas la victime. Ce sont deux procédures distinctes : la condamnation pénale ne dispense jamais d'engager l'action civile en réparation, et l'absence de poursuite pénale n'empêche nullement d'obtenir une indemnisation. Pensez aussi à réclamer la note technique que le constructeur ou l'installateur doit remettre avant la mise en eau (article D. 134-52) : elle prouve la conformité du dispositif, ou son absence.
À lire également : Accident de piscine : le guide complet pour l'indemnisation des victimes et de leurs familles
Location saisonnière, camping, village de vacances : le régime le plus favorable
C'est le contexte de la majorité des drames de l'été, et c'est aussi celui où la victime dispose des meilleurs arguments — ce que peu de familles savent.
Dans une location saisonnière, le bailleur doit délivrer un logement conforme à la réglementation (articles 1719 et suivants du Code civil). La piscine fait partie de la chose louée : un dispositif absent, hors service ou dont la pile est morte constitue un manquement à l'obligation de délivrance, sans qu'il soit nécessaire de prouver une faute de comportement. La mention « piscine non surveillée, baignade sous votre responsabilité » portée au contrat ou sur un panneau ne fait pas disparaître cette obligation légale.
Dans un camping, un village de vacances ou un hôtel, la piscine devient une piscine privative à usage collectif, soumise à l'arrêté du 14 septembre 2004, qui impose des mesures techniques et de sécurité renforcées. L'exploitant est par ailleurs tenu, envers ses clients, d'une obligation de sécurité découlant du contrat d'hébergement — une obligation qui ne s'arrête pas au bassin et que nous détaillons dans notre article sur ce que doit un exploitant d'hôtellerie de plein air, terrain par terrain.
Enfin, lorsque le séjour a été vendu comme un forfait touristique par une agence ou un organisateur, celui-ci répond de plein droit de la bonne exécution des prestations : c'est souvent la voie la plus rapide, car elle dispense de démontrer une faute.
Qui peut être tenu responsable ?
C'est le point le plus mal compris des familles : dans ce type de drame, les responsabilités se cumulent plutôt qu'elles ne s'excluent. La faute de l'un n'efface pas celle de l'autre, et la victime peut agir contre plusieurs débiteurs à la fois.
Le propriétaire, et singulièrement le bailleur
Le propriétaire répond du dispositif de sécurité : de son existence, de sa conformité, mais aussi de son bon fonctionnement dans la durée. Une alarme installée mais devenue inopérante ne remplit pas l'obligation légale.
Lorsque la piscine est louée — location saisonnière, gîte, meublé de tourisme — s'y ajoute l'obligation de délivrance conforme du bailleur (articles 1719 et suivants du Code civil) : le logement mis à disposition doit être exempt de vices et conforme à la réglementation. Avertir oralement les locataires qu'il faut « faire attention » ne suffit pas à s'exonérer si le dispositif est défaillant.
À lire : Accident et dommages corporels en Airbnb : qui paie quand l'assurance fait la sourde oreille ?
Les parents ou les adultes en charge de la surveillance
L'article 1242 alinéa 1er du Code civil (anciennement article 1384) institue une présomption de responsabilité des père et mère du fait de leurs enfants mineurs habitant avec eux. Ce n'est pas une responsabilité pour faute prouvée : c'est une présomption légale, dont on ne s'exonère qu'en démontrant l'impossibilité d'empêcher le fait dommageable.
En pratique, les juridictions examinent le cheminement réel de l'enfant : les portes verrouillées, celles qui ne l'étaient pas, le temps écoulé, l'âge de l'enfant. C'est l'assurance de responsabilité civile du foyer qui prend alors le relais — ce qui, pour la victime, est une garantie de paiement supplémentaire, non une raison de renoncer.
Le fabricant du dispositif de sécurité
Lorsque c'est le dispositif lui-même qui est en cause — alarme qui ne se déclenche pas, barrière qui cède, couverture qui ne supporte pas le poids annoncé — la victime peut agir contre le fabricant sur le terrain de la responsabilité du fait des produits défectueux, régime autonome qui dispense de prouver une faute. Il suffit d'établir le défaut du produit, le dommage et le lien entre les deux.
Les structures d'accueil et les professionnels du tourisme
Quand le drame survient dans le cadre d'un séjour vendu par une agence ou un club de vacances, c'est le régime du forfait touristique qui s'applique : le tour-opérateur supporte une responsabilité de plein droit, nettement plus favorable à la victime qu'un recours contre un particulier.
Si l'enfant était confié à une structure, c'est encore un autre régime : voir notre article sur l'accident en centre aéré ou en colonie de vacances. Et les toboggans aquatiques des parcs de loisirs relèvent d'une logique proche, détaillée dans notre article sur l'accident dans un parc d'attractions ou une fête foraine.
Où l'accident a eu lieu, et ce que cela change
Le lieu détermine l'interlocuteur, le fondement juridique et ce qu'il faudra démontrer. Ce tableau résume les configurations les plus fréquentes.
|
Lieu de l'accident |
Qui répond |
Sur quel fondement |
Ce qu'il faut démontrer |
|---|---|---|---|
|
Piscine du domicile familial |
Le propriétaire, souvent les parents eux-mêmes |
Garantie accidents de la vie, assurance habitation |
La réalité du dommage et l'atteinte des seuils du contrat |
|
Piscine d'une location saisonnière |
Le bailleur |
Obligation de délivrance conforme (art. 1719 C. civ.) |
L'absence ou la défaillance du dispositif de sécurité |
|
Piscine d'un ami, d'un voisin, de la famille |
Le propriétaire et son assurance responsabilité civile |
Manquement à l'obligation légale de sécurité (art. L. 134-10 CCH) |
L'absence, la non-conformité ou la panne du dispositif |
|
Camping, village de vacances, hôtel |
L'exploitant |
Obligation de sécurité contractuelle + arrêté du 14 septembre 2004 |
Le manquement aux mesures techniques et de surveillance |
|
Séjour vendu par une agence ou un organisateur |
Le professionnel qui a vendu le forfait |
Responsabilité de plein droit du forfait touristique |
Le dommage et son rattachement au séjour : aucune faute à prouver |
|
Dispositif de sécurité en cause |
Le fabricant du dispositif |
Produits défectueux (art. 1245 et s. C. civ.) |
Le défaut du produit, le dommage et le lien entre les deux |
|
Enfant confié à une structure d'accueil |
L'organisateur de l'accueil collectif |
Défaut de surveillance |
L'insuffisance du taux d'encadrement ou de la vigilance |
Quand la cause du drame reste incertaine : la perte de chance
Une difficulté revient dans presque tous ces dossiers : il est souvent impossible d'établir avec certitude que le dispositif défaillant a causé le dommage. L'enfant est-il descendu progressivement par les marches, auquel cas même une alarme en parfait état n'aurait pas sonné ? Ou est-il tombé brutalement, situation où elle aurait dû retentir ?
Face à cette incertitude, les juridictions recourent à la théorie de la perte de chance. Elle ne répare pas le dommage lui-même, mais la chance perdue d'y échapper, évaluée en pourcentage : si le juge retient que le dispositif aurait eu telle probabilité de permettre un sauvetage à temps, l'indemnisation est calculée sur cette fraction.
Le raisonnement s'appuie sur des données médicales bien établies : une immersion de moins d'une minute permet généralement un sauvetage sans séquelle, tandis qu'au-delà de une à trois minutes, les lésions cérébrales par manque d'oxygène deviennent irréversibles. Chaque seconde gagnée par un dispositif fonctionnel compte donc juridiquement — et c'est précisément ce que l'assureur cherchera à minimiser.
💡 Bon à savoir : la norme NF P90-307 a évolué en 2009, à la suite du décret du 16 juillet 2009 sur les alarmes par détection d'immersion, et impose notamment qu'une chute soit détectée en douze secondes au plus. Une alarme acquise avant cette date peut donc rester légale sans être techniquement au niveau des exigences actuelles. L'âge et l'état réel du dispositif sont des éléments à documenter immédiatement : facture d'achat, notice, référence du modèle, historique d'entretien.
Le partage de responsabilité et la solidarité entre coresponsables
Lorsque plusieurs fautes ont concouru au dommage — un dispositif défaillant et une surveillance insuffisante, par exemple — les juridictions opèrent un partage, souvent à parts égales. Mais ce partage ne concerne pas la victime.
Les coresponsables sont en effet condamnés in solidum : la victime peut réclamer l'intégralité de son indemnisation à n'importe lequel d'entre eux, ou à son assureur. Celui qui paie se retourne ensuite contre les autres pour obtenir leur quote-part — c'est le recours contributif, régi par l'article 1317 du Code civil (anciennement article 1214, renuméroté par l'ordonnance du 10 février 2016).
C'est un mécanisme protecteur décisif : la famille n'a pas à attendre que les assureurs règlent leurs comptes entre eux pour être indemnisée. Dans l'attente du règlement définitif, elle peut d'ailleurs solliciter des provisions pour financer les premiers aménagements et l'aide humaine.
Ce que l'assureur vous opposera
Les arguments sont peu nombreux et reviennent toujours. Les connaître à l'avance change la conduite du dossier.
« Vous ne surveilliez pas votre enfant »
C'est l'argument numéro un, et il est partiellement fondé : la présomption de responsabilité des parents existe bel et bien. Mais il ne fait pas disparaître l'obligation légale de sécurité qui pèse sur le propriétaire. Il conduit à un partage, pas à une exonération. Et lorsque les parents sont eux-mêmes assurés, leur part est prise en charge par leur propre responsabilité civile : pour l'enfant victime, l'indemnisation reste entière.
« Le dispositif était conforme à l'installation »
La conformité au jour de la pose ne suffit pas. L'obligation porte sur un dispositif efficace, ce qui suppose qu'il fonctionne au moment des faits. Une alarme dont les piles sont mortes, une barrière dont le portillon ne se referme plus, une couverture détendue : le dispositif existe sur le papier, il ne remplit plus sa fonction.
« L'accident était inévitable »
C'est la contestation du lien de causalité, celle qui aboutit à la discussion sur la perte de chance exposée plus haut. La réponse est technique : elle se construit sur la chronologie du sauvetage, sur les données médicales de l'anoxie, et sur ce que le dispositif aurait permis de gagner comme temps.
« Voici notre offre pour la famille »
Méfiez-vous de l'enveloppe globale. Chaque victime — l'enfant, chaque parent, chaque frère ou sœur — a des droits propres, et chaque poste doit être évalué séparément. Une offre non ventilée ne permet ni de comprendre ce qui a été indemnisé, ni de contester quoi que ce soit ensuite.
Les délais pour agir : attention au piège
Trois délais coexistent, et ils ne courent pas de la même façon. C'est l'un des points où l'on perd des dossiers sans le savoir.
Contre le propriétaire, le bailleur ou l'exploitant, l'action en réparation du dommage corporel se prescrit par dix ans à compter de la consolidation du dommage initial ou aggravé (article 2226 du Code civil).
Lorsque la victime est mineure, la prescription est suspendue pendant toute la minorité (article 2235 du Code civil) : l'enfant conservera le droit d'agir bien après ses dix-huit ans, même si ses parents n'ont rien entrepris.
Contre le fabricant du dispositif, c'est tout autre chose. L'action fondée sur les produits défectueux se prescrit par trois ans à compter du jour où la victime a connu ou aurait dû connaître le dommage, le défaut et l'identité du producteur (article 1245-16 du Code civil). Et surtout, la responsabilité du producteur est éteinte dix ans après la mise en circulation du produit, sauf faute démontrée de sa part (article 1245-15).
💡 Bon à savoir : ce délai de dix ans ne se compte pas depuis l'accident, mais depuis la mise sur le marché du dispositif. Une alarme achetée neuve en 2012 est hors d'atteinte dès 2022, même si le drame survient l'année suivante et même si votre propre action contre le propriétaire reste largement ouverte. C'est la première vérification à faire quand le matériel est en cause : retrouvez la facture d'achat avant toute chose. Passé ce délai, il reste la voie de la faute prouvée du fabricant, nettement plus difficile.
Les préjudices indemnisables après une noyade non fatale
Une noyade non fatale laisse fréquemment une encéphalopathie anoxique : le cerveau a manqué d'oxygène. Les conséquences vont du coma et de l'état végétatif ou pauci-relationnel aux troubles cognitifs plus discrets mais durables.
Chez l'enfant, ces séquelles doivent être projetées sur toute une vie : notre article sur les conséquences d'une atteinte cérébrale chez l'enfant, notre guide de l'indemnisation des enfants victimes d'accident et notre page sur l'indemnisation du polyhandicap détaillent cette projection.
L'indemnisation couvre plusieurs postes distincts selon la nomenclature Dintilhac :
Préjudices patrimoniaux : dépenses de santé actuelles et futures, frais d'assistance par tierce personne à vie — complétés, chez l'enfant, par la tierce personne éducative —, aménagement du logement et du véhicule, matériel adapté, perte de gains professionnels futurs.
Préjudices extrapatrimoniaux : déficit fonctionnel temporaire et permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice scolaire et professionnel.
Préjudices des proches : préjudice d'affection des parents et de la fratrie, préjudice d'accompagnement, et préjudice d'attente et d'inquiétude.
L'ampleur des sommes en jeu s'explique par la jeunesse de la victime — une espérance de vie longue exigeant une assistance permanente durant plusieurs décennies — et la gravité des séquelles neurologiques. Notre page sur le calcul du dommage corporel expose la méthode d'évaluation.
Quand aucun responsable n'est identifié
Il faut le dire sans détour : dans une part des noyades en bassin familial, aucune faute imputable à un tiers n'existe. Le dossier ne s'arrête pas là pour autant, et c'est le moment de recenser méthodiquement les garanties personnelles.
La garantie des accidents de la vie est la première à examiner. Elle couvre en principe la noyade, mais sous conditions : la plupart des contrats n'interviennent qu'au-delà d'un seuil d'atteinte permanente, appliquent des plafonds et comportent des exclusions — notre analyse des pièges de la GAV détaille ces limites, qui réservent de mauvaises surprises.
Viennent ensuite les contrats de prévoyance, l'assurance scolaire et extrascolaire lorsque l'enfant était en activité encadrée, les garanties adossées aux cartes bancaires si le séjour a été réglé avec, et les assurances voyage. Notre page consacrée aux accidents de la vie courante recense ces couvertures.
Ces voies ne s'excluent pas : un même dossier peut mobiliser en parallèle un recours contre un tiers et les garanties personnelles de la famille. Refermer une porte trop tôt, parce qu'un interlocuteur a affirmé qu'il n'y avait « rien à faire », est l'erreur la plus coûteuse.
Ce qu'il faut faire dans les jours qui suivent
C'est dans les premières semaines que se joue l'essentiel, car les preuves disparaissent vite : une alarme se remplace, une barrière se répare, les lieux se modifient.
Trois réflexes s'imposent. Faire constater l'état réel du dispositif par un commissaire de justice, avec un test de déclenchement : sans ce constat, une défaillance reste invérifiable. Conserver le dispositif lui-même et tout ce qui l'accompagne, plutôt que de le faire remplacer. Et réunir les pièces dès le départ — photographies des lieux, procès-verbal des secours, dossier médical complet.
Ce travail probatoire conditionne tout le reste : notre article sur les justificatifs à réunir pour chaque poste de préjudice détaille cette constitution de dossier.
Une vigilance particulière s'impose enfin lorsque la victime est un enfant : toute transaction conclue pour son compte obéit à des règles protectrices, et peut dans certains cas être remise en cause — voir notre article sur l'indemnisation d'un mineur victime.
Questions fréquentes
La piscine était celle d'un ami : peut-on vraiment engager sa responsabilité ?
Oui. L'obligation de sécurité de l'article L. 134-10 du Code de la construction et de l'habitation ne connaît pas d'exception pour les proches, et c'est l'assurance responsabilité civile du propriétaire qui indemnise, pas lui personnellement. C'est précisément la fonction de ce contrat. La démarche n'a rien d'une agression : elle est la voie normale de réparation.
Nous surveillions notre enfant : cela nous empêche-t-il d'agir ?
Non. La surveillance parentale et l'obligation de sécurité du propriétaire sont deux choses distinctes, qui se cumulent. Un manquement de surveillance conduit à un partage de responsabilité, pas à la perte du droit à indemnisation. Et lorsque les parents sont assurés, leur part est prise en charge par leur propre contrat : l'enfant victime reçoit l'intégralité.
Le propriétaire avait une alarme : le dossier est-il perdu ?
Pas nécessairement. La question n'est pas de savoir si un dispositif existait, mais s'il était efficace au moment des faits. Piles épuisées, sonde déréglée, alarme désactivée après une baignade et jamais réarmée, sirène inaudible depuis la maison : ce sont autant de défaillances caractérisées. D'où l'importance de faire constater l'état réel du dispositif sans attendre.
Que faire si l'accident a eu lieu dans une location de vacances ?
C'est la configuration la plus favorable à la victime. Le bailleur doit délivrer un logement conforme à la réglementation, dispositif de sécurité compris. Conservez l'annonce, le contrat de location, les photographies du bassin et toute mention relative à la piscine : ces pièces servent à établir ce qui était promis et ce qui a été livré.
Une clause du contrat de location dégage le propriétaire de toute responsabilité : est-elle valable ?
Non s'agissant du dommage corporel. On ne peut pas s'exonérer par contrat d'une obligation imposée par la loi, ni des conséquences d'une atteinte à l'intégrité physique. Ces mentions ont une valeur dissuasive, pas juridique.
Combien de temps avons-nous pour agir ?
Dix ans à compter de la consolidation du dommage contre le propriétaire ou l'exploitant, avec une prescription suspendue pendant toute la minorité de l'enfant. Mais l'action contre le fabricant du dispositif obéit à des délais bien plus courts : trois ans, et surtout une extinction dix ans après la mise en circulation du produit. C'est ce dernier délai qui surprend le plus souvent.
Notre enfant a survécu mais garde des troubles de l'attention : est-ce indemnisable ?
Oui, et ce sont les séquelles les plus sous-évaluées. Une anoxie cérébrale peut laisser des troubles cognitifs et comportementaux sans lésion visible à l'imagerie. Un bilan neuropsychologique complet est indispensable, et l'évaluation doit être projetée sur la scolarité et l'avenir professionnel : chez l'enfant, cela suppose d'attendre la fin de la croissance avant de consolider.
L'assureur propose une somme globale pour toute la famille : faut-il l'accepter ?
Jamais sans ventilation. Chaque victime a des droits propres, et chaque poste doit être chiffré séparément. Une enveloppe unique supprime en pratique l'évaluation individuelle des proches. Rappelez-vous par ailleurs que toute transaction conclue pour le compte d'un mineur doit être préalablement autorisée par le juge des tutelles.
En résumé
Ce qu'il faut retenir si votre enfant a été victime d'une noyade en piscine privée :
- Le propriétaire a une obligation légale de sécurité (article L. 134-10 du Code de la construction et de l'habitation), et elle porte aussi sur le bon fonctionnement du dispositif dans la durée, pas seulement sur son installation.
- Plusieurs responsables peuvent être recherchés simultanément : propriétaire, bailleur, fabricant du dispositif, organisateur du séjour, structure d'accueil. Leurs fautes se cumulent au lieu de s'annuler.
- Un partage de responsabilité n'ampute pas votre indemnisation : la condamnation in solidum vous permet de tout réclamer à un seul débiteur, à charge pour lui de se retourner contre les autres.
- L'incertitude sur le déroulement du drame ne ferme pas la porte : la perte de chance permet d'obtenir réparation même lorsque le lien de causalité ne peut être établi avec certitude.
- Les preuves se constituent tout de suite : constat du dispositif, conservation du matériel, dossier médical. Ce qui n'est pas établi dans les premières semaines devient très difficile à démontrer ensuite.
- Le lieu de l'accident commande tout le reste : location saisonnière, camping, séjour vendu par une agence ou bassin d'un proche n'ouvrent ni les mêmes interlocuteurs ni les mêmes fondements.
- Attention au délai contre le fabricant : sa responsabilité s'éteint dix ans après la mise en circulation du dispositif, indépendamment de la date de l'accident.
- En l'absence de responsable, les garanties personnelles prennent le relais : GAV, prévoyance, assurance scolaire, garanties de carte bancaire.
- Ne signez rien sans avis, surtout lorsque la victime est mineure : les séquelles d'une anoxie cérébrale s'évaluent sur des décennies, et une transaction précoce fige une situation qui n'a pas fini d'évoluer.
Ces principes sont propres au bassin privé, où la réglementation impose des dispositifs précis. Le raisonnement change entièrement lorsque le drame survient en mer : il n'y a plus de propriétaire d'ouvrage, mais une autorité de police, et c'est alors la responsabilité de la commune après une noyade sur le littoral qui doit être examinée.
Vous êtes confronté à cette situation ? Contactez Me Joëlle Marteau-Péretié — 06 84 28 25 95. Analyse gratuite et confidentielle de votre dossier.
Bibliographie et sources de référence
- Loi n° 2003-9 du 3 janvier 2003 relative à la sécurité des piscines, qui a créé l'obligation d'équiper les piscines enterrées non closes privatives d'un dispositif de sécurité normalisé.
- Article L. 134-10 du Code de la construction et de l'habitation — obligation de sécurité applicable aux piscines privées (ancien article L. 128-1, recodifié par l'ordonnance n° 2020-71 du 29 janvier 2020).
- Articles D. 134-51 à D. 134-54 du Code de la construction et de l'habitation — modes d'installation du dispositif et note technique remise avant la mise en eau.
- Article L. 183-13 du Code de la construction et de l'habitation — sanction pénale : 45 000 € d'amende.
- Décret n° 2003-1389 du 31 décembre 2003 relatif à la sécurité des piscines, modifié par le décret n° 2004-499 du 7 juin 2004.
- Décret n° 2009-873 du 16 juillet 2009 relatif à la sécurité des alarmes de piscine par détection d'immersion.
- Arrêté du 14 septembre 2004 portant prescription de mesures techniques et de sécurité dans les piscines privatives à usage collectif — applicable notamment aux locations de vacances, campings et villages de vacances.
- Normes NF P90-306 à NF P90-309 — barrières, alarmes, couvertures et abris de sécurité.
- Articles 1719 et suivants du Code civil — obligation de délivrance conforme du bailleur.
- Article 1242 alinéa 1er du Code civil (anciennement article 1384) — présomption de responsabilité des parents du fait de leurs enfants mineurs.
- Article 1317 du Code civil (anciennement article 1214, renuméroté par l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016) — contribution à la dette entre codébiteurs solidaires et recours contributif.
- Articles 1245 et suivants du Code civil — responsabilité du fait des produits défectueux ; article 1245-15 (extinction de la responsabilité du producteur dix ans après la mise en circulation, sauf faute) et article 1245-16 (prescription de trois ans à compter de la connaissance du dommage, du défaut et de l'identité du producteur).
- Article 2226 du Code civil — prescription décennale de l'action en réparation du dommage corporel, à compter de la consolidation.
- Article 2235 du Code civil — suspension de la prescription pendant la minorité.
- Nomenclature Dintilhac — classification de référence des postes de préjudice corporel.
- Santé publique France, enquête NOYADES — données épidémiologiques sur les noyades en France.
- DGCCRF, fiche pratique « Piscines : respectez les exigences de sécurité ».


AJOUTER UN COMMENTAIRE :
Pour commenter cet article vous devez vous authentifier. Si vous n'avez pas de compte, vous pouvez en créer un.