Ce que les proches doivent savoir — et faire — immédiatement
Votre conjoint, votre enfant, votre parent vient d'avoir un accident grave. Vous êtes sous le choc. Vous ne savez pas par où commencer. Tout semble urgent, tout est flou.
Ce guide est fait pour vous. Il n'est pas question ici de droit complexe ou de procédures techniques. Il s'agit de vous donner, heure par heure, les bons réflexes pour protéger votre proche — et vous — dans ce moment que personne n'est jamais vraiment préparé à vivre.
Les 72 premières heures après un accident grave sont décisives. Certaines erreurs, commises de bonne foi dans l'urgence, peuvent compliquer considérablement la suite — notamment l'indemnisation à laquelle la victime a droit. Ce guide vous aide à les éviter.
|
📌 À qui s'adresse ce guide ? |
|
À tous les proches d'une personne gravement blessée dans un accident de la route ou un AVP (accident de voie publique) : renversement d'un piéton, accident de vélo, collision en voiture, accident de moto, choc entre un véhicule et un cycliste... |
|
Vous êtes le conjoint, le parent, l'enfant, le frère ou la sœur de la victime. Vous n'êtes pas blessé physiquement, mais vous êtes en première ligne. Ce guide est pour vous. |

PHASE 1 — Dans les premières heures (H0 à H6)
1. Ne restez pas seul avec la nouvelle
Appelez immédiatement un proche en qui vous avez confiance — un ami, un autre membre de la famille — pour qu'il vous rejoigne physiquement si possible. Vous allez devoir prendre des décisions importantes alors que vous êtes sous le choc : il vous faut quelqu'un à vos côtés.
Ne conduisez pas si vous êtes en état de choc. C'est une évidence que l'on oublie dans la précipitation. Faites-vous conduire à l'hôpital.
2. À l'hôpital : votre droit à l'information
En arrivant à l'hôpital, vous allez peut-être vous heurter au secret médical. Les soignants ne peuvent pas toujours vous donner des détails sur l'état de votre proche si vous n'êtes pas légalement reconnu comme « personne de confiance ».
Voici ce que vous pouvez faire concrètement :
-
Si vous êtes le conjoint ou un parent direct : identifiez-vous clairement. Le personnel médical peut vous informer de façon générale sur l'état de santé.
-
Demandez à parler au médecin responsable ou au chef de service, pas seulement aux infirmiers.
-
Demandez à être désigné comme personne de confiance si ce n'est pas déjà fait dans les papiers de votre proche.
-
Notez le nom du service, le numéro de chambre, les noms des médecins que vous rencontrez.
|
📌 Bon à savoir — Le secret médical n'est pas absolu |
|
La loi permet aux médecins d'informer les proches d'un patient dans le coma ou hors d'état d'exprimer sa volonté. Si vous rencontrez des difficultés, demandez à parler au médecin responsable (et non au personnel soignant) en précisant clairement votre lien avec la victime. |
|
Si votre proche est conscient, il peut lui-même désigner une personne de confiance par écrit, à tout moment pendant son hospitalisation. |
3. La police ou la gendarmerie va vous contacter
Les forces de l'ordre peuvent vous appeler pour recueillir votre témoignage, notamment si vous étiez présent sur les lieux ou si vous êtes le représentant légal de la victime.
Soyez factuel, précis, et n'interprétez pas. Racontez ce que vous avez vu, pas ce que vous pensez qu'il s'est passé. Une déclaration approximative peut être utilisée contre les intérêts de votre proche.
Vous pouvez tout à fait demander à ce que votre audition soit repoussée de quelques heures si vous êtes en état de choc. C'est votre droit.
|
📌 Bon à savoir — Le dépôt de plainte |
|
Faut-il déposer plainte immédiatement ? Pas nécessairement dans les toutes premières heures. Mais si votre proche est victime d'un tiers (conducteur, autre véhicule), le dépôt de plainte viendra sécuriser ses droits à indemnisation. Lire notre article : la plainte est-elle obligatoire pour être indemnisé ? |
PHASE 2 — Dans les 24 premières heures (H6 à H24)
4. Déclarez l'accident à l'assurance — mais attention à ce que vous dites
La loi impose de déclarer un accident à son assureur dans les 5 jours ouvrés (pour un accident de la route). Mais dans la pratique, l'assurance adverse peut vous appeler bien avant, parfois dans les heures qui suivent.
C'est le moment le plus dangereux. Des assureurs peu scrupuleux profitent de l'état de choc des proches pour recueillir des déclarations qui minimiseront ensuite l'indemnisation de la victime. Voici comment vous protéger :
-
Ne signez rien dans les premières 24 à 48 heures, quel que soit l'empressement de l'assureur.
-
Ne déclarez pas spontanément des éléments sur la vitesse, le comportement de votre proche au moment de l'accident — vous n'étiez peut-être pas présent.
-
Contentez-vous de déclarer les faits bruts : la date, le lieu, l'identité de la victime.
-
Notez le nom de l'interlocuteur, son numéro, le numéro de dossier qui vous est attribué.
-
Si l'assurance adverse vous contacte (celle du conducteur fautif), vous n'avez aucune obligation de leur parler à ce stade. Vous pouvez simplement dire que vous êtes accompagné d'un avocat.
|
📌 Bon à savoir — La transaction précoce : le piège classique |
|
Certains assureurs proposent une indemnisation rapide, parfois dès les premières semaines. Cette offre semble tentante quand on est épuisé et dans le besoin. Mais elle est presque toujours très inférieure à ce à quoi la victime a réellement droit. |
|
Une fois signée, une transaction est très difficile à remettre en cause. Ne signez jamais rien sans avis d'un avocat spécialisé. En savoir plus sur les pièges des transactions → |
5. Commencez à rassembler les preuves — dès maintenant
Même si vous n'en voyez pas encore l'utilité, les preuves rassemblées dans les premiers jours seront précieuses pour l'indemnisation. Voici ce qu'il faut faire :
-
Photographies : si vous avez accès aux lieux de l'accident, photographiez (ou demandez à quelqu'un de le faire). Dégâts sur les véhicules, état de la route, signalisation...
-
Témoins : recueillez les coordonnées des témoins présents. Leurs déclarations pourront être déterminantes.
-
Documents médicaux : conservez tous les documents hospitaliers — ordonnances, comptes rendus, factures. Demandez une copie du dossier médical dès que possible (vous y avez droit).
-
Rapport de police : demandez une copie du procès-verbal. Vous pouvez en faire la demande au commissariat ou à la gendarmerie concernée.
-
Arrêt de travail des proches aidants : si vous devez vous arrêter de travailler pour vous occuper de la victime, signalez-le à votre médecin et conservez tous les justificatifs — ces préjudices sont indemnisables.
|
📌 Bon à savoir — Votre propre préjudice en tant que proche |
|
En droit français, les proches d'une victime gravement blessée sont eux-mêmes reconnus comme victimes : on les appelle victimes par ricochet. Votre propre souffrance, vos pertes de revenus, le bouleversement de votre vie quotidienne peuvent être indemnisés. Tout savoir sur l'indemnisation des victimes par ricochet → |
6. Prévenez l'employeur et organisez l'absence
Si la victime est salariée, son employeur doit être informé rapidement de son absence. En cas de blessures graves, l'arrêt de travail peut durer des mois.
-
Prévenez l'employeur par tout moyen (téléphone, puis confirmation écrite).
-
Demandez à la victime ou à son employeur de transmettre les justificatifs d'arrêt de travail à la CPAM.
-
Conservez tous les bulletins de salaire des mois précédant l'accident : ils serviront de base de calcul pour l'indemnisation de la perte de revenus.
-
Si votre proche est travailleur indépendant, artisan ou chef d'entreprise, signalez-le à votre avocat dès le début : le calcul du préjudice économique est plus complexe mais tout aussi indemnisable.
PHASE 3 — Entre H24 et H72 : sécuriser l'avenir
7. Consultez un avocat spécialisé — c'est maintenant qu'il faut le faire
On pense souvent que l'avocat intervient « plus tard, quand ça sera nécessaire ». C'est une erreur courante, et souvent coûteuse.
Consulter un avocat spécialisé en dommage corporel dès les premières 72 heures permet de :
-
Sécuriser les déclarations faites à l'assurance.
-
Demander une provision d'urgence à l'assureur — une avance sur indemnisation pour faire face aux dépenses immédiates (hospitalisation, matériel médical, aide à domicile).
-
Éviter les erreurs qui réduiraient l'indemnisation finale.
-
Être accompagné lors de l'expertise médicale, qui est souvent l'étape clé de l'indemnisation.
-
Évaluer l'ensemble des préjudices — ceux de la victime directe et les vôtres en tant que proche.
|
📌 Bon à savoir — L'avocat n'est pas réservé aux riches |
|
Les honoraires d'un avocat spécialisé en dommage corporel sont le plus souvent pris en charge par l'assurance adverse, en cas d'accident impliquant un tiers responsable. Dans de nombreux cas, votre assurance habitation ou auto peut aussi inclure une garantie protection juridique qui couvre les frais. Voir le détail de nos honoraires → |
8. Demandez une provision d'urgence à l'assureur
Les premiers jours et semaines après un accident grave génèrent des dépenses importantes : matériel médical, déplacements à l'hôpital, aide à domicile, adaptation du logement... L'indemnisation définitive prend du temps, mais vous pouvez obtenir une avance.
Cette avance s'appelle une provision. Elle peut être demandée directement à l'assureur adverse, ou au juge si l'assureur refuse ou tarde. Un avocat peut vous aider à l'obtenir rapidement.
|
📌 Bon à savoir — La provision peut être obtenue rapidement |
|
En savoir plus sur les provisions → La provision peut être demandée dès les premières semaines après l'accident. Elle n'engage pas la victime sur le montant final de son indemnisation. Elle peut couvrir les frais médicaux, les pertes de revenus, ou les dépenses d'adaptation du domicile. |
9. Prenez soin de vous
Ce conseil peut sembler secondaire face à l'urgence. Il ne l'est pas.
Les proches de victimes graves traversent souvent un état de choc prolongé qui peut évoluer vers un syndrome de stress post-traumatique. Les médecins, assistants sociaux et psychologues des services hospitaliers peuvent vous orienter vers des ressources de soutien.
Votre propre santé psychologique est aussi un préjudice indemnisable, à condition d'en garder les traces (consultations, prescriptions, arrêts de travail éventuels).
|
📌 Bon à savoir — L'association d'aide aux victimes |
|
Le réseau France Victimes (numéro national : 116 006, gratuit et disponible 7j/7) peut vous orienter vers une association locale d'aide aux victimes, qui vous accompagnera dans vos démarches administratives et psychologiques — gratuitement et rapidement. |
Récapitulatif : votre checklist des 72 heures
Dans les 6 premières heures
-
✅ Faire venir un proche de confiance à vos côtés
-
✅ Se rendre à l'hôpital et demander à parler au médecin responsable
-
✅ Notez tout : noms des soignants, numéro de service, informations reçues
-
✅ Si interrogé par la police : rester factuel, ne pas interpréter
Entre H6 et H24
-
✅ Déclarer l'accident à l'assurance — sans signer ni faire de déclarations spontanées
-
✅ Ne pas répondre aux appels de l'assurance adverse sans préparation
-
✅ Rassembler les premières preuves (photos, témoins, documents médicaux)
-
✅ Prévenir l'employeur de la victime
-
✅ Demander le rapport de police
Entre H24 et H72
-
✅ Contacter un avocat spécialisé en dommage corporel
-
✅ Demander une provision à l'assureur adverse
-
✅ Conserver tous les justificatifs de dépenses
-
✅ Consulter un médecin si vous êtes vous-même en état de choc
FAQ — Les questions que vous vous posez en ce moment
|
❓ L'assurance du conducteur fautif me contacte déjà. Que dois-je répondre ? |
|
Vous n'êtes pas obligé de leur parler immédiatement. Vous pouvez simplement indiquer que vous êtes accompagné d'un conseil. Ne faites aucune déclaration spontanée et ne signez rien. L'assureur adverse n'est pas de votre côté : son rôle est de limiter l'indemnisation de la victime. |
|
❓ Mon proche est dans le coma. Puis-je agir en son nom ? |
|
Oui, si vous êtes son conjoint ou son représentant légal. Dans les situations les plus graves, une mesure de protection juridique (tutelle ou curatelle) peut être nécessaire pour représenter la victime dans les actes juridiques. Un avocat peut vous accompagner dans cette démarche. En savoir plus sur vos droits en tant que proche → |
|
❓ Est-ce que je peux réclamer une indemnisation pour moi, en tant que proche ? |
|
Oui, absolument. Les proches d'une victime grave ont leurs propres droits à indemnisation : le préjudice d'affection (la souffrance morale), les pertes de revenus si vous avez arrêté de travailler pour vous occuper de votre proche, les frais de déplacement, le bouleversement de votre vie quotidienne... Découvrir l'indemnisation des victimes par ricochet → |
|
❓ Faut-il absolument un avocat, ou peut-on se débrouiller seul ? |
|
Techniquement, aucune loi n'oblige à être assisté d'un avocat. Mais en pratique, les victimes accompagnées d'un avocat spécialisé sont indemnisées en moyenne deux à trois fois plus que celles qui font face seules à l'assureur. L'assureur dispose de médecins-conseils et de juristes aguerris. L'avocat rééquilibre ce rapport de force. Lire : faut-il vraiment un avocat après un accident ? → |
|
❓ Combien de temps dure la procédure d'indemnisation ? |
|
Tout dépend de la gravité des blessures. Pour un accident grave, l'état de la victime doit être "consolidé" (stabilisé) avant que l'indemnisation définitive puisse être calculée. Ce processus peut prendre de quelques mois à plusieurs années. C'est pourquoi la demande de provision dès le début est si importante : elle permet de faire face financièrement pendant cette période. |
|
❓ L'assureur parle d'une expertise médicale. Que doit-on savoir ? |
|
L'expertise médicale est l'étape la plus importante de l'indemnisation : c'est elle qui détermine le taux de séquelles et l'étendue des préjudices. Le médecin expert est mandaté par l'assureur — il ne défend pas les intérêts de la victime. Il est essentiel que la victime soit accompagnée d'un médecin de recours et d'un avocat lors de cette expertise. Tout savoir sur l'expertise médicale → |
|
❓ L'accident a eu lieu à l'étranger. Les règles sont-elles les mêmes ? |
|
Non, les règles peuvent différer selon le pays. En Europe, des dispositifs spécifiques existent pour faciliter l'indemnisation des victimes d'accidents impliquant des véhicules étrangers. Un avocat spécialisé peut vous guider dans ces situations particulières. En savoir plus sur les accidents impliquant un véhicule étranger → |
|
❓ La victime n'avait pas sa ceinture / son casque. Est-elle quand même indemnisée ? |
|
Oui, mais le montant de l'indemnisation peut être réduit en proportion de la faute de la victime. Cette réduction n'est cependant pas automatique et doit être prouvée par l'assureur. Lire notre article sur ce sujet → |
Vous traversez cette épreuve en ce moment ?
Ne restez pas seul face aux assureurs. Un premier contact avec notre cabinet est sans engagement.
→ Contacter le cabinet JMP Avocat Indemnisation
Maître Joëlle Marteau-Pérétié — Avocate spécialisée en dommage corporel et droit des assurances, exerçant à Lille et Paris.
L'indemnisation des victimes d'accident corporel →


Ajouter un commentaire :
Pour commenter cet article vous devez vous authentifier. Si vous n'avez pas de compte, vous pouvez en créer un.