Article mis à jour le 10 Juin 2026
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💡 L'essentiel en une phrase Ce qui déclenche la loi Badinter, ce n'est pas le caractère public ou privé du parking, ni la présence d'une barrière, mais l'existence d'un accident de la circulation impliquant un véhicule terrestre à moteur. Un parking de supermarché, même privé, est un lieu de circulation. |
« Ce n'est pas la voie publique » : pourquoi cet argument ne tient pas
Ce que l'assureur affirme souvent
« L'accident a eu lieu sur un parking privé. Ce n'est donc pas un accident de voie publique, la loi Badinter ne s'applique pas, vous relevez du droit commun. »
Ce que dit réellement l'article 1er de la loi Badinter
L'article 1er de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 vise les victimes d'un « accident de la circulation » dans lequel est impliqué un « véhicule terrestre à moteur ». Le texte ne mentionne nulle part la notion de « voie publique ». Le lieu, à lui seul, ne suffit donc pas à écarter ce régime.
Le vrai critère retenu par la Cour de cassation
La 2e chambre civile de la Cour de cassation retient une conception large de la circulation. Ce qui compte, c'est le fait de circulation : le véhicule intervient dans sa fonction de déplacement, dans un lieu qui n'est pas « impropre à la circulation ». Selon une jurisprudence constante :
- une marche arrière dans un parking souterrain qui renverse un piéton est un accident de la circulation (Cass. 2e civ., 7 mai 2002) ;
- la circulation dans les centres commerciaux ouverts au public est soumise aux règles du code de la route (Cass. 2e civ., 14 décembre 2000) ;
- un véhicule à l'arrêt ou en stationnement n'écarte pas la loi dès lors qu'il est impliqué dans l'accident, que le lieu soit privé ou public (Cass. 2e civ., 22 novembre 1995).
Autrement dit : sur le parking d'un Carrefour, d'un Leclerc, d'un Auchan ou d'un Lidl, ouvert à la clientèle, la loi Badinter a vocation à s'appliquer dans la très grande majorité des situations — et c'est précisément le régime le plus favorable pour vous.
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Situation sur le parking |
Régime probable |
Ce que cela change pour vous |
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Piéton renversé par une voiture qui circule ou manœuvre sur le parking d'un supermarché |
Loi Badinter |
Indemnisation quasi automatique ; votre éventuelle faute n'est opposable que de façon très limitée |
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Choc avec un véhicule en marche arrière (même en parking souterrain ou privé) |
Loi Badinter |
Même protection : le lieu privé n'y change rien |
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Véhicule à l'arrêt ou en stationnement impliqué dans l'accident |
Loi Badinter |
L'arrêt du véhicule n'écarte pas la loi |
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Lieu réellement « impropre à la circulation » (zone fermée, non destinée au passage des véhicules) |
Droit commun possible |
Indemnisation sur preuve de la faute du conducteur (art. 1240 C. civ.) |
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Véhicule utilisé volontairement pour blesser, incendie volontaire |
Hors Badinter |
Autre régime (infraction ; recours possible devant le fonds compétent) |
Les rares cas où la loi Badinter ne s'applique pas
Par honnêteté, la loi n'est pas universelle. Elle est écartée principalement lorsque :
- l'événement n'est pas fortuit mais volontaire (par exemple un incendie criminel du véhicule : Cass. 2e civ., 15 mars 2001) ;
- le véhicule n'est pas dans une fonction de déplacement mais en fonction d'outil (engin de chantier en plein travail, par exemple) ;
- l'accident survient dans un lieu impropre à la circulation ;
- il s'agit de chemins de fer ou de tramways circulant sur des voies qui leur sont propres (exclusion expresse du texte).
Pour le détail des régimes applicables hors loi de 1985, voir notre article dédié : les situations où la loi Badinter ne s'applique pas — et quel régime vous protège à la place.
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💡 Même hors Badinter, vous n'êtes pas sans recours Selon les cas, vous pouvez agir sur le fondement du droit commun (faute du conducteur, art. 1240 C. civ.), saisir le FGAO si l'auteur est inconnu ou non assuré, ou un autre fonds en cas d'infraction volontaire. Le bon réflexe : faire qualifier votre situation avant d'accepter quoi que ce soit. |
Les 5 arguments d'assureur les plus fréquents — et la réponse juridique
Ces arguments reviennent presque systématiquement. En voici la traduction juridique, pour ne pas vous laisser décourager :
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Ce qu'on vous dit |
Ce qu'il faut savoir |
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« Ce n'est pas un accident de la circulation. » |
Dès qu'un véhicule terrestre à moteur est impliqué dans un fait de circulation, la loi s'applique, même si le véhicule est à l'arrêt. |
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« Il n'y a pas eu de collision. » |
L'implication du véhicule suffit : un contact direct n'est pas exigé (manœuvre d'évitement, chute provoquée, projection…). |
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« Pas de témoin, pas d'indemnisation. » |
Faux. Vidéosurveillance, certificats médicaux, traces sur les véhicules et procès-verbal peuvent suffire à établir les faits. |
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« Le conducteur a pris la fuite, vous ne serez jamais indemnisé. » |
Le FGAO peut vous indemniser même si l'auteur reste inconnu (voir plus bas). |
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« C'est un parking privé, vous n'êtes pas couvert. » |
Le caractère privé n'écarte pas la loi : c'est le fait de circulation qui compte, pas le statut du terrain. |
La vidéosurveillance : votre preuve la plus précieuse — et la plus fragile
Les images de vidéosurveillance sont souvent décisives : elles établissent les circonstances exactes (implication d'un véhicule, manœuvre, vitesse, imprudence). Mais elles sont régulièrement écrasées sous 7 à 30 jours. Il faut donc agir vite et par écrit.
Sur le plan juridique, votre demande s'appuie sur l'article 145 du Code de procédure civile (mesures d'instruction avant tout procès) et l'article 9 du même code (charge de la preuve). Conservez impérativement une preuve d'envoi.
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💡 Le réflexe à avoir dans les 24–48 heures Demandez par écrit au gérant du parking la conservation intégrale des enregistrements, en précisant la date et le créneau horaire. Sans cette démarche rapide, la preuve disparaît — et avec elle une grande partie de votre dossier. |
Modèle de demande de conservation des vidéos :
Votre plan d'action en 8 étapes
Un cap clair, du jour de l'accident jusqu'à l'indemnisation finale. Suivez l'ordre : chaque étape protège la suivante.
Étape 1 — Jour J : sécuriser les preuves avant qu'elles disparaissent
- Demandez la conservation des vidéos (modèle ci-dessus), dans l'heure si possible.
- Prenez des photos : vue d'ensemble du lieu, marques au sol (freinage, choc), véhicule responsable et sa plaque, vos blessures même légères, conditions du parking (éclairage, signalisation, état du sol).
- Notez les coordonnées des témoins (nom, téléphone, e-mail) et, en quelques mots, ce qu'ils ont vu.
Étape 2 — Jour J : prévenir la police ou la gendarmerie
Même pour un « petit » accident. Le procès-verbal est une preuve solide. Demandez son numéro et notez le nom des agents. En cas de blessés, appelez d'abord les secours (15 ou 18).
Étape 3 — Sous 24 heures : consulter un médecin (même si « ça va »)
Faites établir un certificat médical initial descriptif détaillé mentionnant toutes vos douleurs (tête, cou, dos, membres), les traumatismes visibles, les troubles psychiques (choc, anxiété, sommeil), une estimation de l'ITT et les examens complémentaires utiles (radio, IRM, scanner). Si possible, passez par les urgences : le certificat hospitalier a davantage de poids.
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💡 L'erreur qui coûte cher Attendre plusieurs jours pour consulter ou déclarer. L'assureur s'en sert pour contester le lien entre l'accident et vos blessures (« si c'était grave, vous auriez consulté tout de suite »). Consultez vite, faites tout consigner. |
Étape 4 — Sous 5 jours : déclarer le sinistre
L'article L113-2 du Code des assurances impose de déclarer le sinistre dans le délai prévu au contrat, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés. Même si l'autre conducteur est responsable, déclarez aussi à votre propre assureur. Privilégiez la lettre recommandée avec accusé de réception et conservez une copie de tout.
Modèle de déclaration de sinistre :
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Objet : Déclaration de sinistre — accident corporel sur parking Madame, Monsieur, Je vous informe qu'en date du [DATE], à [HEURE], j'ai été victime d'un accident de la circulation sur le parking de [NOM], situé [ADRESSE]. Circonstances : [décrire factuellement le déroulé]. Véhicule impliqué : conducteur [NOM] — immatriculation [XX-XXX-XX] — assureur [si connu]. Blessures : [reprendre celles du certificat médical initial]. Témoins : [coordonnées éventuelles]. Je vous prie de m'indiquer les suites données à ce dossier et le nom du gestionnaire en charge. Je me réserve expressément tous mes droits et actions en réparation intégrale de mes préjudices. Cordialement, [Signature] Pièces jointes : certificat médical initial — photos — procès-verbal (si disponible) — coordonnées des témoins. |
Étape 5 — Ne rien signer à chaud
Ne signez aucune décharge ni transaction sur place ou dans les premiers jours. Une signature prématurée, avant consolidation, peut clore définitivement vos droits pour une somme très inférieure à votre préjudice réel. Pour mesurer l'enjeu, voyez : combien vais-je toucher pour mon préjudice corporel ?
Étape 6 — Identifier le bon régime
Faites qualifier votre situation : loi Badinter (la plus favorable), droit commun ou FGAO. Si l'assureur retient une position défavorable, demandez-lui de la motiver en droit et de citer la jurisprudence sur laquelle il se fonde : c'est souvent là que l'argument « parking privé » s'effondre.
Étape 7 — Faire appel à un avocat spécialisé
Dès réception de votre déclaration, l'assureur cherche généralement à minimiser vos blessures et à organiser une expertise à son avantage. Un avocat en dommage corporel peut obtenir une provision (avance avant la fin de la procédure), organiser une contre-expertise médicale indépendante et négocier avec l'assureur en position de force. La première consultation est gratuite.
Étape 8 — Suivre le dossier jusqu'à la consolidation
L'indemnisation définitive ne se règle qu'après consolidation (stabilisation médicale de votre état). D'ici là, veillez à ce que tous les postes de la nomenclature Dintilhac soient évalués : souffrances endurées, déficit fonctionnel, préjudice esthétique, pertes de revenus, tierce personne, etc. Une offre présentée avant consolidation est presque toujours sous-évaluée.
Délit de fuite ou conducteur non assuré : le rôle du FGAO
Si le conducteur prend la fuite, il commet un délit de fuite (art. 434-10 du Code pénal, repris à l'art. L231-1 du Code de la route), puni de 3 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. Vos démarches : déposer plainte, demander les vidéos pour identifier le véhicule, puis saisir le FGAO (Fonds de garantie des assurances obligatoires), qui indemnise les victimes lorsque l'auteur est inconnu, non assuré ou insolvable.
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Situation |
Délai pour saisir le FGAO |
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Auteur non identifié (délit de fuite) |
3 ans à compter de l'accident |
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Auteur identifié mais non assuré |
5 ans à compter de l'accident |
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Préjudice matériel seul |
1 an |
Adresse : FGAO, 64 rue Defrance, 94682 Vincennes Cedex. À noter : le FGAO intervient pour les accidents survenus dans un lieu ouvert à la circulation — ce qui couvre, en pratique, les parkings de supermarchés et de centres commerciaux.
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💡 Pour aller plus loin Comment fonctionne le délit de fuite et qui paie • Les aides aux victimes et le Fonds de garantie • Que faire si l'autre conducteur ment sur les faits |
Vos questions les plus fréquentes
La loi Badinter s'applique-t-elle vraiment sur tous les parkings ?
Sur les parkings ouverts à la circulation (supermarchés, centres commerciaux, hôpitaux, gares), oui dans la très grande majorité des cas. Le critère déterminant est le fait de circulation impliquant un véhicule, non le statut public ou privé du terrain. Seuls les lieux réellement impropres à la circulation, ou les actes volontaires, échappent à la loi.
Renversé sur le parking de Carrefour ou Leclerc : que faire en premier ?
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Appeler les secours (15 ou 18) en cas de blessures.
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Prendre des photos (lieu, véhicule, plaque, blessures).
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Demander par écrit la conservation des vidéos au gérant.
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Relever les coordonnées des témoins.
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Consulter un médecin sous 24 h pour le certificat initial.
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Contacter un avocat spécialisé. Et surtout : ne rien signer sur place.
L'assureur dit que « ce n'est pas un accident de la circulation » : a-t-il raison ?
Le plus souvent, non. C'est l'argument classique pour réduire l'indemnisation. La 2e chambre civile juge de façon constante que les parkings ouverts au public sont des lieux de circulation. Demandez à l'assureur de motiver sa position en droit.
Je n'ai pas de témoin : puis-je quand même être indemnisé ?
Oui. L'absence de témoin ne supprime pas vos droits. Vous disposez d'autres preuves : vidéosurveillance, procès-verbal, certificats médicaux, traces sur les véhicules et photos du lieu.
Le conducteur est parti sans laisser ses coordonnées : que faire ?
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Déposer plainte immédiatement pour délit de fuite.
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Demander les vidéos pour tenter d'identifier le véhicule.
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Saisir le FGAO (3 ans pour un auteur non identifié).
Victime d'un accident sur un parking ? Faites le point sur vos droits
Le cabinet de Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate en dommage corporel à Lille et Paris, est exclusivement dédié à la réparation du préjudice corporel, au service des victimes. Provision, contre-expertise médicale indépendante, évaluation de l'ensemble de vos préjudices : nous vous accompagnons à chaque étape.
Consultation gratuite et sans engagement — 06 84 28 25 95.
Références
Textes de loi
- Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 (loi Badinter), article 1er.
- Code des assurances : art. L113-2 (déclaration du sinistre) ; art. L421-1 (intervention du FGAO).
- Code pénal, art. 434-10 (délit de fuite), repris à l'art. L231-1 du Code de la route.
- Code de procédure civile, art. 9 (charge de la preuve) et art. 145 (mesures d'instruction avant tout procès).
- Code civil, art. 1240 (ancien art. 1382) — responsabilité civile de droit commun.
Jurisprudence (2e chambre civile de la Cour de cassation, jurisprudence constante)
- Cass. 2e civ., 22 novembre 1995 — le stationnement, en lieu privé ou public, n'écarte pas la loi.
- Cass. 2e civ., 14 décembre 2000 — circulation dans les centres commerciaux ouverts au public.
- Cass. 2e civ., 7 mai 2002 — marche arrière en parking souterrain : accident de la circulation.
- Cass. 2e civ., 15 mars 2001 — incendie volontaire d'un véhicule : hors loi de 1985 (absence d'événement fortuit).
Doctrine
- Y. Lambert-Faivre & S. Porchy-Simon, Droit du dommage corporel — Systèmes d'indemnisation, Dalloz, coll. Précis, 9e édition.
- Ph. Le Tourneau (dir.), Droit de la responsabilité et des contrats, Dalloz Action.
- Rapport Dintilhac (2005) — nomenclature des préjudices corporels.



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