📌 En bref

Le poste « frais de véhicule adapté » de la nomenclature Dintilhac couvre le coût de l'aménagement du véhicule de la victime ou le surcoût d'acquisition d'un véhicule adaptable. Deux situations très différentes se cachent derrière cette formule : celle de la victime qui reconduit elle-même, dont le dossier passe par un contrôle médical de l'aptitude à la conduite et par des mentions portées sur le permis, et celle de la victime transportée, dont le véhicule doit accueillir un fauteuil. La discussion se joue ensuite sur trois points : le périmètre exact de ce qui est aménagé, la périodicité du renouvellement, et les surcoûts de transport lorsque la conduite reste impossible. Ce qui se répare n'est jamais le prix du véhicule, mais l'écart entre celui-là et celui que la victime aurait possédé sans l'accident. Trois pièces techniques emportent la décision : le bilan d'un ergothérapeute, des devis d'équipementier comparables, et les codes portés sur le permis de conduire. Voir ce que le poste recouvre.

Un fauteuil ne rentre pas dans un coffre de citadine, et une main qui ne se ferme plus ne tient pas un volant. Entre l'accident et le retour à une vie mobile, il y a un véhicule à transformer ou à changer — et une ligne de l'offre d'indemnisation qui, très souvent, ne couvre qu'une fraction de ce que la situation exige.

Cette page traite de ce poste et de lui seul : ce qu'il contient, comment il se prouve, et sur quoi porte réellement le désaccord avec l'assureur. Le calcul des frais futurs et la capitalisation, l'adaptation du logement, les aides de la maison départementale des personnes handicapées relèvent de pages voisines, signalées au fil du texte.

 

1. Ce que le poste recouvre exactement

La nomenclature Dintilhac définit les frais de véhicule adapté comme le coût, soit de l'aménagement du véhicule de la victime, soit de l'acquisition d'un véhicule adaptable. Elle y rattache également la situation de la victime qui se déplaçait en transports en commun avant l'accident et doit désormais recourir à un véhicule privé, taxi ou véhicule sanitaire léger. C'est un préjudice patrimonial permanent, distinct du reste de la nomenclature, et il s'indemnise sur devis ou sur facture.

Le texte est bref ; la pratique a étoffé le poste. Quatre composantes se discutent aujourd'hui devant les juridictions, et l'offre de l'assureur n'en contient presque jamais plus de deux.

La composante

Ce qu'elle recouvre

Ce qui la conditionne

Aménagement du véhicule existant

Boîte automatique, accélérateur et frein à la main, boule au volant, commandes déportées

Un véhicule techniquement adaptable, et un avis médical validant les dispositifs

Surcoût d'acquisition d'un véhicule adaptable

Non le prix du véhicule, mais l'écart entre celui-ci et le véhicule que la victime aurait eu

L'impossibilité technique ou économique d'adapter le véhicule d'origine

Renouvellement périodique

Le remplacement du véhicule et de ses équipements aux échéances d'usure

Une périodicité justifiée, et une capitalisation du coût sur la durée de vie restante

Surcoûts de transport

Taxi, véhicule sanitaire léger, transport adapté, lorsque conduire reste impossible

La perte durable de la capacité de conduire

 

Une précision sur la deuxième ligne, car elle est la source du malentendu le plus fréquent : l'assureur ne doit pas le prix du véhicule, il doit le surcoût. La victime aurait de toute façon possédé une voiture ; ce qui se répare, c'est la différence entre le véhicule qu'elle aurait acheté et celui que son état impose. Poser la comparaison sur un véhicule de référence crédible — celui qu'elle conduisait, ou son équivalent actuel — est le premier travail du dossier.

2. Reconduire soi-même : le passage par le contrôle médical

C'est l'étape que les dossiers oublient, et elle commande pourtant tout le chiffrage. Une victime dont l'état relève d'une affection listée ne peut pas simplement faire monter des commandes sur sa voiture : son aptitude à la conduite doit être examinée, et les aménagements autorisés doivent figurer sur son titre.

Le cadre est l'arrêté du 28 mars 2022, qui a refondu la liste des affections médicales incompatibles ou compatibles avec la conduite, avec ou sans aménagements. L'examen est conduit par un médecin agréé, qui procède à un interrogatoire et à un examen physique, peut demander des avis spécialisés, et formule les mentions additionnelles ou restrictives à porter sur le permis. Lorsque l'état est compatible mais susceptible d'évoluer, le permis est délivré pour une durée limitée, de six mois à cinq ans.

Ces mentions ne sont pas des recommandations : ce sont des codes harmonisés européens, opposables une fois inscrits sur le titre. Ils désignent précisément l'équipement que le véhicule doit comporter — et, par conséquent, la dépense que l'assureur doit financer.

Le code

L'aménagement qu'il impose

Ce qu'il implique pour le véhicule

10.02

Boîte de vitesses automatique, sans pédale d'embrayage

Un véhicule à transmission automatique, ou une conversion rarement possible

20.06 et 25.04

Frein actionné à la main, accélérateur à la main

Un cercle accélérateur ou une poignée, montés par un équipementier agréé

32.01

Système combiné de freinage et d'accélération à une seule main

Un ensemble homologué, avec reprise complète de la colonne de direction

33.01

Joystick quatre voies pour la direction et les commandes

Une adaptation lourde, réservée aux atteintes les plus sévères

40.11 et 40.14

Assistance à la direction, boule au volant, mini-volant

Une direction assistée renforcée, parfois un poste de conduite déporté

35.03 et 35.04

Commandes des accessoires sans lâcher la direction

Satellites au volant, doublement des commandes d'éclairage et d'essuyage

 

Deux conséquences pratiques en découlent. La première est probatoire : un code porté sur le permis vaut démonstration du besoin, bien mieux qu'une phrase générale du rapport d'expertise. La seconde est calendaire : la validation de certains aménagements suppose un essai devant un inspecteur, tandis que la boîte automatique et l'embrayage automatique relèvent du seul avis médical. Il faut donc enclencher la démarche tôt, sans attendre que le dossier indemnitaire soit mûr.

3. Quand la victime ne conduit plus : le véhicule transporteur

L'autre configuration n'a rien à voir, et les assureurs les confondent volontiers. Ici la victime est passagère, le plus souvent en fauteuil, et ce n'est pas le poste de conduite qu'il faut adapter mais l'habitacle.

Les transformations sont d'une autre ampleur : abaissement du plancher, découpe et renforcement de la caisse, rampe ou hayon élévateur, système d'arrimage du fauteuil homologué, ceinture adaptée au maintien du buste, parfois siège pivotant sortant. Elles supposent une réception à titre isolé du véhicule transformé, et elles ne sont pas réalisables sur n'importe quelle base : le choix du véhicule est contraint par la transformation, non l'inverse.

C'est ce qui justifie que le surcoût d'acquisition soit ici la règle plutôt que l'exception. Un monospace surbaissé ou un véhicule pour personnes à mobilité réduite coûte nettement plus cher que le véhicule familial qu'il remplace, et l'écart constitue le préjudice. Lorsque la victime relève par ailleurs d'une paraplégie ou d'une tétraplégie, ce poste se construit conjointement avec celui des frais d'appareillage et de fauteuil roulant : c'est le fauteuil qui détermine les cotes de la transformation, et un fauteuil renouvelé peut rendre l'aménagement obsolète.

Un point mérite d'être anticipé chez les victimes cérébro-lésées : l'aptitude à la conduite se discute alors moins sur le plan moteur que sur celui de l'attention, du champ visuel et du temps de réaction. Un dossier de traumatisme crânien peut ainsi conduire à une inaptitude définitive sans aucune atteinte des membres, et basculer entièrement du côté des surcoûts de transport.

4. Le renouvellement, et ce qui se discute vraiment

La nomenclature ne dit rien du renouvellement : elle parle d'un coût d'aménagement ou d'un surcoût d'acquisition, au singulier. C'est la pratique indemnitaire qui a admis que le poste se reproduit, pour une raison évidente — un véhicule s'use, un équipement aussi, et le besoin, lui, est définitif. Mais parce que le texte est muet, c'est le terrain sur lequel l'assureur résiste le plus.

Trois paramètres font toute la discussion, et chacun se démontre par des pièces.

La périodicité d'abord. Elle ne se décrète pas : elle se justifie par la durée d'usage réelle du véhicule et des équipements, documentée par le constructeur, l'équipementier et le kilométrage annuel de la victime. Une victime qui parcourt 25 000 km par an ne renouvelle pas au même rythme qu'une autre qui en fait 6 000.

La base de calcul ensuite. Ce qui se renouvelle n'est pas toujours le tout : certains équipements se transfèrent d'un véhicule à l'autre, d'autres non. Un dossier sérieux distingue les deux, plutôt que d'appliquer un pourcentage uniforme que l'assureur contestera ligne à ligne.

La projection enfin : une dépense périodique et viagère se transforme en capital au moyen d'un barème de capitalisation, dont le choix pèse lourdement sur le montant final. La mécanique est commune à tous les postes qui durent, et elle est détaillée sur la page consacrée aux frais futurs indemnisés à vie.

Une remarque sur l'ordre des opérations, car elle évite une déconvenue classique : engager la transformation avant l'expertise expose à s'entendre dire que la dépense n'était pas justifiée médicalement. À l'inverse, attendre le règlement définitif pour acheter prive la victime de mobilité pendant des années. La voie praticable passe par une provision, demandée sur devis, avant la consolidation.

5. L'ergothérapeute, l'essai en conduite et les devis

Ce poste ne se gagne pas par l'argumentation, mais par des documents techniques que l'assureur ne réclamera pas spontanément.

La pièce

Ce qu'elle établit

Qui la produit

Bilan d'un ergothérapeute

Le lien entre les séquelles constatées et chaque équipement demandé, geste par geste

Un ergothérapeute libéral ou hospitalier, sur prescription

Évaluation en conduite sur véhicule aménagé

La faisabilité réelle des commandes envisagées, et les configurations écartées

Une auto-école ou un centre disposant d'un véhicule à double commande adapté

Devis détaillés d'équipementier

Le coût poste par poste, la durée de vie annoncée, la transférabilité des équipements

Des installateurs agréés, sollicités en nombre suffisant pour être comparables

Avis du médecin agréé et codes portés au permis

La nécessité réglementaire de l'aménagement, opposable telle quelle

Le médecin agréé, puis la préfecture au moment de la délivrance du titre

Relevé des déplacements contraints

Le volume des trajets de soins et de vie quotidienne, base des surcoûts de transport

À verser au dossier d'expertise, avec l'assistance d'un médecin de recours

 

Le bilan d'ergothérapie est la pièce maîtresse, et pour une raison précise : il traduit un taux et des lésions en gestes impossibles. Un rapport d'expertise peut retenir une atteinte sévère du membre supérieur droit sans dire un mot de la rotation nécessaire pour saisir un levier de vitesses. C'est cette traduction qui manque presque toujours quand une offre est basse.

6. Qui finance, selon l'origine de l'accident

Le financeur dépend du régime dont relève l'accident. Après un accident de la circulation, l'assureur du responsable répare intégralement, en application de la loi du 5 juillet 1985 ; lorsque le responsable est inconnu ou non assuré, le relais est pris par le fonds de garantie des assurances obligatoires. Après un accident du travail, en revanche, la réparation de la caisse est forfaitaire et ignore ce poste : seuls un tiers responsable ou la reconnaissance d'une faute inexcusable de l'employeur ouvrent la réparation intégrale.

Reste la prestation de compensation du handicap, qui comporte un volet consacré à l'aménagement du véhicule et aux surcoûts de transport. C'est une aide sociale, attribuée par la maison départementale des personnes handicapées selon ses propres critères, plafonnée, et sans rapport avec l'évaluation du préjudice. Elle ne couvre qu'une partie de la dépense, et son versement n'éteint pas la créance de la victime contre le responsable. La confondre avec une indemnisation revient à accepter un acompte pour solde de tout compte. Le fonctionnement des dispositifs, leur articulation entre eux et le bon moment pour saisir la maison départementale sont traités sur la page consacrée aux dispositifs de compensation du handicap après un accident.

7. Ce que cette page ne traite pas

L'adaptation du domicile relève d'un poste distinct, traité dans l'aménagement du logement après un handicap, et l'achat d'un logement neuf lorsque l'adaptation est impossible dans l'indemnisation de l'acquisition d'un logement. L'aide humaine au quotidien relève de l'assistance par tierce personne. Le cadre général de l'évaluation figure sur la page du droit du dommage corporel, et les montants retenus en pratique sur celle du tableau des cotations.

Questions fréquentes

L'assureur doit-il me payer une voiture neuve ?

Non : il doit le surcoût. Vous auriez possédé un véhicule de toute façon, et ce qui se répare est l'écart entre celui-là et celui que votre état impose. La discussion porte donc sur le véhicule de référence retenu pour la comparaison — celui que vous conduisiez, ou son équivalent actuel — et non sur le prix d'achat brut du véhicule adapté.

Ma voiture actuelle peut être transformée. Puis-je quand même en demander une autre ?

Seulement si l'adaptation est techniquement impossible, ou si son coût dépasse ce que justifierait l'état du véhicule. Un modèle ancien, à forte valeur sentimentale mais à faible valeur résiduelle, ne justifie pas une transformation lourde. L'argument se construit sur des devis, pas sur une préférence.

Le remplacement, dans dix ou vingt ans, est-il pris en compte ?

Oui, et c'est même la part la plus importante de ce poste chez une victime jeune. La nomenclature ne prévoit pas expressément le renouvellement, mais la pratique indemnitaire l'admet, sous réserve d'en justifier la périodicité et de capitaliser le coût sur l'espérance de vie. C'est sur ce point que les offres sont les plus basses.

Je ne peux plus conduire du tout. Ce poste me concerne-t-il ?

Oui, sous une autre forme. Deux branches s'ouvrent alors : l'aménagement d'un véhicule familial pour vous transporter en fauteuil, et les surcoûts de transport lorsque vous devez recourir au taxi, au véhicule sanitaire léger ou à un transport adapté. La nomenclature vise expressément la victime qui prenait les transports en commun et ne le peut plus.

Faut-il passer une visite médicale pour reprendre le volant ?

Dès lors que votre état relève d'une affection listée par l'arrêté du 28 mars 2022, oui. L'examen est réalisé par un médecin agréé, qui propose les mentions additionnelles ou restrictives à porter sur le permis, et le titre peut être délivré pour une durée limitée, de six mois à cinq ans, lorsque l'état est susceptible d'évoluer.

À quoi servent les codes inscrits sur le permis dans un dossier d'indemnisation ?

Ils transforment un besoin en obligation. Un code harmonisé porté sur le titre signifie que vous ne pouvez légalement conduire qu'un véhicule doté de cet équipement. L'assureur ne peut plus alors discuter l'utilité de la dépense : elle conditionne le droit de conduire. C'est la pièce la plus efficace du dossier, et la moins souvent produite.

J'ai déjà acheté et fait adapter mon véhicule. Puis-je encore être remboursé ?

Oui, sur factures, à condition que le lien avec les séquelles soit établi. La difficulté n'est pas le remboursement du passé mais la projection de l'avenir : une dépense déjà engagée fixe une référence de coût, qu'il faut ensuite projeter sur les renouvellements à venir. Conservez l'intégralité des devis écartés : ils prouvent que le choix retenu était raisonnable.

L'aide versée par la MDPH réduit-elle ce que doit l'assureur ?

Ce sont deux logiques distinctes : une aide sociale plafonnée d'un côté, la réparation intégrale d'un préjudice de l'autre. La perception de cette aide ne dispense pas l'assureur d'indemniser le poste, et elle ne doit pas servir de prétexte à une offre réduite. Le point mérite d'être vérifié dossier par dossier, car les départements exercent leurs propres recours.

Faire établir le coût réel de votre mobilité

Ce poste se gagne sur des pièces techniques : un bilan d'ergothérapie qui traduit les séquelles en gestes, des devis comparables, et les mentions portées au permis. Le cabinet de Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate en dommage corporel à Lille et à Paris, intervient sur l'évaluation de ces postes et sur les provisions à obtenir avant la consolidation — 06 84 28 25 95. Les modalités de rémunération font l'objet d'une convention d'honoraires écrite, prévoyant un honoraire correspondant aux diligences accomplies, complété le cas échéant par un honoraire de résultat, conformément à l'article 10 de la loi du 31 décembre 1971.

Sources et références

  • Nomenclature Dintilhac, poste « frais de véhicule adapté » : coût de l'aménagement du véhicule de la victime ou surcoût d'acquisition d'un véhicule adaptable, ainsi que le recours à un véhicule privé lorsque la victime utilisait auparavant les transports en commun ; indemnisation sur devis ou sur facture.
  • Arrêté du 28 mars 2022 fixant la liste des affections médicales incompatibles ou compatibles avec ou sans aménagements ou restrictions pour l'obtention, le renouvellement ou le maintien du permis de conduire : examen par un médecin agréé, mentions additionnelles ou restrictives portées sur le titre, durée de validité limitée de six mois à cinq ans.
  • Codes harmonisés européens applicables au permis de conduire, issus de la directive 2006/126/CE : 10.02 boîte automatique, 20.06 frein à la main, 25.04 accélérateur à la main, 32.01 commande combinée à une main, 33.01 joystick, 40.11 et 40.14 assistance de direction, 35.03 et 35.04 commandes des accessoires.
  • Code de l'action sociale et des familles, article L. 245-3, 3° : élément de la prestation de compensation consacré à l'aménagement du logement, du véhicule et aux surcoûts résultant du transport ; montants plafonnés fixés par arrêté.
  • Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 : réparation intégrale des victimes d'accidents de la circulation, incluant les postes patrimoniaux permanents.
  • Principe de la réparation intégrale : réparation de tout le préjudice établi, sans qu'une aide sociale plafonnée puisse en limiter le périmètre.

Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate en dommage corporel à Lille et Paris

Article rédigé par Maître Joëlle Marteau-Péretié, avocate au barreau de Lille, en réparation du dommage corporel et en droit des assurances.