JMP - Avocat

Téléphone icône facebook icône contact icône login

Qui paye la défense des victimes de dommages corporels ?

Beaucoup de victimes renoncent à contester l'offre de leur assureur par crainte des frais à engager. Ce raisonnement repose sur un malentendu : dans un dossier de dommage corporel, l'essentiel des sommes avancées ne sort pas définitivement de votre patrimoine. Certaines sont à la charge de l'assureur, d'autres constituent une avance récupérable, et une seule catégorie reste réellement à votre charge. Voici, poste par poste, qui paye quoi, à quel moment, et comment cela vous revient.

À lire : Défense des victimes : Réagir vis-à-vis des acteurs de l'indemnisation

À lire : Indemnisation des accidentés : Avocat ou pas avocat ? La différence chiffrée qui fait tout !

Pourquoi les frais que vous avancez ne sont pas de l'argent perdu

Négocier avec l'assureur

Trois mécanismes expliquent pourquoi le rapport entre ce que coûte une défense et ce qu'elle rapporte penche presque toujours du même côté. Aucun ne relève de la promesse commerciale : ce sont des règles de droit et une structure de rémunération.

1. Le mécanisme des frais divers

La nomenclature Dintilhac prévoit un poste de préjudice appelé frais divers. Il couvre notamment les honoraires du médecin que vous choisissez pour vous assister à l'expertise, et les frais engagés pour constituer votre dossier médical. Ces dépenses ne sont donc pas une charge sèche : elles deviennent un poste indemnisable de plus dans votre réclamation. Vous les avancez, votre avocat les réclame, et elles sont liquidées avec le reste de vos préjudices.

À lire : Frais médicaux complémentaires et frais divers : ce que l'assureur doit prendre en charge

💡 Bon à savoir : les frais divers ne se réclament que s'ils sont justifiés. Conservez systématiquement les factures d'honoraires médicaux, les frais de déplacement vers les consultations et les examens, les frais de garde ou d'aide à domicile engagés pendant votre incapacité. Un poste non documenté est un poste perdu, quelle que soit sa réalité.

2. Une convergence d'intérêts, pas un pari

L'avocat en droit du dommage corporel travaille le plus souvent sur une base mixte : un honoraire correspondant à ses diligences, complété par un honoraire de résultat calculé sur l'indemnisation obtenue. Cette structure est encadrée par l'article 10 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 : la convention d'honoraires doit être écrite, et une rémunération fixée exclusivement en fonction du résultat judiciaire est interdite.

La conséquence est directe pour vous : votre conseil n'a aucun intérêt à engager une procédure qui ne vous rapporterait rien. Il n'accepte un dossier que s'il est convaincu que la réclamation est fondée et que l'offre de l'assureur est inférieure à ce que vous pouvez obtenir. Il en va de même du médecin de victime, dont l'intervention n'a de sens que si l'évaluation médico-légale peut être améliorée.

3. L'absence d'aléa sur l'essentiel du coût

L'expertise du médecin de l'assureur ne vous coûte rien : elle est à sa charge. En cas d'expertise judiciaire, la somme que vous versez au greffe est une provision, pas un paiement. Et les honoraires du médecin de victime relèvent des frais divers. Autrement dit, le risque financier réel de votre dossier ne porte que sur une fraction de son coût total — celle que le tableau ci-dessous isole.

Qui paye quoi : le tableau complet

Ce tableau distingue trois choses que l'on confond souvent : qui supporte le coût, qui l'avance, et par quel canal il vous revient.

Poste Qui supporte le coût Vous l'avancez ? Comment il vous revient
Expertise du médecin de l'assureur L'assureur Non Sans objet
Votre médecin de victime (expertise amiable) Vous, puis l'assureur Oui Poste « frais divers » de votre indemnisation
Expertise judiciaire (consignation) La partie perdante Oui, si le juge vous désigne Dépens (art. 695, 4° et 696 CPC)
Sapiteur désigné par l'expert judiciaire La partie perdante Non, la mission l'englobe Dépens
Spécialiste consulté avant l'expertise Vous, puis l'assureur Oui Frais divers, si le lien avec l'accident est établi
Honoraires d'avocat Vous Partiellement Honoraire de résultat prélevé sur l'indemnisation

Une distinction décisive et rarement expliquée : seule la rémunération du technicien commis par le juge entre dans les dépens de l'article 695 du code de procédure civile, dont la liste est limitative. Le médecin que vous mandatez vous-même n'en relève pas — il passe par les frais divers de votre indemnisation. Les deux canaux existent, ils ne se confondent pas, et confondre les deux fait perdre un poste de réclamation.

Cette répartition en trois catégories — ce que l'assureur paye directement, ce que vous avancez et récupérez dans votre indemnisation, ce que vous avancez et qui suit le sort de la procédure — se lit d'un coup d'œil :

Qui paye la défense d'une victime de dommage corporel : les frais à la charge de l'assureur, ceux que vous avancez et récupérez au titre des frais divers, et ceux qui relèvent des dépens
Qui paye votre défense : ce que l'assureur prend en charge, ce que vous avancez et récupérez, ce qui dépend de l'issue de la procédure.

L'expertise de l'assureur : rien à débourser

Quel que soit le type d'accident subi, la victime ne paye pas les prestations du médecin mandaté par la compagnie. Celle-ci a l'obligation de convoquer la victime à son expertise médicale, soit avant la consolidation pour le versement de provisions, soit au moment de la consolidation (stabilisation médico-légale des blessures) en vue de l'indemnisation définitive.

Cette gratuité s'accompagne d'obligations d'information précises. L'article L. 211-10 du code des assurances impose à l'assureur, dès sa première correspondance et à peine de nullité relative de la transaction, de rappeler à la victime qu'elle peut se faire assister d'un avocat et, en cas d'examen médical, d'un médecin. L'article R. 211-43 ajoute qu'il doit l'aviser quinze jours au moins avant l'examen, en indiquant l'identité et les titres du médecin désigné. Ces obligations prolongent le dispositif issu de la loi Badinter.

À lire : La notice que l'assureur doit joindre à sa première lettre

Le médecin de victime : vous l'avancez, il vous revient

Trop peu de victimes le savent : vous pouvez être assistée lors de votre expertise, plutôt que de vous retrouver seule face au médecin de la compagnie. Attention toutefois à une confusion fréquente : la loi oblige l'assureur à vous informer de ce droit, elle ne l'oblige pas à payer le médecin que vous choisissez. Deux situations sont à distinguer :

  • Soit vous acceptez un médecin de recours proposé par l'assureur : vous n'avancez rien, mais son indépendance à votre égard n'est pas garantie.
  • Soit vous faites appel à un médecin de victime indépendant : vous avancez ses honoraires, et vous les réclamez ensuite au titre des frais divers.

Cette avance est le meilleur investissement du dossier, parce qu'elle intervient au moment où tout se joue : le rapport d'expertise fixe les taux et les postes qui serviront de base à toute l'indemnisation. Une cotation obtenue à ce stade vaut bien davantage qu'une contestation ultérieure.

À lire : Médecin-conseil de victimes indépendant : pourquoi il change l'issue de l'expertise

L'expertise judiciaire : une consignation, pas un paiement

Quand l'expertise amiable ne débouche sur aucun accord, ni sur les montants ni sur l'existence même de certains préjudices, il est d'usage de solliciter une expertise judiciaire, confiée à un expert figurant sur la liste d'une cour d'appel.

Le juge qui l'ordonne fixe une provision à valoir sur la rémunération de l'expert, aussi proche que possible de sa rémunération définitive prévisible, et désigne la ou les parties qui devront la consigner au greffe (article 269 du code de procédure civile). En matière de dommage corporel, cette consignation se situe le plus souvent entre 750 et 1 500 euros selon la complexité de la mission. Deux points méritent d'être connus :

  • À défaut de consignation dans le délai imparti, la désignation de l'expert devient caduque, sauf prorogation ou relevé de caducité accordé par le juge à la partie qui justifie d'un motif légitime (article 271).
  • Une provision complémentaire peut être demandée en cours d'expertise si la provision initiale se révèle manifestement insuffisante (article 280).

Cette somme n'est pas perdue : la rémunération des techniciens figure parmi les dépens (article 695, 4°), et la partie perdante est condamnée aux dépens, sauf décision motivée du juge (article 696).

À lire : Expertise judiciaire : ce qu'elle change dans un dossier bloqué

Le sapiteur et les spécialistes consultés en amont

Deux situations très différentes sont souvent confondues. Le sapiteur est le spécialiste auquel l'expert judiciaire fait appel pour éclairer un point technique de sa mission : son coût est intégré à celle-ci, et suit donc le sort des dépens. Le spécialiste que vous consultez de votre côté avant l'expertise — psychiatre, neurologue, ophtalmologiste — est mandaté par vous, sur les conseils de votre avocat et de votre médecin de victime, pour démontrer le lien entre vos séquelles et l'accident. Ses honoraires sont avancés par vous, puis réclamés au titre des frais divers si le lien avec l'accident est établi.

À lire : Le sapiteur en expertise médicale : rôle et conséquences sur votre évaluation

Les honoraires de l'avocat

L'intervention d'un avocat en dommages corporels est assujettie au paiement d'honoraires, fixés par une convention écrite obligatoire. Le plus souvent : un honoraire de diligences, avec possibilité de paiement échelonné ou conditionné au versement de provisions par l'assureur, complété par un honoraire de résultat couramment compris entre 8 % et 11 % des montants obtenus. Deux dispositifs permettent par ailleurs de ne rien avancer : l'aide juridictionnelle et la garantie protection juridique de votre contrat d'assurance.

Ce sujet a ses pages dédiées, plus détaillées :

Le calendrier : quand chaque somme sort, et quand elle rentre

Étape du dossier Ce qui sort Ce qui rentre
Constitution du dossier Frais médicaux, pièces, certificats
Avant l'expertise Honoraires du médecin de victime, spécialiste éventuel Provisions versées par l'assureur
Phase amiable Honoraire de diligences de l'avocat Provisions complémentaires
Expertise judiciaire (si nécessaire) Consignation au greffe
Liquidation / transaction Honoraire de résultat Indemnisation, frais divers, dépens

Un rapport coût/bénéfice structurellement favorable

Rapporté à ce qu'il permet d'obtenir, le coût d'une défense en dommage corporel est faible — et surtout, il est largement différé et largement récupérable. Quatre raisons, toutes vérifiables, l'expliquent :

  • Vos frais deviennent un poste de réclamation. Médecin de victime, spécialistes, frais de dossier : ce que vous avancez alimente le poste des frais divers au lieu de disparaître.
  • L'essentiel du coût est différé. Honoraires échelonnés, conditionnés aux provisions, honoraire de résultat prélevé sur l'indemnisation : votre trésorerie n'a pas à supporter le dossier pendant qu'il se construit.
  • Les intérêts sont alignés. Un avocat rémunéré pour partie au résultat ne s'engage pas dans un dossier qu'il juge perdu d'avance. Son analyse initiale est déjà, en elle-même, une évaluation gratuite de vos chances.
  • Le gain se joue sur des postes, pas sur des pourcentages. L'écart entre une offre acceptée seule et une indemnisation négociée tient à des postes de préjudice oubliés, sous-évalués ou non documentés — incidence professionnelle, tierce personne, préjudices futurs. Ce sont précisément ceux qu'un avocat et un médecin de victime font entrer dans le débat.

💡 L'autre terme de la comparaison : le coût d'une défense ne se mesure pas dans l'absolu, mais face au coût de l'absence de défense. Une offre acceptée fige définitivement l'évaluation de préjudices qui, pour certains, ne se manifesteront pleinement que des années plus tard : besoins en tierce personne, retentissement professionnel, reprises chirurgicales. Ce risque-là, contrairement aux honoraires, n'est ni différé ni récupérable. À lire : Offre d'indemnisation : 15 jours pour refuser ? Faux.

Ne pas hésiter à consulter un avocat en dommages corporels à Lille ou un avocat en droit du dommage corporel à Paris. Un premier échange permet de savoir si l'offre reçue mérite d'être contestée : 06 84 28 25 95.

Questions fréquentes

Combien coûte une expertise judiciaire en dommage corporel ?

Le montant est fixé par le juge (article 269 CPC) et se situe le plus souvent entre 750 et 1 500 euros selon la mission. Ce n'est pas un paiement définitif : la rémunération de l'expert figure parmi les dépens, à la charge finale de la partie perdante.

Dois-je payer si je perds mon procès ?

Oui : la partie perdante est condamnée aux dépens, sauf décision motivée (article 696 CPC), et vos honoraires restent à votre charge. C'est la raison pour laquelle une procédure judiciaire ne s'engage qu'après analyse du dossier.

L'assureur peut-il refuser que je sois assisté d'un médecin ?

Non. L. 211-10 du code des assurances lui impose de vous rappeler ce droit dès sa première lettre, et R. 211-43 de vous aviser quinze jours avant l'examen en indiquant l'identité du médecin qu'il a désigné.

Que se passe-t-il si je ne peux pas consigner les frais d'expertise ?

La désignation de l'expert devient caduque, sauf motif légitime admis par le juge (article 271 CPC). En amont, une demande de provision à l'assureur, l'aide juridictionnelle ou la protection juridique permettent souvent d'éviter ce blocage.

Les honoraires de mon médecin de victime me sont-ils remboursés ?

Ils ne sont pas payés par l'assureur, mais réclamés comme poste de préjudice au titre des frais divers, puis intégrés à votre indemnisation. Conservez toutes vos factures.

Puis-je récupérer les frais avancés avant la fin de mon dossier ?

Indirectement, oui : les provisions obtenues en cours de procédure servent à couvrir les frais engagés sans attendre la liquidation définitive. Les demander tôt fait partie du travail de votre avocat.

À lire : Frais avancés après un accident : comment récupérer chaque euro dépensé ?

 

★ Recommander ce site à un ami ★

UN AVIS GRATUIT ?

Je vous rappelle gratuitement Me contacter