Article mis à jour le 22 Août 2026

Qu'est-ce que le poste « frais divers » ?

Le poste « frais divers » figure dans la nomenclature Dintilhac, la grille de référence qui classe l'ensemble des préjudices indemnisables. Il s'agit d'un préjudice patrimonial temporaire : il couvre les dépenses exposées avant la consolidation de votre état, c'est-à-dire avant que vos blessures ne soient stabilisées.

Trois conditions permettent qu'une dépense soit rattachée à ce poste : elle doit avoir un lien direct et certain avec l'accident, ne pas déjà être prise en charge par un autre organisme (Sécurité sociale, mutuelle — voir le recours subrogatoire de la CPAM), et être justifiée. La liste des frais divers n'est pas limitative : tout ce que l'accident vous a réellement contraint à débourser peut y trouver sa place.

💡 Frais divers ou dépenses de santé futures ?

Ne confondez pas les deux. Les frais divers sont temporaires et se rapportent à la période qui précède la consolidation. Les dépenses engagées après la consolidation, elles, relèvent d'autres postes : les dépenses de santé futures (DSF) et plus largement les frais futurs indemnisés à vie.

Quelles dépenses entrent dans les frais divers ?

Voici les principales catégories de dépenses que la jurisprudence rattache à ce poste, avec les justificatifs à conserver précieusement :

Type de frais

Exemples concrets

Justificatif à conserver

Frais de transport

Taxi, VSL, ambulance, carburant et péages pour vos rendez-vous de soins et d'expertise, stationnement à l'hôpital.

Factures, tickets, relevés kilométriques

Garde d'enfants / aide ponctuelle

Garde des enfants ou aide-ménagère temporaire lorsque vos blessures vous empêchent d'assurer ces tâches, avant la consolidation.

Factures nominatives, attestations

Honoraires du médecin-conseil

Le médecin qui vous assiste et vous défend lors de l'expertise médicale, face au médecin de l'assureur.

Notes d'honoraires

Bilan situationnel d'un ergothérapeute

Évaluation à domicile des besoins en aide humaine, en aides techniques et en aménagements, dans les dossiers à séquelles lourdes.

Rapport d'évaluation, facture acquittée

Examens médicaux complémentaires

Bilan neuropsychologique, examen psychiatrique, imagerie… indispensables pour évaluer précisément vos préjudices.

Factures, comptes rendus

Frais annexes du séjour

Location de téléviseur ou de téléphone à l'hôpital, frais postaux, communications liées au dossier.

Reçus, factures

Frais exceptionnels

Par exemple, le commerçant contraint de recruter un remplaçant pour maintenir son activité pendant sa convalescence.

Bulletins de paie, contrats

 

Deux points méritent d'être précisés. D'abord, les honoraires des techniciens qui vous assistent sont au cœur du poste : recourir à un médecin de victime indépendant de l'assureur est souvent décisif, et son coût vous est remboursé. Il en va de même des honoraires d'un sapiteur, ce spécialiste ponctuellement sollicité pour éclairer un point technique de l'expertise, et de ceux de l'ergothérapeute qui réalise le bilan situationnel — la pièce qui objective, pièce par pièce et heure par heure, le volume réel d'aide humaine nécessaire.

Ensuite, la garde d'enfants ou l'aide ponctuelle avant consolidation relèvent des frais divers, à ne pas confondre avec l'assistance par une tierce personne qui répond, elle, à un besoin d'aide humaine lié à la perte d'autonomie.

Frais de garde d'enfants pendant l'hospitalisation : ce que vous pouvez réclamer

Lorsque votre hospitalisation ou vos soins vous empêchent de vous occuper de vos enfants, chaque dépense engagée pour pallier votre absence peut constituer un préjudice indemnisable. La nomenclature Dintilhac range expressément les frais de garde des enfants parmi les frais divers : ils réparent une dépense que l'accident vous a contraint à exposer, au nom du principe de réparation intégrale.

Concrètement, ce poste couvre la rémunération d'une garde à domicile ou d'une baby-sitter, les heures supplémentaires de crèche ou d'accueil périscolaire, l'inscription imprévue au centre de loisirs, les repas de cantine additionnels ou encore les frais de transport d'un tiers assurant les trajets scolaires. La règle est simple : la dépense doit être la conséquence directe de votre indisponibilité et se rattacher à la période antérieure à la consolidation. C'est ce lien de causalité qu'il faut établir pièce par pièce — l'assureur conteste rarement le principe, mais souvent le rattachement.

Deux précisions importantes. D'une part, si c'est un proche — grand-parent, sœur, ami — qui garde vos enfants gratuitement, ce dévouement n'est pas perdu pour autant : ce besoin peut être valorisé au titre de l'aide humaine, comme nous l'expliquons dans notre article sur l'assistance par tierce personne assurée gratuitement par la famille.

D'autre part, les prestations à caractère indemnitaire déjà perçues pour le même besoin se déduisent de l'indemnité, au nom de la réparation intégrale sans double indemnisation : c'est toute la distinction entre ce qui se cumule et ce qui se déduit après un accident. Attention toutefois à une confusion fréquente, y compris chez certains assureurs : l'AEEH et son complément échappent à cette déduction. Après des années d'hésitation, la Cour de cassation a définitivement tranché en 2021 — ces prestations n'ont pas de caractère indemnitaire et ne peuvent donc pas être imputées sur votre indemnisation (Cass. 1re civ., 2 juin 2021, n° 20-10.995, ralliant Cass. 2e civ., 7 mars 2019, n° 17-25.855). Si l'on vous oppose une décision plus ancienne en sens contraire, elle est dépassée.

💡 Bon réflexe

Privilégiez les paiements traçables (virement, CESU) et demandez des factures nominatives mentionnant les dates de garde. Une attestation en bonne et due forme du tiers qui vous a dépanné, accompagnée de la copie de sa pièce d'identité, renforce utilement le dossier lorsque la garde a été organisée dans l'urgence.


Chaque justificatif égaré est une dépense qui ne vous sera jamais remboursée. Un seul numéro :
📞 06 84 28 25 95

Du lundi au vendredi, 9h-19h30 | Réponse sous 2h en cas d'urgence 

Consultation Gratuite Immédiate

 

Les frais engagés par vos proches : qui les réclame ?

C'est l'angle mort de presque tous les dossiers. Pendant les semaines d'hospitalisation, ce ne sont pas seulement vos dépenses qui augmentent : ce sont aussi celles de votre entourage. Les allers-retours quotidiens vers un établissement éloigné, les nuits d'hôtel à proximité du service, les repas pris sur place, les jours de congé sans solde posés pour être à votre chevet. Ces sommes ne figurent dans aucune offre spontanée d'assureur, tout simplement parce que personne ne les réclame.

La question à trancher est celle du titulaire de la créance, et elle commande la façon de présenter la demande. Si vous avez vous-même supporté ou remboursé la dépense — le plein d'essence payé avec votre carte, la chambre d'hôtel réglée depuis votre compte — elle relève de vos frais divers, comme n'importe quelle autre dépense causée par l'accident. Si c'est le proche qui l'a supportée définitivement, sans que vous la lui remboursiez, c'est à lui d'en demander réparation : il agit alors comme victime par ricochet, au titre de son préjudice patrimonial propre.

Dans les deux cas, la méthode est identique et se prépare dès les premières semaines : un relevé daté des trajets (date, motif, distance aller-retour), les justificatifs de péage et de carburant, les factures d'hébergement, et les bulletins de paie faisant apparaître les jours d'absence non rémunérés. Une distance de 60 kilomètres aller-retour, répétée chaque jour pendant trois mois d'hospitalisation, représente plus de 5 000 kilomètres : ce n'est pas un détail comptable. Notre kit de survie des 72 premières heures détaille les réflexes à prendre immédiatement après l'accident, quand personne ne pense encore à conserver un ticket de parking.

Examens médicaux : ce qu'a tranché la Cour de cassation

Une question a longtemps divisé : les examens que la victime fait réaliser de sa propre initiative (bilan neuropsychologique, examen psychiatrique…) entrent-ils dans les frais divers ? La réponse est venue d'un arrêt important.

Dans l'affaire jugée, une victime percutée par un véhicule non assuré avait fait pratiquer un bilan neuropsychologique et un examen psychiatrique pour cerner l'ampleur de ses séquelles, puis en avait demandé le remboursement au Fonds de garantie (FGAO). La cour d'appel d'Amiens avait refusé, estimant qu'il s'agissait de simples « rapports d'expertise privés », non assimilables à l'assistance d'un médecin-conseil.

La Cour de cassation a cassé cette décision. Au nom du principe de réparation intégrale, elle a reproché aux juges de ne pas avoir recherché si ces examens n'étaient pas indispensables à l'évaluation des préjudices de la victime — et donc imputables à l'accident. Le critère décisif n'est pas de savoir qui a demandé l'examen, mais s'il était nécessaire pour évaluer justement le dommage (Cass. 2e civ., 6 février 2020, n° 18-19.518, publié au bulletin).

💡 Retenez le bon critère

Un examen médical réalisé à votre demande est remboursable au titre des frais divers dès lors qu'il était indispensable à l'évaluation de vos préjudices. Conservez systématiquement la facture et le compte rendu : c'est ce dernier qui démontre l'utilité de l'examen.

Et les intervenants non médecins ?

La question se pose souvent pour l'ergothérapeute, l'architecte ou le neuropsychologue : leur intervention est-elle remboursable au même titre que celle d'un médecin ? Le critère dégagé par la Cour de cassation ne porte pas sur la profession de l'intervenant, mais sur l'utilité de son travail pour évaluer le dommage. L'affaire tranchée en 2020 concernait précisément un bilan neuropsychologique — un examen qui n'est pas réalisé par un médecin.

Le raisonnement vaut donc pour le bilan situationnel de l'ergothérapeute, qui se rend au domicile et chiffre les besoins que l'expertise médicale ne voit pas : le volume d'aide humaine, les aménagements du logement, l'adaptation du véhicule, les aides techniques et leur renouvellement. Sans ce document, ces postes reposent sur la seule appréciation de l'expert mandaté par l'assureur.

En pratique, deux réflexes sécurisent le remboursement. Faites établir une facture nominative acquittée, et non un simple devis. Et conservez le rapport lui-même : c'est lui, et non la facture, qui démontre que l'intervention était nécessaire à l'évaluation de vos préjudices. Le coût — quelques centaines d'euros — est sans commune mesure avec les montants qu'un bilan bien conduit permet de faire reconnaître.

Comment prouver et récupérer vos frais divers ?

Le maître-mot est la preuve. Aucun frais divers ne vous sera accordé sans justificatif : factures, reçus, tickets, attestations. Prenez le réflexe, dès les premiers jours, de tout conserver et de constituer un dossier ordonné, poste par poste. Notre guide sur les justificatifs à réunir pour chaque poste de préjudice détaille cette méthode.

Vous n'êtes pas tenu d'attendre la fin de la procédure pour être soulagé : une provision peut vous être versée en cours de dossier pour couvrir ces avances. Et pour la méthode concrète permettant de récupérer rapidement l'argent avancé après l'accident, nous détaillons ailleurs les démarches, délais et leviers à actionner. Attention toutefois à ne pas confondre les canaux : les frais d'expertise judiciaire ne relèvent pas des frais divers mais des dépens, dont le sort dépend de l'issue du procès. Notre page consacrée au financement de la défense distingue précisément ce qui relève des frais divers et ce qui relève des dépens.

💡 Un remboursement intégral, même en cas de partage de responsabilité

Selon une jurisprudence constante, les honoraires justifiés du médecin-conseil qui vous a assisté à l'expertise doivent vous être remboursés en totalité, y compris lorsque votre droit à indemnisation est partiellement réduit. Ne vous laissez pas imposer un abattement sur ce poste.

Les erreurs qui vous privent de vos frais divers

  • Jeter ses justificatifs : sans facture ni reçu, la dépense est réputée ne pas avoir existé.
  • Accepter un forfait « tout compris » proposé par l'assureur, qui noie et sous-évalue vos frais réels.
  • Oublier les frais engagés par vos proches (déplacements, hébergement, jours de congé sans solde), pourtant indemnisables.
  • Croire que les examens réalisés à votre initiative ne comptent pas — la Cour de cassation a jugé le contraire.
  • Ne pas faire chiffrer les besoins par un technicien quand les séquelles sont lourdes : sans bilan situationnel, l'évaluation de l'assureur reste la seule au dossier.
  • Laisser déduire une prestation qui ne devait pas l'être : seules les prestations à caractère indemnitaire s'imputent sur votre indemnisation.

Face à un assureur, l'équilibre est rarement en votre faveur : mieux vaut ne pas affronter seul une expertise déséquilibrée.

Vos questions fréquentes

Les frais de transport pour aller aux soins sont-ils remboursés ?

Oui. Taxi, VSL, ambulance, mais aussi le carburant, les péages et le stationnement pour vos rendez-vous médicaux et d'expertise entrent dans les frais divers, sur justificatifs.

Et les frais de garde de mes enfants ?

Oui, lorsque vos blessures vous empêchent d'assurer vous-même cette garde pendant votre hospitalisation ou vos soins, avant la consolidation.

L'ergothérapeute que j'ai mandaté sera-t-il remboursé ?

Son intervention relève des frais divers dès lors qu'elle était nécessaire à l'évaluation de vos préjudices — le critère retenu par la Cour de cassation porte sur l'utilité du travail accompli, non sur la profession de celui qui l'accomplit. Conservez la facture acquittée et le rapport : c'est le rapport qui démontre cette utilité.

Mes parents ont fait 300 km chaque semaine pour me voir. C'est indemnisable ?

Oui, mais la demande doit être présentée par la bonne personne. Si vous avez supporté ou remboursé ces trajets, ils entrent dans vos frais divers. Si vos parents les ont définitivement supportés, c'est à eux de les réclamer en qualité de victimes par ricochet. Dans les deux cas, il faut un relevé daté des trajets et les justificatifs correspondants.

Dois-je avancer ces frais avant d'être remboursé ?

Pas nécessairement jusqu'au bout : une provision peut couvrir vos avances en cours de procédure.

L'AEEH perçue pour mon enfant sera-t-elle déduite ?

Non. Depuis 2021, la Cour de cassation juge que l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé et son complément n'ont pas de caractère indemnitaire : ils ne peuvent pas être imputés sur votre indemnisation.

Faites valoir chaque euro dépensé

Les frais divers sont l'un des postes les plus souvent sous-évalués, faute d'un dossier rigoureux. Chaque justificatif manquant est une dépense qui restera définitivement à votre charge — et sur plusieurs mois de soins, l'addition n'a rien d'anecdotique.

Maître Joëlle Marteau-Péretié et son cabinet, à Lille et à Paris, vous aident à recenser et à justifier l'ensemble de vos dépenses, pour qu'aucune ne soit oubliée au moment de la négociation.

Pour un premier échange sur votre dossier, contactez-nous au 06 84 28 25 95.

Références juridiques

  • Cour de cassation, 2e chambre civile, 6 février 2020, n° 18-19.518, publié au bulletin (frais d'examens indispensables à l'évaluation du préjudice → frais divers).
  • Nomenclature des préjudices corporels dite « nomenclature Dintilhac » (rapport du groupe de travail présidé par J.-P. Dintilhac, 2005) — poste « frais divers », préjudice patrimonial temporaire, incluant les frais de garde des enfants.
  • Cass. 1re civ., 2 juin 2021, n° 20-10.995 et Cass. 2e civ., 7 mars 2019, n° 17-25.855 — l'AEEH et son complément ne revêtent pas de caractère indemnitaire : pas de déduction sur l'indemnisation de la victime.