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Perte de gains professionnels : L'indemnisation de la victime sans emploi ou scolarisée

Indemnisation victime sans emploi

Comment indemniser la perte de revenus d'une victime qui n'en avait pas encore ? C'est toute la difficulté du préjudice professionnel du mineur, de l'étudiant ou du jeune sans activité : il faut reconstruire une carrière qui n'a jamais commencé, pour chiffrer ce que l'accident en a retranché.

Le rapport Dintilhac l'a prévu : pour les jeunes victimes ne percevant pas de gains professionnels à la date du dommage, la perte de gains futurs se répare par une indemnisation par estimation. Toute la bataille se joue alors sur le salaire de référence retenu — et la jurisprudence offre à la victime plusieurs étages d'argumentation, du SMIC plancher jusqu'au salaire de la profession que ses études lui promettaient.

💡 Bon à savoir : cette page concerne la victime sans parcours professionnel. Si vous étiez demandeur d'emploi au moment de l'accident, votre situation est différente — vous avez un passé professionnel, des allocations, des perspectives documentées : consultez notre article dédié Chômeur accidenté : vos droits à indemnisation.

Le principe : un préjudice certain, pas un préjudice hypothétique

Face à une victime sans activité, les compagnies d'assurances tentent régulièrement de réduire, voire d'écarter, le poste professionnel au motif qu'il serait « virtuel ». La Cour de cassation a fermé cette porte de longue date. Dans un arrêt publié du 25 juin 2015 (Cass. 2e civ., n° 14-21.972), à propos d'une victime de 18 ans qui n'était ni salariée ni étudiante au moment des faits, elle approuve les juges d'avoir retenu :

« il est évident qu'à 18 ans, celle-ci n'était pas destinée à rester inactive toute sa vie et qu'elle pouvait au moins prétendre à un salaire équivalent au SMIC, qu'elle était une bonne élève […] il résulte qu'elle avait un potentiel et qu'elle pouvait prétendre à un emploi rémunéré […] la cour n'a pas réparé un préjudice virtuel et hypothétique ».

Précision utile : dans cette affaire, l'indemnité allouée réparait l'incidence professionnelle du dommage — la preuve que chez le jeune qui n'a jamais travaillé, ce poste aussi se défend, et que le raisonnement du « potentiel » irrigue l'ensemble des postes professionnels. Cette décision est très régulièrement reprise par les juridictions du fond.

Les quatre étages du salaire de référence

Référence invocableCe qu'il faut démontrerAppui
Le SMIC — le plancherLe simple potentiel d'occuper un emploi : la victime n'était pas destinée à l'inactivitéCass. 2e civ., 25 juin 2015, n° 14-21.972 (publié)
Le salaire moyen français (INSEE)Que rien ne cantonne la profession accessible au niveau du SMIC — le juge doit s'en expliquer s'il refuseCass. 2e civ., 8 mars 2018, n° 17-10.142
Le salaire de la profession visée, pondéré par une perte de chanceUn cursus engagé vers un métier identifié et un niveau scolaire rendant la réussite probableCass. 2e civ., 16 sept. 2021, n° 20-10.712
Le milieu familial (fratrie, parents)Des revenus comparables dans la famille proche, comme indice de la trajectoire probable — les juges du fond l'admettent, pondéré par un taux de perte de chancePratique des juridictions du fond

Ces étages ne s'excluent pas : ils se plaident en cascade, du plus sûr au plus ambitieux, pièces à l'appui. Le choix du bon étage — et sa démonstration — pèse des dizaines de milliers d'euros une fois la perte capitalisée sur une vie entière : la mécanique de calcul de la perte de gains professionnels (revenu de référence, capitalisation, imputation) est détaillée sur la page dédiée.

SMIC, salaire moyen, profession visée : comment la jurisprudence a monté les marches

Le SMIC n'est qu'un plancher

Le réflexe des régleurs est de proposer, au mieux, une base SMIC. La Cour de cassation a jugé que ce réflexe ne peut pas devenir une règle : dans l'arrêt du 8 mars 2018 (n° 17-10.142), elle censure une cour d'appel qui avait limité la perte de gains futurs d'une jeune victime à la base du SMIC sans expliquer pourquoi la profession à laquelle elle pouvait accéder ne lui aurait pas procuré davantage, alors qu'était invoqué le salaire moyen français établi par l'INSEE. Le message est clair : si le dossier documente mieux que le SMIC, le juge doit répondre à l'argument.

Les études interrompues fixent la cible

Quand l'accident brise un cursus déjà orienté vers un métier, la référence monte encore. Dans l'arrêt du 16 septembre 2021 (n° 20-10.712), la Cour de cassation valide l'indemnisation d'une étudiante de 20 ans, entrée en deuxième année de psychologie et devenue inapte à toute activité : les juges ont retenu 60 % de chances d'accéder à un emploi rémunéré au niveau du salaire de psychologue clinicienne, la profession à laquelle ses études la préparaient. L'appréciation du taux relève du pouvoir souverain des juges du fond — c'est donc la qualité du dossier scolaire qui fait le pourcentage.

Le milieu familial comme indice

Les juridictions du fond acceptent enfin de regarder l'environnement de la victime : pour un enfant accidenté très jeune, les revenus des frères et sœurs aînés ou des parents peuvent servir d'indice de la trajectoire qui s'annonçait, là encore pondéré par un taux de perte de chance tenant compte du parcours réel de l'intéressé — scolarité antérieure, difficultés éventuelles, formation suivie après l'accident.

Votre enfant ou vous-même avez été victime avant d'entrer dans la vie active ? Contactez le cabinet au 06 84 28 25 95 pour faire évaluer le salaire de référence défendable dans votre dossier.

Trois postes à ne pas confondre chez la jeune victime

La nomenclature Dintilhac consacre plusieurs postes professionnels distincts, et l'arrêt du 8 mars 2018 rappelle expressément que le préjudice scolaire, universitaire ou de formation n'est pas inclus dans la perte de gains professionnels futurs : les années d'études perdues se réparent à part, et les postes se cumulent.

PosteCe qu'il répare chez le jeuneLa page qui le détaille
Perte de gains professionnels futursLes revenus que la carrière empêchée aurait procurésLe préjudice professionnel et ses postes
Incidence professionnelleLa dévalorisation sur le marché du travail, la pénibilité, la retraite — admise même pour qui n'a jamais travaillé (n° 14-21.972)L'incidence professionnelle
Préjudice scolaire, universitaire ou de formationLes années d'études perdues, le retard ou la renonciation à une formationLe préjudice scolaire et universitaire

Pour les démarches propres au statut d'étudiant (sécurité sociale étudiante, stages, année de césure forcée), voyez notre article Accident corporel d'un étudiant : indemnisation et droits ; et pour l'ensemble des préjudices de l'enfant victime, la page L'indemnisation des enfants victimes d'accident.

Ce qu'il faut prouver — et avec quelles pièces

Tout repose sur la démonstration du potentiel : bulletins et livrets scolaires, attestations d'enseignants ou du chef d'établissement (dans l'arrêt de 2015, l'attestation du directeur de lycée a pesé), diplômes obtenus ou cursus entamé, inscriptions aux concours, contrats d'apprentissage, stages. Ces pièces se rassemblent tôt et méthodiquement : notre guide pour constituer un dossier d'indemnisation solide en donne la méthode.

L'essentiel à retenir

  • Ne jamais accepter l'argument du préjudice « hypothétique » : la jurisprudence l'écarte depuis 2015 au moins.
  • Le SMIC est un plancher, jamais un plafond imposé.
  • Le salaire moyen INSEE se réclame — le juge doit s'expliquer s'il le refuse.
  • Des études orientées vers un métier permettent de viser le salaire de cette profession, pondéré par une perte de chance.
  • PGPF, incidence professionnelle et préjudice scolaire sont trois postes cumulables.
  • Le dossier scolaire fait le montant : conservez tout.

FAQ – La perte de gains de la victime sans emploi

Une victime qui n'a jamais travaillé peut-elle être indemnisée d'une perte de gains professionnels ?

Oui. La Cour de cassation juge qu'indemniser une jeune victime sans activité au moment des faits ne répare pas un préjudice virtuel : à 18 ans, personne n'est destiné à rester inactif toute sa vie, et la victime peut au moins prétendre à un salaire équivalent au SMIC. Le rapport Dintilhac prévoit expressément, pour les jeunes victimes, une indemnisation par estimation.

L'assureur peut-il limiter le calcul au SMIC ?

Non, pas systématiquement. Le SMIC est un plancher, pas un plafond : la Cour de cassation a censuré une cour d'appel qui s'en tenait au SMIC sans expliquer pourquoi la profession accessible à la victime ne lui aurait pas procuré davantage, alors que celle-ci invoquait le salaire moyen français établi par l'INSEE.

Comment est indemnisé un étudiant dont les études ont été interrompues par l'accident ?

Le juge peut se référer au salaire de la profession à laquelle les études préparaient, pondéré par un taux de perte de chance apprécié selon le niveau scolaire et l'avancement du cursus. La Cour de cassation a ainsi validé une indemnisation calculée sur 60 % de chances d'accéder au salaire de psychologue clinicienne pour une étudiante entrée en deuxième année.

Le préjudice scolaire est-il inclus dans la perte de gains professionnels futurs ?

Non : ce sont deux postes distincts de la nomenclature Dintilhac. Le préjudice scolaire, universitaire ou de formation répare les années d'études perdues et le retard de formation ; la perte de gains professionnels futurs répare les revenus que la carrière aurait procurés. Ils peuvent se cumuler, et chacun a sa page dédiée sur ce site.

Quelles pièces réunir pour prouver le potentiel professionnel d'un jeune ?

Bulletins et livrets scolaires, attestations d'enseignants ou du chef d'établissement, diplômes obtenus ou cursus entamé, inscriptions et résultats aux concours, contrats d'apprentissage ou stages, tout élément documentant le projet professionnel. C'est sur ces pièces que le juge apprécie la carrière probable et le taux de perte de chance.

Bibliographie

  • Rapport du groupe de travail chargé d'élaborer une nomenclature des préjudices corporels (groupe Dintilhac, juillet 2005) : indemnisation par estimation des jeunes victimes sans gains professionnels à la date du dommage
  • Cass. 2e civ., 25 juin 2015, n° 14-21.972, publié au bulletin (le préjudice professionnel du jeune sans activité n'est ni virtuel ni hypothétique ; référence au SMIC)
  • Cass. 2e civ., 8 mars 2018, n° 17-10.142 (salaire moyen INSEE invocable ; le préjudice scolaire n'est pas inclus dans la PGPF)
  • Cass. 2e civ., 16 septembre 2021, n° 20-10.712 (perte de chance de 60 % d'accéder au salaire de la profession visée par les études ; appréciation souveraine des juges du fond)

 

 

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